‹ Les successeurs de Sir John Franklin [microforme]Chapitre 10 sur 28 · LE{ SUCCESSEURS · texte numérisé non relu

LE{ SUCCESSEURS

n'obligeait personne à se masquer le visage, à revêtir d'épaisses fourrures, ni à se mettre des conserves sur le nez.

La première reconnaissance, quand o" eut abrité la Germania, fut dirigée vers l’île Clavering. C'était le 27 octobre. Il n’y avait plus que quatre heures de jour, et le moment approchait où le soleil allait disparaître tout à fait pour trois mois,

Sur les glaces que la petite expédition parcourait pour parvenir à l’île, les uns en traîneau, les autres à pied, le docteur Copeland fut assailli, au détour d’un glaçon, par un ours qui, d’un coup de patte, l’étendit à terre. Déjà l'animal flairait les vêtements de sa victime, lorsque le docteur, avec beaucoup de sang-froid, lui appliqua le canon de son fusil sur le museau. L'ours, atteint ou effrayé, lâcha sa victime et se mit à fuir avec cette démarche qui lui est particulière, et que l'on a comparée au tangage d'un vaisseau.

Des aventures semblables sont fréquentes dans le journal du bord.

Cependant on était arrivé au 6 novembre, et le soleil allait disparaître. Les tempêtes du nord allaient commencer. Il y en eut une qui dura pendant toute la nuit polaire (103 jcu:s) avec une intensité variable, Ainsi la plus g' * tourmente de neige eut lieu le 7 novembre. ‘: jour-là, impos-

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més dans Ja cabine herméliquement close. Quand au dehors le thermomètre marquait 26 degrés audessous de zéro, dans la cabine on pouvait jouir d’une température de 20 degrés au-dessus de Zéro ; ce qui faisait un écart de 46 degrés. L’obscurité allait toujours croissant. A partir du 22 novembre, On ne pouvait plus lire le thermomètre au dehors qu’à l'aide d’une lampe. Deux choses dédommageaient les habitants de la Germania, car le navire encastré dans les glaces pouvait être considéré comme une maison : c'élaient la chasse, quand le temps le permettait, et la fréquence des aurores boréales. Il semble que la Providence ménageait un adoucissement à tant de souffrances et de privations, en mullipliant ces effets lumineux qui provoquent l'admiration de tous les voyageurs.

A l'intérieur du navire, les passagers se ménageaient un autre dédommagement : c'était un journal, la Gazette groënlandaise, journal à la main, dont le premier numéro parut le 14 novembre, avec un « supplément », en tout seize pages. On y trouvait une partie officielle, c'est-à-dire le résullat des observations scientifiques, la température, l’élat du ciel, l'âge de la lune, elc., et la partie non officielle, contenant des faits divers, des articles variétés, et même des poésies. Une boîte placée à l'extérieur servait à recevoir les communications des personnes qui ne voulaient pas signer leurs articles.

Cependant la fin de l'année était arrivée. On avait célébré la fête de Noël avec toute la pompe

possible ; avec des brins de verdure et de petites pousses d’andromèdes qu’on avait trouvées sous la neige, on avait improvisé l'arbre traditionnel, Le navire avait été pavoisé aux couleurs nationales, et même des illuminations avaient éclairé cette fête de famille. Le jour de l’an en fut comme la conti-

nuation. Les traditions de la religion et de la patrie

ne se perdent pas au milieu de ces solitudes gla-

cées, et c'est là une compensation à tant de pri-

vations. Tandis que la joie régnait au dedans, au

dehors un vaste linceul enveloppait la nature. La { vie végétale semblait partout à jamais anéantie; hi qu les animaux avaient déserté la côte pour se retirer

dans l'intérieur du pays ou se plonger dans l’engourdissement du sommeil hivernal. Sur toutes

choses pesait une nuit glacée que traversait, sans

l'éclairer, la lumière tremblotante des étoiles. Les

tas de neige glissaient silencieusement sur le sol

inanimé, et sur la croûte de glace qui l’enserrait

depuis des mois, la Germania semblait une espèce

de fantôme sinistre, dont les mâts et les vergues

se dressaient d'un air étrange vers le ciel.

Quel bonheur lorsque, vers le 10 janvier, on .

commença à discerner, parmi les ombres de la

nuit, un commencement de crépuscule! Une

grande activité régnait à bord. Le moment allait

arriver où l’on pourrait sortir pendant quelques

heures, chasser, courir en traîneau, etc. On confectionnait, toute la journée, des habillements, e des fourrures, des capuchons, des bottes, des r

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C'était le 3 février, à midi, que, d’après le caleul des astronomes, le soleil devait faire sa rentrée. Ce jour-là, tout le monde était sorti » l'œil fixé sur la partie de l'horizon où il devait paraître. La cime du Satlelberg fut la première à s’éclairer: puis ce fut le tour du Hasenberg. Bientôt des hauteurs la lumière descendit dans les plaines. L'éblouissement fut si grand pour des yeux privés depuis si longtemps du bienfait du jour, qu’il fallut mettre des conserves, même avant que le soleil fût tout à fait levé. Ce jour d'ailleurs fut bien court. Le solil, à peine émergé au-dessus de l'horizon, se replongea aussitôt au-dessous, n'ayant fait qu’une courte apparition.

C’est quelques jours après la réapparition de l’astre bienfaisant que le froid sévit avec le plus d'intensité, Le 21 février, il atteignit son maximum, qui fut, pendant une heure seulement, de 40 degrés au-dessous de zéro. C'est le point de congélation du mercure.

Une chose à remarquer : les froids les plus rigoureux élaient supportables quand le vent ne se faisait pas sentir; mais quand il soufflait, il n'y avait pas de fourrures capables de préserver du froid. Le vent pénétrait à travers une triple et quadruple cuirasse de laine; « on se serait cru absolument nu. »

Vo, d’ailleurs, quel est l’accoutrement de tout expac-aicur dans les régions polaires : deux chemises de laine, avec une ceinture de peau, le poil tourné en dedans, cousue sur la chemise de des-

sous; un pantalon épais. fourré à l'endroit de l’abdomen; trois paires ae bas bien chauds; un paletot imperméable de veau marin, dont le poil se porte en dehors, et qui, par surcroît de précaulion contre le vent et le froid, n’a souvent point d'ouverture par devant et se revêt par le haut, comme une chemise; un premier bonnet de tricot prenant bien la tête, pourvu d’un masque de flanelle avec de petits trous pour les yeux, la bouche et le nez; par-dessus, un autre grand bonnet fourré qui ne laisse libre qu'une très petite portion du visage; une paire de gants en tricot £e laine, puis, par-dessus encore, d'énormes gants fourrés ; des bottes de toile à voiles, celles de cuir manquant de souplesse et cassant au froid; enfin un châle.

Il semble qu'après une telle description or se rend mieux compte de la situation des choses et de l'intensité du froid dans les contrées arctiques.

Ainutons que, dans les chasses ou les excursions, ies hommes portent des conserves, couleur gris-fumée, afin de protéger leurs yeux contre les réverbérations des : :iges.

Cependant ‘ printemps était arrivé. On n'allait pas tarder à : n tre en marche pour la chasse ou les reconuaissances. Cette fois ce fut la baie d'Ardencaple qui fut l'objectif de nos voyageurs. Arrivés au delà du 77° degré de latitude, ils constatèrent qu’il n’y avait dans cette direction, sur la côte orientale du Groënland, aucun passage

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libre vers le pôle; que cette côte vers le nord était mal définie. Ce double fait fut consigné dans une nole que, suivant la convention faite au départ, l'expédition devait déposer sous une pyramide de pierre, c'est-à-dire sous un cairn. Elle était ainsi conçue : $

« C'est à cette place, située au 77 1’ delatitude nord et au 18° 50’ de longitude ouest (de Green- n wich), que s’est arrêtée, avec son traineau, à UE vingt-deux jours de marche du navire, l’expédition polaire allemande, partie du port d'hivernage de l’île Sabine. On ne découvre à l'horizon aucune apparence d’eau libre, etc.

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« Signé : KarL KoLDEWEY, commandant de l'expédition; Jurius PAYER, premier lieutenant; TH. KLENTZER, PETER ELLINGEN, matelots. »

Ce vendredi saint 45 avril 1870.

Au mois de juillet, on tenta une nouvelle ï exploration vers le nord, et cetle fois ce fut l avec le secours de la Germania, qui, grâce à la à! débâcle des glaces, avait pu être remise à flot. | Mais, à cause d’une avarie survenue à la chau- ; dière du navire, on ne put pas aller plus loin que le 75° degré de latitude, un peu en deçà du point auquel était parvenue la Germania queique temps

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auparavant. Aucun indice ne trahissait la présence ni même le voisinage d'une mer libre.

D'un autre côté, la saison était bien avancée. Les tempêtes d'automne allaient sévir. Entreprendre un second hivernage, c'eût été aller contre les instructions formelles du comité de Brême, sans se ménager vraisemblablement aucune chance de Pouvoir, dans le cours de cette année, pénétrer plus avant vers le nord.

Il fallut done songer au retour. Après diverses excursions et aventures, dont le récit n'est pas de notre sujet, le 17 août 1870, à midi, on leva l'ancre à destination de l'Allemagne. Pendant sept jours, la Germania eut à lutter contre les glaces qui embarrassaient sa voie, lutte terrible dans laquelle matelots et navire coururent plus d’un danger. Mais enfin voici la houle de l'Océan! Qu'il y a longtemps qu’on ne l'avait vue! Peu importaient désormais et le brouillard qui recommençait à percer sur les flots, et la brume qui estompait toutes les sinuosités du rivage, et les blocs de glace qui flottaient encore sur la route, et les tempêles même qui pouvaient éclater, Libres! on élait libres! On avait devant soi la plaine immense de l'Atlantique! La Germania n'en demandait pas davantage. « Cette fois, disait le capitaine Koldewey à un de ses officiers, mon quart est fini, allons dormir. »

On passe en vue de l'Islande, des îles Féroë et des Shetland, on reconnaît, malgré la tempête qui s'élève, l'ile anglaise d'Helsoland, puis l'île Lan-

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gercoge, et enfin l’on cingle vers l'embouchure du Weser, en rangeant la côte sud de l’île. On entre dans le fleuve allemand, et l’on est tout surpris de n’y voir aucun navire à l'ancre. C’est que, tandis que la Germania était allée tenter les hasards et les aventures vers l'extrême nord, la guerre, une guerre terrible, avait éclaté entre la France et la Prusse. On venait d'affronter et le froid, «et tes glaces, et les terreurs des nuits polaires, et on retrouvait, pour se reposer de ses fatigues, la guerre, l'horrible guerre.

À l’aide d'un remborqueur et d’un pilote, la Germania remonta le Weser, et le 11 septembre, à six heures du soir, ies passagers débarquaient sains et saufs à Bremerhaven, Le lendemain ils serraient les mains de leurs camarades de la Hansa.

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(La Hanse.)

On a vu plus haut que, par une méprise fatale, ja flansa se sépara pour jamais de ia Germama.

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