GABRIELLE FENAYROU
elle était docile à toutes les suggestions, j'ajoute que le sens moral ne faisait pas contrepoids à la suggestibilité excessive. C'était moins une perversion peut-être qu'une absence native du sens moral, c'était une imbécillité instinctive (1). »
Je crois que Gabrielle Bompard dont s'occupe en ce moment toute la presse, a plus d'un point de ressemblance avec Gabrielle Fenayrou.
Les journalistes n'ont pas manqué d'aller interroger les médecins qui s'occupent de ces questions. Tous m^ont paru à côté de la vérité.
M. Charcot n'a vu dans Gabrielle qu'une hystérique détraquée et perverse, mais il n'a pas su démêler quel mobile l'a poussée.
— J'estime, dit-il, qu'il faut interpréter ces phénomènes plutôt dans un sens restreint que dans un sens étendu. D'ailleurs, que je sache, jusqu'ici il n'y a pas eu un seul crime hypnotique. Il y a seulement — selon l'expression imagée de Gille de la Tourette — des crimes de laboratoire.
» Cela veut dire qu'un de mes sujets, si jt lui ordonne d'aller tuer le directeur de la Salpétrière, parce qu'il fait servir de mauvais flageolets à table, le frappera d'un coup quelconque dans le dos, avec ce qu'il aura sous la main, mais sans réelle conviction et comme malgré lui.
» L'intervention d'un hypnotiseur ne peut donc avoir fait que Gabrielle Bompard soit venue se livrer malgré elle entre les mains de la justice.
» En résumé cette fille me paraît simplement un êtr^, pervers, détraqué, qui a très bien pu participer consciemment a\i crime. Et si Ton veut soutenir son irresponsabilité — ce qu'on ne
(1) Berhneim, Loc. cit. p. 191.
manquera sans doute pas de faire, — il faudra auparavant établir scientifiquement comment elle a pu êire la complice soumise d'Eyraud dans la préméditation et dans l'exécution du crime, et comment, restée aussi longtemps silencieuse, une fois le forfait accompli, elle a pu aussi brusquement changer d'attitude et si souvent de version » .
M. Dumontpallier a détourné la question etBérillon s'en est tenu à des formules tellement vagues qu'il est impossible d'en tirer la moindre conclusion.
M. Bernheim, lui, a vu clair tout de suite dans cette affaire et il a reconnu sans peine dans Gabrielle Bompard une émule ou une élève de Gabrielle Fenayrou.
Non certainement, Eyraud n'a pas hypnotisé Gabrielle au sens propre du mot. Mais il a trouvé en elle un être facilement malléable, un être changeant et versatile, tout à l'impression du moment. « Elle s'est donnée corps et àme, dit M, Bernheim, à Eyraud, homme d'affaire vermoulu, beaucoup plus âgé, vivant d'expédients : elle qui est jeune, agréable, ayant une certaine intelligence, du piquant, et faite pour réussir dans le demi-monde, elle reste sous la domination d'un être qui l'exploite, qui la bat peut-être. Docile à ses suggestions, elle se laisse aller à lui amener l'huissier qu'il veut assassiner : elle assiste au meurtre, elle y collabore, elle aide à ficeler le cadavre, à coudre le sac où on le met; elle passe la nuit avec le cadavre. »
Aucun remords n'agite la conscience de cette femme. Du reste, à son sens, de quoi aurait-elle à se repentir ? Elle n'a pas participé au crime, elle n'a fait qu'obéir à son amant et parce qu'elle ne pouvait faire autrement. Alors qu'aurait-elle à craindre, puisque Eyraud a tout prémédité, a tout fait? Elle