‹ Les suisses et Genève (volume 2)Chapitre 7 sur 17 · Tome H · texte numérisé non relu

Tome H

l'Avent qu'il ail à ne prêcher que l'Evangile, pour éviter bruit. W

Le même jour on décida aussi d'adresser des remontrances à l évêque au sujet des lettres par lesquelles il défendait sous des peines rigoureuses de prêcher l'Évangile.

Les choses étaient dans cet état lorsque l'interveniion de Berne, se déployant tout d'un coup avec une énergie nouvelle, vint déconcerter les projets du parti catholique que l'apparition de Furbity avait rempli de confiance. Berne, n'avait pas été probablement étrangère à la résolution qui avait porté Froment à diriger de nouveau ses pas vers Genève, et si elle avait rappelé avec tant d'insistance aux Genevois leurs engagements pécuniaires, il est permis de conjecturer qu'elle se ménageait par là les moyens d'exercer une pression plus efficace sur la conduite des autorités genevoises dans les aff"aires religieuses.

Le 22 décembre, quinze jours après l'esclandre dont les voûtes de la cathédrale avaient été le théâtre, on reçut des lettres de Berne par lesquelles le Conseil de cette ville portait une plainte formelle au sujet de discours injurieux pour les Bernois tenus en chaire par Furbity et

* La défense de lire l'Évangile fut promulguée le l*"" janvier 1534, et les Registres observent que «personne n'en fut content.» Mais c'est h tort que quelques auteurs , et entr' autres Huchrft, affirment que celte ordonnance prescrivait de brûler les exemplaires de la Bible. v< JNous avons ordonné, dit le prélat, que personne, sous peine de notre indignation, de l'excommunication perpétuelle et d une amende de cent livres, ne prèclie ni expose l'Écriture sainte dans notre ville et diocèse de Genève, en secret ou en public, sans en avoir obtenu auparavant l'autorisation expresse de nous ou de notre vicaire.»

demandait une réparation. Puis par une coïncidence qui n'était assurément pas fortuite, Farel venait d'arriver à Genève. Dès qu'on connut l'arrivée de Farel et la missive de Berne, toute la ville fut en émoi. Les catholiques s'armèrent, proférant de grandes menaces; de leur côté, Baudichon et les siens se mirent en devoir de se défendre ; les syndics réussirent, non sans peine, à apaiser le tumulte.

Le lendemain, 23, le Conseil délibéra au sujet de la plainte portée par les Bernois contre Furbity, etdécida de faire savoir au vicaire épiscopal qu'il importait pour le bien de la ville que le prédicateur fût mis en état d'arrestation. Le 24 décembre, l'affaire fut portée par devant le Conseil des chefs de maison. « On résolut que le prédicateur seroit soigneusement gardé en la maison épiscopale, et qu'on luy donneroit trois gardes outre les trois qu'il a déjà, et afin que MM. de Berne puissent agir contre luy.» Furbity continua néanmoins le cours de ses prédications, les gardes l'accompagnaient jusqu'au pied de la chaire.

De leur côté, les Fribourgeois s'étaient émus du retour de Farel qui apparemment se prévalait de l'appui des Bernois pour prêcher dans des maisons particulières. «Le 27 décembre, on reçut des lettres de MM. de Fribourg par lesquelles ils mandent que si nous permettions à Farel de prêcher, ils quilteroient notre bourgeoisie parce qu'ils ne peuvent en aucune fasson souffrir une autre loy. » On leur répondit en Conseil des Deux Cents qu'on tiendrait la main à ce que l'édit fait en mars dernier, relativement à la prédication, fût observé.

Mais les représentations des Fribourgeois ne pouvaient manquer de s'émousser contre le langage impérieux et catégorique de iMessieurs de Berne. Le5janvier, quatre ambassadeurs de Berne, Sébastien de Diesbach, Peler Syonnex , Jacob Triboulet et Graffenried , se présentent devant le Grand Conseil et demandent de nouvpau que les 9900 écus dus à leurs supérieurs leur soient remis, et que le prédicateur qui les a offensés soit poursuivi en justice. Ces députés amenaient avec eux Viret ^ La présence de ce compagnon inattendu ne laissait aucun doute sur le caractère de l'ambassade. Tout l'état-major de la Réforme dans la Suisse romande était détaché vers Genève ; on voulait donc frapper un grand coup.

Les Deux Cents assemblés au sujet des demandes de Berne, répondirent sur l'article du prédicateur qu'il n'était pas on leur pouvoir de rechercher un prédicateur pour des paroles prononcées du haut de la chaire, mais qu'ils appuieront volontiers les réclamations de leurs alliés auprès du vicaire et de l'ofïîcial. Cette réponse fut bien loin de satisfaire les députés. Ils déclarèrent «que la bourgeoisie que nous avions avec leurs supérieurs ne pouvolt pas souffrir l'injure qui leur avoit été faite par notre prédicateur, puisque nous leur avons juré de soutenir leur honneur de toutes nos forces ; de plus, nous méprisons leur manière de vivre, nous maltraitons et molestons ceux qui désirent d'entendre la Parole de Dieu, et nous condamnons et chassons ceux qui la prêchent. »

^ Viret, Hé à Orbe en 1511 , avait étudié plusieurs années k Paris et y avait connu Farel et Lefèvre ; mais ce ne fut qu'après son retour dans son pays qu'il embrassa la Réformie.

Le lendemain, le Conseil des Deux Cents lut assemblé avec les chefs de maison, et il décida de prier de nouveau les ambassadeurs de déposer leur plainte auprès des o(Bciers épiscopaux. Mais on s'était flatté en vain de faire entendre raison aux envoyés de l'opiniâtre Berne. « Dès qu'ils eurent ouï celte réponse, ils dirent qu'ils n'avoienl pas charge de leurs supérieurs de recourir à d'autres juges qu'à nous, qu'il paroît bien que nous ne cherchons que des subterfuges et des délais, et ne voulons point soutenir l'honneur de MM. de Berne. C'est pourquoy ils ont ordre de présenter les lettres de bourgeoisie et de nous requérir que nous en ôiions notre sceau, et ils ôteronl le leur; cependant ils ne s'en iront point d'icy sans remporter l'entier paiement de ce qui leur est dû , ou du moins des gages ; ce à quoy ils nous prient d'axiser. »

Heureusement le Conseil s'était quelque peu attendu à une pareille incartade, et il avait décidé de proposer aux Bernois d'appeler eux-mêmes Furbily devant le Conseil pour qu'il pût justifier publiquement ses allégués en présence de ceux qui l'accusaient. Cet expédient fut accepté, et Furbity fut détenu à la maison de ville jusqu'à ce que le moment de sa comparution fût fixé.

Mais le Conseil n'était pas à bout de ses embarras ; car le jour même où les Bernois s'étaient expliqués avec tant de rudesse, les ambassadeurs de Fribourg, qui avaient demandé une audience, prononcèrent des paroles qui ne sonnèrent pas plus agréablement aux oreilles des conseillers. Ils exposèrent «que si nous nous détournons à une autre foy et loy qu'à l'ancienne, ce que la bourgeoisie que nous avons avec eux ne porte pas, ils nous la rom-

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promet riousquitleronl. Onleurrépondilquenousvoulions vivre comme nouJ^ avions fait jusques à présent, selon la loy elles édits de nos Conseils, et non autrement.» — «Mais, ajoutent les J?e^?s^re.9, Cl. Salomon dit Pasle entendant cette réponse, dit qu'il vouloit vivre selon l'Évangileel la Parole de Dieu, et non pas selon la volonté des hommes, et que s'il ne l'a pas fait ci- devant, il espère qu'il le fera à l'avenir avec l'aide de Dieu. J Chautemps et Cl. de Létra dirent la même chose, et Cl. Bernard ajouta qu'il invùquoit le texte des Franchises où il est écrit que les édits ei ordonnances qui ne >onl pas conformes à la raison peuvent être revues. ^ »

On comprend qu'en présence des exigences et des menaces contradictoires formulées simultanément par leurs deux alliés, les citoyens, suivant l'opinion à laquelle ils appartenaient, donnassent cours à leurs sympathies pour l'un ou l'autre des Etals auxquels jusqu'alors les Genevois avaient témoigné des égards égaux. De là parfois des altercations dans la salle du Conseil. «Le 9 janvier, comme le Conseil des Deux Cents s'assemhloit et qu'on parloil de ce qui avoit été proposé par MM. de Berne, quelqu'un ayant dit en présence des sindics et de plusieurs de l'un et de l'autre Conseil : Si nous n'y avisons bien, MM. de Berne quitteront notre bourgeoisie, le sindic Cl. Baud répondit : Eh bien, de par Dieu ! Alors plusieurs comprenant par ces mots qu'il vouloit consentir

* C'était une prétention étrange que celle qui invoquai! à l'appui de la liberté d'examen l'autorité d'un évêque du quatorzième siècle ; du reste, nous n'avons point su découvrir Tarticle des Franchises auquel Bernard ppuvait faire allusion.

à rompre la dite bourgeoisie, enlr' autres Hudriod, Dumoulard , Dom. d'Arlod et plusieurs du Deux Cents, murmurèrent et dirent tout haut qu'ils ne le vouloienl pas permettre, et qu'il falloit punir à forme de l'édil celuy qui y oonsenioit; ce qu'entendantCl. Baud, il sortit de la salle fort diffamé. »

Le même jour, les ambassadeurs de Berne (on voit qu'ils ne perdaient pas de temps) se présentèrent au Conseil accompagnés de Farel, Viret et Froment pour soutenir leur plainte contre Furbily. Ce dernier fut introduit. Les ambassadeurs, par l'organe de M. Sébastien de Diesbach, l'inculpent alors d'avoir dit publiquement dans un sermon de l'Advenl dernier «que dans le partage de la robe de noslre Seigneur s'étoient trouvés quatre bourreaux, dont l'un éloit allemand, et comme ils sont de celte nation, ils croyentque cela a été dit contr'eux.^» Le moine répondit qu'il lui étoil interdit par ses supérieurs de rendre compte de ses discours à un juge laïque. «Beau père, lui disait avec beaucoup de douceur le syndic Ducrest, pour ce que l'honneur de MM. de Berne est le nôtre, avisés que vous répondrés à leurs Seigneuries, afin que le cas se puisse amiablement traitler. » Mais sourd à ces exhortations, Furbity persista dans son refus. Les ambassadeurs, de leur côté, ne voulurent en aucune façon agréer l'excuse mise en avant par Furbity. Ce fut en \ain que le Conseil insista soit auprès du vicaire épiscopal pour qu'il autorisât Furbity à répondre devant le

* Flournois dit dans une note : «Ne pourrait-on point dire que MM. de Berne faisoient une querelle d'allemand à ce moine? *

Conseil aux qiieslions des ambassadeurs, soit auprès de ces derniers pour qu'ils consentissenl à intenter leur plainte par devant le juge ecclésiastique. Vicaire et ambassadeurs firent preuve d'une égale opiniàirelé, et le cas devenait cbaque jour plus embarrassant. Après avoir été longtemps ballollé, le Conseil, trouvant les ambassadeurs inexorables, députa le 19 janvier à Berne un envoyé (Cl. Roset fut désigné) pour tacher d'obtenir du Conseil de Berne qu'il se relâchât un peu de ses exigences. Le dépulé genevois revint le 24 janvier.

Il est permis de supposer que CI. Roset, dans l'accomplissement de sa mission, chercha plutôt à avancer les affaires du parti réformé auquel il appartenait qu'à s'acquiller du mandat officiel dont il avait été chargé.

En effet, le 25 janvier, le lendemain du retour du député genevois, les ambassadeurs bernois s'étaut présentés en Deux Cents , non-seulement persistèrent dans leur , réclamation vis-à-vis de Furbily. mais remirent sur le tapis la somme dont la ville était encore débitrice, et revenant sur un désir qu'ils avaient déjà exprimé antérieurement, ils demandèrent qu'on autorisât un prédicateur réformé à tenir des discours publics, et qu'on mît à sa disposition un local pour cet effet. Ils ajoutaient qu'ils avaient l'ordre exprès, si on ne leur donnait pas satisfaction sur ces trois points, de remettre les lettres de combourgeoisie, et que d'ailleurs la rupture de la combourgeoisie n'empêcherait pas leurs supérieurs de prendre des mesures ultérieures pour obtenir satisfaction de Furbity. Tous les assistants que cette déclaration avait jetés dans le plus grand trouble, conjurèrent les ambassadeurs d©

reprendre les lettres de combourgeoisie, les assurant qu'ils ne larderaient pas à recevoir satisfaction.

Enfin, de guerre lasse, entraîné par les instances pressantes de l'universalité des habitants, Furbily consentit à s'expliquer devant le Conseil sur ce qu'il avait prêché. Il comparut donc le 27 janvier. Les ambassadeurs firent connaître successivement toutes les propositions du dominicain qu'ils considéraient comme offensantes pour leurs supérieurs, et le sommèrent de se justifier :

« 1^ Pourquoi a-t-il eu l'audace de blasphémer Dieu et MM. de Berne, ayant dit entr'autres, qu'il y avoit quatre bourreaux qui se partagèrent la robe de Notre Seigneur Jésus-Christ, et iceux vivent encore à présent; les premiers sont les Allemands y les seconds sont les Vaudois, les troisièmes les Ariens, et les quatrièmes les Sabelliens. Le prédicateur répondit qu'il n'avoit jamais prononcé ce qui éloit contenu dans le dit article, et qu'il n'avoit jamais sçeu d'où les dits bourreaux étoient, ne l'ayant jamais trouvé par écrit.

«S'' Que ceux qui mangent de la chair le vendredy et le samedy sont pires que les \Juifs et les Turcs et que chiens enragés^ et encore plus médians ceux qui les soutiennent. Le prédicateur répondit qu'en cet article il n'a point entendu blâmer ni injurier MM. de Berne, ni les autres Allemands; qu'il avoit prêché selon la coutume de France el de cette ville de Genève qu'aux dits jours il ne falloit pas manger de la chair, et que ceux qui le faisoient agissoient contre l'Église et les éditsde la ville, €t ne faisoient pas bien.

« 3^ Tous ceux qui lisent VEcriture en vulgaire ne

sont que paillards, gourmands^ yvrognes, blasphémateurs, meurtrierSy et larrons, et ceux qui les soutiennent sont méchansy et Dieu les punira. » Il répondit qu'il n'avait point par ces mots injurié MM. de Berne. Les ambassadeurs lui répliquèrent qu'en parlant universellement, il les avait compris, puisqu'ils lisent la dite Ecriture. Le moine dit que, quoiqu'il eût parlé en général, il ne s'adressait qu'aux Genevois, et qu'il était défendu en toute la France de lire l'Écriture en vulgaire.

« 4° Gardés vous de ces hérétiques, de ces Allemands, comme de ladres et de pourris, et ne conversés point avec eux, ni en marchandises ni autrement, et nayés point d'alliance avec eux en leur donnant vos filles ; car mieux vaudroit les donner aux chiens. » Le prédicateur nia d'avoir prêché cet article.

« 5" Notre Seigneur disant trois fois à St. Pierre sHl Vaimoit, il Va constitué, ainsi que les papes et la puissance de t Eglise. Or, ces méchans hérétiques qui ne veulent obéir ni au pape, ni aux cardinaux, évêques, curés, sont des brebis du diable et marqués d'iceluy, et sont pires que chiens enragés, et brigans qui doivent être au gibet.» Le moine dit qu'il ne voulait pas répondre à cet article, parce que tout ce qu'il avait prêché c'élail seulement aux Genevois, et non aux Allemands ni autres. Les ambassadeurs demandèrent que le moine répondît affirmativement ou négativement. Il répliqua qu'il ne devait pas répondre, «parce que cet article est de la foi, de laquelle il ne doit pas répondre par devant nous, et que. quoi qu'il ait fait à Genève pour corriger les vices qui y sont, il ne l'a pas fait dans le dessein d'injurier per-

sonne. Sur quoi on ordonna qu il répondît afîirmalivemenl ou négativement, à peine d'être tenu pour confessé. Il fit encore la même réponse, et on prononça que cal article était confessé. »

« 6° On luy proposa qu'il avoit dit : Je suis détenu et gardé à cause d'une sorte de gens qui ne valent guère. Il répondit qu'il n'avoit pas dit comme cela, mais seulement que ceux qui Vavoient accusé vers MM. de Berne ne valaient guère. »

Il semble que les ambassadeurs eussent dû être fléchis par ces explications. Il n'en fut rien. Plus le dominicain protestait que ce qu'il avait dit ne s'appliquait point à eux, plus ils tenaient à constater qu'ils avaient été bien réellement injuriés. «En effet, dirent-ils, eux et leurs supérieurs éloient de ceux qui mangeoienl de la chair en carême, ils étoienl allemands, ils lisoienl l'Écriture Sainte en vulgaire, ils obéissoient à Dieu et non aux hommes, ne se soucians des inventions humaines, ils soutenoieni ceux qui annonçoient la Parole de Dieu, ils eslimoient que ce qu'il avoit dit étoit contr'eux et pour les injurier, demandantqu'il répondît s'il vouloit soutenir ce qu'il avoit prêché ou non, et qu'il déclarât par leconseil dequi il les avoit injuriés. Car, ajoutaient ces terribles logiciens , si ce que le moine avoit prêché étoit vray. ils mérileroient tous une peine corporelle; ainsi ils demandoient que par la loy de talion le dit prédicateur fût puni d'une pareille peine que celle qu'ils auroient méritée. »

Les ambassadeurs produisirent alors pendant deux jours consécutifs des témoins attestant que Furbity avait réellement prononcé les paroles qui lui étaient imputées.

Furbily s'en tint à ses précédentes déclarations relative- \ ment au contenu de sa prédication, et s'oflVii de plus à rendre raison de sa foi sur tous les points de doctrine qu'il avait soutenus et que MM. de Berne estimeraient erronés. Les Bernois acceptèrent le déii et introduisirent Farel qui entra immédiatement en discussion avec le moine, et cela pendant deux heures. «Le lendemain, le débat recommença. MM. les ambassadeurs, disent les Registres, entrèrent en Conseil des Deux Cents avec Farel et Viret, et d'un autre côté le susdit moine. Ils disputèrent pendant quatre heures, et demandèrent qu'on s'assemblât encore à trois heures après midi pour les ouïr. Sur quoy fut avisé que c'estoit assés disputé pour aujourd'huy. ^»

Celte résolution était fort sage; le Conseil était assurément fort excusable de trouver que ce débat s'était suffisamment prolongé. D'ailleurs les rues de la ville devinrent alors le théâtre descènes très-graves qui réclamaient la sollicitude des magistrats d'une manière bien autrement impérieuse que des dissertations théologiques.

« Le mardi, 3 février, sur les quatre heures après-midi entrèrent en la salle du Conseil Estienne Dada et Nicolas Porral, citoyens, le dit Porral fort blessé ; ils se plaignoienl que Cl. et Nie Pennet, accompagnés de Jaques Desel et de quelques autres les avoient attaqués et ainsi

* Plusieurs historiens citent un compte rendu très-détaillé de cette dispute en l'attribuant à un contemporain catholique. Mais il es.t reconnu aujourd'hui, par la correspondance même de Farel, que ce compte rendu fut rédigé pnr Farel qui le publia sous le nom d'un notaire catholique, afin de donner plus de créance à son écrit.;

(Voir le Chroniqueur de VuUiemin, p. 50.)

blessés en la place de St-Pierre près du pilier, et ils demandèrent justice, fnconiinent après vinrent plusieurs autres avec grande furie qui dirent que Nie- Berger avoit été tué en sa boutique du Perron par Claude Pennet, et qu'à l'occasion de ce meurtre il y avoit un grand tumulte cl que tout le monde couroit aux armes. »

iMais les Réformés étaient alors assez fortement organisés pour repousser victorieusement loule attaque. On les vit accourir en armes au nombre de plus de cinq cents à la maison de ville, demandant qu'on fît justice des auteurs de ce tumulte, et offrant aux syndics de leur prêter main forte pour découvrir les meurtriers.

«MM. les sindics, suivis de leurs officiers, entrèrent alors dans la maison épiscopale où on disoit que les meurtriers s'étoient cachés, mais ils n'en trouvèrent aucun, quelque diligence qu'ils fissent; ils y laissèrent des gens pour faire garde pendant la nuit. Or il arriva qu'un prêtre appelant doucement la sf^rvante du geôlier pour avoir certaines clefs à porter aux meurtriers, un jeune homme répondit en déguisant sa voix : que voulés-vous^ et il apprit ainsi que les meurtriers éloient cachés dans l'église de Si Pierre. Les sindics bien accompagnés cherchèrent par l'église pendant trois heures, et enfin trouvèrent le dit Cl. Pennet. cordonnier, et J. Portier, notaire, cachés au haut du clocher , armés d'épées, de fourches de fer, de haches, de poignards et de mailles de fer. On les prit, et on les conduisit en la maison de ville. ^ »

Le lendemain, 4 février, les ambassadeurs de Berne * Reg. des Cons.

engagèrent le Conseil à faire justice des coupables. On se conforma sans délai à celte recommandation ; car le 5 février on lut l'acte d'accusation relatif à Cl. Pennel, elle même jour, une sentence ayant été rendue contre lui pour homicide, il eut la têie tranchée à Champel.

Le procès de Portier, qui était officier épiscopal, dura plus longtemps; on avait saisi chez lui des papiers qui dénotaient un plan concerté avec l'évêque et le duc pour anéantir l'indépendance de Ih république, et enlr' autres des lettres scellées de la main de l'évêque et da'ées du 12 janvier, qui créaient un gouverneur de la ville. En raison de la gravité de l'affaire, on décida, le 6 février, de nommer un procureur général pour instruire la cause ; J. Lambert fut invesii de cet office.

Le 8 février, le Conseil général fut assemblé pour l'élection des syndics. La situation de la ville était si critique que l'on pouvait redouter sérieusement de ne pas trouver des citoyens disposés à assumer la responsabilité de la direction des affaires. Aussi jugea-t-on nécessaire de renouveler à perpétuité un édit rendu précédemment qui condamnait à une amende de vingt cinq écus et à un exil d'un an quiconque refuserait une charge. Les suffrages des citoyens tombèrent sur Michel Sept, J,-Aimé Curtet, Amy de Chapeaurouge et François du Villard.

On aurait pu croire qu'au milieu de ces complications l'affaire du malheureux Furbity serait oubliée. Mais c'eût été mal connaître les Bernois; dès le 6 février, ils demandèrent que l'examen du priso.mier fut repris. «On leur dit qu'ils savoieni les affaires pressâmes que nous savions, et qu'ils nous eussent pour excusés »

En même temps le Conseil décidait, vu la faliguequi le rendait incapable de suivre plus longtemps les débats, de s'adjoindre 15 conseillers.

Les ambassadeurs n'accordèrent qu'un sursis de quelques jours, et le 10 février déjà ils revenaient à la charge. En conséquence, Furbily fut mandé de nouveau par devant le Conseil ; après avoir essayé de discuter encore quelque temps les charges élevées contre lui, il finit par renoncer à une défense inutile el offrit de faire réparation publique le dimanche suivant du haut de la chaire. Le Conseil, ayant pris acte de cette déclaration, prononça le 13 que le prévenu serait tenu à rétracter publiquement les six articles qu'il avait avancés et qui avaient déplu à MM. de Berne. Les ambassadeurs adhérèrent à <-ette sentence. • Mais après avoir pris l'engagement de se rétracter, le dominicain se ravisa et mal lui en prit.

« Le 13. après-midy, frère Guy Furbili fut conduit à St-Pierre pour y confesser et reconnaître publiquement qu'il avoit prêché contre Dieu et les hommes, à forme de la sentence portée contre luy. Et parce qu'il hésiloil el divaguoil au lieu de satisfaire à la sentence, il fut selon l'arrêt conduit aux prisons de la rue de la Cité.^ »

Ce ne fut que deux ans plus lard que le dominicain recouvra la liberté; il avait payé bien cfier quelques excentricités oratoires auxquelles le goût de l'époque semblait assurer l'impunité, ainsi que le prétendu tort d'avoir manqué de respect envers Messieurs de Berne. Les Bernois, il faut l'avouer, avaient doriné une extension bien inattendue et tout à fait exorbitante aux droits que leur

* Reg. des Cons.

conférait le traité de combourgeoisie qui les liait à Genève. Ils avaient pris le premier prétexte venu pour en imposer par le déploiement de leur puissance. Après ce qui venait de se passer, chacun devait comprendre qu'il n'était guère possible de demeurer conibourgeois de Berne et de ne pas professer la même croyance. Aussi, dès le jour où la sentence de Furbity fui prononcée, la balance pencha visiblement du côté des Réformés.

Installation du culte réformé. Rupture AVEC Fribourg.

Tout en traquant sans merci le Dominicain, les ambassadeurs bernois n'avaient pas perdu de vue les sommes qu'on leur devait (cela va trop sans dire} , non plus que le mandai exprès qu'ils avaient reçu d'obtenir un lieu de culte régulier pour les Réformés. A plusieurs reprises ils formulèrent très-nettement celledernière demande. Le Conseil, afin d'éviter tous les ennuis que causaient les prédicaleursétrangers appelés par les couvents, avait décidé dès le \ 1 janvier «qu'on ne permettrait point de prêcher dans les couvents toute l'année, et qu'on diroit à M. le vicaire (l'abbé de Bonmont) qu'il ordonnât aux sept curés de prêcher dans leurs paroisses et d'annoncer l'Evangile. » Mais soit que le vicaire eût refusé son concours, soit que les curés ne se fussent pas trouvés capables de s'acquitter du mandai qu'on leur confiait, la mesure n'avait point été mise à exécution. Or, comme les Bernois insistaient pour qu'un lieu de culte fût assigné à Farel, le Conseil répondit, le 13 février, qu'il n'était pas de sa compétence

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