Tome IL
les mains de M. le professeur Galiffe, jette un jour trèsprécieux sur les événements que nous avons encore à raconter.
Les Genevois continuaient, comme par le passé, à faire valoir leurs droits à grands frais par devant les diètes suisses. Le 28 janvier, Cl. Savoye, AmiPorral et J. Lullin sont envoyés à la diète de Lucerne ; ils ont pour instruction de n'accepter aucune modification de la sentence de Payerne. J/arrêt prononcé par les cantons ne fut accepté ni par Berne ni par Genève. Le 20 février, Savoye et Lullin étaient de retour, et le 21 ils faisaient leur rapport devant les Deux Cents. Les cantons leur avaient déclaré que « puisque nous ne voulions pas acquiescer à leur décision, mais nous en tenir à la sentence de Payerne, ils remetloient notre affaire à Dieu.»
«Le 22 février, on dit qu'on chercheroit dans les livres du Conseil tout ce que le duc actuel avoit fait contre Genève et qu'on en feroit un mémoire. »
Le 7 février, le Conseil général avait élu pour syndics Antoine Chicand, Aimé Bandière, Hudriod du Moulard et Jean Philippin. Le lendemain on élut le Conseil qui se trouva composé outre les syndics et anciens syndics de J. Coquet, J. Raniel , Ami Porral , Jean Philippe, Fr. Favre, Etienne Pécolat, Ant. Lect, Barth. Messery, Est. Dada, P. Ameaux , Cl. Richardet, Cl. Savoye, J. Balard, J. Lullin, Dom. Franc, Est. Chapeaurouge, L. Dufour, Aimé Gervais, J. Butini.
Les Réformés avaient le dessus dans le nouveau Conseil; on ne tarda pas à s'en apercevoir.
Le 12 février, un Cordelier qui professait les principes
de la Réforme demanda au Conseil qu'on lui accordât une place pour prêcher le carême. On le renvoya d'abord au Chapitre ; mais lorsque le Chapitre l'eut éconduit, le Conseil l'autorisa à prêcher dans le temple de St-Germain.
L'installation du nouveau prédicateur ne s'opéra pas sans trouble. «Le 14 février quelques femmes firent un grand vacarme contre ceux qui vouloient amener le Cordelier selon l'ordre du Conseil. On condamna à. quelques jours de prison au pain et à l'eau une de ces femmes nommée Pernette dite la Toute ronde qui avoit porté en l'église un pilon de bois {pictonem nemoreum] pour frapper ceux qui conduisoient le prédicateur. Quelques autres avoient crié que les Evangélistes qu'elles appelloient luthériens étoient des chiens. On chassa de la ville deux de ces femmes qui avaient une mauvaise conduite. ^» G. Dupuis qui avait excité les paroissiens de St-Germain à s'opposer aux ordres du Conseil fut privé de la bourgeoisie.
Le 5 mars, le Conseil témoigne sa satisfaction au Cordelier en le gratifiant de 50 fascines et de 3 livres de chandelles.
Le 16 mars, plusieurs citoyens de St-Gervais demandèrent au Conseil de leur accorder un prédicateur évangélique, parce qu'ils ne pouvaient aller entendre le prêche à Rive, dans la crainte où ils étaient que l'ennemi ne profitât de leur absence pour assaillir la ville. Le Conseil ne crut pas devoir adhérer à cette demande.
On n'en continuait pas moins à rechercher et à punir
* Reg . des Cons.
les déroc/ieurs d'images. Le 9 mars le Conseil ordonna au Lieutenant de prendre des informations contre quelques citoyens qui avaient abattu une image de Jean-Baptiste au couvent des Augustins. Le 17 mars, Jean Sourd, auteur de ce dégât, est incarcéré jusqu'à ce qu'il ait remboursé le prix de la statue. Le 26, on ordonna de mettre au pain et à l'eau Cl. Jaquard et J. Coliognier pour avoir renversé une image de St-Grégoire qui était à Rive, et on les condamna à p.iyer la valeur de l'image.
Le procureur de la boîte de Toutes-Ames était mort le 2 mars ; le Conseil lui désigna le lendemain un successeur.
A Pâques, les Réformés célébrèrent la Cène avec une grande solennité dans le couvent des Cordeliers. ^
1 Jeanne de Jussie vante beaucoup la fermeté dont firent preuve lors des fêtes de Pâques les femmes «qui de tout temps se sont trouvées plus fermes et constantes en la foy que les hommes.»— «Trois jeunes femmes, raconte-t-elle, ne voulurent pas aller à la Cène des Luthériens peur batteures ny tourmens que leur fissent leurs maris, par quoy comme félons tous trois mirent ces femmes en prison en une chambre fermée à double clef, disant: dames papistes, vous n'avez voulu obéir ne venir à nostre Pàque solennelle, vous demeurerez là encloses sans avoir souias (distraction) de personne. Mais, chose merveilleuse de la bonté de nostre Seigneur, qui aide toujours à ses serviteurs au besoing, les trois championnes de la foy estant toute cette saincte sepmaine en telle doléance et agonie, principalement de ce qu'elles ne pouvoient pas faire leur debvoir comme bonnes catholiques, s'aperçeurent , comme Dieu voulut, le mercredi sainct que leurs maris estoient allés au sermon. D'un vertueux et ferme courage, elles se vont dévaler l'une après l'autre par une fenestre, et toutes trois s'en allèrent recevoir nostre Seigneur en grande dévotion, et puis jamais ces chiens n'en sçeurent rien. »
Le 2 avril, le Conseil assigna à Farel et à Virel un logis confortable dans le couvent des Cordeliers.
Le 12 avril, on condamna à nnort la servante Antoina Vax accusée d'une lenialive d'empoisonnement faite le 8 mars sur la personne de Viret-^ A la suite de ses dépositions, on décida d'emprisonner un prêtre nommé Gardet et le chanoine d'Orsières. -
Mais revenons à la situation extérieure qui ne s'améliorait pas.
Le 2 mars, un mé(Jecin de la ville qui se rend souvent dans les environs rapporte au Conseil qu'il a ouï dire que l'évêque doit venir prochainement à Gex, et que le duc assemble une troupe de lansquenets.
L'avoyeret le Conseil de Berne nous écrivent le 17 mars: «Pour les grands dangers et grosses pratiques qui sont de présent par le monde, vous avons bien voulu avertir de ce que par ci-devant vous avons dit et écrit à part et de ce que nos ambassadeurs dirent aux vôtres dernièrement à Lucerne, assavoir que advisiez bien sur vos affaires et fis-
1 Cette tentative avait eu lieu alors que les trois prédicateurs logeaient chez Cl. Bernard; mais Tiret seul prit du potage empoisonné. « Cependant , raconte Froment, le poure Virel mangeoit la menestre , la misérable, le voyant manger pleuroit amèrement et ne peult demeurer à sa présence, ains du regret qu'elle eust s'en alla plourer et jecter larmes de crocodille en la cuysine, ne voullant dire qu'elle avoit. Et avoit grand regret d'avoyr faict ung si lâche tour à cest homme, ainsi qu'elle a d'erapuys confessé , et luy fist boyre ung verre d'eau, sans luy voulloir dire la cause pourquoy »
2 Comme aucune charge sérieuse ne s'éleva contre ces deux ecclésiastiques, ils furent libérés.