‹ Les suisses et GenèveChapitre 7 sur 16 · IM · texte numérisé non relu

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et prince de Genève ni aux. libertés et franchises de la ville, mais jDoiir les défendre, et sans qu'aucune des parties payât aucun tribut. » Aussitôt plusieurs se levèrent pour demander qu'on mît aux voix la proposiiion de MM. de Fribourg. Les syndics Montyon et Vandel s'opposèrent à ce qu'on opinât là-dessus. Mais Bezanson prit sur lui de consulter l'assemblée et la majorité des assistants décida qu'on accepterait la proposition des Fribourgeois. Impossible de mieux mener une affaire délicate. La combourgeoisie avait été enlevée.

Le Conseil ordinaire fut chargé d'écrire la réponse au Conseil de Fribourg ; il la rédigea ainsi que suit :

« Magnifiques et très-honorés Seigneurs, nous nous recommandons à vos bonnes grâces.

Aujourd'huy, tenant nostre Grand Conseil général pour eslire et fère nos sindiques ainsi qu'avons de coustume, noustre ancien sindique Besançon Hugues, tenant propost de nos affères accoutumés, nous a dit et proposé comment ayant langagé avec vos Seigneuries, n'agueyre luy dictes en voustre grand et petit Conseil de commung accord, que quand sembleroit bon au commung de cette cité avoir borgésie et amitié avec vous dictes seigneuries, que voustre vouloir et consentement estoit l'avoir pareillement avec nous; non entendant pour ce en rien préjudicier à l'aulorilé et jurisdiction de noustre seigneur et prince M. de Genève, ni aussi à nos libertés et franchises, ainsi de tout voustre pouvoir les vouloir maintenir et défendre, ainsi que par plusieurs fois par vos ambassadeurs et lettres de vostre grâce, nous avès donnés à entendre. Lequel feu sindic avoir dicl et proposé ces dictes paroles

-— 145 — (1519) et eslre bien enîendues par noustre dicl commiing Conseil appelé an son de nostre grosse cloche, ainsi qu'avons de bonne coutume, vous remercient très-humblement et d'un commung accorlonl consenti et consentent recepvoir de bien bon cœur voustre borgoisie et amytié, et pareillement nous estre vous bons borgoys et vrays amis non contribuans les ungs aux aultres aulcungs tributs ni charges, entendans demeurer en nos libertez et franchises comme sommes de présent Et avec ce nous a dit et donné d'entendre noustre dict ancien sindique que pareillement aviés espérance et porchasseriés de lier amitié et borgesie entre MM. de Solorre et nous. Messieurs, s'il est voustre bon plaisir, nous ferez asçavoir vos bonnes volontés, et nous manderés par écrit comme vous plaict de fère, afin que faisions pareillement; et avec ce, s'il est chouse que vous plaise que puissions faire pour vos dictes seigneuries, le ferons de très bon cuer, aidant noustre Seigneur lequel magnifiques et nos très honorés seigneurs vous daigne donner l'accomplissement de vos bons désirs.

«A Genève, le VI de février. Les tout voustres, les sindiques Petit et Grand Conseil de Genève. »

Tel est l'acte touchant par lequel deux petits peuples, la main dans la main l'un de l'autre, se promettaient une assistance mutuelle ; la sympathie, l'instinct naturel qui porte les faibles à s'entr'aider et non des calculs d'intérêt ou d'ambition avait présidé à cette alliance. Ah ! si les cantons suisses, fidèles à la glorieuse mission de proléger les faibles, n'avaient jamais conclu d'autres traités, pratiqué d'autre diplomatie, le nom de la Confédération helvétique n'aurait jamais éveillé que des sympathies, aucun état

n'aurait été en mesure de lui disputer l'honneur de marcher en tête de la civilisation moderne.

Mais si ce premier et mince lien qui rattache noire cité aux Ligues suisses fut serré sans trop de peine, ce ne fut qu'au prix des plus rudes épreuves et de sacrifices incessants que nos ancêtres obtinrent qu'il ne fût pas rompu. Et en effet, pour quelqu'un qui n'aurait pas considéré les choses de haut, les embarras causés par l'alliance des Suisses pouvaient paraître l'emporter de beaucoup sur les avantages, et ces embarras se révélèrent immédiatement.

Bonivard nous dit à l'occasion du Conseil général qui se prononça pour la combourgeoisie : « Il y avait peu de discordants, sinon les Mammelus qui n'estoient pas le plus gros nombre. » Cependant, à en juger par les événements qui suivirent, le parti opposé à l'alliance avec les Suisses devait être assez considérable. Il s'était probablement laissé prendre en défaut par l'activité et l'habileté supérieure des Eidguenots, mais ses adhérents ne tardèrent pas à se recueillir et à s'organiser et leurs adversaires les qualifièrent de Mammelus, du nom de ces esclaves du Soudan du Caire qui. pour servir ce dernier, avaient abjuré le christianisme.

Les menées des opposants ne lardèrent pas à éveiller Taltention des Conseils.

« Le 22 février, queMxM. les syndics parlent à MM. de Baleison et de Saleneuve afin qu'ils cessent d'irriter le peuple par le moyen de certaines assemblées faites par quelques bourgeois contre les conclusions du Conseil général au sujet de la bourgeoisie de Fribourg. » — « Le

28 février, en Conseil des Cinquante, on lui des lettres de Berne. M. de Brandis, tant en son nom que de ses consorts, assavoir P. de Fernex l'aisné, P. de Fcrnex le jeune, Montyon, Versonnex, Pesmes, et plusieurs autres protestèrent qu'ils ne consentoient point à la bourgeoisie de MM. de Fribourg. ^ »

Faut-il considérer les Mammelus, en bloc, comme trahissant sciemment les intérêts de la cité et voulant la livrer entre les mains du duc? Nous ne le pensons pas; s'il y a eu des traîtres parmi eux, nous pouvons croire que la plus grande partie d'entre eux étaient des hommes faibles ou à vues bornées. L'antipathie qu'ils manifestaient pour une alliance étroite avec un peuple éloigné pouvait avoir d'autres motifs que la complicité avec le duc de Savoie, par exemple la crainte de tomber dans la dépendance des alliés aux intérêts desquels on s'associait et de se voir entraînés dans les querelles de leurs combourgeois.

Rupture de la combourgeoisie. Supplice de^Berthelier.

Les princes de Savoie avaient fort bien compris que le traité récemment signé était pour Genève un bouclier contre lequel tous leurs traits devaient s'émousser. Aussi mirent-ils tout en œuvre pour le faire révoquer. Comme la

1 Reg. du Conseil.

maison de Savoie soutenait avec la plupart des cantons suisses des rapports bien plus anciens et bien plus importants que ceux qui venaient pour la première fois d'être contractés avec Genève, il semblait difficile que les démarches du duc n'aboutissent pas. Ce prince s'adressa d'abord directement à Fribourg, parce qu'il avait mis dans ses intérêts plusieurs personnages importants de cet Étal. Mais l'influence de ces derniers était contrebalancée par la bonne volonté du peuple de Fribourg envers les Genevois. «Ses pensionnaires, dit Bonivard, ne lui servaient de rien, car le peuple se mulinoit contre eulx et ceulx qui ne dançoient selon la note que le dict peuple sonnoit, estoient en danger de recevoir de la pantouffle. » Le duc, sans se rebuter, s'adressa aux autres cantons qui tenaient alors une diète à Berne; il leur représenta que le traité de combourgeoisie violait les traités antérieurs conclus par la maison de Savoie avec Berne et Fribourg, qui obligeaient ces États à ne pas conclure d'alliance avec ses sujets. Or, comme le terme allemand d'Indersàtze, employé dans le traité, peut signifier aussi situés dans Vintérieur d'un pays^ le duc prétendait que les Genevois qui étaient enclavés dans ses États, se trouvaient par là exclus de la faculté de contracter combourgeoisie avec les cantons suisses. Les Bernois qui avaient apparemment leurs raisons pour ménager le duc, qui étaient peut-être jaloux de l'initiative prise pnr Fribourg, donnèrent raison au duc et engagèrent les Fribourgeois à abandonner la combourgeoisie. Le Conseil de Fribourg répondit qu'il était prêt à renoncer au traité si les Genevois y consentaient. Une députation des deux villes se rendit à Genève

— 'U9 — ^519^ en même temps qu'une ambassade ducale el le Conseil général fui convoqué le I" mars. Le député de Berne, (l'Erlach, engagea vivement les Genevois à renoncer à une alliance qui n'avait pas pu être contractée légalement. Mais après que Tavoyer de Berne se fut retiré, celui de Fribourg, Jean Fabri, rentra et dit aux citoyens : « Messieurs, si de vostre pure el franche volonté, vous voulez quitter ceste bourgeoisie, je m'en rapporte à vous^mais si ne le faictes fors par craincte, osiez cela de vostre tesle et ne vous eslonnez poincl des propos de l'ambassadeur de Berne, car Messieurs sont frères et ne se veulent poincl battre à la poste du duc de Savoie. » Ces paroles enhardirent les assistants qui déclarèrent qu'ils persistaient dans l'alliance. Bonivard assure même qu'il fut décidé que quiconque parlerait contre la bourgeoisie devrait perdre la tête sans rémission.

On lit à celte occasion dans les Registres du Conseil, à la date du 2 mars: « Ordonné de faire un présent de deux pièces de camelot pour un habit à l'ambassadeur de Fribourg el autant à celui des Ligues. Le premier reçoit ce présent gracieusement, le second (d'Erlach) le refuse. »

Le 17 mars 1519 une dièle des cantons tenue à Zurich et à laquelle avaient assisté de la part de Genève Bezanson Hugues, Claude Richardet el François Gueule se prononça en faveur des prétentions ducales. «Il nous a été représenté très-sérieusement, dit l'arrêté diétal, que cette alliance éloit dirigée contre le duc et l'évêque; qu'elle n'a été sollicitée par Genève que pour s'en faire un appui contre leur autorité; et qu'elle fortifie leurs sujets

dans l'esprit d'insubordination ^ » Cette réponse fut apportée à Genève le 26 mars et elle n'empêcha pas le Conseil général, assemblé le 27, d'envoyer Bez. Hugues et Malbuisson à Fribourg avec le mandat de mettre la dernière main au traité.

Le duc, faisant flèche de tout bois, avait engagé le Chapitre de Genève, sur les membres duquel il exerçait une grande influence, à protestercontre la combourgeoisie. Mais Bonivard qui avait entrepris la tâche ardue de faire des prosélytes à la liberté dans les rangs du clergé, sut, si nous devons l'en croire, déjouer la manœuvre du duc. Voici comment il rapporte l'affaire :

«Cela fut proposé en Chapitre; lors les gros maistres courtisans qui avoienl les premières voix commencèrent à chanter amen. Le reste les suivit, car il n'y en avoit qu'ung seul qui fut natif de Genève, nommé messire Michel Navis, frère d'André Navis qui avoit esté desfaict. Ne restoit pour la ville fors l'esleu M. de Bonmont, et moy, qui eslois le dernier du Chapitre et n'avoye poinct de voix, à cause que je n'estois pas encore in sacris 'ordonné prêtre).

« Toutesfois, voiant telle chance ainsi se tourner, quant le tour fut faict jusques à moy et que le secrétaire vouloit escrire cela pour résolution, je dis : Attendez ung petit, M. le secrétaire, combien que je ne soye in sacris et n'aie voix en Chapitre, si ne laissé-je, Messieurs, d'avoir devoir au Chapitre et me semble que devriez ung peu mieulx maschorla teneur de la demande de l'illustre duc de Savoye, devant que de la luy octroyer. Elle tend à mettre bas

* Fribourg et Genève, par le D"" Berclithold, p. 20.

ceste bourgeoisie que le peuple de ceste ville a tellement à cœur, qu'il aimeroit mieulx perdre femmes et enfans que cela, et davantage dict que c'est pour maintenir l'auclorité de M Saint-Pierre et de son église. Advisez comme vous en ferez, vous ne sauriez escrire response que elle ne se vienne à sçavoir au peuple, auquel avez donné parole que vouliez vivre et mourir avec luy. Que pourra t'il dire de vous fors que vous luy jouez le tour du scorpion, que vous feignez être ses amys et vous monstrez ses ennemys mortels? Je ne sçai si ce ne sera point au dangier de voz personnes, mais mettez que soyez asseuréz pour maintenant, estimez-vous qu'ils ne vous garderont une pensée pour l'advenir.

« Mais il y a ung moien pour contenter les deux parties, qu'est de respondre à M. de Savoye et au peuple aussy, que vostre mesiier ne s'estend à bourgeoisies, ny semblables choses civiles, ains aux spirituelles seulement, et que de faire ny desfaire la bourgeoisie à vous n'appartient, mais seulement de prier Dieu et principalement pour la paix entre tous, quoy faisant nul auroit cause soy mescontenter de vous.

« Quant j'eus dict mon opinion, M. de Maurienne me dict : Pensez-vous, M. de S*- Victor, que l'on ne saicheque c'est d"escripre lettres? me mesprisant à cause de ma jeunesse. M. de Monthoux le semblable, me reprochant que la maison de Savoye avoit beaucoup faict de biens à mes prédécesseurs et que je le recognoissoye mal de luy estre ainsy contraire. Je leur respondis que je vouldroye bien faire service à Monseigneur, comme eulx l'appelloient, mais que le debvoir et serment que avoye à l'église m'es-

toient de plus près. Et les voiant ainsi mutinés, je leur dis : Or bien, Messieurs, faictes en comme bon vous semblera, mais moy je proteste que je n'y consens pas. Escripvez cela, secrétaire. Puis m'en sors du Chapitre qui décréta les lettres ainsi que le duc les demandoit.

« Je ne sçay comme le peuple en fut adverty, mais le soir, les compaignons de la ville s'assembloient et venoient \isiter messieurs les chanoines. Si que M. de Bonmont m'envoya chercher et me dit : Ah, Monsieur deSt-Victor, si vous n'y donnez ordre, il y aura de l'esclandre sus tous les chanoines; nos gens ont fait la folie et le peuple qui monte là haut en grande fureur en est informé, advisez si vous pourrez appaiser cela. Je m'en partis incontinent avec une torche pour les aller trouver et les renconirai au sommet du Perron, oij Berlhelier et Besançon estoient tout devant. Mais quelle cognoissance et amitié que j'eusse avec eulx, voire qu'ils sçavoient bien que je lenoie leur parti, le premier salut qu'ilz me donnèrent ce fut d'ung sangdieu, et que nous aullres Bouche coppons (qu'esloit ung nom qu'ils nous avoienl imposé à cause que portions aumussons en teste l'hyver), leur faisions du beau beau en devant et les trahissions en derrière. Je leur dis : Tout beau, Messieurs, il n'y a pas tant de mal comme vous pensez, et je fis remonstrance qu'il ne falloit pas s'esmouvoir si légierement, car ilz avoient escripi qu'ilz ne vouloient vivre soubz aullre protection que de Dieu et Monsieur St-Pierre et d'accepter ny refuser la bourgeoisie, rien ; et que la lettre n'estoit encores envoyée, qu'on la verroit. Si manda M. de Maurienne, qui estoit bien peneux querre le sécrelaire, mais secrètemenl, et luy dict

— ^153 — (1519) qu'il escripvit la lettre en la sorte. Ne demeura guère à venir le dit secrétaire el apporta celte lettre de laquelle l'escriture n'estoit pas encore seiche, mais elle chantoit ainsi qu'avoit dict M. de Maurienne. On congneust bien d'où cela venoil, mais on fut bien content de regarder par entre les doigtz. L'on en fit rapport au peuple qui s'en contenta et fut la chose appaisée pour ce coup, combien que l'on gardast ung coup de pied aux aultres courtisans. »

Tel est récit de Bonivard dont nous lui laissons toute ia responsabilité.

Le duc, après avoir fait jouer sans succès tous les ressorts de l'intrigue et de la pression morale pour priver Genève de l'alliance fribourgeoise, c'est-à-dire « prendre le poisson sans soy mouiller la patte ^ » résolut de recourir à la force. Il se rendit d'abord à Thonon d'où il adressa le 1®"" avril aux Conseils une sommation d'avoir à se désister de l'alliance.

« Le vendredy 1" avril, en Conseil général, MM. de Salagine et de Lussey, ambassadeurs du duc de Savoye, par la bouche de M. de Salagine, prévôt de Savoie, dirent qu'ils avoient ordre du dit duc de faire savoir au peuple quequoy que lors qu'il éloit icy, il y a quelque temps, il eût fait savoir aux sindics et aux citoyens qu'il avoit obtenu de MM. des Ligues la révocation de la bourgeoisie faite entre MM. de Fribourg et la ville de Genève à cause des dangers qui en pourroient advenir tant à l'église que au pays ; cependant il a appris que on avoit envoyé à Fribourg Hugues et Malbuisson pour parachever la dite

1 Bonivard.

bourgeoisie, ce qui luy déplail fort et qu'il ne permettra point, les exhortant d'y renoncer et de s'en déporter entièrement. Ordonné que MM. les sindics iroient au logis des dits ambassadeurs et feroient des excuses qu'en toutes ces choses on n'avoit rien fait au préjudice de l'église ni du dit seigneur duc, et que ceux qu'on a envoyés à Fribourg c'est pour apporter la confirmation de ce qui a esté fait, dont on ne se peut départir ; toutefois qu'on leur donnera ordre de faire toul ce qui sera possible pour plaire au dit duc, parce qu'ils n'ont jamais prétendu de rien faire qui dût déplaire à sa dite Altesse ducale^. »

Après avoir reçu cette réponse, le duc se porta de Thonon à St-Julien où il avait donné rendez-vous à ses hommes d'armes.

«Le 2 avril, à 3 heures après midy, sur ce que plusieurs des citoyens et bourgeois sortoienl de la ville avec leurs effets, que d'autres sont pris par le pays et torturés, et que le pays de Savoie est en armes, le Conseil s'assembla auquel entra M. de Lucinge avec une lettre, et dit qu'en allant à St-Julien, où est maintenant le duc, il avoil rencontré des fourriers qui luy avoienl donné cette lettre par laquelle le duc luy ordonnoit de dire aux sindics qu'il vouloit entrer dans la ville pour souper, et qu'après qu'on luy avoit refusé de loger dans la maison de ville, il avoit choisi la maison de P. Versonnex, et qu'on pourvoye promptement pour le recevoir avec son grand Irain {magnus status) et deux ou trois cents hommes de pied, ce qui n'est pas pour faire violence à aucun, et qu'on luy fît promptement réponse. On répondit à M. de Lu-

* Reg. des Cons.

— 155 — (1519) cinge, en s'excusant qu'on n'avoit jamais refusé la maison de ville, mais qu'on avoit prié les fourriers qu'ils se déporlassent de la demander à cause que la communauté en avoit besoin, offrant toute la ville à son service ; et on le pria d'excuser si à cause du petit nombre des conseillers, la ville ne luy faisoit pas maintenant réponse, laquelle on feroit le lendemain en Conseil général, telle que M. le duc auroit sujet de s'en contenter; luy représentant qu'on ne pouvoit pas à l'heure même assembler le dit Conseil à cause de la nuit qui approcboit. Après cette réponse faite, M. de Lucinge laissa quelques gentilshommes et fourriers pour attendre la réponse, et dit qu'il alloit à St-Julien rapporter au duc ce qu'on luy avoit répondu ^ »

Nous rencontrons ici un exemple bien frappant des embellissements dont l'imagination des historiens se plaît parfois à encadrer les faits. Bonivard, qui a mis la main à ses Chroniques environ vingt ans après l'événement, ne se contenta pas du récit qu'il avait trouvé dans les Begistrès, il introduit un héraut nommé Chablais qui s'assied au-dessus des syndics, la tête couverte et les nargue. Savyon, qui a écrit au commencement du dix-septième siècle, renchérit encore sur les développements donnés par Bonivard, il met dans la bouche de l'envoyé ducai des discours où l'arrogance coule à pleins bords et prête aux syndics des réparties aussi fermes que piquantes 2; le tout est couronné par un coup de théâtre.

1 Reg. des Cons.

2 « Mon très redouté prince et seigneur et maistre et le vostre M. le duo de Savoye vous mande et commande que luy après-

« Ces paroles achevées le héraul d'armes dit aux sindiques : Messieurs, ne me voulez donc accorder la demande de monseigneur ny obéir à son commandement? Non, dirent-ils. Lors il vestit la cotte d'armes et leur dit : Donques de sa part je vous destine comme rebelles à vostre prince à feu et à sang, cl en signe de cela je vous jette cette gaule ; qui la voudra lever, qu'il la lève. Et disant cela il jetta sa gaule au milieu de la salle et s'en alla. Si ne fut pas plusiost départi que voici venir 10 ou 12 genlilliommes troussez et esperonnez en la chambre du Conseil qui dirent : Sindiques et Conseil de Genève, advisez d'obéir à Monseigneur, autrement vous vous en repentirez. Puis s'en vont tout de ce pas monter à cheval et deslogèrenl. »

Nous voilà bien loin du message de M. de Lucinge. Tous les historiens ont reproduit mot à mot le récit de Savyon, à l'exception de Thourel qui le traite de roman.

tiez son logis en votre maison de ville en telle somptuosité et magnificence qu'à tel prince apartient et pareillement vivres pour luy et sa compagnie qui sera de 1000 hommes de pied sans la cavalerie. » Les syndics lui répondent entr'autres choses : « Qu'il soit vostre prince, nous le pouvons croire, mais le nostre non; car combien que nous nous tenons pour ses trèshumbles serviteurs, nous ne sommes pourtant ses subjects et vassaux. — S'il luy plaît de venir avec son ordinaire, comme il a accousturaé, voire même quand il y auroit 500 hommes, il sera le bien venu comme il a esté autrefois, et qu'il choisisse quel logis il luy plaira hormis nostre maison de ville de laquelle nous ne nous pouvons passer. Mais quant à amener un si grand nombre de gens, nous n'avons pas tant mis cuire pour eux. »

Toujours faut-il reconnaître qu'ici le roman a un fond historique.

Pendant que le duc campait à St-Julien, entouré d'un attirail redoutable, quelques-uns des Mammelus ne craignirent point d'aller lui rendre leurs devoirs, attestant assez par cette démarche que leur répugnance pour l'alliance suisse avait dégénéré en connivence avec le duc.^

Les magistrats, inquiets à juste titre de ce voisinage armé, ordonnèrent de tendre les chaînes et de doubler les guets. Les citoyens les mieux avisés avaient donné le sage conseil de demander une garnison à Fribourg.

« Ce conseil fut trouvé bon par ung chascun, dit Bonivard, mais nul ne le voulut suivre par crainte des frais, car le revenu de la ville estoil pour lors bien petit ; or nul vouloit rien sortir de sa propre bourse, qu'estoit une paouvre considération, car ils avoient irrité le loup lequel ilz veoient prest à les dévorer, et aimoient plus cher attendre cest hasard qu'il mangeast leur laict, beurre, fromage et eulx, que donner une partie de leur piclance au mastin qui les en pouvoit défendre.»

«Le dimanche 3 avril, en Conseil général, le sindic Prévôt représenta la demande faite par M. de Lucinge, et qu'il avoit laissé les No. Challes et Richardon pour attendre la réponse qui fut que les dits gentilshommes intercédassent pour la ville envers le duc lequel ils voyent

1 Cartelier, dans le procès qui lui fut intenté en 1526, nomme dix citoyens qui l'avaient accompagné à Saint-Julien; à leur tête était l'ancien syndic P. Montyon, qui dit au duc : « Soyez le bien-venu, et si nous pouvons vous servir en quelque chose^ nous sommes prêts à le faire. »

(Galiffe, Mater., II, 246.)

irrité contre elle, et qu'il liiy plaise de leur dire la cause de son courroux, offrans que la communauté fera tant envers sa dite Altesse qu'elle sera contente. On pria aussi un gentilhomme de Zurich d'aller dire les mêmes choses au duc à St-Julien. »

Dans l'après-dînée le duc s'était transporté à Gaillard, position plus avantageuse, et là il avait six à sept mille hommes sous ses ordres. Ce fut là que l'hôpitalier Marti de Fribourg, accompagné du gentilhomme de Zurich, se rendit le même jour pour engager le duc à ne se porter à aucune extrémité contre Genève. Marti se tint d'abord en garde contre les paroles mielleuses du duc auquel il répondit en son langage roman : «Monseignou, vos avi ja dict à Messieurs tant de jangles, que je ne say si vo voudront pie crerre.» Mais à la fin, il se laissa persuader par les protestations du duc et à son retour dans la ville, le 3 avril, conseilla aux syndics de laisser entrer le duc.

« Le lundy 5 avril devant jour, en Grand Conseil, le dit de Zurich et l'hôpilalier de Fribourg disent qu'ils etoient venus de Gaillard à 10 heures du soir, où ils avoi(MU parlé au duc selon leur charge, qui avec une grande quantité de gens de guerre prétend entrer par force dans la ville, après qu'il auroit eu la réponse entre cy et le disner si les citoyens ne veulent pas renoncer à la bourgeoisie de Fribourg, comme il est contenu en l'arrêt de Zurich. Ce que les dits ambassadeurs conseillèrent de faire pour le bien de la ville et promptement. Ordonné que les dits anibassadeurs retourneront encore, s'il leur plaît, vers sa dite Altesse et luy diroient que les dits citoyens étoient prêts à renoncer à la bourgeoisie et à aller vers luy, pourveu qu'il leur donnât un sauf-conduit.

c( Le même jour les siiidics furent à Gaillard avec les •dils ambassadeurs vers le dit duc avec plusieurs citoyens, où ils renoncèrent à la bourgeoisie et demeurèrent d'accord que le duc viendroit en ville avec 500 hommes de guerre sans violence. » Sur ces assurances, les citoyens ne firent plus la garde avec autant de soin et le soir même le comte de Genevois, frère du duc (l'ancien évcque Philippe), fit une attaque sur la porte Saint- Antoine. Ce coup demain échoua et Marti se plaignit vivement au duc qui désavoua son frère et renouvela les pro- I messes faites précédemment^ .

j Le 5 avril, le duc, sans tenir compte de ses engagements, entra dans la ville suivi de toutes ses forces, après avoir fait abattre la porte Saint-Antoine : il était précédé

1 d'un page portant son casque «afin, dit un historien de

ï l'époque, qu'on pût voir ses yeux armés de courroux, auxquels il avoil donné autant de pointes de foudres pour abîmer l'audace de ses sujets qui seroient si téméraires de contempler sa face. » Le comte de Genevois l'accompagnait « monté sur un puissant roussin qu'il faisoit bondir, en sorte qu'il faisoit beau le voir. » Le comte de

♦ Genevois logea à la maison de ville, il se fit remettre les clefs des portes, cantonna à Saint-Gervais les soldats du Faucigny, au faubourg Saint-Léger les bandes du pays de Vaud, au Molard les troupes du sieur de Coudrée venues du Chablais, au Bourg-de-Four ses propres sujets du comté de Genevois, au quartier de Rive les gentilshommes savoyards.

I 1 « Le comte dit qu'il n'avoit cela faict pour doramager aulf cunement Genève, mais qu'il l'avoit faict par jeu. » {Bomv.)

« Le 7 avril, en Conseil général, vinrent MM. de Salagine et de Lescherenne lesquels exposèrent de la part du duc l'amour qu'il a pour la ville, et le déplaisir que luy donnent les présens différends, lesquels comme vicaire de l'empire il veut pacifier, sans se ressouvenir de ce qui s'est passé, dont M. Tévêquede Genève a accordé le pardon, demandant que ceux qui n'ont pas été au Conseil général précédent renoncent à la bourgeoisie tant générale que particulière faite avec MM. de Fribourg; toutefois sans déroger aux franchises et libertés de la ville et approuvant qu'on envoie deux de la part de la ville avec des lettres à MM. de Fribourg pour leur notifier que l'on est d'accord, en les priant de ne pas venir plus avant. On élut Jean Taccon et Louis de Lestelley. »

Genève fut pendant plusieurs jours en proie à l'insolence et aux rapines des soudards du duc, qui ne tint aucun compte des représentations réitérées de Marti. « Et pour tenir la promesse faicte par les princes, faisoient mille maux. C'estoit peu de faict de boire le vin sans le payer, mais après ils tiroient la broche et l'espandoient par terre, ils fendoient les contres, puis jeltoient les plumes au vent, et faisoient des vilenies inutiles. Pour bien faire voir qu'ils étaient dans une ville conquise, les princes firent publier à son de trompe la proclamation suivante : « On fait savoir de la part de notre très-redouté Prince et Seigneur Monsieur le duc de Savoie, que personne ne soit assez osé de porter aucune arme offensive ni défensive, sous peine de trois coups d'estrapade. Item, que, quoi qu'il arrive, nul n'ait à paraître à la rue, ni

* Bonivard.

— 161 — (1519) meltre la tête aux fenêtres, parce que Monseigneur veut faire justice. »

«Ce que, dit Boni vard, espouvanlasi fort le peuple que tout le monde taschoit à se cacher là où l'on pouvoil et n'eussiez guère trouvé d'hommes emmy la rue ; qu'estoit une chose bien sotte, car si Dieu ne les eut mieux celles qu'eulx ne le faisoient, ce fussent esté cachettes de petitz enfans, lesquelz cuident quand ils ont le doigt sur le nez qu'on ne les voye. »

Du reste Bonivard ne fut pas témoin oculaire de ces faits ; car le jour où le duc entrait dans la ville, il avait eu la précaution de la quitter. Malheureusement il se laissa leurrer par trois prétendus amis et fut livré au duc qui l'enferma dans le château de Grolée en Bugey, où il passa deux ans.

On ne peut guère douter que le duc n'eût juré la perte des citoyens qui avaient pris l'initiative de la combourgeoisie avec Fribourg et l'heure fatale aurait déjà alors sonné pour Berthelier, si Bezanson Hugues eût laissé au duc le loisir de mûrir ses projets de vengeance. Mais ce patriote, sans attendre l'entrée des troupes ducales, est allé en toute hâte porter en personne à Fribourg la nouvelle de la déloyauté du duc et de la détresse des Genevois. A peine a-t-il serré la main de ses amis, que le Conseil de Fribourg, électrisé par sa simple et mâle éloquence, décide de secourir Genève. Les soldat? se pressent en foule autour de la bannière et, le 7 avril déjà, arrivent à Morges où ils s'emparent du gouverneur de V'aud, le seigneur de Luilin. De nombreux volontaires accourent du Gessenay et d'autres contrées grossir cette avant-garde,

qui prit bientôt les proportions d'une arniée. On apprit à Genève le même jour l'approche des montagnards. « Fui dit en Grand Conseil, le 8 avril, que les ambassadeurs des Ligues viennent pour pacifier la descente des gens de guerre de Fribourg. Ordonné de le faire savoir à M. l'évêque et à M. le duc, afin que tout se façe par leurs ordres. »

Le duc n'avait garde d'attendre le choc des bandes belliqueuses qui marchaient sur Genève et il s'empressa de faire des ouvertures de paix par l'intermédiaire des députés de Berne, deSoleure et de Zurich. Les Genevois virent alors s'éloigner les troupes ducales, mais ce fut à un prix onéreux, la renonciation définitive à l'alliance fribourgeoise.

« Le H avril, en Conseil général, où se trouvèrent de la part de M. l'évêque et de M. le duc de Savoye MM . l'évêque de Belley, l'abbé de Sl-Claude et de Nantua et le Conseil épiscopal, comme aussi MM. les ambassadeurs de Zurich, Berne, Soleure et Fribourg, par le conseil de ces derniers, les sindics et la communauté réitérèrent la renonciation à la bourgeoisie de Fribourg à forme de l'arrêt de Zurich, sans préjudice des libertés de la ville; l'acte fut reçeu par Boulet. Le vicaire fit défense sous peine de 25 livres que l'on n'eût point à s'injurier les uns les autres à l'occasion de ces choses. Les ambassadeurs déclarèrent que sans une somme d'argent d'au moins six mille écus d'or l'armée de Fribourg ne se retirera point, et qu'on y pourvoie promptement de peur d'être ruiné. » « Le 12 avril, en Conseil général MM. les ambassadeurs donnèrent avis qu'on eût à se hâter à payer à l'armée de

Fribourg la somme de 8000 écus d'or soleil pour le moins, autrement ils craignent qu'ils ne détruisent la ville ; ils ont parlé au duc qui leur a dit qu'il vouloit payer >a part de la dite somme. Ordonné que tous les citoyens et habitants de la ville prêtent à la communauté selon leur pouvoir entre les mains du sindic Plongeon ^ » Mais bien que les Fribourgeois eussent touché 4000 écus, ils ne consentirent pas à se retirer avant que la communauté eût cautionné le duc pour 16,000 écus ; l'engagement en fut pris en Grand Conseil le 19 avril. De plus la ville dut payer iOOO florins pour les dépenses faites par les ambassadeurs des cantons médiateurs.

Ainsi se dénoua cet épisode connu sous le nom de guerre des besoles, parce que, vu le carême, les Savoyards qui occupèrent Genève pendant huit jours, n'eurent d'autre régal que de petits poissons. Les Genevois avaient à cette occasion expérimenté le sort qui trop souvent est réservé aux faibles, ils avaient été opprimés par leurs ennemis, rançonnés par leurs amis.

Le dimanche des Rameaux (17 avril), l'évêque avait fait assembler le Conseil général, et l'official Chappuis avait déclaré en son nom qu'il accordait le pardon à tous ceux qui s'étaient occupés de la bourgeoisie de Fribourg et remerciait ceux qui n'y avaient pas consenti.

Au mois de mai fut tenue à Zurich une diète qui déclara la bourgeoisie détinilivemenl rompue.

La rupture de la combourgeoisie avec Fribourg fut pour Genève le prélude de bien mauvais jours. L'occasion favorable pour frapper un grand coup semblait arrivée.

* Reg. des Conseils.

Le duc résolut de faire agir l'évêque son cousin. On apprit bientôt que ce dernier se proposait de venir de nouveau fixer sa résidence dans Ja ville. «Le 16 aoust, on dit que M. l'évêque asseinbloit des gens de guerre avec lesquels il vouloit entrer dans la ville. Ordonné que les sindics de la Mar et Plongeon Tironl trouver à Bonne pour l'assurer de l'entière obéissance de la ville, et pour la luy recommander. » — « Le 19 aoust, les dits sindics rapportèrent que l'évêque leur avoit fait un bon accueil, et qu'il leur avoit dit qu'il n'assembloit point de gens de guerre, mais qu'il vouloit entrer demain dans Genève avec 100 ou 150 hommes de pié pour sa garde, prétendant de vivre joyeusement avec les citoyens, ne déplaisant à personne, mais protégeant chacun en son bon droite » Mais ces propos gracieux couvraient des desseins sinistres. «Il se tint coy ce jour là, dit Bonivard, et le dimanche en suivant, veillant sur Berlhelier qu'il tenoil pour le bélier du troupeau. Lequel, jaçoil qu'il fût de ce par plusieurs adverty, n'en tenoit compte, ains ne laissoit d'alleret venir partout comme devant, si que l'on eust dict qu'il ne fuyoit pas la mort, mais luy couroit après. »

«Le lundi en suivant (23 août), Berthelier fut rencontré par le vidomne, accompaigné de certain nombre de souldars de l'évesque, à l'environ de six heures (du matin), lequel vidomne le fit prisonnier, de la part de Monseigneur de Genève, et lui ousia son espée. Berthelier luy dict fièrement : Advisez que vous ferez de cette espée, car il vous en fauldra rendre compte. Si fut il toutes fois conduit en Lisle, où il fut enserré et gardé par ung bon

1 Reg. des Cons.

nombre de compaignons de guerre de l'évesque, tout ce jour. El ne luy forma l'évesque son procès selon les libertés el francbises de Genève, qui portent que tout laïc, prévenu de crime, debvoil estre remis aux sindiques, pour luy faire son procès, comme droicturiers juges de ceslu) affaire^.»

Dans ces circonstances, le Conseil ne pouvait pas demeurer muet.

« Le 23 août, en Conseil des Cinquante fut représenté l'emprisonnement de Philibert Berthelier fait aujourd'hui el qu'on procède à inventoriser ses biens avant que de l'avoir condamné. Les sindies requièrent l'évêque de le leur vouloir remettre s'il est criminel, offrans d'estre prêts à rendre justice, et qu'il lui plaise de faire sursoyer l'inventaire jusqu'après connaissance de cause à forme des libertés; le priant qu'il veuille garantir la ville de l'infraction de ses franchises 2. »

Mais cette fois-ci, la maison de Savoie ne devait pas laisser échapper la proie qu'elle guettait depuis si longtemps. Un commissaire fut chargé de faire le procès au prisonnier et l'expédia en quelques heures. La sentence suivante fut portée :

« Puis donc Philibert Berthelier qu'en ceci, comme en d'autres choses, lu t'es toujours montré rebelle à mon très-redouté Prince Seigneur et le tien, ayant commis des crimes de lèze-majesté, et plusieurs autres dignes de mort, comme il est contenu dans ton procès, nous te condamnons à avoir la tête tranchée jusqu'à la séparation de

^ Bonivard.

- Reg. du Conseil.

l'âme et du corps, ton corps pendu au gibet de Champel,

ta tête fichée à une potence proche la rivière d'Arve. »

Le noble patriote avait refusé de répondre à un tribunal dont il ne pouvait reconnaître la compétence et, inébranlable en face du sort qui l'attendait, il avait tracé sur les murs de sa chambre ces paroles mémorables : Non moriar, sed vivam et narrabo opéra Domini^. «On luy dict, dit Bonivard, que s'il vouloit demander pardon à Monsieur de Savoye, il le luy donneroit, mais il ne voulut oncques et aima plus cher mourir. »

Il était fort à craindre que si l'exécution avait lieu à Champel, Berthelier ne fût arraché, durant le trajet, aux sbires épiscopaux par les citoyens qui n'avaient pu oublier combien de fois le chef des Enfants de la ville les avait lirés des mains de la justice. Aussi l'étroite place de l'Ile fut-elle choisie pour le lieu de l'exécution. Les abords du pont étaient gardés par une troupe nombreuse de soldats. « Berthelier ne tint aultre propos, fors qu'il s'escria : Ha, Messieurs de Genève! puis se mist à genoux et fut décollé, son corps mis sus une charrette, où esloit aussi le bourreau, tenant sa tête, et fut traînée la dicte charrette parmy la ville, l'accompagnans plusieurs soudards, et alloit criant le bourreau : Veez cy la teste du iraislre Berthelier 2. »

* Je ne mourrai point, mais je vivrai et je raconterai les œuvres du Seigneur.

' On composa en l'honneur de Berthelier une épitaphe latine dont voici le sens : «Quel mal m'a donc fait la mort? La vertu reverdit après le trépas, et ne périt ni par le gibet, ni par le glaive d'un cruel tyran »

— 167 — (1519) Ainsi tomba le premier martyr de la liberté genevoise. Mais la cause pour laquelle Berthelier avait combattu ne périt point avec lui, et le courage dont il avait fait preuve trouva dans la suite de généreux émules. Toutefois, le but que s'étaient proposé le duc et l'évêque, en l'immolant, fui temporairement atteint : « Estant ainsi mort Berthelier, cela fit aullant de consolation au tyran, comme au peuple désolation, car estant anéanty le mastin, il avait beau jeu à mesnager sus les brebis, qu'esloienl toutes comme esgarées^ »

Fin de l'épiscopat de Jean de Savoie.

Le parti des Eidguenots sembla par la disparition de son chef complètement disloqué ; l'évêque ne lui laissa pas le temps de se rallier, et le 27 août, quatre jours après le supplice de Berthelier, il obligea les syndics alors en charge à déposer leurs fonctions. «Ils remirent leurs bastons au Prince, dit Bonivard, lesquelz ils luy aimoient mieulx remettre que leurs testes. » Cela fait, l'évêque convoqua un Conseil général pour leur donner des successeurs. Dans l'acte très-développé, destiné à motiver ce coup d'état, Tévêque déclare que les anciens syndics n'ont point été élus régulièrement et leur fait surtout un crime « d'avoir fermé les portes à Monsieur Charles de

1 Bonivard.

Savoie, prince si doux qui aimoit singulièrement cette cité, et vouloit remettre la ville et ses habitants en vraie paix, union, amitié et concorde. » — « L'illustrissime seigneur duc, disait encore l'évêque, a été forcé de faire assembler une grande cohorte armée de ses sujets et une foule de nobles et puissants seigneurs qui l'ont accompagné pour l'assister; et si cet illustre prince n'avoit pas été plein de miséricorde, et s'il n'avoit pas surpassé par sa clémence la charité du Rédempteur, et si nous n'avions pas été secourus par l'intercession de notre Seigneur Jésus-Christ et de la vierge Marie, sa mère, en notre faveur, la ville auroit été totalement anéantie avec tous ses habitants, et nous aurions tous été égorgés, du plus grand jusqu'au plus petit, à cause de ce mauvais Conseil et de ses délibérations effrénées. Saint Dieu ! Quelle ruine c'eût été, si les choses s'étoient passées ainsi ! Quelle est la langue, quelle est l'inlelligence qui eût pu conter un tel dommage, si celte cité, qui a de tout temps fleuri dans une si grande paix et tranquillité, et dont la renommée a brillé de tant d'éclat dans l'univers presqu'entier, avoit péri ^. »

L'évêque, grâce aux torrents de sa pathétique éloquence^ n'eut pas de peine à obtenir du Conseil général la nomination de bons syndics en la personne de Pierre Versonnay, Pierre deMontyon, Pierre de Fernex, Guillaume Danel. Le Conseil ordinaire fut aussi épuré.

On ne tarda pas à reconnaître la portée de ce changement à la nouvelle attitude du Conseil. Nous lisons, en effet, dans les Registres à là date du 27 septembre : « On

^ Galiffe, Besanson Hugues. Pièces justif., p. 475.

apprend que Messieurs de Fribourg ont envoyé par tous les cantons pour faire des plaintes contre le duc et l'évôque, disant qu'ils ont injustement fait mourir M. de Fons et Berthelier, leurs bourgeois, et on dit qu'ils se sont vantés d'envoyer une armée dans le pays du duc. » L'évèque fait assembler, pour délibérer sur ce sujet, le Conseil des Cinquante, qui députe Nergaz et de Lafontaine à la journée qui avait élé convoquée à Soleure le 30 octobre, pour régler le différend entre le duc et Fribourg. Ces députés reçurent pour mission de justifier le meurtre de Berthelier en représentant ce dernier comme un séditieux et un fauteur de troubles. « Remontreront nos envoyés comment feu Phil. Berthelier était homme séditieux et turbateur de paix, et comment par ses séditions, mutinations et pratiques, étoit la cité de Genève tombée en grosse désolation, si par justice n'y eut été obvié , remontrant aussi la vraie vérité comment l'exécution d'icelui a été faite ; dont il apparaîtra mes dits seigneurs non avoir été au vrai informés. Si l'on dit que Philibert Berthelier a été mal pris, vu qu'il n'y avoit nul dénonciateur et nul accusateur, ni information préalable, et que les accusations n'étoient pas suffisantes pour son arrestation, on répondra que, suivant la forme des franchises, la renommée tient lieu d'accusateur, que la notoriété du fait n'a besoin d'aucun procès, ni d'aucune forme de procès, etc. » La précipitation avec laquelle le procès fut expédié est aussi complètement approuvée dans cette complaisante apologie, et le traitement infligé à Navis et à Blanchet est apprécié comme très-régulier. « Quant à nos franchises, disent encore ces mêmes ins-

truclions, nous ne nous en cornpiaignons nullement, et

n'a rien été fait conlr'icelles^ »

Ce langage tenu au nom de la cité donne la mesure du déplorable revirement survenu dans la direction des affaires à la suite du meurtre de Berthelier. Un citoyen nommé Amédée de Joye, enfermé au château de l'Ile, fut traduit le 7 septembre devant les nouveaux syndics, à la requête du vidomne Aimé Conseil, comme complice des entreprises de Berthelier 2. Comme les témoins qui déposaient contre lui n'avaient pu établir aucune charge sérieuse, le 27 novembre, le substitut du vidomne demanda qu'il fût mis à la torture. Il observa que son bras était estropié. Les chirurgiens consultés déclarèrent «que l'accusé ne pourroit pas supporter l'estrapade, mais qu'il pourra endurer le tourment de la chatte sans secousse^.»

Pécolat fut de nouveau inquiété ; car on lit dans les Registres du Conseil à la date du 6 seplembre : «Qu'on prie l'évèque d'avoir pitié de Pécolat et qu'il ne se con-

1 Voir cette pièce dans les Matériaux de Galiffe, III, 96.

2 L'auteur de l'acte d'accusation dressé contre de Joye n'y allait pas de main morte . «Depuis dix ans en ça, le prévenu a commis plusieurs délits tant graves que légers, comme vols, rapines, larcins, fornications, viol, concubinages, falsifications et vente de marchandises falsifiées, homicides, empoisonnement; il est invocateur des démons, blasphémateur de Dieu et ses saints, joueur de taverne, querelleur, séditieux et débaucheur de gens vertueux, de mauvais renom et de réputation intolérable, le tout plus ou moins, comme on le prouvera plus clair que le jour. »

3 M. Galiffe qui a publié les principales pièces de ce procès ne dit pas quel en fut le dénouement; Thourel affirme, sans aucune preuve à l'appui, que de Joye fut décapité.

sume pas en dépens. » Deux des syndics déposés qui s'étaient refusés à rendre leurs comptes aux magistrats intronisés par l'évêque furent déclarés, pour ce fait, privés de la bourgeoisie, et leurs boutiques furent fermées jusqu'à ce qu'ils se fussent soumis.

Ainsi, des citoyens ne craignaient pas de prêter leur concours aux agents de la tyrannie pour river les chaînes de la cité. Des exemples d'une faiblesse semblable abondent, hélas ! dans les fastes de l'histoire. C'est ainsi que trente citoyens d'Athènes avaient accepté de Sparte la tâche de tenir leur patrie dans la dépendance. A l'époque même où les créatures de Jean de Savoie traquaient les patriotes, Christian de Danemark, après s'être rendu maître de la Suède, installait dans le pays des officiers intîdèles à la cause de leur nation, et lorsque plus tard le duc d'Albe eut érigé à Bruxelles le barbare tribunal de sang, d'indignes fils de la Néerlande consentirent à y siéger.

Le 10 décembre 1519, l'évêque faisait publier à son de trompe la proclamation suivante : « L'on fait assavoir à toutes manières de gens de la part de notre très-révérend et très-redouté seigneur, Monseigneur de Genève, que nul ne soit, ni si osé, ni si hardi de porter bâtons ni armes, tant offensibles que défensibles, jouxte les cries déjà faites, sur la peine de 25 livres et de deux traits de corde pour un chacun faisant du contraire. Item, que nul ne soit si osé ni si hardi faire congrégation de nuit, et ce sur la dite peine. »

Le jour même où cette publication était promulguée, le duc, qui s'était tenu à Annecy pendant que son cousin

muselait les citoyens, entra dans la ville. Ayant accepté ]a charge de prononcer en qualité d'arbitre sur divers points en litige entre l'évêque et les citoyens, le duc rendit nn arrêt qui fut accepté par le Conseil des Cinquante le \ 4 décembre et le 20 par le Conseil général .

L'évêque manifesta alors la prétention de désigner les syndics pour l'année prochaine, par mesure d'exception ; mais les citoyens repoussèrent cette demande en s'en référant aux articles rédigés par le duc qui laissaient au Conseil général la nomination des quatre syndics sur une présentation de huit candidats faite par le Conseil des Cinquante. Le même jour, un seigneur de noble lignage, Nicod de Beaufort, sire de Salagine, nommé vidomne par le duc, en remplacement du méprisable Aimé Conseil, prêtait serment devant le Conseil général.

Cependant, il était difTicile qu'à Genève le ressort de la liberté fût longtemps et violemment comprimé sans qu'il rebondît. Aussi plusieurs personnes honorables ayant été arrêtées pour contravention à l'ordonnance épiscopale, relative au port d'armes, le 9 janvier 1520, dix-sept citoyens se rendirent auprès du vicaire de l'évêque et par i'organe de Bezanson Hugues, protestèrent solennellement contre les arrestations qui venaient d'être opérées au mépris des franchises et déclarèrent qu'ils étaient résolus à en appeler à la Cour métropolitaine de Vienne ^ Cette démarche ferme en imposa aux représentants de l'évêque et l'interdiction de porter des armes fut révoquée.

1 Voir le texte de cette protestation dans la vie de Bezanson Hugues, par Galiffe. P. just. n» 2.

Le l*^"" février 1520, Bezanson Hugues qui avait refusé obstinément de paraître à la maison de ville fut déclaré déchu de la bourgeoisie, ainsi que Jean Taccon.

Le 5 février, le Conseil général s'assembla pour l'élection des syndics ; les Eidguenots s'opposèrent à l'exécution des articles, relatifs à celte nomination, qui avaientélé récemment imposés par le duc de Savoie et réclamèrent une élection libre. Delà un tumulte qui força de renvoyer l'élection au lendemain, et les quatre syndics nommés au mois d'août dernier furent réélus. Deux jours plus tard, les opposants, cités devant le Grand Conseil, déclarèrent qu'ils acquiesçoient aux articles rédigés par le duc.

A partir de ce jour, la cité jouit d'un temps de répit assez prolongé. Si d'un côté les amis parfois turbulents de l'indépendance ont cessé leurs manifestations, de l'autre le duc et l'évéque semblent s'être endormis sur leurs sanglants lauriers. Bonivard afïirme même que les débats entre les Mammelus et les Eidguenots furent suspendus pour un temps. « Et commencèrent peu à peu se réaccoinler les Eidguenoss et Mammeluz faisant enlr'eux bancquetz et grosses chières, et s'eslisoient au Conseil les ungs les aultres, pesie mesle, sans avoir respect aux partialitéz passées. » Ce résultat doit probablement être attribué à l'éloignement de l'évéque Jean de Savoie qui paraît s'êtr& prolongé jusqu'à sa mort.

Les graves événements de 1519 et surtout l'armement des Fribourgeois avaient imposé à la cité de lourdes charges, et les Conseils durent aviser à diverses mesures pour se procurer les ressources nécessaires.

« 27 février. Ordonné en Conseil des Cinquante qu'on

payeroit la gabelle d'un sou par florin de tout le vin qu'on vendra tant en gros qu'en détail, outre ces trois sous par tonneau pour l'enlrée ; et que sur la chair qu'on vendroit, on metlroit deux onces par livre, en sorte que les bouchers, au lieu de 18 onces, ne vendroient qu'à 16, et on exigeroit d'eux les deux autres ; et que tous payeront, même les ecclésiastiques. Et ce, pour payer la somme de 24,000 florins, due par la ville, y compris 2,700 écus dûs aux Elvéchis (les Suisses). Les dits impôts furent approuvés en Conseil général. » — «Le 17 mars et jours suivants, les bouchers font de grandes résistances à celte gabelle, refusant de servir, mais enfin il fallut qu'ils s'y soumissent. »

« 30 novembre. En Grand Conseil le sindic Versonnex expose que M. de Diesbach, de Berne, demande qu'on le sorte de caution ; et que les pauvres qui avoient fourni des vivres lorsque le duc étoit à Genève avec ses sujets font de grandes plaintes pour avoir leur paiment. On ordonne qu'on feroit présent à M. de Diesbach d'un habit de velours tanné pour sa femme, à cause du service qu'il a fait à la ville; et que pour payer les sommes qu'on doit en Allemagne, les riches prêteront trois écus, les médiocres deux et les moindres un ; qu'avec cela on payeroit premièrement les pauvres et ensuite les aulres par le moyen de la gabelle, de laquelle les ecclésiastiques ne seront pas exempts, puisque s'il étoit arrivé quelque malheur à la ville, ce sont eux qui auroient fait la plus grandé perte. ^ »

Le Chapitre prétendit que les Conseils n'avaient point le droit de le taxer et cita les syndics à Rome, le 30 avril 1521. De là un débat qui dura assez longtemps.

* Reg. des Cons.

Sur ces entrefaites, l'éveque Jean de Savoie, que sa santé délabrée tenait éloigné des affaires do son diocèse, avait désigné pour son coadjuteur, avec l'assentiment du pape, Pierre de la Baume, abbé de Sl-CIaude, de la noble maison de Montrevel, en Bresse. Ce prélat prit posvsession le 25 janvier 1 521 de l'administration de l'évêché, et jura les franchises dans l'église de Saint-Pierre, en présence de Monsieur l'éveque de Maurienne, de Nicot de Beauforl, seigneur de Salagine, et de M de Beaufort, gouverneur de Vaud. Les sjmdics et les membres du Conseil allèrent le trouver l'après-dîner, disent les Registres, pour l'informer des troubles et séditions et de tout ce qui s'est passé ci-devant ^

L'entrée en fonctions du nouvel administrateur coïncida avec un rapprochement marqué entre les Eidguenots et les Mammelus. C'est ce dont il n'est pas permis de douter, lorsqu'on voit Bezanson Hugues qui dix mois auparavant avait été privé de sa bourgeoisie, se présenter devant le Conseil ordinaire, le 29 janvier. Le grand citoyen expose « que depuis 3 ou 4 ans il y avoit en cette ville une certaine dissension entre les citoyens et bourgeois qui a beaucoup nuy à la ville et a presques été

* Les poursuites judiciaires contre les Eidguenots furent closes par le procès de Benoît Toquet qui s'ouvrit le 27 janvier 1521. Ce malheureux fut condamné à perdre la tête ; toutefois il résulte des pièces publiées par Galiffe {Matériaux, TI, p. 165), que sa participation aux manifestations faites par les Eidguenots, bien que mentionnée dans l'acte d'accusation, fut considérée comme excusable, et que la sentence fut motivée sur un homicide que l'accusé avait commis dix ans auparavant sur la personne de Jean Rey.

cause de sa destruction; c'est pourquoy il prioit MM. les sindics et conseillers de faire cesser toutes ces choses, afin que l'ancienne amitié se rétablisse, et que l'on soit tous de bon accord. MM. les sindics agréèrent sa représentation etluy dirent qu'il ne tiendroit pas à eux qu'ils, fussent tous bons amis. ^ » Le2 février, Bezanson Hugues reparut accompagné de Jean Taccon, Cl. Vandel, de la Mar, Plongeon, Ramel, Dadaz et 15 autres Eidguenots^ et demanda au nom de ses compagnons « qu'on les voulût recevoir pour amis, afin qu'ils puissent vivre sous l'obéissance de M. l'évéque, de ses officiers et des sindics. Ce qui fut agréable aux dits sindics et ils acceptèrent avec joye, disants qu'ils le communiqueroient à M. de St- Claude, et qu'on le feroit approuver aux absents ; ainsi l'on se réconcilia réciproquement. » Le 3 février, le Conseil général auquel se trouvèrent présents plus de 400 hommes élut pour syndics : Louis Montyon, François Cartellier, Louis Lestellay et Guillaume Aquenée. Le 5 février, M. de Sallagine, vidomne, vint de la part du coadjuleur demander des explications au sujet de la déclaration faite par Bezanson et ses amis. Bezanson répondit « qu'il vouloit être obéissant à Mgr. l'évéque, à ses officiers et aux sindics, et qu'il croyoit que les autres pour lesquels il portoit la parole en feroient de même. Alors ils burent ensemble en signe de paix. »

On s'aperçut bientôt au langage plus ferme des magistrats que l'accord s'était rétabli entre les citoyens.

«Le 21 février, comme on eut fait une cerlaine citation de la part du duc au pont d'Arve et à Cornavin contre

* Reg. du Conseil.

quelques parliculiers de la ville, à l'énervaiion des franchises, on réoolut d'envoyer une ambassade au dil duc pour le prier d'abolir celte citation, et luy dire avec toute humilité que si on demande quelque chose à ceux qui ont été cités qui soit contre la jurisdiction de l'évêque et les franchises, ils exposeront leurs biens et toute la ville pour maintenir l'autorité du ditévêque et leurs franchises.^ » Les citoyens eurent la satisfaction de se voir appuyés dans cette occasion par le coadjuleur et le Conseil épiscopal. «Le l^f mars, Rév. M. de Si-Claude vint au Conseil et dit qu'il avoit appris qu'on avoit exécuté une certaine citation par l'autorité du duc, tant au lieu de Cornavin qu'au pont d'Arve, contre quelques-uns de la ville, laquelle citation est au préjudice de la jurisdiction de M. l'évêque et des libertés et franchises. C'est pourquoi il ordonnoit qu'on consultât bien cette affaire, et qu'il en parleroit lui-même au duc vers lequel il devoit bientôt aller. On envoyé faire des plaintes au duc de la part de M. de Sl-Claude et de la part de la ville, de ce que l'on avoit tiré de llsle un meutrier pour le mener à Gex, où luy avoit fait couper la tête^. » — « Le 22 juin parce que MM. les sindics ont été cités par des lettres du Conseil de Chambéry qui leur ordonnent de relâcher Jean d'Alinges^ lesquelles lettres sont entièrement contre la jurisdiction de M. l'évêque et les franchises de la ville, ordonné que les dits sindics iront prier M. le vicaire de faire assembler le Conseil épiscopal pour pourvoir à ces choses^. » — «Le 8 octobre, en Conseil des Cinquante, un nommé Claude de Porta fut privé de sa bourgeoisie pour avoir ^ Reg. des Conseils.

(i5ii. - 178 fait citer les sindics devant le Conseil de Chambéry ^ > «Le 20 décembre, parce qu'on a souvent parlé des oppressions faites par les officiers du vidomnat contre les franchises, qu'on écrive à M. de Sallagine vidomne, pour le prier qu'il n'amodie pas l'office du vidomnat avant que MM. les sindics luy ayent parlé ^ »

Le 15 octobre, le syndic Montyon avait proposé au Conseil d'inviter à la maison de ville B. Hugues et ses compagnons « afin de manger ensemble les truites que doivent les amodieurs des fermes ; ce qui fut approuvé. » Nous ne savons pour quelle raison B. Hugues et ses adhérents déclinèrent cette invitation. Après avoir pris acte de leur refus, le syndic Montyon déclara le 22 octobre «qu'il ne lenoit pas aux sindics et Conseil que l'on ne vécût tous en bonne paix et vraye amitié, comme autrefois^. »

Au moment où les amis de Berthelier se voyaient de nouveau honorés de la confiance de leurs concitoyens, le bourreau mitré qui l'avait mis à mort s'éteignait obscurément dans le château de Pignerol. Nous n'avons trouvé indiquée nulle pari la date précise de la mort de Jean de Savoie qui doit avoir eu lieu dans les premiers jours de l'année 1522 2. L'épiscopat vacant échut à Pierre de la Baume qui en avait déjà entre les mains l'administration. Comme ce dernier était alors absent, M. Gruet, vicaire de Genève, prit possession de l'évêché en son nom le 13 février et jura les franchises.

* Reg. des Conseils.

'- Pierre de la Baume, qui résidoit alors auprès de l'évêque, informe les syndics de sa mort par une lettre datée du 7 février.

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