NAPOLÉON CONSIDÉRÉ COMME LE FILS DE LA RÉVOLUTION
La victoire des thermidoriens sur le parti robespierriste n'avait été obtenue que par l'alliance de Tallien et de ses complices avec la droite. On peut dire que, dès le 9 thermidor, la Révolution fut aux mains de ses ennemis; elle descendit de réaction en réaction, de chute en chute, jusqu'au Directoire qui acheva l'amollissement des caractères et la ruine des vertus civiques. La représentation nationale perdit tout prestige, et Bonaparte put faire le coup d'Etat du 18 brumaire, sans que le peuple s'émût de cette éclatante violation de la loi.
Bientôt sur les ruines de la République s'éleva TEmpire , qui devait nous donner tant de gloire stérile et nous susciter tant de haines fatales. Nos armées parcoururent l'Europe ; mais ce n'était plus, comme en l'an I, l'an II et Fan III, «pour
appeler les peuples à la liberté ». Ce n'était plus pour aller porter la guerre aux rois et la paix aux nations. Non, des millions et des millions de soldats, amis ou ennemis, semèrent leurs ossements depuis le Tage jusqu'à la Moskowa, pour satisfaire l'ambition insatiable de Napoléon P% ce grand pourvoyeur de la mort. Nos drapeaux flottèrent sur le Kremlin, la cathédrale de Vienne, l'Escurial; mais les Prussiens de Blucher vinrent camper aux Champs-Elysées. Finalement, de victoires en revers, de revers en désastres, l'Empire succomba dans cette lutte gigantesque, et, avant de partir pour l'ile d'Elbe, Tempereur proféra ces amères paroles, qui sont la plus haute condamnation de son règne de gloire et de mort : « Ah! laisser la France si petite après l'avoir prise si grande!... »
Or, en 1815, les révolutionnaires et les royalistes ne considéraient pas Napoléon du même point de vue : pour les premiers, c'était Tétrangleur de la République ; pour les seconds, au contraire, c'était un jacobin; c'était le fils, l'héritier, le continuateur de la Révolution.
Dans Napoléon, les républicains voyaient alors, et voient encore aujourd'hui, le pire ennemi des principes révolutionnaires ; le despote qui a étouffé la liberté, le général qui s'est servi des armées républicaines pour tuer la République, le conquérant qui a démoralisé la guerre en se substituant