L.V CHAMBRE INTROUVABLE
commises par la cour prévôtale, ce tribunal de sang", ce véritable instrument de terreur.
Pendant les discussions relatives aux cours prévôtales, il fut même question de supprimer l'échafaud, dont Forigine est révolutionnaire. Cette guillotine est une terrible niveleuse : elle abat aussi bien la tête d'un noble que celle d'un vilain, égalité vraiment humiliante pour l'aristocratie qui avait jadis le privilège du billot, tandis que les roturiers périssaient par la corde. C'est pourquoi un M. Duplessis de Grenédan demanda que le gibet fût rétabli avec tous ses privilèges. « Heureux, s'écria-t-il, le peuple chez lequel la tache d'un seul crime se transmet de père en fils ! » Il est certain que si la proposition Grenédan avait été mise aux voix, la Chambre l'eût votée.
Le retour à l'ancien régime, tel était le rêve insensé de ces hommes, troublés et rendus féroces par l'esprit de réaction. Aussi ne trouvaient-ils pas assez d'anathèmes pour jeter à cette Révolution qui avait tué le Passé en décapitant le roi. Humilier la France révolutionnaire, lui faire expier sa révolte contre l'oppression, la châtier de ses efforts pour se rendre libre fut le but constant du parti royaliste. C^est dans cet état d'esprit que, le 28 décembre, sur la motion de M. Sosthène
de la Rochefoucauld, la Chambre des députés décida « que le 21 janvier de chaque année serait un jour de deuil national, et qu'en expiation du crime de ce malheureux jour, il serait élevé sur l'une des places de Paris, au nom et aux frais de la Nation, une statue au roi martyr, avec cette inscription : « La France libre à Louis XVL »
Cette motion fournit aux députés l'occasion d'affirmer passionnément leur foi monarchique, et leur haine pour la France régicide. Un d'entre eux, ne trouvant pas de termes assez forts pour exprimer son horreur des excès révolutionnaires, s'écria que « tous les Français étaient des monstres pour avoir laissé commettre de pareils attentats, et y avoir pu survivre ».
Dans sa séance du mardi 9 janvier 1816, la Chambre des Pairs, présidée par le chancelier Dambray, discuta, à son tour, la résolution votée le 28 décembre par les députés. Nouvelle explosion de haine contre les bourreaux de « l'auguste victime ». Tous les pairs se livrent aux éclats d'une bruyante douleur; la salle retentit de leurs cris de fureur et de malédiction. Desèze, Lally-Tollendal se distinguent parmi les plus véhéments ; mais nul n'égale le vicomte de Chateaubriand dans ses lamentations hyperboliques.
L'auteur des Martyrs, voulant exprimer combien une personne royale est majestueuse, même après sa mort, raconte qu'il a assisté, l'année pré-