‹ Les suites du Neuf Thermidor; terreurs blanches, 1795-1815Chapitre 2 sur 18 · LA RÉVOLUTION VOULAIT ÊTRE DOUCE ET HUMAINE · texte numérisé non relu

LA RÉVOLUTION VOULAIT ÊTRE DOUCE ET HUMAINE

Avant de parler des Terreurs blanches, je crois utile de retracer sommairement les causes et les effets de la Terreur révolutionnaire : ce récit nous servira ensuite de point de comparaison.

Je crois fermement à la marche du progrès ; mais je i^emarque avec tristesse que jusqu'à ce jour il ne s'est avancé que sur des chemins sanglants. C'est toujours à la suite d'une commotion violente, d'un soulèvement populaire, d'une révolution enfin qu'un privilège a été aboli, un droit reconnu, une liberté conquise. Est-ce une loi mystérieuse et fatale de cette terre imparfaite, de notre planète inférieure? Je l'ignore, mais on dirait que la lutte, et la lutte seule, et la lutte acharnée, est une condition d'harmonie pour notre monde.

Luttons donc, et quoi qu'il en soit, gardons l'espérance en un avenir meilleur; ayons la conviction que nos efforts hâtent l'avènement de la

Justice ; que le jour approche où la Force et le Droit seront à jamais unis. Luttons enfin pour que les Terreurs soient impossibles entre concitoyens et entre peuples.

Nul plus que moi n'a regretté les excès de la Révolution. Il est déplorable qu'elle ait été obligée, forcée de quitter sa route pacifique et li-' bératrice pour s'engager dans une voie terrible. Ah ! ses fautes, nous les payons assez cher, nous, ses fils! A qui ont-elles profité? A ses ennemis. Qui en a le plus souffert? C'est elle-même, tout d'abord ; c'est l'idée républicaine pour longtemps retardée ; c'est le progrès ralenti, c'est la Liberté étouffée.

Et dire cependant que la Terreur était inévitable ! Car, ne l'oublions jamais, la Révolution apparut au monde douce, clémente, fraternelle. Elle décréta la liberté humaine et commença par affranchir les serfs de l'abbaye de Saint- Claude ; elle voulait porter une branche d'olivier à la main, on la força de tenir le glaive de la loi ; elle ne demandait qu'à être miséricordieuse à tous, on la rendit implacable.

J'en prends à témoin Vergniaud qui disait : « Je voudrais consommer la Révolution par l'amour. »

J'en atteste aussi ceux qui ont tué Vergniaud, les plus grands terroristes eux-mêmes, ceux qui, comme Danton, s'écriaient :

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