‹ Les suites du Neuf Thermidor; terreurs blanches, 1795-1815Chapitre 3 sur 18 · LA RÉVOLUTION VOULAIT ÊTRE HUMAINE · texte numérisé non relu

LA RÉVOLUTION VOULAIT ÊTRE HUMAINE

a J'aime mieux être guillotiné que g-uillotineur, » et avaient dû cependant, poussés par les circonstances, instituer le tribunal révolutionnaire.

Ceux qui, comme Robespierre, avaient débuté par voter contre la peine de mort, et s'étaient faits ensuite les pourvoyeurs de l'échafaud.

Marat lui-même a dit ce mot profond, qui explique bien des fureurs :

« Je me suis fait anathème pour le peuple. »

On peut être haineux par compassion de ceux qui soutîrent injustement, et devenir le bourreau des bourreaux.

Avez-vous jamais vu ce spectacle ?

Un ver de terre, inoffensif, impuissant, est dévoré par des centaines de fourmis qui de leurs crocs aigus rongent et taillent dans sa chair fraîche et vivante. Le lombric se débat, se tord, se roule sanglant sous ses bourreaux qui le traînent, le tiraillent en tous sens; la victime périt, mangée pièce à pièce, et elle est déjà rongée plus d'à moitié qu'elle n'a pas cessé de souffrir affreusement.

Eh bien, moi, dans ce cas, j'éprouve une joie furieuse à écraser les fourmis sous mes pieds !

De même lorsque, à travers l'histoire, je rencontre un peuple longuement torturé, qui se débat sanglant sur la claie où ses égorgeurs le traînent, de haineuses colères me montent au cœur. Je

voudrais pouvoir écraser les tourmenteurs, je goûterais une acre et immense volupté à les sentir sous le couperet de la guillotine, et si j'étais Jupiter je leur lancerais mon tonnerre pour jouir de les voir foudroyés.

C'est ainsi que des terroristes ont été cruels par humanité !

Les trahisons, les guet-apens, les provocations de toutes sortes rendirent la Révolution violente. Supposons que quelqu'un s'empare par la force de votre héritage et en jouisse longtemps, très longtemps, sans que vous puissiez l'obliger à restitution. Devenu fort à votre tour, vous réclamez votre part à l'usurpateur : qu'il cède, reconnaisse son injustice, et vous pourrez lui pardonner. Mais s'il répond à vos justes revendications par des insolences, s'il vous frappe en traître, la colère vous transporte et vous terrassez ce perfide ennemi.

Ainsi pendant des siècles, les classes privilégiées usurpèrent les droits du peuple, s'approprièrent son travail, sa liberté, sa vie même ; et loin de céder aux justes réclamations de ce peuple opprimé, dépouillé, les oppresseurs traitèrent de voleurs, de bandits et de rebelles, leurs victimes à la fm révoltées. De là, les accès de fureur de la Révolution.

Pour se convaincre que le caractère de la Révolution à ses débuts était essentiellement humain

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