CONSULTER POUR LES DEUX CHAPITRES PRECEDENTS
MicHELET. Histoire de la Révolution. La Vendée. Henri Martin. Histoire de France déjà citée, tomes I
et n.
Louis Blanc. Histoire de la Révolution^ tome XII,
pages 278, 282, 345, 346, 350; tome XIII, pages 118,
Emile Souvestre. Les Derniers Bretons, édition de 1866,
Michel Lévy, éditeur. Tome second, pages 30 à 36.
ASSASSINATS DE LYON Mai 1795.
La mort de Robespierre fit relever la tête à la réaction. Dès que les thermidoriens eurent fait preuve de ménagements , de faiblesse à l'égard des contre-révolutionnaires<-une foule de nobles, de prêtres réfractaires , d'émigrés rentrèrent en France, et bientôt, s'enhardissant, ne dissimulèrent plus leurs criminels desseins. Lyon, cette capitale du royalisme sous la Révolution, eut le triste honneur d'être le rendez-vous des émigrés, retour de Suisse ou d'Italie. La fermentation devint extrême dans la ville ; les prêtres lançaient du haut de la chaire des excitations furibondes. Des bandes d'égorgeurs se formèrent sous le nom de Compagnies de Jésus, Compagnies du Soleil.
Ces noms sont caractéristiques ; ils signifient : vengeurs de l'Autel et du Trône, du Sacerdoce et de la Royauté. On sait que depuis Louis XIV, le soleil est l'emblème de la royauté. Compagnons de Jésus, c'est-à-dire exterminateurs des ennemis
8b PREMIERE TERREUR BLANCHE
de Dieu ; compagnons du Soleil, exterminateurs des ennemis du Roi.
Ces bandits dressèrent des listes de proscription et alors il se passa des scènes incroyables. On vit des hommes tués à bout portant dans la rue, en' plein jour ; des femmes poignardées sur le seuil de leurs portes ; d'autres proscrits, attirés par ruse hors de leurs maisons et assommés immédiatement. Les cadavres, traînés par les rues, étaient ensuite jetés dans le Rhône.
Leur ouvrage accompli, les assassins se paraient de beaux habits, car ce n'étaient pas de petites gens que ces compagnons de Jésus, et ils venaient recevoir les bouquets et les caresses des femmes royalistes, ainsi que les bénédictions des prêtres.
Trois cents compagnons de Jésus, trois cents compagnons du Soleil, sans compter ceux qui les excitent, cela fait beaucoup d'assassins pour une ville. Quel est donc leur but? Faire la guerre aux Jacobins, tuer les Terroristes, rendre terreur pour terreur. Ce serait déjà une odieuse vengeance, surtout pour des gens qui se réclament du Christ, et ce n'est cependant qu'une partie de leur programme : ce que veulent ces terroristes blancs, c'est l'anéantissement des républicains. Ils ne s'en cachent pas, d'ailleurs, excités qu'ils sont par les lyonnaises riches ou dévotes. « Il ne doit pas rester un seul révolutionnaire, » disent-ils.
Cependant la Convention s'émeut à un rapport
LES GOMPAGNIEr=; DE JÉSUS Eï DU SOLEIL 87
de Marie-Joseph Chénier qui lui signale la situation de Lyon. Le 1"* mai, elle rend un décret pour obliger les émigrés et les prêtres réfractaires rentrés, à quitter le territoire de la France. Les bandits royalistes, pour mieux témoigner leur mépris de la Convention, répondent à son décret par un massacre en masse des prisonniers républicains. Ces prisonniers, accusés d'excès pendant la Terreur, étaient détenus dans les maisons d'arrêt des Recluses, de Saint- Joseph et de Roanne. Le 16 floréal (5 mai), à la sortie du théâtre, les compagnons de Jésus et du Soleil, au nombre d'environ trois cents, se divisent en trois bandes et coui'ent aux prisons dont ils enfoncent les portes. Le poignard et le pistolet aux mains, ils commencent un affreux égorgement qui dure longtemps, car nombreuses sont les victimes. Dans une des prisons, les détenus se défendent avec acharnement et tuent plusieurs assaillants : ceux-ci, rebutés par une telle réception, entassent des matières combustibles dans la salle des prisonniers, y mettent le feu et brûlent ceux qu'ils n'ont pas pu égorger. C'est un épouvantable spectacle. Une mère, tenant son jeune enfant dans les bras, se précipite du haut d'une tour dans les flammes. Quatre-vingt-six prisonniers, dont six femmes , périssent ainsi dans cette nuit lugubre, et ce n'est que le commencement d'une longue suite de massacres.
Ce fait et ceux qui suivront, non moins horribles, sont cependant peu connus, tandis que le 2 septembre révolutionnaire est l'objet de Texécration universelle. Pourtant ces beaux messieurs de Jésus et du Soleil, ces jeunes gens, musqués et gantés, ces assassins élégants du mois de mai 179S, ressemblent furieusement aux septembriseurs déguenillés de 1792. Même, si de pareils actes pouvaient trouver des circonstances atténuantes, je les accorderais aux septembriseurs ; car au moment de leur crime, les ennemis entouraient nos frontières, Verdun était menacé parles Prussiens, la République avait à faire face à des périls de toutes sortes : alors la frénésie et le délire peuvent en quelque sorte s'expliquer. Tandis que les égorgeurs de Lyon, et ceux du Midi qui vont les imiter, n'avaient pas pour prétexte un immense danger à prévenir. Ils n'avaient pas à faire peur aux révolutionnaires, comme ceux-ci, selon le mot de Danton, « avaient à faire peur aux royalistes ».
Non, car les autorités thermidoriennes et girondines, d'accord avec les réactionnaires, voyaient avec satisfaction cette Terreur nouvelle. Leurs sympathies n'allaient pas aux victimes mais aux bourreaux : la preuve en fut éclatante. Les assassins de Lyon, traduits pour la forme devant le tribunal de Roanne , reviennent dans leur ville acquittés et triomphants. Des femmes jettent des
fleurs sur leur passage, et le soir, au théâtre, ils reçoivent des couronnes, comme s'ils avaient donné l'exemple de quelque haute vertu civique !
Ah! il avait bien la vision des événements futurs, Robespierre, lors de son arrestation au 9 thermidor, quand ses ennemis ayant crié : Vive la République ! il leur répondit : « La République ! elle est perdue , car les brigands triomphent ! »
Neuf mois seulement après la victoire des thermidoriens, Chénier, exposant les progrès qu'avaient déjà faits la contre-Révolution, montrait « l'anarchie partout transformée en moyen de royalisme , l'esprit de vengeance déchaîné , la liberté combattue à outrance, le président de la Convention assailli d'injures, les départements du Dauphiné et de la Bretagne inondés de manifestes séditieux, et le département du Rhône abandonné à une dictature d'assassins ».
CORSULTER POUR CE CHAPITRE
Henri Martin, 2" volume. Chapitre IX.
Louis Blanc. Révolution^ tome 12, pages 128, 129, 131, 133, 136, 137.
MiCHELET. Histoire du XIX^ siècle. Edition de i880, Marpon et Flammarion. 1" volume, 2** partie, chapitre V. Pages 162 à 169.
Mai et Juin 1795.
Les ovations faites aux assassins de Lyon ne tardèrent pas à porter leurs fruits : tout le Midi fut bientôt terrorisé sous le poignard ! Tous ceux qui avaient joué un rôle pendant la Révolution , faibles ou puissants, brillants ou obscurs, innocents ou coupables ; tous ceux qui étaient seulement soupçonnés d'avoir des sentiments républicains furent portés sur des listes de mort, marqués pour l'assassinat. Le nombre des victimes, on ne le saura jamais, car les amis du Trône, qui seuls ont eu si longtemps la parole, se sont efforcés de faire le silence et l'oubli sur tant d'abominations royalistes, et d'en détruire les preuves.
Marseille eut aussi ses compagnons de Jésus et du Soleil. Ces bandes d'égorgeurs s'étaient recrutées surtout parmi les jeunes gens corrompus, cachés au moment de la grande Réquisition, pour ne pas aller aux frontières, et parmi ces élégants de mauvais goût désignés sous le nom de Muscadins. Atroces bandits qui mêlaient aux assassinats d'ignobles outrages aux femmes, bien plus hideux que les guillotineurs sans-culottes. Après avoir passé la journée à égorger des prisonniers,
ils se poudraient, se musquaient et allaient le soir se faire applaudir au spectacle par les Merveilleuses, ces femmes pires que les Furies révolutionnaires.
Or, dans le Midi, les terroristes blancs se sentaient appuyés par les Commissaires de la Convention eux-mêmes : le féroce Cadroy , qui ne dissimulait pas sa complicité avec les meurtriers ; Chambon, qui se plaignait de la lenteur des formes et faisait distribuer des armes aux assassins; le fou furieux Isnard, qui ne rêvait que regorgement des révolutionnaires. Ces trois représentants dont le devoir était d'apaiser les esprits, ne firent, au contraire, qu'exciter les passions vindicatives. Ils méritent l'exécration de l'Histoire , car c'est grâce à eux surtout que les assassinats se multiplièrent et restèrent impunis.
Les massacres en masse commencèrent à Aix. Il y avait dans les prisons de cette ville des républicains que l'on allait juger pour jacobinisme : leur condamnation n'était pas certaine. Les compagnons du Soleil, de Marseille, se chargèrent de remplir les fonctions des juges et l'office des bourreaux. Le 21 floréal (5 mai), jour même oii le tribunal à'kix devait prononcer sur fe sort des détenus, ces bandits arrivent en armes dans la ville et le lendemain, 6 mai, à quatre heures du soir, aux sons lugubres du tocsin, ils enfoncent les portes de la maison de justice à coups de canon,
égorgent une partie des prisonniers, puis mettent le feu à la prison. C'était comme à Lyon.
Quelques jours après, les massacreurs se ruent de nouveau sur la prison et font encore quarantequatre victimes, dont plusieurs femmes. Une de celles-ci allaitait son enfant de quatre mois ; on le lui arrache, et tandis qu'on l'écrase sous les pieds, elle-même est tuée et coupée en morceaux !
Est-ce que ces crimes des terroristes blancs n'égalent pas en horreur ceux des septembriseurs rouges? Et nul ne s'éleva pour en faire justice. Que dis-je? On y applaudit. Chambon, qui aurait pu les prévenir et ne le voulut pas, les représenta (( comme l'effet d'une trop excusable impatience ».
Ce n'était là que le prologue. Le drame véritable eut lieu à Tarascon, le 25 mai, avec un luxe de cruauté, une volupté dans le crime, une mise en scène qu'auraient enviée Néron, Tibère, Montluc, des Adretz, tous ces héros des supplices raffinés. Je ne parle pas de Marat, car à côté des assassins dont il s'agit ici, le conventionnel poignardé par Charlotte Corday était un homme profondément humain.
Donc^ les bandits royalistes de Tarascon se masquèrent, et, au nombre de deux à trois cents, ils envahirent le fort qui servait de prison. Egorger simplement, sommairement les révolution-
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naires^ comme à Lyon, comme à Aix, n'offrait pas à ces blasés du crime un plaisir assez savoureux ; ils résolurent de précipiter les prisonniers du haut de la grosse tour du fort, bâti sur un roc, au bord du Rhône. Mais à ce spectacle d'un nouveau genre il fallait des spectateurs, et « des émigrés, des prêtres, des dévotes vinrent prendre place sur la chaussée, le long du fleuve ». Ils étaient là, comme au théâtre, attendant le lever du rideau. Tout est prêt. Du sommet de la tour, haute de 60 mètres, les victimes sont précipitées une à une dans l'abîme, tombent sur les pointes du rocher, s'y déchirent et roulent ensanglantées dans le Rhône, « tandis que les spectateurs font retentir la chaussée de leurs frénétiques applaudissements » ! A chacun des cadavres est clouée par un poignard une étiquette portant ces mots : « Défense d'ensevelir sous peine de la vie, » et nul n^ose braver cette terrible menace. Aussi les chiens et les oiseaux de proie accourent-ils sur les bords du fleuve pour y dévorer des lambeaux de chair humaine.
Ce qui est, à mon avis, le plus effroyable dans ce drame, c'est la complicité des autorités locales qui se bornent à constater la disparition des prisonniers ; c'est la présence de ces émigrés, de ces prêtres, de ces dévots qui applaudissent ; c'est la participation avouée ou tacite d'une partie de la population. Aussi les égorgeurs, après avoir ac-
compli leur épouvantable besogne, se mettent à parcourir la ville en faisant la farandole, comme en un jour de joyeuse fêle, et ils peuvent se vanter de leurs forfaits : beaucoup les en félicitent. Tel est, à cette malheureuse époque, l'état d'esprit des royalistes dans le Midi !
A Marseille, regorgement des prisonniers républicains n'offrit pas le même raffinement de barbarie qu'à ïarascon, mais le jnombre des victimes fut bien plus considérable.
Les détenus étaient au fort Saint-Jean, à l'entrée du port : on ne leur cachait pas que leur tour viendrait d'être septembrisés comme les Jacobins de Lyon et d'Aix. Un mouvement populaire fait en leur faveur ne fit que précipiter la catastrophe qui les menaçait; voici comment :
L'esprit révolutionnaire s'était maintenu parmi les ouvriers de l'arsenal de Toulon ; lorsque des bruits sinistres se répandirent au sujet des républicains enfermés au fort Saint-Jean, les ouvriers toulonnais se soulevèrent et se mirent en marche vers Marseille (21 mai), pour demander la liberté (( des patriotes opprimés ». Voilà donc celte cohue d'hommes s'avançant à pied, en tumulte, sans chef, et presque sans armes. Au village du Beausset, les ouvriers se heurtent contre une armée de cavaxcrie et d'infanterie, qui les fusille, les sabre, les disperse. C'est ce que Isnard, Chambon et Cadroy appellent une bataille gagnée.
Ces trois représentants font ensuite une entrée triomphale à Toulon, y installent une commission militaire, y dressent des échafauds et dépeuplent cette malheureuse ville par la terreur. Quelques jours après, Cadroy laisse ses deux collègues en finir avec les républicains toulonnais, et retourne à Marseille, où, avec son assentiment, les compa- • gnons de Jésus et du Soleil organisent le massacre des prisonniers.
Depuis quelque temps déjà on préparait ces malheureux détenus à Timmolation, par un traitement odieux. Ils étaient enfermés dans des cachots obscurs, infects, n'ayant qu'une insuffisante nourriture, à peine du pain et de l'eau. Tout ceci évidemment dans le but de les affaiblir et de rendre plus facile la tâche de leurs assassins.
Le 5 juin (17 prairial), à 5 heures du soir, les bandits pénètrent dans le fort.
Ils enfoncent la porte d'un des cachots et bientôt des cris affreux, des gémissements emplissent la prison, mêlés à des hurlements de joie. Quand ce premier cachot ne contient plus que des cadavres, les égorgeurs s'acharnent à forcer une autre porte : elle résiste. Alors ils vont chercher du canon et tirent à mitraille sur les prisonniers. L'exécution est encore trop lente à leur gré : ils jettent du soufre enflammé par les soupiraux, ils allument de la paille mouillée à l'entrée des sou-
terrains, et les républicains qui échappent au canon ou au poignard, périssent asphyxiés.
Le carnage dure depuis plus de trois heures, le sang ruisselle, des centaines de victimes ont succombé, lorsque Ghambon, Isnard et Cadroy, « supposant que la besogne des bandits était achevée », arrivent au fort, escortés de soldats, et ordonnent de cesser le massacre.
Ils ne sont guère écoutés et les brigands continuent leur œuvre sanglante sous les yeux des représentants. D'ailleurs, d'après la déposition de plusieurs témoins, Ja complicité de Cadroy avec les criminels est évidente. Il leur dit : « Est-ce que vous ne pouvez pas faire ce que vous faites en silence? Pas de canons ni de pistolets ! Ça fait trop de bruit et met l'alarme dans la ville. »
Les soldats de l'escorte, indignés de tant d'abominations, arrêtent quelques-uns des assassins pris en flagrant délit, Cadroy les fait aussitôt mettre en liberté.
Ils eurent ainsi tout le temps, ces égorgeurs, non seulement de faire périr leurs victimes, mais encore de les dépouiller, car ces vengeurs de Dieu et du Roi étaient assassins et voleurs. Assignats ou bijoux, ils prenaient tout, vidaient avec soin les poches des cadavres.
Eh bien, les auteurs des massacres du fort Saint-Jean ne furent nullement inquiétés; la jus-
tiçe n'en poursuivit aucun, et les administrateurs, leurs complices, restèrent en place.
Bien plus, les soldats de l'escorte qui avaient voulu arrêter quelques-uns des assassins furent appelés des buveurs de sang, tandis que le club royaliste de Marseille décerna une couronne aux ek/orgeurs ! La terreur révolutionnaire a-t-elle jamais connu des excès pareils ?
Et ces horreurs s'étendirent sur une grande partie de la France. C'était, comme on l'a dit, « un long Deux Septembre tous les jours renouvelé ». On assassinait en masse dans les prisons, et isolément sur les routes, dans les champs, dans les maisons. Que de victimes périrent dont les noms ne furent jamais connus !
Le but avoué des royalistes était de faire une « Saint-Barthélémy des républicains ». Jacobin ou modéré, tout homme suspect d'être favorable à la Révolution, tombait sous leurs poignards. Ils ne s'en cachèrent pas avec Renaud, un des juges de Carrier et un excellent patriote : <( Tu n'es point un terroriste, tu n'es point un dilapidateur, mais tu es un républicain, et nous n'en voulons pas. » Conclusion, un coup de poignard !
C'est pourquoi l'assassinat prit de pareils développements.
« Dix départements, trente cités ont vu se renouveler ces scènes sanglantes. A Marseille^ Tarascon, Aix, Avignon, L'Isle, Nîmes, Sisteron,
Toulon, Montélimar, on a lutté de crimes avec les assassins de Lyon. La fureur des royalistes ne s'est pas encore arrêtée dans ces communes ; elle s'est promenée dans les contrées de l'Est ; elle a souillé Saint-Etienne, Bourg, Lons-le-Saunier. Elle a pénétré jusqu'à Sedan, et dans le centre même de la France, à Roncières, district de Chinon, et jusqu'aux portes de Paris, à la ferme du Bois-Blanc. » (Rapport de Ghénier aux deux Gomités.)
Quand Ghénier fit le rapport de cette Terreur blanche à la Gonvention, l'esprit réactionnaire y régnait et André Dumont s'écria : « Est-il donc nécessaire d'épouvanter le monde et la postérité? »
Les crimes des royalistes étaient, en effet, épouvantables; mais la Gonvention, alors contre-révolutionnaire et décadente, ne voulut point s'en préoccuper.
Le silence se fit peu à peu sur ces atrocités; on les laissa dans l'oubli par système, et les générations futures les ignorèrent. Aujourd'hui encore, je connais des gens qui ont lu notre histoire et qui ne connaissent pas d'autres terroristes que les Montagnards.
Gar lorsqu'il s'est agi des excès de la Révolution, les écrivains monarchistes n'ont pas reculé devant l'idée « d'épouvanter le monde et la postérité ». Ils ont pris plaisir à exagérer ses violences , à
grossir le nombre de ses victimes ; ils n'en ont présenté que le côté terrible.
Cette longue iniquité durera-t-elle toujours?
Que les septembriseurs de Paris soient un objet d'horreur universelle, bien ! Mais pourquoi ne pas vouer à la même exécration les assassins de Lyon et ceux de Marseille ?
Que l'on ait fait expier à Carrier les noyades de Nantes , rien de mieux ! Mais pourquoi ne pas avoir puni les massacreurs du Midi?
Il y a là une criante injustice que l'Histoire a le devoir de flétrir.
CONSULTER POUR CE CHAPITRE
Henri Martin. IP volume, chapitre IX. Pages 296 à 300. Louis Blanc. Révolution, tome XII. Pages 145, 150, 151,
153, 160, 163, 167, 168, 169, 170, 171, 172. MiCHELET. Histoire du XIX'^ siècle^ 1" volume, 2' partie,