‹ Les Suites Medicales de la CholechystectomieChapitre 111 sur 137 · OBSERVATION XXX · texte numérisé non relu

OBSERVATION XXX

Madame Caz…., 29 ans. Troubles psychiques, dépressifs. Tadhycardie. Diarrhée post. opératoire.

Consulte pour une crise douloureuse abdominale, sous-hépatique, à début brusque.

Il y a 10 jours, dans la nuit, début par des douleurs très vives de la région sous-hépatiques avec irradiations postérieures dorsales.

Vomissements bilieux.

Cette crise dure quelques heures. La malade est subfébrile (37,8).

Mais des crises analogues se reproduisent ensuite pendant quelques jours en augmentant de durée et d’intensité. La température monte à 39. Les vomissements persistent.

Jamais d’ictère. Constipation.

Antécédents personnels : Fausse-couche avec septicémie et phlébite bilatérale. |

Un enfant de trois ans bien portant.

Examen :

Le ventre est souple.

Le foie n’est pas augmenté de volume, on sent dans la région vésiculaire une petite tuméfaction dont il est difficile d’apprécier les limites. Légèrement douloureuse, très mobile avec les mouvements respiratoires.

Le pouls est rapide, la langue saburrale. Les urines contiennent de l’albumine mais on n’y trouve ni pigments ni sels biliaires.

L'utérus rétroversé à droite cul-de-sac cartonné.

Radio : Après tétraiode la vésicule ne s’injecte pas.

Diagnostic : cholécystite lithiasique.

Opération le 8 mai 1935 (Prof. Mocquor). Incision transversale susombilicale droite; la vésicule est masquée par le bord inférieur du foie, adhérénte à l’épiploon au duodénum. Libération du fond et de la face inférieure jusqu’au collet. Décollement assez difficile d’avec la face inférieure du foie avec laquelle la vésicule est très adhérente. On ouvre un petit foyer contenant un magma puriforme. La cavité de la vésicule est ouverte et laisse échapper 7 ou 8 petits calculs. Ablation de la vésicule. Deux ou trois points sur le lit de la vésicule. Ligature du cystique et de Partère; drainage avec une lame de caoutchouc, Suture de la paroi en trois plans.

Examen de la pièce : Vésicule jaune, à parois épaissies et blanchâtres. Muqueuse peu altérée. On trouve encore un calcul dans la cavité et deux dans le bassinet. Le canal cystique est encore perméable.

30 septembre 1935: Se plaint d’un endolorissement dans l’hypochondre droit: sensation de bouche pâtense, quelques douleurs épigastriques. Apparition d’une diarrhée post-prandiale datant de l’intervention, survenant 1 heure après le repas.

Surtout syndrome psychique : s'énerve, veut être enfermée dans une maison d’aliénés. Peurs nocturnes, insomnies. Impression de déchéance. Sensation de « nerfs noués ».

Elle pleurera toute sa vie et restera un objet de dégoût. Est allée consulter à la Salpétrière et a vu d'innombrables médecins. Très loquace. Troubles vaso-moteurs : Pieds froids ou moites.

Pouls à 120 en permanence. Pas de goître ni d’énophtalmie. Métabolisme basal : 8 %. Abolition des réflexes nauséeux pharyngiens.

7 octobre 1935 : Sous l'influence du traitement. (Nabr. Sympath.) dort bien. Se sent moins lourde qu'auparavant après les repas.

Mais persistent les angoisses. La diarrhée prandiale.

19 octobre 1935 : La malade dort bien. Beaucoup moins nerveuse. S’éveille avec un peu de céphalée et d’angoisse. Après les repas sensation de pesanteur et envie de pleurer.

96 octobre 1935 : Sommeil normal, disparition de l'angoisse sous l'influence du laudanum. Diminution des palpitations. Pouls à 100, régulier.

9 novembre 1935 : La cessation du laudanum a déterminé de l’insomnie. Reprise des crises de larmes.

93 novembre 1935 : Disparition de l’insomnie. Crises de larmes moins nombreuses. Persistance des angoisses, des palpitations à la moindre occasion. Pouls à 96.

Après s'être remise au travail, comme nous le lui avons conseillé, la malade se sent mieux. Tandis qu’elle travaille, elle n’est plus en proie à la mélancolie. Très bon appétit. Aucune douleur abdominale On augmente la dose de Génésérine, on supprime le laudanum, prescription de stérogyl.

7 décembre 1935 : Diminution des angoisses et des crises de larmes.

La diarrhée n’a pas été influencée par la thérapeutique : survient. après chaque repas.

18 janvier 1936 : Diminution des angoisses. Amélioration de l’état psychique.

La diarrhée persiste : 2, 3 selles par jour, non moulées coliques. Avait été améliorée par le laudanum. Une selle après chaque repas.

Radiographie : Gros intestin flexueux : de contours un peu irréguliers, sans images de lésions pariétales constituées.

27 janvier 1937 : Revient consulter parce que très nerveuse et se plaint de palpitations au moindre effort, à la moindre émotion.

Céphalées et insomnies fréquentes.

Examen : Réflexes tendineux très vifs.

D’autres aboutissent, à la suite d’interminables poussées douloureuses, à un esprit de revendication qui ne va pas sans quelque danger comme en témoigne le cas de Mme A. que nous avons rapporté au chapitre des ictères. Cette malade était sujettes à des poussées d’hépatite répétées qui l’amenèrent à un état de dépression coupée de phases d’excitation vive. Elle vint une fois, se faire hospitaliser en emportant dans son sac à main un révolver : elle était révoltée de l’impuissance de la médecine devant son cas et avant de se suicider, désirait tuer quelques médecins. Nous eûmes la chance de ne pas lui voir réaliser ses desseins. Un examen complet nous montra une syphilis latente, dont le traitement régulier a semblé mettre fin aux poussées d’hépatite.

La conclusion de ce bref chapitre sera pratique.

Il ne faut opérer que contraint et forcé tous les sujets qui présentent des troubles neuro-végétatifs certains, avec une certaine instabilité psychique, une morphologie à type cérébral.

Ces trois constatations sont les éléments d’un même syndrome.

De tels sujets sont avant tout des déséquilibrés neuro-végé-

tatifs chez lesquels on devra considérer comme un épiphénomène la cholécystite lithiasique, si elle ne donne pas de troubles considérables. À plus forte raison la cholécystite simple. Bien loin de leur vanter les miracles opératoires, il faut se laisser imposer l'intervention par les événements, en sachant que les résultats les meilleurs resteront médiocres et que beaucoup seront désastreux. Une fois de plus les séquelles de la cholécystectomie proviennent d'indications mal posées.

Les chirurgiens arrivent aux mêmes conclusions. Dans sa thèse écrite sous l'inspiration de DESMAREST, notre collègue Davin termine ainsi un chapitre consacré au « terrain » neurovégétatif des opérés : « L'étude des tempéraments devra nous aider à déceler ces terrains sensibilisés chez qui tout s’extériorise par des signes en disproportion manifeste avec les lésions déterminantes, chez qui par suite l'opération risque d’être sans bénéfice ».

Page 1