‹ Les suppliantsChapitre 5 sur 6 · LES SLIM'I.IAN [S · texte numérisé non relu

LES SLIM'I.IAN [S

Ils le crurent.

Ils le crurent ; leur deuil les avait d«^pouillés si grandement ! Ils avaient si librement crié! Ils avaient tellement éprouvé de silence et de froid; ils avaient tellement regardé sans bornes à travers le berceau vide !

Ils dirent: « C'est vrai... 11 n'y a pas de Dieu », comme s'ils le savaient déjà sans le savoir, comme s'ils s'en souvenaient.

Puis îls eurent peur; leur plaie leur lit plus étrangement mal.

— Il n'y a pas de Dieu... Alors quoi? firent-ils, eu passant leurs mains de nuit sur leurs faces de soir, hagards comme des gens qui s'éveillent avant l'heure.

Le visiteur reprit avec une simplicité pourtant un peu miraculeuse.

— Alors... Il n'y a que nous.

— Mais nous, qu'est-ce que nous sommes donc? crièrent-ils, ignorant s'ils allaient recueillir, du grand changement universel où ils étaient poussés à lAtons, le prodige de plus de douleur encore, ou le prodige d'un peu de joie...

Le jour s'efîaçait. L'imraeusiU' avouait son ombre et ses étoiles... « Ou'esl-ce que nous sommes? »

demandaient profondément les deux fantômes enchaînés de pénombre et de petitesse, derrière la fenêtre, toute la figure affamée; les deux fantômes humains devant qui le voile de Dieu était tombé. Maximilien dit :

— Nous sommes de l'infini.

— Ah! nous sommes de l'infini... reprirent- ils doucement, sans comprendre et pourtant sans s'étonner.

Mais l'homme regarda ses mains, la maigreur de ses genoux, sa fatigue, regarda la faiblesse de la femme jetée près de lui, et secoua la tète... Puis, malgré lui, ses yeux allaient à travers la fenêtre, les toits, les nuages, les étoiles... Il n'y avait vraiment pas dans l'immensité un point où sa douleur ne fût pas... Et il restait comme fou d'incertitude, dans une vaste et sombre hésitatiou.

Maximilien reprit tout bas, tellement c'était vrai:

— Nous sommes de l'infini, à cause de notre cœur. Et il les aida, ayant peur lui-même, à distinguer,

dans l'ombre, la sublime blessure humaine.

— Ecoutez, leur dit-il, il ne faut pas penser à notre corps, qui est un peu de terre. C'est notre cœur qui est nous... Notre présence, c'est notre cœur.

— Ah! oui... dit la femme en mettaul la main sur sa poitrine, et elle ajouta magnificjuemeut :

— Oui... aux jours de mort, c'est un cœur qui s'en va, et c'est un cœur qui reste... Nous ne sommes que notre cœur.

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Et comme ils le regardaient, il leur expliqua que le cœur, c'est réclamer toujours autre chose, toujours, toujours, sans arrêt, sans cesse, et que cela, c'est de la grandeur infinie.

Maximiiien parlait ainsi avec sa vie, toute sa propre émotion débordait de lui dans cet enseignement d'infini fait à l'humble couple, et eux étaient tellement blessés que toute leur âme était là, qu'ils étaient faciles et prêts à la vérité. Kt ces trois affligés, réunis confidentiellement, communiaient un peu sous l'ombre de la chambre.

La femme parla et dit avec douceur, les yeux perdus, plaintive, et prescjue chantante :

— Ah ! c'est vrai... Toujours... Toujours ce qu'on n'a pas... Jamais ce qu'on a... Toujours... Jamais...

Elle répétait ces mots démesurés : toujours, jamais, en leur laissant toute leur signification, précieusement, pieusement. C'étaient les mots humains.

Jamais elle ne s'était entendue, elle, si profondément nommée, et lorsqu'elle les prononçait, elle se confessait au milieu du vrai silice.

Jamais .. Toujours...

Elle était faite de cela au fond... Non, elle n'était point terrestre ; elle était vague et déchaînée, elle était un cri au delà de toutes choses. Elle comprit en un éclair qu'elle avait bien plus la forme des cieux que la forme d'une femme.

Et elle commença d'être troublée et elle mit de nouveau la main sur son cœur extraordinaire.

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