CHAPITRE III
Des otites chroniques suppurées avec mastoïdite latente.
Ce chapitre sera 1res court, car pour le faire complets faudraiUine élude approfondie des suppurations de l'attique et de leur traitement, de l'opération de Stacke en particulier (1 ), ce qui nous entraînerait loin de notre sujet ; mais tout en nous bornant à l'exposé de la chirurgie de l'apophyse, il nous est impossible de ne pas esquisser à grands traits le tableau de ces otorrhées chroniques, qui se compliquent de lésions mastoïdiennes latentes, si bien que le chirurgien part pour entrer directement dans la caisse et finit par l'ouverture large de l'apophyse. N'est-ce pas la contre-partie obligée du chapitre précédent, où nous avons vu le chirurgien trépaner l'apophyse et être conduit de proche en proche jusque dans la caisse?
Les otorrhées chroniques que nous avons en vue actuellement sont ces suppurations de l'attique dont nous avons déjà dit quelques mots à propos des abcès
(I) E. Weismann, Traitement des suppurations de l'attique. Th. de doct.f Paris. 1892-93, n°204.— Voyez aussi six observations de Luc, liull. et mém. de la soc. franc, d'otol^de lai-yng.etderhinoL, Paris, 1894, p. 186.
MASTOÏDITE- latentes
mastoïdiens aigu- compliquant les otites chroniques,
puis à propos des fistules mastoïdiennes. Comme nous l'avons déjà dit à ce moment, elles sont quelquefois entretenues par l'inflammation de la muqueuse seule, mais d'ordinaire elles sont symptomatiques de caries osseuses, portant soit sur les osselets, soit sur les parois de la caisse, et même le plus souvent les lésions sont complexes, atteignent plusieurs os à la fois. Déjà, enfin, nous avons cherché à faire voir que le diagnostic exact des lésions esl souvent tort obscur : que si. lorsque le stylet donne des renseignements positifs, on peut affirmerqu'il y a un ou plusieurs os malades, lorsqu'il donne des renseignements négatifs, on ne peut nullement en inférer que la muqueuse seule soit enflammée.
En pratique, lorsque le stylet ne rencontre pas d'os dénudé, on commencera parle traitement non opératoire des suppurations de L'attique, par les lavages, les instillations antiseptiques, et l'on ne s'occupera de l'apophyse que s'il survient une complication cliniquement évidente.
Mais Lorsque les lésions osseuses de l'attique sonl certaines ou lorsque, ces lésions «''tant impossibles à déceler cl iniquement, la suppuration est décidément rebelle aux moyens ordinaires, la question change de face: une intervention chirurgicale s'impos
On a d'abord proposé e( pratiqué l'ablation «lu marteau, suivie ou non de celle de l'enclume, par les
JJ'i MASTOIDITES LATENTES
voies naturelles. De là des procédés multiples, tous assez infidèles, et un grand progrès a été réalisé le jour où Stacke a fait connaître sa méthode.
Dans ses grands trails l'opération de Stacke — dont nous n'avons pas à indiquer les détails — consiste à faire une incision rétro-auriculaire, à décoller le pavillon, puis le conduit jusqu'au tympan et a introduire dans l'attique, par l'orifice tympanal, un « protecteur » coudé sur lequel on fait sauter, à la gouge et au maillet, la paroi postéro-supérieure du conduit (mur de la logette). L'attique est alors largement béant et rien n'est plus facile que d'y manœuvrer à la pince, à la curette, pour enlever l'enclume et le marteau, pour extraire les fongosilés, pour ruginer les parois cariées (1).
(1) A propos de l'opération de Stacke, nous signalerons une confusion faite par M. Moure dans une communication récente (21 nov. 1893) à la Soc. tfophth., laryng, et otol. de Bordeaux et du S. 0. (Compte rendu officiel, Gaz. hebd. des Sc.méd. de Bordeaux, M fév. 1894, p. 68). M. Moure a présenté un malade auquel il a fait subir, dit-il, « l'opération dite de Stacke ou de Kiïster», qui « consiste à ouvrir la caisse par l'apophyse mastoïde ». D'après ce que nous avons dit, on voit que ce n'estni l'opération de Stacke, ni celle de Kiïster, mais la trépanation totale dont nous avons parlé en étudiant le traitement des fistules. Il importe de ne pas confondre des interventions différentes. Nous y insistons, parce que récemment C. R. Holmes (Zeitschr. /'. Ohrenhcilk., t. XXV, fasc. 3 et 4, p. 209) a décrit v l'opération de Stacke modifiée par Schwartze ». Cette modification consiste à commencer par ouvrir l'antre et à aller à partir de là dans la caisse. A vrai dire, c'est la suppression pure et simple de l'opération de Stacke, opération dont nous considérons les indications comme rares, mais réelles.