‹ Les suppurations oculaires: consécutives à l'empyème frontalChapitre 15 sur 19 · OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS

OBSERVATION I (inédite) Due à l’obligeance de M. le Professeur RoLLET

Empyème du sinus frontal. Phlegmon de l'orbite et phlegmon oculaire.

R... André, 30 ans, contremaître, entre le 21 septembre 1925 dans le service du Professeur Rollet, suppléé par M. Colrat, chef de clinique.

Antécédents héréditaires : rien à signaler.

Antécédents personnels : blessé en 1916 dans la région occipitale droite par un éclat d’obus. Depuis un mois environ, le malade mouche du pus du côté gauche. Il a présenté un rhume assez violent à cette date. Le 16 septembre, le malade ressent de violents maux de tête dans la région frontale gauche. Ces douleurs s’accentuent encore les jours suivants. Pas de nausées, pas de vomissements. Le 19 septembre, au matin, le malade s'aperçoit que la paupière supérieure de l’œil gauche est enflée. Les douleurs s’accentuent et deviennent intolérables. Ni photophobie, ni larmoiement.

Le 20 septembre, examen du Docteur Colrat.

OEil droit normal. Vision = 1/2 cyl. — 10.

OEil gauche : pas de projection. Fond inéclairable (le malade déclare que c’est depuis vingt-quatre heures que la vision a disparu). OEdème volumineux de la paupière supérieure et de la région frontale. Teinte rouge de la paupière inférieure qui est légèrement pendante., Immobilité du globe oculaire :

NE

celui-ci est dévié, en bas et en dehors. La pression sur l’angle supéro-interne de l'orbite et sur la paroï du sinus frontale est très douloureuse. On décide l'opération pour le lendemain.

21 septembre. — Exophtalmomètre. OEil droit : 16; œil gauche : 22. |

Opération (Docteur Colrat): Trépanation du sinus frontal par la paroi antérieure. Le sinus est très superficiel et est rempli de pus. On rugine la paroi orbitaire du sinus frontal (côté de l'orbite) et l’on ouvre rapidement une volumineuse collection. On place un drain dans l'orbite et un autre dans le sinus frontal. Pas de draînage par le nez étant donnée l’allure aiguë de l'affection. |

23 septembre. — La température n’est pas tombée. Le malade présente un peu de stupeur et son pouls et ralenti. Ponction lombaire : le liquide n’est pas louche mais très hypertendu.

La chambre antérieure est manifestement trouble.

29 septembre. — L'’œil est plein de pus et menace de se perforer. ) 5'octobre. — Le malade présente toujours une température

irrégulière et un peu de torpeur. On procède à l’ablation de l'œil gauche rempli de pus et déjà perforé. Cette énucléation avait été retardée en raison des menaces d’abcès cérébral présentées par le malade.

5 novembre. — La température est tombée assez rapidement depuis l’énucléation de J’œil gauche. Persistance d’une suppuration abondante par le sinus frontal toujours drainé.

Liquide céphalo-rachidien. Cytologie :

Globules rouges : présence ;

Lymphocytes : 40 par mme ;

Quelques polynucléaires.

8 novembre. — Cure radicale (Docteur Sargnon), sousanesthésie générale assez mouvementée sans gros incidents cependant. Le sinus frontal est grand, pôle loin en dehors. Sinus très fongueux. Il y a au niveau de la paroi orbitaire externe un séquestre gothique de 1 cm 1/2 de long sur 8 mm de large au point maximum. Curettage soigneux de tout le sinus. Le canal naso-frontal est garni de fongosités qui sont nettoyées et curettées, Suture totale sourcilière sauf un drain

à la partie externe. Drainage par une mèche fronto-nasale qui est enlevée au bout de deux jours à cause de la température. Au pansement, la plaie va bien, Un peu d’œdème périphé-

rique,

OBSERVATION II (Service des Professeurs Panas et RorLer, in Thèse de Mrcer.)

Empyème frontal. Phlegmon de l'orbite. Panophtalmie.

J. C.., 42 ans, chauffeur, entre à l'Hôtel-Dieu de Lyon le 27 septembre 1895, pour une fistule siégeant à la partie supérointerne de l'orbite.

Rien de particulier à noter sur les antécédents héréditaires du malade.

Antécédents personnels : syphilis à 23 ans imparfaitement traitée. Rhumatisme articulaire.

Il y a quatorze mois environ, le malade a contracté à Londres une fièvre typhoïde assez grave pour laquelle il est entré à l'hôpital. Il entrait en convalescence lorsqu'un jour, il ressentit une douleur continue, fixe, peu intense, localisée à la racine du nez et à la région frontale. Le malade dit lui-même qu'il sentait que la peau de son front, au-dessus du nez, était comme tendue. £

En même temps, il mouchait un peu de sang et un liquide muco-purulent auquel il attacha si peu d'importance qu'il n’en parla pas au médecin traitant.

Les douleurs que le malade éprouvait étaient jusqu'alors tolérables ; il ne s’en inquiéta guère, attribuant tous ces malaises à un « reste de fièvre ». Il resta ainsi pendant huit mois, souffrant très peu, lorsqu'un jour, il ressentit une vive douleur dans l'orbite ; cette douleur était sourde, profonde et s’irradiait dans tous les sens.

Quatre ou cinq jours après, le malade avait de l’exophtalmie en bas et en dehors, puis, peu à peu, survinrent de la photophobie, du larmoiement en même temps que les douleurs revenaient de plus en plus vives. D’après les renseignements fournis par le malade, il aurait eu de la panophtalmie. Sur ces entrefaites,il revenait à Paris, en novembre-décembre

(le malade ne peut préciser) et il entrait à l’Hôtel-Dieu (Clinique ophtalmologique de M. le Professeur Panas), où l’énucléation de l’œil fut pratiquée.

Comme à la suite d’une brûlure ancienne le malade avait eu de l’ectropion, on sutura les paupières.

Depuis l’énucléation, il s’est toujours écoulé. du pus hors de l'orbite : en mêrne temps, à l’écoulement nasal presque insignifiant au début, succède un écoulement plus sérieux.

Les douleurs au niveau de la racine du nez persistaient, mais comme le malade souffrait beaucoup moins qu’auparavant, il ne s’en plaignait pas.

11 quitte Paris et le 27 septembre, il entre à la Clinique ophtalmologique de Lyon, dans le service de M. le Professeur Gayet. À ce moment, le malade accuse des douleurs vives, paroxystiques, au niveau de l’arcade orbitaire ; ces douleurs s’atténuent quelquefois, mais le malade n’a jamais de rémission.

On constate à la partie supéro-interne de la paupière inférieure une fistule par où s’écoule du pus et un liquide sérosanguinolent.

Entre temps, léger écoulement nasal. Comme le malade a eu la syphilis, on songe à ce moment à une ostéite du rebord orbitaire du frontal, phlegmon de l'orbite consécutif et à un trajet fistuleux devant conduire sur un foyer d'ostéite.

Le 30 septembre, après anesthésie générale au chloroforme, M. Gayet fait une incision orbitaire de 3 cm au niveau du foyer.

Au niveau de la paroi interne, le curettage semble révéler un foyer d’ostéte. Cautérisation au thermo-cautère. Après grattage, on introduit un drain. Pansement à l’iodoforme.

Malgré cette intervention, la fistule persiste ainsi que les douleurs et les phénomènes suppuratifs continuent.

On cherche avec le stylet, à percevoir s’il n’existe pas un autre orifice faisant communiquer la partie supérieure dés fosses nasales avec le sinus. Cet orifice existe. On pense alors à avivér la fistule. L'opération est tentée mais sans résultats.

5 novembre. — M. le Professeur agrégé Rollet, suppléant M. le Professeur Gayet, voit alors le malade et en présence des

douleurs, de la fistule persistante avec issue de pus, décide une intervention.

no

7 novembre.

une incision située au-dessous d’une ligne unissant les deux échancrures sus-orbitaires, immédiatement en dedans de la ligne médiane, cette incision brusque de 4 cm environ est curviligne et part d’un point situé un peu en dehors de la tête du sourcil pour aboutir au niveau de la racine du nez. Décollement du périoste à la rugine, puis on applique une couronne de trépan de 5 cm de diamètre.

On pénètre alors dans une grande cavité où l’on trouve quelques bourgeons charnus ou fongosités inflammatoires, mais très peu de pus. La muqueuse du sinus est rouge, tomenteuse, très vasculaire. On enlève ces fongosités avec la curette tranchante promenée dans toute la cavité, puis avec un stylet introduit dans le sinus, où on rétablit la perméabilité. Issue de beaucoup de sang par l’orifice de la trépanation et un peu par le nez.

On pratique le drainage en profitant du trajet fistuleux ; un bout sort par l’incision cutanée, l’autre par la cavité orbitaire. Deux points de suture au fil métallique. Pansement à la gaze iodoformée.

Le 8 novembre, le malade ne souffre plus. Lavage par le drain.

Les 9, 10, 11, 12, on continue les lavages ; l’écoulement par le trajet fistuleux diminue beaucoup.

Le 15 ,on enlève le drain ; les douleurs ont coniplètement disparu. Plus d’écoulement de pus. Réunion immédiate au niveau des deux points de suture.

Le malade quitte l’hôpital sans cicatrice apparente.

Pas de méplat au niveau de la trépanation.

OBSERVATION III (WerL) in Thèse Pizuor

Phlegmon orbitaire consécutif à une sinusite frontale. Panophtalmie. Enucléation.

Homme de 32 ans. Signes de sinusite frontale. Rhinorrhée purulente avec très vives douleurs sus-orbitaires. Refuse l’intervention. Cinq jours après : phlegmon ordinaire ; de plus

Len es

perforation cornéenne avec hernie de l'iris à la partie superoexterne de la cornée. Tous ces phénomènes oculo-orbitaires surviennent en vingt-quatre heures après arrêt de l’écoulement nasal purulent. Enucléation avec une radicale de sinusite.frontale. Guérison.

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