‹ Les sœurs RondoliChapitre 14 sur 26 · UN SAGE · texte numérisé non relu

UN SAGE

Au banm de Vaux,

Blérot était mon ami d'enfance, mou plus cher camarade ; nous n'avions rien de secret. Nous étions liés par une amitié profonde des cœurs et des esprits, une intimité fraternelle, une confiance absolue l'un dans l'autre. Il me disait ses plus délicates pensées, jusqu'à ce* petites hontes de la conscience qu'on ose à peine s'avouer à soi-même. J'en faisais autant pour lui.

J'avais été confident de toutes ses amouiî^.

U l'avait eiô de toutes les miennes.

f«t UN SAGE

Quand il m^annonça qu'il allait so marior^ j'en fus blessé comme d'une trahison. Je sea-tis que c'était fini de cotte cordiale et absoluo niïection qui nous unissait. Sa femme était entre nous. L^intimité du lit établit entre deux étre«9 même quand ils ont cessé de s'aimer, une sorte de complicité, d'alliance mystérieuse. Ils sont, l'homme et la femme, comme deux associés discrets qui se défient Cà tout le monde. Mais ce lien si serré, qud noue le baiser conjugal, cesse brusquement du jour où ta femme prend un amant.

Je me rappelle comme d*hier toute la cérémonie du mariage de Blérot. Je n'avais pas voulu ê.ssistor au contrat, ayant peu de goût pour CCS sortes d'événements ; j'allai seulement à la mairie et à l'église.

Sa femme, que je ne connaissais point, était une grande jeune fille, blonde, un peu mince, jolie, avec des yeux pâles, des cheveux pâles, un teint pâle, des mains pâles. £lle marchait avec un léger mouvement onduleux, comme si elle eût été portée par une barque. Elle sem-

Page 1