‹ Les sœurs RondoliChapitre 16 sur 26 · ON SAGE · texte numérisé non relu

ON SAGE

ses lèvres, et je succombe aussltût, me disaul :

« C'est la dernière fois. Je ne veux plus de ces baisers mortels, d Et puis, quand j*ai encore cédé, comme aujourd'hui, je sors, je vais devant moi en pensant àla mort; en médisant que je suis perdu, que c'est fini.

J'ai l'esprit tellement frappé , tellement malade, qu'hier j'ai été faire un tour au Père- Lachaiso. Je regardais ces tombes alignées comme des dominos.Et je pensais : « Je serai là, bientôt. » Je suis rentré, bien résolu à me diremalade, à la fuir. Je n'ai pas pu.

Oh! tu ne connais pas cela. Demande à un fumeur que la nicotine empoisonne s'il peut renoncer à son habitude délicieuse et mortelle. Il te dira qu'il a essayé cent fois sans y parvenir. Et il ajoutera : a Tant pis. J'aîrae mieux en mourir. » Je suis ainsi. Quand on est pris dans l'engrenage d'une pareille passion ou d'un pareil vice, il faut y passer tout entier. »

Il se leva, me tendit la main. Une colère

lit UN SA6B

iumuUuease m^envahissait , une colore haineuse contre cette femme, contre la femme, contre cet être inconscient, charmant, terrible. Il boutonnait son paletot pour s'en aller. Je lui jetai brutalement par la face : « Mais, sacrebleu, donne-lui des amants plutôt que de te laisser tuer ainsi. »

Il haussa encore les épaules, sans répondre, et s'éloigna.

Je fus six mois sans le revoir. Je m'attendais chaque matin à recevoir une Icllre do l'aire part me priant à son enterrement. Mais je ne voulais point mettre les pieds chez lui^ obéissant à un sentiment compliqué, fait do mépris pour celte femme et pour lui, de colère, d'indignation, de mille sensations diverses.

Je me promenais aux Champs-Elysées par un beau jour de printemps. C'était un de ces 'aprfes-midi tièdes qui remuent en nous dos joies secrètes, qui nous allument les yeux cl versent sur nous un tumultueux bonheur do vivre. Quelqu'un me frappa sur l'épaule. Je

Page 1