CN SAGE
merotournai: c'était lui; c'était lui, superbe, bien portant, rose, gras, ventru.
Il me tendit les deux mains, épanoui de plaisir, et criant: « Te voilà donc, lâcheur? »
Je le regardais, perclus do surprise : « Mais... oui. Bigre, mes compliments. Tu as changé depuis six mois. »
Il devint cramoisi, et reprit, en riant faux: « On fait ce qu'on peut. »
Je le regardais avec une obstination qui le gênait visiblement. Je prononçai: «Alors...
tues... tu es guéri?»
Il balbutia très vite; «Oui, tout à fait.Mercî.» Puis, changeant de ton : « Quelle chance de te rencontrer, mon vieux. Hein! on vase revoir maintenant, et souvent j 'espère ? »
Mais je ne lâchais point mon idée. Je voulais savoir. Je demandai: « Voyons, tu te rappelles bien la confidence que tu m'as faite, voilà six mois... Alors..., alors..,, tu résistes maintenant. »
U articula en bredouillant : « Mettons qre je ne t'ai rien dit, ei laisse-moi tranquille.
i9i UN SAGE
Mais tu sais, jo te trouvo ot je te garde. Tu viens dîner à la maison. »
Une envie foUo me saisit soudain de voir cet intérieur, de comprendre. J'acceptai.
Deux heures plus tard, il m'introduisait chez lui.
Sa femme me reçut d'une fagon charmante.
Elle avait un air simple, adorablement naïf et distingué qui ravissait les yeux. Ses longues mains, sa joue, son cou étaient d'une blancheur et d'une fiuesso exquises; c'était là do la chair fine et noble, do la chair de race. Et elle marchait toujours avec ce loug mouvement de chaloupe comme si chaquo jambe, à chaque pas, eût légèrement fléchi.
René Tembrassa sur le front, fraternelle- '/lent ot demanda : « Lucien n'est pas encore arrivé? »
Elle répondit, d'une voix claire et légère :
> Non, pas encore, mon ami. Tu sais qu'il est toujours un peu en retard. »
Le timbre retentit. Un grand garçon parut, fort brun, avec des joues vehios et un aspect