‹ Les sœurs RondoliChapitre 19 sur 26 · LE VERROU · texte numérisé non relu

LE VERROU

A Raoul Ds^UsiTit.

Les quatre vorrcs devant les dîneurs restaient à moitié pleins maintenant, ce qui indique généralement que les convives le sont tout à fait. On commençait à parler sans écouler les réponses, chacun ne s^occupant que de ce qui se passait en lui; et les voix devenaient éclatantes, les gestes exubérants, les yeux al« faunes.

C'était un dîner de garçons, de vieux garçons enduircis. Ils avaient fondé ce repas rentier, une vingtaine d'années auparavant, ea

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le baptisant :« lo Célibat ». Ils étaient alors qualorzo bion décidés à ne jamais prendre Comme. Ils restaient quatre maintcnaut. Troisi éUienl morts, et les sept aillLres mariés.

Cet qoatnHà tenaient bon ; et ib diservaient scrupuleusement, autant qu^il était en leur pouvoir, les règles établies an début do celle curieuse association. Ils s'étaient juré^ les mainticUns les mains, de détourner do ce qu^on appelle le droit chemin toutes les femmes qu'ils pourraient, de préférence celle dos amis, de préférence encore celle des amis les plus in* times. Aussi, dès que Tun d*cux quittait la société pour fonder une famille, il avait soin do se fdcherd'imc façon définitive avec tousses anciens compagnons.

Ils devaient, en outre, à chaquedîner s'entre confesser, se raconter avec tous les détails et les noms, cl les renseignements les plus précis, leurs dernières aventures. D'où cotte espèce de dicton devenu familier entre eux : « Mentir comme un célibalairc. »

.Ils professaient, en outre, le mépris le ptsjB

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!:omplet pour la Femmf), quils traitaient do « Bèlo h plaisir ». Ils citaient à tout instant Schopenhauer^ leur dieu ; réclamaient le rétablissement dos harems et des tours, avaient fait broder sur lo lingo do table , qui servait au (llnor du Célibat, ce précepte ancien : « Mulicr, petpetuus in fans », et, au-dessous, le vers d'Alfred de Vigny :

La femme, enfant malade et douze fois impure I

De sorte qu'à force de mépriser les femmes, ils ne pensaient qu'à oiles^ no vivaient quo pour elles, tendaient vers elles tous leurs eiïorts, tous leurs désirs.

Ceux d'entre eux qui s'étaient mariés, Ios> appelaient vieux galantins, les plaisantaieiil et les craignaient.

C'était juste au moment do boire lo Champagne que devaient commencer les confidences au dîner du Célibat.

Ce jour-là, ces vieux, car ils étaient vieux à présent, et plus ils vieillissaient, plus ils se racontaient de surprenantes bonnes foituneSi

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ces vieux furent intarissables. Chacun doS quatre, depuis un mois, avait séduit au moins une femme par jour; et quelles femmes! les plus jeunes, les plus nobles, les plus riches, les plus belleè 1

Quand ils eurent terminé leurs récits, Tun d*eux, celui qui, ayant parlé le premier, avait àù, ensuite, écouter lesautreSySe leva. c< Maintenant que nous avons fini de.blaguer, dît-il, je me propose de vous raconter^ non pas ma dernière, mais ma première aventure, j'entends la première aventure de ma vie, ma première chute (car c'est une chute) dans les bras d'une femme. Oh! je neveux pas vous narrer mon...

eommentdirai-je?... mon tout premier début, non. Le premier fossé sauté (je dis fossé au figuré) n'a rien d'intéressant. Il est généralement boueux, et on s'en relève un peu sali avec une charmante illusion de moins , un vague dégoût, une pointe de tristesse. Cette réalité de } 'amour, la première fois qu'on la touche, répugne un peu; on la rêvait tout autre, plus délicate, plus fine. Il vous en re^^

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