‹ Les survivances du culte impérial romainChapitre 10 sur 51 · HiLAR., Contra Constant, imf · texte numérisé non relu

HiLAR., Contra Constant, imf

4. Mamertin., Grat. ad. Iulian., 28 (éd. des Panegyr. de BaehréNS, p. 267) : (c Pro sancta divinitas !... Dignatus nos osculo oris illius divinis afflatibus consecrati... » Cf. Pacat., Panegyr. Theodos., 20 (p. 288).

5. Cod. Theod., XV, 7, 12 (p. 824). Rapprochez lOA. Chrysost., De mundi créât., Vl, 5 {P. G., t. LVI, p. 489).

de cet hommage comme d'un honneur rendu à la majesté du prince : « Qui enim coronat imaginein imperatoris, utique illam honorai cuius imaginein coronavit. » {In psalm. CXVIII, X, 25.)

Saint Jérôme, qui n'a pas été fonctionnaire comme Ambroise, est plus sévère que lui. Le roi Nabuchodonosor, dit-il, a voulu faire adorer sa statue, Daniel a refusé d'obéir, car les cultores Dei ne sauraient adorer la statue du roi, « eain adorare non debent ». Il ne se demande pas si l'adoration a la même signification au temps de Nabuchodonosor qu'au temps de Théodose. Il applique à ses contemporains la règle proclamée par Daniel : « Ergo et indices et principes saeculi, qui itnperaiorum statuas adorant et imagines, hoc se facere intellegant quod très pueri facere nolentes placuerunt Deo . » {In Daniel, III, 18.) On inférera de ce texte de saint Jérôme que l'adoration des imagines de l'empereur était un devoir des gouverneurs de provinces {iudices) et en général des dignitaires de l'empire {principes saeculi). Se rappeler à ce propos que parmi les insignes des fonctionnaires de la Notitia dignitatum (en 427) figure le portrait de l'empereur, posé sur une table drapée d'un voile de couleur, accosté de quatre cierges placés sur des flambeaux 1. Se rappeler que le portrait du prince est attaché à la hampe des enseignes ou signa militaires, et associé ainsi au vieux culte des enseignes 2. Se rappeler que le portrait du prince est exposé dans le prétoire du gouverneur de la province et que la justice est rendue comme en présence de l'empereur : M . Bréhier commente plus loin ce fait, à l'appui duquel on peut mentionner la sédition d'Antioche, en 38/, où la foule irritée s'en prend aux images de Théodose et de l'impératrice

1. Notitia dignitatum (éd. Seeck), p. 8^, 11, i5, 19, 23, 27, 3i, etc. DURUY, Hist. des Romains, t. VII, p. 166. Une image de Ce genre de l'empereur Constant, en 348, a pu faire croire aux Donatistes que l'on plaçait sur des autels les portraits du prince. Paix constantinienne, p. 460.

2. Sur ces cr-riasTa ^wCkixi, voyez lOA. Chrys., De laudibus S.Pauli, vil, les premières lignes {P. G., t. L, p. 507). Sur le culte des enseignes, Min. Fel., Octav., 29. A. J. Reinach, art. « Signa », p. i324-i325, du Dict. de Daremberg et Saglio.

Flaccilla exposées dans le prétoire du gouverneur, et les met en pièces : on sait quelle terreur s'empare d'elle aussitôt à la pensée de la vengeance que Théodose est capable de tirer de cet outrage, et comment c'est l'occasion des homélies de saint Jean Chrysostome (( Sur les statues ».

Adoration du prince, adoration de ses portraits, ces deux gestes devaient avoir été vidés de toute idolâtrie, pour n'avoir excité ni les scrupules d'un Théodose, ni les protestations d'un saint Ambroise. L'évêque de Milan, qui s'est élevé avec tant de force auprès de Valentinien II contre le projet de rétablir dans la curie du sénat de Rome l'autel de la Victoire, ne voyait pas de sacrilège dans les hommages rendus à la personne ou aux images de l'empereur. « Béni soit Dieu, Père de notre Seigneur Jésus Christ, qui vous a donné l'empire romain », écrit le concile d'Aquilée de 38 1, dirigé par saint Ambroise, à Gratien, à Valentinien II et à Théodose, « et béni soit le Seigneur Jésus Christ qui, dans sa bonté, garde votre régnée » Cette considération suffisait à justifier le respect sublime que l'on vouait au prince.

M. Bréhier exposera plus loin comment cette vénération s'est continuée et amplifiée dans le cérémonial de Byzance. Nous ne voulons noter qu'un point, qui est que le pape Jean P"" (523-520), le premier pape qui soit allé à Constantinople, ne protesta pas en voyant l'empereur Justin rendre « au vicaire du bienheureux apôtre Pierre » l'hommage de l'adoration : « lustinus Augustus, dans honorent Deo, humiliavit se fronus et adorâvit beatissimum lohannem fafam. » (Lib. fontif., t. I, p. 275.) L'historiographe romain que nous citons ne proteste pas davantage, il voit dans l'hommage rendu au pape un honneur qui s'adresse à Dieu, ce dans honorent Deo ». Le jour de Noël de l'an 800, oii Charlemagne reçoit des mains du pape

I. Inter Ambros. Efistul. x, i. Rapprochez la [lettre de l'évêque de Rhodes, Agapit, à l'empereur Léon, en 45 1 : « Desuper sceptra regni suscipiens, sacratissime et invictissime principum,... auriga mundi et princeps totius orbis qui sub sole consistit... His itaque bonis dudum et nunc per vestrum imperium constitutum divinitus perfruentes... » MaNSI, Concilia, t. VIT, p. 58i.

Léon III la couronne impériale, le nouvel empereur est acclamé au chant des laudes {Christus vincit, etc.), et, quand ce chant est achevé, le pape lui rend l'hommage de l'adoration à la manière des empereurs d'autrefois : « Post laudes ab Apostolico more antiquorum frincipum adoratus est », si nous en croyons les Annales Laurissenses {ibid., t. II, p. 37). Le pape Léon III, ce faisant, rendait honneur à Dieu du couronnement de l'empereur, et consacrait la maxime chère au moyen âge que le prince est a Deo coronatus^.

D'autres survivances du culte impérial se sont perpétuées dans le langage, sans que l'Église s'en soit offensée, ce qui suppose qu'elle n'y voyait pas d'offense à Dieu et à la foi catholique.

Le serment était pour les Romains un acte religieux : la divinité de l'empereur y avait donc eu sa place, nous l'avons vu. Tertullien raillait même les païens de son temps de respecter plus dans leurs serments la divinité de l'empereur que celle des plus grands dieux : « Vous considérez avec plus de crainte César que Jupiter, et vous vous parjurez plus vite par tous les dieux que par le seul génie de César. » {Apologet., 28.) Les empereurs chrétiens ne tolérèrent pas que l'on parlât de \e\ixgenius, et ce point est très remarquable : M. Beurlier n'a trouvé qu'une inscription qui mentionne le génie de l'empereur, mais cet empereur est Julien^. Le mot genius était le synonyme de faux dieu (AUG. Civ. Dei, VII, i3), de démon

1. W. SiCKEL, Gôtting. gel. Anseig. (à propos du sixième volume de la Deutsche V erfassungs geschichte de Waitz), 1901, p. 385-387. — Il reste de cette adoratio un vestige dans le cérémonial du conclave, les trois obédiences des cardinaux au nouvel élu. L. Lector, le Conclave (1894), p. 648 : « Dans le langage liturgique, la cérémonie d'obédience est désignée fréquemment sous le nom d'adoration... La polémique protestante sur (( l'adoration du pape » a donc toujours reposé sur un mauvais jeu de mots ». Il y a apparence que la génuflexion faite à l'évêque, dans le cérémonial d'aujourd'hui, est une suite de Vadoratio romaine.

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