EusÈBE, F. C, IV
nous apporte un témoignage intéressant. Comme beaucoup de ses prédécesseurs, Constantin avait voulu se faire construire un mausolée de dimensions colossales, mais qui eût un caractère chrétien. D'après les détails que donne Eusèbe, il adopta le plan même de la basilique qu'il avait fait construire à Jérusalem autour du Saint-Sépulcre : une salle basilicale conduisant à une rotonde, véritable martyrion,oij se trouvaient douze sarcophages en l'honneur des douze apôtres et un treizième qu'il s'était réservé. Il avait ordonné d'y placer un autel pour y célébrer le saint sacrifice.
Ainsi, par son architecture comme par sa destination, l'église des Saints-Apôtres rappelaitle Saint-Sépulcre^. Le plan en rotonde du mausolée était conforme à la tradition funéraire des Romains. C'était un (( heroon » ainsi que le désignent certains textes 2, mais c'était aussi un (( martyrion » analogue à ceux qu'on élevait en l'honneur des saints, puisqu'il renfermait les reliques des apôtres. « Dieu, dit Eusèbe, montra envers son serviteur sa bienveillance particulière... en le jugeant digne de reposer auprès des apôtres 3. » Ce qui était nouveau surtout, c'était d'avoir ajouté au mausolée une basilique, oii, comme à Jérusalem, on pût célébrer régulièrement le culte.
Ce monument étrange était bien l'expression la plus complète de la pensée de Constantin, mais il tient dans l'histoire de la religion monarchique une très grande place, car il a perpétué dans les générations suivantes sous une forme concrète cette pensée du premier empereur chrétien. Il n'y aura plus désormais de temple dédié à la divinité de l'empereur et on ne lui offrira plus de sacrifices. Sa sépulture n'en aura pas moins un caractère exceptionnel; elle sera entourée des mêmes honneurs que celles des saints et du Christ lui-même; même après sa mort, on vénérera dans sa personne la protection divine
1. Heisenberg, Grabeskirche und A-postelkirche [l^QÏ-çzig, 1908), t. II, p. 98-112.