Eusèbe, IV
reur, mais il l'a mis en harmonie avec le christianisme et il a réussi à le faire accepter de l'Église. On ne voit pas que sa conduite ait soulevé la moindre protestation de son vivant et plus tard si elle a été blâmée, c'est par des païens comme Zozime ou par des ariens comme Philostorge. Il semble même que parfois Constantin ait été obligé de modérer le zèle de certains clercs. Eusèbe raconte qu'au synode de Jérusalem un prêtre voulait proclamer Constantin bienheureux, (xaîcapioç, « parce qu'en cette vie, il avait été jugé digne du pouvoir suprême et que dans la vie future il régnerait conjointement, <jufAêacri>.su£iv, avec le Fils de Dieu ». L'empereur reçut mal ces paroles et engagea le prêtre à faire des vœux pour qu'il fût compté dans cette vie et dans l'autre au nombre des serviteurs de Dieu*.
Cette anecdote nous montre que non seulement l'idée d'accorder des honneurs extraordinaires à la personne de l'empereur ne choquait pas les chrétiens, mais qu'ils étaient même disposés parfois à dépasser la pensée de Constantin. Elle nous explique surtout avec quelle facilité la tradition qu'il a inaugurée a pu s'implanter à Byzance, et non seulement s'y maintenir, mais s'y développer au cours des siècles.
On a quelquefois décrit la religion monarchique qui s'était développée en France autour du sanctuaire de Reims, mais elle ne se manifestait que dans la cérémonie du sacre que venait recevoir chaque nouveau roi. A Byzance, au contraire, la religion monarchique tient une place essentielle dans la vie politique et, de son passé romain, elle a gardé un caractère juridique. Elle n'est pas une simple effusion de respect ou d'amour pour l'empereur, mais ses rites doivent accompagner certains actes de la vie officielle et leur donnent en quelque sorte une valeur légale. On reconnaît bien là l'esprit juridique des vieux Romains, pour qui certaines cérémonies comme la prise des auspices étaient la seule marque de la légalité. Ce n'est donc pas exclusivement à l'Orient, comme on s'est trop hâté de l'affirmer, que les pratiques byzantines doivent leur