Jean Lydos, De magistrat., I
3. Zachariae von Lingenthal, Jus graeco-rom., III, 320, n" XXXI.
Ainsi les dogmes de la religion monarchique formaient comme un système bien lié, comme une théologie savante suspendue tout entière à l'idée mystique de l'intervention divine dans le choix de l'empereur et de la nécessité de l'empire romain dans le plan divin. Nous n'avons pas à montrer ici comment de cette situation exceptionnelle découlait l'autorité que l'empereur s'arrogeait sur l'Église et qu'on voit apparaître dès le règne de Constantin. Ce qui nous importe seulement, ce sont les pratiques de la religion monarchique et nous allons voir que les doctrines que nous venons d'exposer justifiaient aux yeux des hommes le maintien presque intégral de toutes les marques de vénération qui étaient prodiguées à l'empereur à l'époque lointaine où il n'était pas encore l'élu du Tout-Puissant, mais se considérait lui-même comme un dieu.
C'est ce que montre d'abord la phraséologie des diplômes impériaux. Les épithètes de divus, divznus, ^zioç, sont employées couramment pour désigner tout ce qui concerne la personne de rempereur.il suffit deparcourir les constitutions des Codes Théodosien et Justinien pour trouver à chaque instant cette épithète ou ses équivalents : magisier divinorum officiorum, divinae epulae, divalia constituta, sacratissimae constitutiones^, sacri affatus''-, divina lex^, sacra scrinia pour désigner les bureaux du sacrum palatium *, divina subscriptio pour la signature impériale. Il semble qu'entre les employés des chancelleries il y ait eu comme une émulation pour trouver des termes de plus en plus pompeux. Dans la seule préface du Code Théodosien, il est question de « la félicité des princes éternels )), de notre maître le prince très sacré Théodose, de notre maître le prince éternel Valentinieii. On y lit que l'empereur a convoqué les deux préfets du prétoire et de sa main divine leur a remis les codes 5.
I. Code Just., Pref., III. — 2. Code Just., I, XXIII, 6. 3. Code Just., I, xxvii. — 4, Code Just., I, xxx, 3. 5. Code Théodos. Préface.
5o LES SURVIVANCES DU CULTE IMPÉRIAL
A la même époque et encore au sixième siècle, on attribue aux empereurs défunts l'épithète <( de divine mémoire' ». Les impératrices y ont droit également^. Les expressions de divalis sacra, divalis littera, sont encore usitées au huitième et au neuvième siècle pour les lettres impériales^.
Ces expressions qui avaient fini à Byzance par devenir banales et par perdre singulièrement de leur force, choquaient lesétrangersqui les tournaient en dérision. Au cinquièmesiècle, un ministre d'Attila disait à l'ambassadeur impérial qu'il était impossible qu'un homme comme son maître pût conclure un traité avec un dieu comme Théodose*. Et dans les critiques acerbes dirigées en 794 au concile de Francfort contre l'œuvre du concile de Nicée, les prélats francs s'indignent de ces expressions qu'ils trouvent purement païennes. Ils ne comprennent pas que les empereurs osent se qualifier de divins et surtout que Constantin et Irène prétendent que Dieu règne de concert avec eux^
Ces critiques ont-elles fini par porter, ou plutôt ces expressions ont-elles subi le sort commun des vocables dont l'usage inconsidéré finit par en atténuer la force jusqu'à les rendre banals et insignifiants? L'influence de la réforme des Studites, si puissante au neuvième siècle, a-t-elle agi? Toujours est-il qu'à partir de cette époque ces épithètes, sans disparaître entièrement, deviennent plus rares et prennent une valeur purement honorifique^.
Mais la religion monarchique est surtout rendue sensible aux yeux de tous par les cérémonies de la cour, célébration
1. Code Théod., VI, xiii, i. — Code Just., X, xxxi, 65, Pierre le Patrice, De caerim. {P. G., CXII, 717, 772, 788).