Continuateur de Théophanes, P . G., CIX, p
2. Ebersolt, le Grand Palais de C onstantinople , 1910, p. 1-2.
nies les plus grandioses, couronnements de Césars ou même d'Augustes, et les triomphes solennels au cours desquels on faisait défiler devant le peuple les chars où s'entassait le butin, les troupes de prisonniers, et qui se terminaient par la scène souvent décrite de l'empereur foulant aux pieds les chefs vaincus au milieu des hymnes d'allégresse.
Et s'il n'y a plus de clergé spécial attaché comme au temps du paganisme au culte de^l'empereur, la religion monarchique n'en a pas moins ses officiants particuliers. C'est d'abord l'empereur lui-même, à la fois objet du culte et pontife de cette religion. Ce sont les grands dignitaires. Ce sont surtout les officiers subalternes, silentiaires, huissiers à verge, chambellans {cubicidarii) , préposés {fraefositi) qui tiennent dans les cérémonies du palais la même place que les diacres et les acolytes dans la liturgie ecclésiastique. Ce sont eux qui exécutent les ordres que l'empereur leur donne souvent par un simple signe et qui veillent à l'exécution intégrale des cérémonies fixées par le rituel.
Enfin, le chœur qui accompagne de ses chants les cérémonies, est formé par les quatre factions du Cirque, qui ont reçu au dixième siècle une sorte d'organisation militaire, et dont le rôle essentiel est de figurer dans les cérémonies impériales, de pousser les acclamations rythmées ou de chanter des hymnes au son des orgues d'argent*.
Les vêtements de cérémonie de l'empereur et des hauts dignitaires avaient le caractère de vêtements liturgiques. Leur forme et leur couleur changeaient comme dans la liturgie religieuse suivant les fêtes. La veille de chaque cérémonie, on donnait à ceux qui devaient y prendre part des instructions minutieuses à cet égard. Les vêtements de l'empereur ressemblaient à ceux des prêtres. Il les endossait souvent au cours même de la cérémonie, tandis que des eunuques tenaient un voile déployé devant lui, mais il y avait aussi dans les diffé-
I. Remarquer qu'à cette époque les orgues ne sont pas encore d'un usage courant dans les églises. Ebersolt, Mélanges d'histoire et d'archéologie byzantines, 1917, p. 91-
rentes parties du palais des « metatoria », véritables sacristies oii il revêtait ses costumes d'apparat. Ces ornements impériaux étaient conservés dans un immense coffre, resplendissant comme une châsse, offrant la forme d'un édifice à cinq tours, le Pentapyrgion, exécuté sous Théophile*.
Comme la liturgie ecclésiastique, la liturgie impériale comprenait la récitation de formules rituelles, puis des hymnes et des acclamations rythmées. Elle prenait parfois la forme d'un dialogue analogue à ceux de la liturgie ecclésiastique. Les factions qui formaient les chœurs possédaient un répertoire varié d'hymnes et d'acclamations appropriés à chaque fête.
Des ouvrages comme les Livres des cérémonies de Pierre le Patrice au sixième siècle, de Philothée l'architriclin, de Constantin Porphyrogénète au dixième siècle, de Codinus au quatorzième siècle, avaient la valeur de rituels où avaient été codifiés tous les usages.
Comme la liturgie ecclésiastique enfin, la liturgie impériale avait son calendrier de fêtes qui paraît avoir atteint sa plus grande complication au dixième siècle. Ce calendrier suit pas à pas le calendrier ecclésiastique, mais ne se confond pas avec lui. Il a ses fêtes propres dont plusieurs d'allure toute profane sont des survivances de la tradition païenne, dont d'autres ont bien un caractère religieux, mais ne se confondent pas avec les cérémonies de l'Eglise. Par exemple, le premier lundi du Carême, l'empereur du haut de son trône adressait à ses dignitaires une véritable homélie pour les exhorter à passer saintement le temps du carême, tandis que des asecretis sténographiaient ses paroles^.
Le dimanche des Rameaux, avant d'assister à l'office divin, l'empereur distribuait solennellement des croix au Chrysotriclinium ^. De même le jour de Pâques, le rite du baiser de paix est d'abord célébré au Palais Sacré sans l'assistance d'aucun
1. Ebersolt, of. laud., p. Si, et sur les pièces du costume impérial, p. 52, 63.