‹ Les survivances du culte impérial romainChapitre 48 sur 51 · I. De offic, I, 6 {P. G., CLVII · texte numérisé non relu

I. De offic, I, 6 {P. G., CLVII

Mais il ne faut pas perdre de vue la succession des faits. Ce n'est pas l'iconographie impériale qui s'est modelée sur l'iconographie religieuse. C'est justement le contraire qui s'est produit. De même que la liturgie chrétienne a fait de larges emprunts à la liturgie impériale, de même ce sont les attributs, les attitudes, les conventions de l'iconographie impériale, inconnus à l'art chrétien des premiers siècles qui ont pénétré dans l'iconographie des églises. Et le fait que pour figurer d'une manière concrète le monde suprasensible, on a pris à la cour impériale ses costumes, ses usages, ses gestes rituels pour les attribuer à la cour céleste, est déjà assez significatif par lui-même. Rien ne montre d'une manière plus éclatante le prestige surhumain de la dignité impériale.

Essayons de retrouver d'après les monuments les principes qui régnaient dans cette iconographie impériale.

Tout d'abord le nimbe est l'attribut essentiel des empereurs. La tradition empruntée aux empereurs païens a été maintenue par Constantin et s'est perpétuée jusqu'au quinzième siècle. Le nimbe autour de la tête impériale, semblable à celui des saints, est une règle iconographique aussi rigoureuse que les pieds nus des apôtres. Plusieurs miniatures du quinzième siècle nous montrent son emploi jusqu'aux derniers jours de l'empire*.

La représentation la plus usuelle est celle de l'empereur en majesté, vu de face, paré des insignes de l'empire, couronne, sceptre, chlamyde, etc., immobile et raide comme une idole. C'est là l'icône impériale par excellence, destinée à être adorée. La plupart du temps, le portrait de l'empereur est accompagné d'emblèmes et d'allégories païennes ou chrétiennes destinées à affirmer le caractère surhumain et l'origine divine de son pouvoir.

Mais on trouve plusieurs variantes. Tantôt l'empereur est assis sur le trône impérial, entouré de ses dignitaires, accom-

I. Miniature du Louvre {Mannel Paléologueet Hélène, 1402). — Manuscrit de Codinus, Bib. Nat., Gr. 1783, f» 2 : Jean VII (1341-1376). Manuelll (1391-1425), Jean ¥111(1425-1448). — Manuscrit de Modène, BibliothecaEstense A. S. G. G. Jean VIII et Constantin XII. Voy. Lambros, N eoshellenomnemon, III, pL iv.

plissant un acte de gouvernement. Le bouclier de Théodose de Madrid nous montre ainsi l'empereur entouré de ses deux fils procédant à l'investiture d'un dignitaire qui reçoit le diplôme de la main de l'empereur en s'inclinant. L'empereur est toujours plus grand que nature, et cette tradition s'est conservée au quatorzième siècle comme le montre le portrait de Jean Cantacuzène présidant un concile (Paris, Bib. Nat., Gr. 1242).

Tantôt l'empereur est debout, seul ou entouré de personnages. Parmi les nombreux exemples de portraits de ce genre, on peut citer celui qui passe pour représenter Irène sur un diptyque d'ivoire dont les feuillets sont partagés entre Florence et Vienne. L'ivoire du musée de Berlin montre un empereur en buste, peut-être Léon VI, 886-912, couronné par la Vierge, Mais de tous ces portraits, le plus caractéristique est celui de Basile II (976-1025) au frontispice du psautier de Venise. Debout en costume de guerre et d'une stature colossale, il porte les bottines de pourpre garnies de perles, la tunique d'hyacinthe bordée d'un large galon d'or, sur laquelle est jetée la cuirasse de mailles dorées. Sur sa tête entourée du nimbe est le diadème gemmé. D'une main, il tient la lance, de l'antrée l'épée au fourreau de pourpre. En haut le Christ dans une gloire tend une couronne. A droite un ange affermit le diadème dont les pendeloques de perles tombent sur les joues de l'empereur. A gauche, un autre ange maintient la lance. De chaque côté, dans des médaillons, sont les bustes des saints militaires patrons des armées impériales. Enfin, aux pieds de l'empereur, vus en perspective inverse, les hauts dignitaires aux robes historiées, prosternés la face contre terre et accomplissant le rite de l'adoration.

On peut citer encore les portraits de Nicéphore Botaniatès (1078-1081) dans le manuscrit des Homélies de saint Jean Chrysostome (Paris, Bib. Nat. Coislin, 79), le bas-relief du Campo Angaran à Venise', le portrait de Nicéphore Phocas en costume de guerre (Venise, Cod. lat. 342, quinzième siècle),

I. ScHLUMBERGER. <( Bas-relief du Campo AngàXàn. ii, Bysantinische Zeitschrift, II, 192.

ceux de Théodore II Lascaris, 1254-1258 (Cod. Monac. Gr. 442), et de Manuel II, 1 391-1425 (Paris, Bib. Nat. Supp. Gr.

Parfois l'empereur est représenté soit avec l'impératrice, soit avec ceux de ses Êls qui sont associés au trône, soit même avec toute sa famille. Le bel ivoire du cabinet des médailles nous montre Romain Diogène etEudoxie (1068-1071) couronnés par le Christ. Souvent, c'est la Vierge qui pose sur la tête des souverains la couronne impériale, comme sur la belle miniature du Louvre qui montre Manuel Paléologue, l'impératrice Hélène et leurs trois fils Jean, Théodore et Andronic protégés par la Panagia Blacherniotissa qui les bénit. Ici, l'idée dynastique est particulièrement marquée.

Une autre représentation est celle de l'empereur triomphant. Il est à cheval, accompagné parfois de son armée et entouré de figures allégoriques. Tel est le célèbre ivoire Barberini du Louvre qui représente probablement Justinien- et qui offre un curieux mélange d'allégories chrétiennes ou païennes. Tel est le bouclier de Kertch sur lequel un empereur (Justinien) nimbé, s'avance à cheval précédé d'une victoire. Telle est enfin l'étoffe de Bamberg (onzième siècle) qui représente un basileus à la tête nimbée, portant le labarun, tandis que deux figures allégoriques lui présentent le casque et la couronne.

Mais, de plus, l'iconographie religieuse elle-même sert parfois à exprimer d'une manière symbolique le droit divin sur lequel est fondée l'autorité impériale. En considérant les magnifiques tableaux de la vie de David des psautiers dits aristocratiques^, on aperçoit un rapprochement perpétuel entre le Souverain élu de Dieu, qui l'a tiré de la plus basse condition, qui l'a protégé contre Goliath et qui lui a conféré la royauté et le basileus dont le pouvoir a la même origine. Tel tableau du psautier de Paris, par exemple David entre la Sagesse et la

1. Sur ces portraits, voir le catalogue dressé par Lambros, Empereurs byzantins, Athènes, 191 1.

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