‹ Les survivances du culte impérial romainChapitre 49 sur 51 · On veut y voir aussi Constantin · texte numérisé non relu

On veut y voir aussi Constantin

3. Paris, Bib. Nat., gr. iSg. Vatican, gr. 38i, x% xi' siècles.

Prophétie est comme une exaltation du basileus dont il porte les insignes. Et l'intention de ce parallèle est si bien marquée que le peintre a inséré dans le manuscrit une scène qui appliquée à l'histoire de David est un pur anachronisme, mais qui se trouve représenter un des rites essentiels de l'avènement impérial : il nous montre David élevé sur le pavois au milieu des acclamations. Ici ce n'est plus de David qu'il s'agit, mais du basileus dont il est la figure. C'est la même idée qu'exprimeront au treizième siècle les sculpteurs de la cathédrale de Reims lorsqu'ils se serviront des épisodes de la vie de David pour glorifier la dynastie capétienne.

Et comme à Reims, oii les statues des rois de France couronnent la façade, le caractère sacré de la personne de l'empereur se manifeste par l'intrusion des images impériales dans le domaine de l'iconographie religieuse. Tout d'abord il est naturel de trouver parmi les saints représentés dans les églises ou dans les manuscrits Constantin et sainte Hélène, mais l'abondance même de leurs images est un fait significatif. Ce qui est plus exceptionnel, c'est le mélange des portraits d'empereurs vivants aux personnages de l'iconographie chrétienne. Dans son poème sur Sainte-Sophie, Paul le Silentiaire décrit une nappe d'autel oii l'on voit figurées à côté des miracles du Christ les bonnes œuvres de Justinien et de Théodora visitant les hôpitaux et les églises. Les célèbres mosaïques de Saint-Vital de Ravenne, représentant Justinien et Théodora au milieu de leur cour, montrent les souverains comme donateurs et bienfaiteurs, mais le développement extraordinaire de ces deux magnifiques tableaux, surtout cette circonstance qu'ils sont placés à l'intérieur du sanctuaire impliquent une idée de glorification. Il en résulte que seul de tous les hommes vivants l'empereur mérite d'être placé à côté des saints.

De même sur les branches de la croix d'orfèvrerie du Vatican, offerte au pape par Justin, les médaillons de l'empereur et de l'impératrice sont placés symétriquement avec ceux du Christ et accostent l'agneau pascal. Et sur la couronne dite de saint Etienne, conservée au château d'Ofen, de magnifiques

plaques émaillées représentent l'empereur Michel Doucas (1067-1068), son frère Constantin et le roi Geyza aux côtés du Christ, des archanges Michel et Gabriel, des saints Cosme, Damien, Démétrius et Georges. D'après les relevés des frères Fossati, plusieurs portraits d'empereurs, Constantin Monomaque, Alexis Comnène, Jean Paléoiogue, etc., auraient fait partie de la décoration en mosaïques de Sainte-Sophie.

Quand on se rappelle la rigueur des règles iconographiques, surtout dans les églises byzantines, on ne peut qu'être frappé de cette association des empereurs vivants aux personnages célestes : elle est justifiée par le caractère sacro-saint qu'a conservé leur pouvoir.

Mais de toutes ces images, la plus représentative est peut-être celle qui montre l'empereur debout devant le Sauveur et faisant bénir par lui la loi qu'il va promulguer. Tels sont le portrait d'Alexis Comnène (Vatic. gr. 666, f" 2 v"), et celui d'Andronic Paléoiogue (1282-1328)1, sur un diplôme de 1298. Il n'y a pas d'expression plus éclatante du droit divin, d'affirmation plus nette que la loi promulguée par le basileus est l'expression même de la volonté divine.

Ainsi, on trouve exprimés dans cette iconographie, suivant des traditions devenues immuables les dogmes essentiels de la religion monarchique. Mieux encore que les témoignages écrits ces icônes impériales montrent la force avec laquelle cette religion était enracinée dans les consciences.

Enfin, de tous les aspects de la religion monarchique, celui qui rappelle le mieux le culte impérial est l'ensemble des cérémonies et des pratiques qui accompagnent la mort de l'empereur et qui sont un souvenir manifeste de l'ancienne apothéose. Le précédent des funérailles de Constantin a déterminé la tradi-

I. Chalandon, Alexis Comnène (1900). Frontispice. Une autre miniature montre le Christ dans le ciel bénissant l'empereur. Pour le portrait d'Andronic, voy. LambROS, Empereurs bysantins (1911), p. 48.

A BYZANCE 7 c

tion qui s'est perpétuée jusqu'aux derniers jours de Byzance.

Les formules mêmes que Ton emploie parfois pour exprimer que le basileus a cessé de vivre ne laissent aucun doute. L'auteur d'une épigramme adressée à Eudoxie après la mort de Théodose II s'écrie : « Il est mort en tant qu'homme, mais il vit comme un dieu, tIQvyi/Csv wç avGpwTcoç àXkci. ^vi Ôsoç^. » Et lorsque, en 5 18, Justin, cornes excubitorun^ veut annoncer à ses soldats la mort d'Anastase, il emploie presque la même formule : « Notre maître en tant qu'homme est mort^. » Il y a là comme une expression rituelle et très significative que l'on peut rapprocher de la formule prononcée par le maître des cérémonies lorsque le convoi funèbre allait quitter le Palais Sacré ; « Sors, basileus, le Roi des Rois, le Seigneur des Seigneurs t'appelle ! »

Les rites mêmes des funérailles impériales reproduisaient les traits essentiels des cérémonies célébrées à la mort de Constantin : exposition du corps sur un grand catafalque placé dans une salle du palais et adoration posthume des dignitaires; service funèbre célébré par le clergé; transport du cercueil impérial aux Saints-Apôtres au milieu des lamentations du peuple, le corps de l'empereur restant à découvert; enfin déposition du corps dans l'un de ces grands sarcophages de porphyre dont la magnificence formait un véritable contraste avec la simplicité de l'ornementation qui les recouvrait^.

L'église des Saints-Apôtres, reconstruite par Justinien et dont les coupoles élevées dominaient toute la ville, était comme le sanctuaire par excellence de la religion impériale. Théophile ayant perdu une de ses filles la fit ensevelir dans un cercueil lamé d'argent sur lequel il fit graver une inscription en vers qui reconnaissait formellement à ce tombeau le privilège d'asile. Il assimilait ainsi la sépulture de sa fille à celle d'un saint ^.

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