‹ Les survivances du culte impérial romainChapitre 6 sur 51 · Concil. Eliberitan., can · texte numérisé non relu

Concil. Eliberitan., can

2. Voyez son De corona. Et encore De idololat., 2, 10, i3. — « Quod attineat ad honores regum vel imperatorum, satis praescriptum habemus, in omni obsequio esse nos oportere secundum apostoli praeceptum subditos magistratibus et principibus et potestatibus, sed intra limites disciplinae quousque ab idololatria separamur. » Ibid., i5.

DU CULTE IMPÉRIAL i3

La conversion de Constantin aurait dû entraîner l'abolition du culte impérial renforcé par Dioclétien. On verra dans l'exposé de M, Bréhier, quel ébranlement un pareil radicalisme aurait causé à la souveraineté de l'empereur : le monde romain ne pouvait passer sans transition au nouveau régime ; et ce nouveau régime même avait intérêt à perpétuer les formes du culte impérial compatibles avec la conscience chrétienne du prince. Constantin, qui semble n'avoir en ces matières pris conseil que de lui-même, a posé les principes du nouveau régime.

Les Romains du quatrième siècle, qu'ils fussent chrétiens ou qu'ils fussent païens, avaient en commun une idée sublime de la grandeur de Rome, de l'empire romain, et du prince en qui se personnifiait cette grandeur. Saint Optât, évêque de Milev, se scandalise que Donat ait refusé les présents de l'empereur Constant, comme s'il voulait se mettre plus haut que l'empereur : a Cum super imper at or em non sit nisi solus Deus qui fecit imper atorem * . »

Dans le culte impérial, Constantin, puisqu'il était le dieu qu'on honorait, avait la possibilité de refuser les honneurs qui ne lui agréaient pas : c'est ce qu'il ût. Il interdit par une loi de placer ses portraits dans les temples des idoles, rapporte la Yità Constantini (IV, i6). M. Bréhier interprète très justement la pensée qui a inspiré cette loi, quand il y voit le dessein d'écarter tout ce qui permettait d'assimiler la personne de l'empereur à une divinité païenne, comme aussi bien de lui attirer des hommages idolâtriques. On retrouve cette même

I. OPTAT,, III, 3 (éd. ZlWSA, p. 75). Saint Ambroise appelle feu l'empereur Gratien « apex dudum nobilis sedis augustae et circumfusi toto orbe romano validus quondam murus imperii. » In fs. LXI, 20, Saint Augustin parlant du rôle historique de Rome : <( Condita est civitas Roma... per quam Deo placuit orbem debellare terrarum et in unam societatem rei publicae legumque perductum longe lateque pacare. » Civ. Dei, xvill, 22.

pensée dans un monument épigraphique, que certains datent de 327, d'autres de la période 333-337. Les habitants de Spello (Hispellum) en Ombrie ont décidé d'élever un temple à lagens Flavia, c'est-à-dire à la famille de Constantin, pour avoir l'occasion de donner chaque année des jeux. Constantin accorde à la cité de Spello sa demande, avec cette restriction cepeiîdant que le temple ne sera souillé par les mensonges d'aucune superstition, (( ne aedis nostro nomini dedicata cuiusquam contagtosae superstitionis fraudibus polluatur '^ )) . Constantin, chrétien convaincu sinon encore baptisé, accepte que l'on dédie un temple à son nom {nomen) ou à celui de sa famille : observez qu'il dit nomen, non numen. Il accepte que des jeux soient donnés, apparemment à l'anniversaire de sa naissance. Et sans doute accepte-t-il qu'un sacerdoce municipal assure la célébration de ses jeux : on a ailleurs, en Afrique, l'indice de l'existence d'un sacerdoce voué à la gens Flavia"^. Mais il prohibe tout acte idolatrique, et l'on voit en quels termes énergiques il en exprime son horreur. Il accepte un temple, voire un sacerdoce, mais pas d'idolâtrie. Sous le nom d'idolâtrie ou de superstitio, nous entendrons, avec saint Augustin, le sacrifice, parce que le sacrifice est réservé à la divinité seule^.

Ainsi, le principe est posé que l'on peut retenir d'un culte d'institution païenne et de signification païenne, ses temples, ses sacerdoces, ses fêtes, à condition d'en exclure tout acteproprementidolâtrique. Constantin estimeque temples, sacerdoces, fêtes, perpétuent l'expression de l'hommage rendu à la majesté de l'empereur, et entretiennent le loyalisme des sujets. Il pourra

1. Dessau, Inscript, lat. sel. ( 1 892-1 906), n. 7o5. P. B., Paix constaniinienne, p. 36i.

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