‹ Les survivances françaises au CanadaChapitre 3 sur 6 · DE L’ACADÉMIE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

DE L’ACADÉMIE FRANÇAISE

MEespames, Messieurs,

Présenter au public un orateur qui vient de pays lointains, n’est pas toujours une tâche commode. Il faut supposer familier aux auditeurs un homme dont, parfois, ils ne savent à peu près rien. Il faut les prémunir contre la surprise des dissidences que prépare entre lui et eux la diversité des origines et de l’éducation. Il faut le convaincre que, si le français est la plus inhospitalière des langues, les Français ont la plus hospitalière des intelligences et qu’il est presque superflu de parler très correctement à des gens qui

comprennent tout à demi-mot. Encore, malgré ces précautions, et la formule habituelle : « Vous serez ici comme chez vous », l'hôte si bien accueilli prouve souvent, par son embarras, combien il serait plus à son aise chez lui que chez nous.

Ces petites mésaventures ne sont pas à craindre ce soir. L'homme qui vient à nous aujourd’hui est un Canadien français et nul homme de cette race ne sera Jamais pour nous un étranger.

De tous les Canadiens français je n’en sais pas de plus Français. S'il n’est pas né en France, il y à passé ces années de la jeunesse où se forme la pensée. Il a toutes nos habitudes d'esprit, il possède toutes les finesses de notre langue et si vous ne saviez pas son origine quand vous l’entendrez tout à l'heure, vous croiriez entendre l'un de vous, j'entends de ceux qui parmi vous parlent le mieux.

Ici même il est plus chez lui que nous.

Cette salle lui rappelle des jours de travail et de victoire. À l’École des Sciences morales et politiques, 1l fut élève et lauréat. Il y connut, il y aima un maître admirable. Ana-

tole Leroy-Beaulieu avait parmi ses disciples des préférés, mais comme ses préférences allaient de droit à ceux qui joignaient à la vivacité de l'intelligence la droiture du caractère, ces prédilections mêmes étaient une forme de sa justice. M. Montpetit me saura gré, J'en suis sûr, de prononcer le nom d’Anatole Leroy-Beaulieu dans cette salle, de lui souhaiter la bienvenue en lui rappelant l’homme qui l’accueillait dans cette maison avec une particulière sympathie.

Pourquoi n'est-ce pas Leroy-Beaulieu qui dit ce soir à l'élève dont il était fier : « Vous avez la parole. » (Applaudissements.)

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