‹ Les suspects en 1858; étude historique sur l'application de la loi de sureté générale; emprisonnements - transportationsChapitre 20 sur 53 · HAUT-RHIN · texte numérisé non relu

HAUT-RHIN

Ce département compte deux victimes :

BouKQuiN, propriétaire-cultivateur, à Gliavannatte,

canton de Belfort.

Grqbuj, menui^er, à Baerêntzwiller^ canton

d'AHkîKli. '

n devait y en avoir une troisième, mais le mandat d'amener était délivré contre un citoyen qui depuis cinq ans habitait les États-Unis.

Quant au citoyen BouRQmN, le mandat d'amener délivré contre 1ul'*le parlait iiomicilié dans une commune

— in»*

qu'il avait quittée depuis quatre ans, à Tépoque de son mariage. Gomment donc avai^n pu savoir s'il s'était rendn coopabto de /odi noumm q«i le rendaieiit dangereux pour la sikretô publiiinet

SAQNE^IT-iOIRB.

Le département de Saône-eULoire qni, pendant tont

le temps qu'a duré la répnbliquey Itat si ferme, d coarageux, si radical, qui depuis est bien déchu et où la vie politique ne semble se réveiller que depuis quelque temps, ne fut cependant pas épargné en I8ôa.

Le préfet était M. Ponsard. Tous les arrondissements ont fonmî leur contingent :

Celui de Mâcon :

DoRi» Tannier, à Mâcon.

Tricard, négociant, à Mâcon.

Celui d'Autnn :

Cbaru» H^iuuiDOH, avocat, à Autun.

Celui de Ghâlon :

DouzN, marchand de meubles, à Mâcon.

Gelai de GharoUes :

BsFFORGBs, pharmacien, à Para^-le-Monial.

Celui de Louhans :

ViKotf ancien notoire» à Saint-Martin en Bresse*

Il parait que l'ordre d'arrestation envoyé par le préfet an aoos-préfet de GharoUes, portait : c Vous arrêterez le fils D£z8RA, s'il n'est pas marié. S*il l'est, vous

arrêterez Defforges, pharmacien, à Paray le Monial. » Cest ce qui ent lieu.

11 y avait à GhÂlon un ancien représentant du peuple revenu depuis peu d'Espagne, où le décret du 9 janvier 1858 l'avait contraint dè se réfàgier; le citoyen Gharu» BoYSSBT. N'était-ce pas là un hotnme dangereux pour la tranquillité publique ? Le bruit courait déjà dans la ville qu'il avait été l'objet'de visites domiciliaires, qu'il était traqué et il était devenu un véritable objet de curio* sité publique.

Il ne fat toutefois pas arrêté. — Voici, au surplus, ce qui s'était passé : le sous-préfet de Ghâlon s'était, rendu de sa personne au parquet du procureur impérial. — Le ch^ du parquet était absent, ie sous-préfet rencontra son substituts U le pressa nvement de lancer uni man-

!• M. Nadaiid d« Baflbn, «iiioiifdliiii tvwftt efoM I Rwmei.

dat d'arrêt contre le citoyen Charlefl Boysfdt| mais le jeune substitut refusa éuergiquemeut.

Cest sans doute à cette eirconsiaiicè que le citoyen Boysset dut de ne pas être séquestré, puis trahspdrté en

Afrique. Voilà à quoi tiennent en France les destinées d'un homme 1

Quant aux six citoyens arrêtés < selon les rites de la gendahderié, » hpHi AYoir pàssé ttuq ëeiiiainés éa sott, Uft ftarefat èondUltiS h Mlttéetllè en toitdre cellulaire, déposés au fort Saint-Nicolas, puis transportés en Afrique.

Le citoyen Vénot était atteint dd t»àrâysie. Depuiâ quatre mois, sbn tnal iè tëiialt clôùé att lit sattfi possibilité de 6ë \iitet ni de k\1cé uii pas. ta l^énddrinerlè Viht

Tarracher dè son lit, puis, comme lès autres, après avoir gémi pendant cinq semaines en prison, il fut conduit en Tôiture cellulaire ft Marseille, puis en Aljriquô, où il fut iutëimô à Bougie.

Lm citoyens Doitfi «I ËmbR&lcs fctfent intètoès à Dêllys, les autres ailleurs.

Depuis ramnistie, ils sont rentrés en France I

GHAPITfiE VII.

EMPaiSONNEMENTS ET TRANSl'ÛRTATiONS DANS LES DÉPARTEMENTS DE L'OUEST.

Sarthe, Loire-Inférieure.

SARTHS

Le dé]MLrteinent.de la Sarthe fournit quatre victimes à la transportation de 1858. Ce çpnt:

MeUM tdElÉbUNzf il. âbctéor-médeèift à Chàteau-du-^ Loir.

HiPi oLYTE Le Cornué, ancien juge de paix au MaDs, ancien sous-commissaire du gouvernement provisoire en 1848*

HintoLVtE PitET, tisserand à Mameiv.

Jxau-Baptistb Gornuxaiid, menuisier an Lnde.

Le dodeol* LBMoinnER, qui exerçait et eieroe encore la profession de médecin dans une petite localité de la

Sarthe, vivait entouré de Testime et de l'affeetioii de tons, lorsque dans la nnit dn S3 an M' février 1858, il fnt

réveillé par des bruits de pas précipités. Il crut qu'on * venait le réclamer pour un malade pressé. — Il alla ouvrir et fut arrêté et emmené snr-le-cbamp, sans même pouvoir prévenir ses parents, vieillards octogénaires qui habitaient avec lui.

HiPPOLYTE Le Cornu é, ancien juge de paix au Mans en 1830, soufr-commissaire du gouvernement provisoire en 1848, tût arrêté à son domicile de la ehapssée commune de .Volnay, le vendredi 26 février 1858, à cinq heures du matin, par un commissaire de police du Mans, et emmené jusqu'à cette ville en chaise de poste sous l'escorte de la gendarmerie.

Le docteur Iiemonnier et lui forent mis immédiatement au secret, où ils restèrent vingt-huit jours consécutifs.

Le jeudi 25 mars suivant, on les en ût sortir pour les conduire à Marseille en voiture cellulaire. — La voiture dans laquelle on les fit monter revenait de Brest, où elle avût conduit douze forçats. La grosse chatne, destinée à les attacher, était encore dans le couloir de la voiture. Il s'y trouvait déjà trois citoyens de l'Orne et du Calvados.

ns partirent à midi pour Paris, où ils arrivèrent à cinq, heures du soir. La voiture cellulaire fût enlevée de dessus le train, et on ieur lit passer la nuit tout entière

" sur la route sous la surveillance des gendarmes. On leur avait encore adjoint trois transportés de Paris que, saos doute pour aggraver leur auf^lice, on avait préféré faire coudier dans la voiture cellulaire que dans la prison où ils étaient détenus.

Le lendemain, la voiture fut remise sur le train, et ils arrivèrent le soir à Joigny. Là on jngea encore convenable de leur foire passer de nouveau la nuit sur la grande route en compagnie de deux nouveaux oompa^ gnons d'infortune qu'on était allé extraire de la prison.

Le surlendemain matin, 28 mars, ils reprirent le train pour se rendre à Beaune où ils passèrent encore huit heures de la nuit sur la route avec d'autres républicains qui leur furent adjoints. Us restèrent ainsi dans cette voiture de galériens cinquante-sept heures consécutives.

Arrivés à Marseille le soir à huit heures, le corps brisé, les jambes enflées, ils furent écroués au fort St-Nicolas, où ils trouvèrent un lit de camp pour se reposer. Ils étaient rongés par Ja vermine, et, comme les forçats» il leur fallut manger à la gamelle.

On embarquait les transportés pour l'Afriqpe par fournées de cinquante ou soixante. Les transportés de la Sartbe quittèrent le fort St*14icola8 le l** avril è dix heures du matin avec 55 autres victimes. Lorsqulls traversaient MarseUle, la population voyant parmi eux des vieillards de 70, 72 et 74 ans, était émue et murmurait. Les gendarmes firent hâter le pas, et deux vieillards» qui

M poQTiiQiil smm, txami toMu (toiii nu w

l6 passage.

Après 8oixaot6-cmq heures de traversée, ils arrivèrent dewaiii Onw diuuuKli^» 4 avril, k cinq l^iip^s àxj^ mtin. Os forent conduits au camp St-Ândr6t toqjoiirii sops Veicorte de gendarmes et de soldats. Enfin ils partirent de ià le 8 avril pour se rendre k MosLaganum, où ils étaient internéf. Ils passèrent U de longp n)ois« vivant eopune i)s pouvaiefit tons i'œU vi^filant 44 19> PPiicA.

Ilepuis, le doc^or L^omnier est rentré dans son pa|9» où Testlme de ses concitoyens Fa appelé successiyement au conseil municipal de la commune, et au conseil général du département Quant à Le Cornué , il habite le IfanSy et» toiyours ardent pour le bien pul^lic, il esfi^fe bien voir la liberté renaître.

Pendant que ces dew courageux citoyens partaient pour l'Afrique, la main de l'autorité s'appesantissait sur un troisième innocent, le citoyen Hippûlytii ^iziT, i)raye ouvrier tisserand qui fut mis au cachot et un n^oîs après également transporté en Afrique et interné à Ûiwi» oti il trouya de l'occupation comme jardinier.

11 en fut de même du citoyen CoRNiLL^yp qui» égale-

nent kansiMNrté, iut iatenté 4 ^ugie.

LOIAË-INFËRIËUÂE.

Quelques jouvB après Tatteotat Orsini, le bruit se répandit à Nantea que dea ordres anivéa da Paris e^jrâgnaiant d'anéter un certain nombn de dloyens honorables, connus seulement comme républicains. Bientôt le bruit prit corps, et Ton apprit avec étonnement que six personnes avaient été saisies la nuit dans leurs dorai < eilea. Voici leurs noms :

GuâHBHCBAP. docteur médecin.

Massktjn, typographe.

IvEN, couvreur.

Pageot, tanneur.

Sfi¥£UXy ouvrier.

Vniim^, chapelier.

Le docteur Clémenceau n'avait rien d'un conspirateur, mais esprit fin ^ délicat» il avait plus d'une fois ceuYert de m sarcasmes certains perspnnegesqni le husaaien k cause de soi bons mots ineisîfii etmoidants. Arrêté pour

ce crime, il fut transporté à Marseille, où il allait être

euhaïqué pour l^Afrique» lorsque évét^oment grave»

— aoo —

qui avait profondément agité ropinion publique à Nantes»

força en quelque sorte l'autorité à le relaxer. Au moment de son enlèvement, en etfet, sa ûlle, jeune personne d'une grande distinctiony avait été subitement irappée d'une attaque de catalepsie, à la suite de laquelle elle perdit la parole; elle resta plusieurs mois suspendue entre la vie et k mort. La ville de Nantes tout entière s'associa aux malheurs de cette infortuDée famille, et la réprobation se manifesta d'une , ûcon si énergique que le pouvoir n*bésita pas à faire revenir le docteur Glémenceau qui habite aiyourd'lrai la Vendée, entouré de l'estime générale.

Masselin était un typographe connu pour ses sentiments démocratiques et squ éneigie» et qui d^à avait été arrêté à Toccasion du procès dit de la Marunue.

EvEN était un couvreur que l'on regardait comme com* plétement inoffensif, et qui n'avait jamais joué qu'un rôle politique très-eifacé. Transporté en Afrique, il y est resté.

PAGior était un tanneur qui jouissait d'une réputation

d'honorabilité notoire. Il est aujourd'hui de retour à Nantes.

Seyeux était un simple ouvrier qui, jamais de sa vie, ne s'était occupé de politique. U avait un frère, forgeron de son état, qui passait pour avoir fait partie de la société -

de la Marianne, C'était lui, qu'on avait voulu arrêter. Mais Seyeux, qui était célibataire et dont le frère était

marié et pàre d'une nombreuse famille» n'hésita pas à se dévouer ponr loi, acceptant ainsi couiageiuenient les suites d'une méprise qui le conduisit en Afrique.

MasséliBt Kven, Pageot et Seyenz toent seuls transportés.

Quant à Yilletard, chapelier, depuis longtemps il ne s'oocapait plus de politique. 11 était accablé des chagrina les plus cruels. Sa femme était devenue folle depuis

quelque temps, et quand on Tarrêta, on trouva sur lui la quittance de l'hospice Saint-Jacques à qui il venait de payer la pension de celle-ci. 11 fut relâché quelques jours après .son arrestation.

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