‹ Les suspects en 1858; étude historique sur l'application de la loi de sureté générale; emprisonnements - transportationsChapitre 27 sur 53 · D0RD06NÉ · texte numérisé non relu

D0RD06NÉ

Nous Ignorons le ehiffire exact des transportés éê de

département. Nous savons seulement qu'ils fuMnt «u

moins au nombre de trois :

Ghassâgnon, peintre à Périgueux.

Valton, à Pôrigueox.

Hbrtet, peintre en bâtiments à Sarlat.

Ces trois citoyens arrêtés presque en même temps forent emmenés en voiture cellulaire àMarseilIe. Ds avaient,

pour compagnons de route, les transportés de la Creuse et de la Gorrèze, les citoyens Ândrieu, Delaribegrette,

pAnxmi, cordomiier à Nancy;

RuoTTB, marchand de vint en gros I Naney

Un antre devait également faire partie du sinistre conyol, c^était le citoyen A::^éémBxari qui agile conune un cerf avait en le teçips de brOler ]a fkojyitesi^ an^ agents

chargés de procéder à son arrestation , et de s'échapper en sautant par-d^m^les mars de son jardiîi. 'Un autre encore, le docteur E. MarcAal, a été^iaquiétôj*mais n'a sobi qu'âne simple visite idomMIialrëv'i'' < ^^«^

Le S4 février' 1858, 'tabnrifiD liniMiK-vll^ arriver chez lui le commissaire central de police et cinq agents. On lui déclara qu'on vfenait faire chez lui une perquisition qui dura quatre' lieures sans résultats. On se l)oma -à sdsi^^ièlqaes papléa insignifiants, ét'le omnbiiMûre 1è t>rià poHuâentr é» V^eoomptipké' I adn^fnireaii éftéii \ ThOtel de Tille, où én 'le mit immédiatement -"en^ état d'arrestation. Il fut conduit d'abord à la prison de la Monnaie t puis à celle des Tabacs où il rencontra les citoyens PimiER et Ruons. Ce sont eux troia^ comme noua l'écrit plaisamment l'on d'eux , qui eurent llionnenr de pendre la crémaillère dans cet établissement, auquel on venait de mettre la dernière main.

Ayant écrit au préfet, U. ÂjUbert Lenglé, pour counattre la cause de leur arrestation, un commissaire de police vint les soumettre à une sorte d'interrogatoire assez grotesque. On leur demanda s'ils faisaient partie

de sodétât Mcrèteit Slli étaient mimmi de l'attwtat

du 14 jtuviçf î,^u^ leur faisant un crime d'avoir soutenu l'année précédente la candidature du général Cavaiçnac à ?^pyjj[^ on osa leur deniander dg <jui ils ^tâi^nt les agents en cette drconetancet Où ^ava^'ent^ris la pro* {(^aon de foî ^n géi^érf^ et les bv||}etin3, ^? £t on leur adressa encore quelques autres questions toutes plus saugrenues le^ upes que? ^es.pJjQ^, et l'ijjtgjxoçato^e se borna là. ...

Us restèrent en priscm pendant vn i||ioi8.,C^eat i^nlptt ce>t^inps ({ue le maréchal Clanrobert, non^iné conupançlant du 3« corps d'armée, faisait son entrée triomphale à Nancy. Enfin le 19 mars, un commissaire de police agissant aux poursuites e;t dili|;ençes ^e M. le prégt, leur notifia pn ank^ du minisl^ Jlcfpïn^ jq{ w^ôçRaft leur transportatîon en Algérie. On eut la gracieuseté de leur dire qu'ils y seraient conduits aux frais de l'État.

Le 24, à quatre heures du matin, on leur annonça qu'ils allaient partir. Â cinq heures, en elfet, ils se trou<inîeiit.,t9vs[ley^, ifénn/»,à jiia.geOle. Mais c'était une fiiusse alerte. Ce n'est qw le soir, vers six heures^ qu'ils achevaient chacun dans leur cellule leur triste repas que le directeur de la prison vint d un air consterné leur annoncer qu'ils partiraieDt jà bmi beure^ en voiture cellitlaire.

On les conduiBit immédiatement à Ja gare dans des Toitm^es 4e (4^* les $t grimper dans J)a,ydtare

cellulaire qui les attendait huchée sur un truc, deux heures avant le départ du train. Pour arriver dans les cellules, il leur fallut gravir une échelle fort roide^ ce (pû foisdl dire à Rnotte : « Isi^ ^'on nous Mi mouler à la guillotine? >

Plus heureux cependant que bien d'autres, ils obtinrent, grâce à l'insistance du directeur de la prison et du chef de gare, que le conducteur de la cellulaire voulût bien se charger de leurs malles.

Une fois < encaqnés dans cette abominable bariqfne > où d'autres se trouvaient déjà , ils purent se reconnaître par la parole.... Il y avait là Bourquin et Groelu du Haut-Bhin; Boersch, Wam, Xsller et Zâbern, du fias- Rhin ; Garaiitib, Wierotib et SmiRT, de la Moselle» < en sorte qu'ils étaient là douze colis on numéros, tous éU* quetés : Dangereux, »

Enfin à neuf heures, ils quittaient les rives de la Moselle se dirigeant sur Paris, où ils arrivèrent à , cinq heures du matin. Là , ils furent conduits à la gare de Lyon où ils attendirent dans leur oélinle le départ dn train de deux heures et demie du soir.

Ils passèrent ce temps à examiner leur cercueil. On sait en quoi U consiste. Un long rectangle divisé en deux parties par un oonloûr. Chacun des deux côtés contient six cellules hantes de l",80 et larges en haut de 0",70, et en bas de 0'°,40. #AiuNTfB de la Moselle en prit lui-même la mesure. Les cellules sont éclairées du plafond par une

petite ooTertnro qui ne permet pu inâme de lire; elles sont percées à llntéfleur d'une portiàre percée elle*

môme d'un volet et garnie d'un grillage. On leur laissa le volet ouvert et on leur ût grâce des chaloed, qu'où se contenta de leor montrer. Pour siégei nne yespasienne infecte mal dose par un Yentail convert d'un méchant cair et contenant nn récipient en dnc destiné & on donble usage. La nuit, on les gratifie d'une couverture sale, et dans chaque cellule se trouve probablement, sous prétexte de pantoufles, une paire de gros sabots.

On peut se Isire vm idée des souffrances qu'on doit endurer là dedans quand on songe que quelques-uns y sont restés sans descendre pendant 96 heures, les autres pendant 66 heures, 61. heures^ &2 heures, 46 heures, ete.y ete.

Dans celle où se trouvaient les transportés de la Meurthe se trouvaient anssi ceux du Bas-Rhin, tous quatre

d'une structure athlétique et dont l'un d'eux, le citoyen Bœrsch, était pour comble atteini.d'uqe sciatique dontU souflrait horriblement.

Avant de quitter Paris, te convoi dont qons parlons note deux incidents caractéristiques. A la sortie de la gare, des plâtriers qui travaillaient sur un échafaudage, ayant reconnu l'un d'eui, 1^ saluèrent noblement en mettent If^ main spr 1^ cœur. Plus loin, qu^j^pies.Jboar- 9B0ÎS s^apprœhèreot d'eux et dirent : « C'est de la bande àVidcwql»

Us mMreàt enfin k ÉxtseWle 1è S6 mari, tk j^liéftiN^

du soir. Ils furent débarqués au fort Saint-Nîcolas. Pour y arriver, il faut gravir une petite montée; des porte-faix s'offrirent pour t>orter les malles des vo^àgeurs, mais là ^garde Me té{ttriftsa et cenx-ck fttrent encdrè dî>ligâ8; ()oùvant à peine se tenir debonat, de tralnet leurs bagugefc

jusque dans leui nouvelle demeure. ' . •• »

" Nous profiterons de l'occasion qui nous est offerte pour parler avec <iaelqfues détails du fort Saint-Nicolasi qui rémeillit une grande paMIé dés déportés de 185êy et à un point de vue général de la trànsportatiod'. Aii Mirt)lus, Texcellent citoyen Ferdinand Lelièvre, qui nous a donné entre autres renseignements un récit très-complet de la transportaUon dans la Menrttie, nons en donne lui« même le moyen, et nous en profitons en le remereîant Id au nom de la démpmtie, des notes précieuses qu*il a recueillies touchant les ti ausportations de 1852 et celles de 1858. • ...»

Le fort Saint-Nicolas est une assez vaste forteresse'qiui défend l'entrée du vieux port. Les MsenttmSf la prison dVile; étànl pleine déj& de proscrits; on dut le faire

servir à cet objet pour lequel il n'existait pas précisément. Nos malheureux coreligionnaires et amis étaient 1& daquemurés dans la geéle militaire du ibrt; * *

Représentez-vous trois cours en pente rapide, communiquant entre elles et fermées' par dé hauts bas^ tions sous lesquels sont pratiquées des casemates et

culée des lim <oiin»; il y « iine petite ehapell» eà

les condamnés à mort passent leurs quatre derniers quarts d'heure de réflexion. Au-dessus de leurs têtes les prisoD^iS'politiques voyaient se promenée st^ les leaaparts les sentineUee chargées de veiller sur eux.

Beenceup eav^t à ee plaindre des privations de tonte KHTte qu'ils y endurèrent. On le croira sans peine, et ce que nous aurons occasion dire ailleuis-le démontr^a suifisamment. ' »

Le convoi qu fmmepalt les lranspoft^4e la M/9Vtbe en Afrique partit le S7 mars de Marseille. U était composét entre les trois citoyens dont nous connaissons les noms, de Groelli, de Relier, de Zabern, de Garantie et de huit autres de divers départements, p^mi lesquels .le docteur Desmoplins 4* J^urs, On leur a4jQignit nnfs vingtanie de soldats envoyés an^ conipsgnies de discir pline. > I r

U Sinc^ sur lequel ils étaient montés les transporta rapidement dans le port d'Alger, où ils arrivèrent le 29 m/ep 4k>lieiires dn^natin. fi^ agent vint iaif e- leur recolement et ils flirent immédiatement conduits à Yhâtel LaffiUêt f tto Sallufite, C'est ainsi que les transportés appelaient la prison militaire. d'Alger, du nom de son direc- Jteur. «.f ^ .• .

Q^'m se VQprésente ui|e de twiiee pas carrés» pavée en pierres noires» fermée par quatre bâtiments à

deax éhigéi de oonrtruclleii Buumsqiie.'ta priMmnien politises logeaient an seeond étage/ les dèlenns mfli*

ta^'res au premier; le rez-de-chaussée était occupé par le greffe, les cuisines, etc., et les caves par des cachots où grouillaient des Arabes aceaaés de vol, de viol ou d'asaaseinat. " *

Le règlement de VhâM Lafiilê assujettit les ditrans an régime suivant : appel matin et soir; dans la nuit deux rondes militaires qui venaient mettre la lanterne sous le nez des transportés pour roir s'ils n'avaient pas'pris leur vol. Tèus les Jours à dix heures, on leur servait Invariablement une soupe au riz rerifennant « un morceau d'tan bœuf qui devait, nous dit notre correspondant, descendre en droite ligne de Tune des sept vaches maigres du songe dePharaon. » Pasdevio,etlesoirrien.Geuxquic avaient autant d'argent que d'appétit » pouvaient se procurer à dfner à la cantine. Quant aux autres, ils en étaient quittes pour se serrer le ventre. De plus, l'établissement ne possédant ni tables, ni bancs, les républicains étaient obligés c de mettre la potée par tem et de manger au- ^ tour eoaune des chiens ooûnmts, cinq par ganelle. » lEnfin, à leur entrée, on les avait désarmés de leurs couteaux, « ce qui les rapprochait par -trop, on en conviendra, de l'état primitif de nature chanté par le poëte. »

On ne s'étonnera pas qu'après quelques jours de ce régime-là y phisieurs durent étré eonduita à l'hépital* Mais aussi» à l'hôpital), ils avaient l'agrémeolt de voir

inscrit on lèle de ehaenn de leon lits : II».... régkmu dêt

transportit! (Test ce qui arriva aux citoyens Lelièvre et Paillier.

En sortant de l'hôpital on ies envoya en internement à Tenei.

D'Alger à Tenes, il y aune traversée de qninse heures.

Un convoi de quatorze transportés fut embarqué sur le Titariy le 4 avril à huit heures du soir, et arriva le lendemain à onze heures du matin à destination. Il fut déiMurqné à trois lieares dn soir. De ee eonyoî disaient ' partie, outre Ruottb de Nancy, SAmmsii de Lyon, Garantie de Metz, Fariau de Tours et d'autres. Pendant tout le temps de la traversée et sans aucuns motifs, le capitaine ne trouva hen de plus amusant que de faire iiMllr» aux fm sur le pont les quatorze républicains. Oiiuunm et fisuv notamment tarent attachés sur l'avant dn vaisseau à la mémo tringle que trois Marocains condamnés pour crime.

On nous assure môme, sans que .nous ayons pu vérifier le fait', qu'après cet exploit le capitaine, en digne catholique, fit mettre à genoux tous les hommes de l'équipage, et leur lut lui-même une prière. C'était le jour de Pâques, et pour les catholiques c'est une grande fête.

Nous dirons ailleurs de quelle vie vécurent nos malbsorsQz «mis dans leurs lieux d'internement.

MOSKLLB

Lej^fe{t^^,ce dépi^ictement en I8ô9 était M. MaUiev« K* dQ j(xé|ifa]idQ était propirenr généraL Ut jénéval Marey-Mçnge y oommandaii la diTisîon^ . . , . . ,

11 y eut trois victimes : .

GARAHTiBy memiiflier en bâtiment à

WiBROTTE, maître d'hôtel à Metz. ' * SiBERT, carrier et cultiTateur à Remilly (canton de Pange). ' " j t , ...

i Lfttfitoyeii^ûaRAiini était en même tenpBJ^iie fmrniiflier, ehoriite an théâtre. Penoone, à Met% m le ee»-

naissait pour un homme politique. • < ' »

Le citoyen Wibrotte, maître d'hôtel, rue Chambrière à Metz, avait été, jen 18409 capitaine d'une compagnie de volontaîiiee, dite 4es Jfefita^nordf. Il aiaift él6 eiilé en co«p dOtlat et a?aii| dû paaaer iplueieim années^ ^Mgique. . , , . :

Le citoyen Sibert avait déjà été déporté en 1852.

Tous trois forent arrêtés le 24 février 1858. Leur rôle et leur inflnenoe politiquee étaient oonaidérée comme nulii et personne ne eomprlt rien & leur arrestation.

fànts en bas âge, courut de tous les côtés pour savoir les motif» de ces rigueurs, mais ne put rien obtenir. 11 n'y avait pas de raisons ! qui donc aurait pu en doDAco^ f

Quoi'^'ir «dr 8o1t, ils méi% Mu^rtâs à Mmélle en voiture cellulaire. Us faisaient parift du convoi ei se trouvaient les transportés de la Meurthe et du Haut- Rhin. A Marseille, où ils arrivèrent brisés, les jambes enflées et meurtries, ils furent enfermés au fort Saint- • Nicolas et couchèrent, comme leurs camarades, sur de la paille dans des cachôls infects.

De Marseille ils furent embarqués pour Philippeville et furent ensuite dirigés sur Guelma.

Garautub faisait partie de ce convoi de républicains qjoit transporté d'Âlger à Tenez sur le Titan, furent mis aux fers pendant tout le temps de la traversée. Il jouit même de ce privilège, conjointement avec le citoyen Fariau de Tours, d'être enchaîné avec deux Marocains condamnés pour crime. • *' - i* - •i.i>^.

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