‹ Les suspects en 1858; étude historique sur l'application de la loi de sureté générale; emprisonnements - transportationsChapitre 4 sur 53 · Art. 42 de la Constitution · texte numérisé non relu

Art. 42 de la Constitution

Tout paraissait sourire aux débute da règne de Napoléon m.

Il semblait que les douze mois de dictature que l'on

venait de traverser eussent suffi pour changer Tâme de la France.

Après plus de trente années de gouvernement parlementaire, plus de trente années pendant lesquelles la

presse et la tribune avaient retenti de paroles libres, pendant lesquelles les affaires du pays avaient été discutées au grand jour, ceux qui le gouvernaient soumis à une surveillance inquiète^ à une permanente censure, pendant lesquelles cette nation, réputée si mobile, avait pu varier dans rexpressiou de ses sentiments et de ses passions, mais avait entouré d'un amour constant et jaloux sa liberté politique; après ces longues années de virilité, elle semblait s'abandonner, lasse de bruit, fatiguée d'agir, afGunée de repos, entre les bras du pouvoir absolu.

Non-seulement près de huit millions d'électeurs avaient jeté dans Tume du plébiscite leur muette approbation, mais tous ceux qui avaient licence d'élever la voix, — et

beaucoup de ceux-là eussent été libres de se taire, — célébraient l'ère nouvelle, Tère de l'ordre, de la disci-

pline, de la vie transie, mone» sûre, sons l'égide d'un pouvoir iMiternel, armé pour rassnrer les bons et foire

trembler les méchants. Nulle voix discordante ne troublait ce concert. D'où serait-elle venue? Du dehors? La frontière était bien gardée. De Tintérieur? Ceux qoi n*approavaient pas s'absorbaient dans le labeur physi* que on inteUectnel et s'enveloppaient de silence.

Le peuple des villes, si ardemment républicain naguère, désenchanté, découragé, tombé du haut de ses illusions, de ses rêves de transformation sodalOi se repliait sur lni«mdme. La masse peu instruite» sans convietions arrêtées, celle qui flotte, qu'on entratne, qui devient houleuse quand le vent souffle, mais retombe inerte avec le vent, celle-là, la plus nombreuse dans la population ouvrière des vlUes, répudiait la politique, oubHait, se fUsait indifférente à tout^ sauf au salaire. Paris, transformé par les peircements et les démolitions* en Tin gigantesque atelier national, voyait les salaires hausser, le travail abonder. Beaucoup donc se laissaient enrégimenter en corporations pour faire la haie sur le passage du nouvel Empereur. On les vit à la rentrée du voyage départemental ; on les vit à la proclamation officielle de l'Empire ; ils étaient là sans enthousiasme, sans joie comme sans tristesse indifférents, insouciants. Foule passive, dont la présence suppléait au cri: iit», Cmmr! Les autres, ^et que cette justice leur soit ren« due, — nombreux parmi les ouvriers parisiens, regar-

dftient tîi&tement| fleiiU»refl et loaoienz, paner les pompM triomphales»

Lee peyiàiie qoe lâ révolutUm de féftkit mit ei proftm»

aèmetit ébraoléé, qui, dftti^ têmt de pfdtîiieee, étalent sortis de leur apathie tiofmale pour embrasser la foi r^^publlciliûe) qui, dans vingt départements, avaient répondu au ' toesin de déœtnbre, pnomt la fourche et là iktii» eher^ géant le itiUl de «heeie) pour déftndre le loi, iea paysans

avaient été brusquement rejetés dans leur sillon traditiOntièl. L'état de siège, les fusillades, les arrestations, l'exil, Ge}eh^e et Lambessa les araient frappés d'un inaieible efRt)i. Oh leof if ait tant dit, detihis dit mois, qhé ces répnblicaids doht ils avaient écouté la toit, n'é**

taient qu'un ramassis d'ambitieux, d'hommes avides, abusant de leur naïveté pour satisfaire leurs appétits de pouvoir et de richesses, qhe beaucoup avaient fini par le * urofTés

Metirs, dans les eattpasfnès bù la réaction avait tou^ jours gardé la prépondérance, il y avait de l'enthousiasme; il y avait la joie des dé Vois à la redingote grise

ei an petit chapeau, des adoirateurs dn grahd Napoléon,

des effHréS dh croqhfr-mitaine rouge qui s^épanoniisaient en pensant qu'un Bonaparte les avait saUVés. Beaucoup, fins calculateurs, se félicitaient de l'économie réahsée par le licenciement des f bo représentante à £5 fhmcs par Jonr. Malhemr I qui ettt osé leur ftdre remarquer qhb rimperetir tonohait, I lui seul, trbift fbil M demi itl^ »

tant» par ionr» que let 750 r^préeentoiitt à ia foiti sans prégndicd das aénatBnra & 89 firnncs 19 eentiiiief par Jour, des'coniaiUani dttat à 68 franci al liai députaa è

30 francs I

Le paysan» d'ailleurs, absorbé par son labeur, n'aimant guère que la terres ne lisant pai, n'a|ant connu la liberté politique qu'au milieu d'un orage, ftçonnè de longue date au pouvoir d'un seul, le roi, Tempereur^ mattre et père, providence des petits ; le paysan devait naturellement trouver tout pour le mieux.

La bourgeoise, dans sa grande majorité| s'épanouie* sait. Une noble et vaillante élite» hâtons-nous de le dirot honorait, par sa dignité, par sa muette résistance, par la protestation de son silence, par ses regrets, par ses amertumes, la cause de la liberté dont elle pleurait ia perte dont elle espérait le retour. Mais la masse conservatrice se jetait sur les places, les gros traitements,- les honneurs, les monopoles lucratifs! Légitimistes à peine revenus du pèlerinage de Frosdhoriî; satisfaits, conservateurs^bomes du régime de Juillet ^ libéraux de la même date; républicains fiurouches de mars 1848; honnêtes et modérés de 1849 : tous se précipitaient à l'envi, tendant la main, courbant Féchine, reniant ce qu'ils avaient béni, adorant ce qu'ils avaient insulté.

Tel chef de la gauche pariementaire sous Louis-Phi-> lippe 86 fit l'apologiste du pouvoir absolu, bafoua le s^hlème constitutionnel dont il avait été naguère l'un des

plus broyants champioiLB, et se fit, par ce moyen, des appointemenû de 150 à SOO mUle lima ; tel signataire dn décrét de dédiéance, rendu le s décembre à la mairie

da dixième arrondissement, accepta la mission de reviser la besogne des commissions mixtes et de contresigner les ordres de proscription, moyennant quoi il alla s'asseoir an SénaV muni de 80000 fr. par an.

Ce fnt aussi l'heure des grandes affaires. La bourgeoisie conservatrice se rua vers les coulisses de la Bourse ' avec non moins de frénésie que vers les antichambres . ministérielles. On créa, sous prétexte de crédit, de gigantesques maisons de jeu, a^ec privilège du gouverne- . ment. L'art de soustraire les écus de l'épargne des bonnes gens, de les y remplacer par des chiirons de papier représentant de fantastiques valeurs, fut élevé à la bauteur d'une ûostitution.

Alors commença la danse des millions.

Dans ces jours dorés du commencement du régne de , Napoléon m, les catastrophes financières n'avaient pas encore dessillé les yeux des plus aveugles; de cruelles

leçons n'avaient pas encore appris la méfiance aux naïfs; les capitalistes, aOranchis de la peur de 1852, voyaient tout couleur de rose : le pouvoir absolu, c'était pour eux la paix, la garantie des intérêts matériels, la force veillant sur la caisse où allait s'emmagasiner la récolte des millions. Aussi alldlent-ils grand train. Pas de société qui

ne trouvât de candides actionnaires; pas d'habile homme qui ne lançât sa petite société.

La France était riche. Trente années de paix, de liberté féconde, de gouveniement étroitement rarveiUé, avaient aecomnlé les épargnes. On les amorça; elles mordirent.

Quel beau temps I quel épanouissement I On en vit débuter avec quelques centaines d'écus empruntés, et donner peu après des millions en dot à leurs filles. Laûérre de la spéculation y de Tenrichissement à tout prix, fat contagieuse. La bourgeoisie ache^ d'oublier, dans ce vertige, le souci de la liberté qui avait l'ait la gloire de ses pères.

Quelle tentation dfailleurs que le spectacle de ces for^ tunes rapides, improvisées en quelques mois I Tout Paris avut vu certain personnage politique, plus connu avant

le 2 décembre des huissiers que des agents de change, acheter peu après révénement une terre d'un demi-million sur ses économies.

Les membres du gouvernement provisoire de la République avaient quitté le pouvoir moins riches qu'en le prenant. MM. de Morny, Magnan, Saint-Arnaud et autres. Insolvables sous la République, étaient d^à riches au Jour de la proclamation de TEmpire.

En même temps que la foreur de l'enrichissement à tout prix, la soif des jouissances matérielles, du luxe, des plaisirs sensuels, suivaient une effrayante progression. Le monde interlope des courtisanes débordait dans la

todété pirifitflinf « ija tbéàtra et It roman m ûûsaiint

leurs héroïnes.

La grande cité, dépouillée de sa couronne de penseurs, de poëtesi d'orateurs, de libres écrivains, d'hommes d'Étet intègres qui avalent foit de Paris la capitale de l'idée» était en train dé se transformer en une hôtellerie banale, rendez-TOiifl de plaisir de TaHstocratie opulente et débauchée des deux mondes. La démoralisation gagnait les couches profondes.

Le peuple oubliait les chants patriotiques pour des fefhdns grlTols; le journal disparu était remplacé par le cabaret; le club par le bal public.

Ce n'était d'ailleurs que fêtes, bals, jouissances. Fêtes à r£cole militaire, fêtes à Saint-Gloud, ciiasses à Compidgne ou à Fontainebleau. Les grands cof ps dé l'Etat rivalisaient d'ostentation. Le bal du Corps législatif ftit la principale affaire de la session de 1853. Les galas de l'hôtel de ville sont demeurés mémorables. Le prélet de la Seine, M. Berger» député libéral sous Louis-Philippe, héros de février, maire des barricades, en était l'ordou* nateur.

Le mariage de l'Empereur avec une femme élégante, jeune et belle, allait donner bientôt une nouvelle impulsion A celte iièyrade luxe, de parades, de jouissances.

Ce mariage, célébré le 99 janvier 1S53, fut pendant quelque temps l'unique préoccupation de la société fhinçalse. L'étonnement qu'il excita, la curiosité qu'il éveilla

ftirent ettrêmes. Ni la famille, ni la personne de Mllê £ugénie de Montijo n'étaient connues en France» en Mon du petit nombre de riches désosuvrés qui (Mqtienteieiit les tilles d'eeui. Biën qu'elle apparthii à uiié mitsdn de la gnkiidetse B^pagnole^ que «t ttièn» eût lté cnmerera mayor de la reine Isabelle, son élévation au trône de France n'en paraissait pas moins un de ces ooups de fortune si étranges» si invraisemblables, une Û% Ole impossibilités comme on en voyait tant depuis la t décembre, et qui faisaient parfois douter de la réalité des éTénements qui se déroulaient sous les yeux des contem» porains.

Les fêtes du mariagê durent toutefbis un épisode què tiottt b'aorons garde d'oublter.Le VénUeutpnhWh, I cette

occasion, les noms de près de cinq mille transportés répUlilicains qui étalent autorisés à rentrer dans leurs foyers * .

l'oirganisatibn dé la couf , le rétablissement de réti-> qaette, le règlement du eéi^mobiel tinrent une gratidé

place dans les préoccupations gouvernementales. Il y eut grande distribution de charges, de décorations et d'ap- . pointementS4

On êe montr* modestè, eouUttt^ dans lé choiz des Ittaléireé» mais imposant dan» le choit dès titré».

Il y eut un grand maréchal du palais, un grand

i. Un grand nombre de oes imaittiéB élaieDt morts depuis plwieiirs

— ta —

éônyer; un grand veneur; un grand chambellan; une

foule de chambellans ordinaires; un grand maître des cérémonies, etc., etc. A la place des grands noms de l'andenno cour» de la vieille noblesse, des fils des croisés qui acceptaient sans déchoir les fonctions de hante domesticité à la cour de Versailles, on eut des princes, ducs, comtes, de fraîche date, mais fort brillants. Morny, dont l'état civil fut une énigme, Fialin, plus tard de Persigny, Le Roy, dont le nom s'allonge de celui de Saint»Âmand, d» Maupas, Bacciocchi et tant d'antres, tinrent lieu des Montmorency, des Noailles, des Rohan, des Larochefoucauld, des Richelieo, etc., etc.. Cette cour, où la question de la culotte courte et de Thabit brodé, substitués au pantalon et au frac nonr, fournit dès le début un graTe sujet de préoccupation ; cette cour, disons-nous, ne ruinait passes dignitaires, comme le fit plus d'une fois la Vieille cour de Versailles. Les comtes du nouvel empire ne couraient nul ris(iue d'y manger leurs prés et bois, pour mille rdsons, la plupart On se Tengeait amplement de la ladrerie parlementaire et de la parcimonie républicaine. La liste civile de Tempereur avait été fixée à 25 millions par an, non compris les rerenns des forêts de la couronne. Les hauts fonctionnaires avaient été traités en proportion. Le cumul était devenu la règle. M. de Saint-Arnaud, par exemple, touchait 130000 francs comme ministre, 100 000 comme grand écuyer, 40 000 comme maréchal

de France, 30 000 commB sénatouTy ce qai constituait au

besoigneux colonel qne l'Algérie avait connu quelques années à peine avant cette heure dorée^ un léger traitement dd 300 000 irancs par an.

Un horizon serein paraissait donc s'ouvrir devant le deuxième empire, au printemps de 1853. Le calme était profond; l'adliésion des masses n'était point douteuse; les partis Taîncns, atterrés, donnaient & peine signe de "Vie; l'harmonie régnait entre les grands corps de l'État; quelques susceptibilités d'étiquette, quelques querelles de préséance avaient à peine troublé cette paix majestueuse. La France semblait supporter le pouvoir absolu comme si jamais elle n'en eût connu d'autre. Cependant il semble que certains personnages haut placés par le pouvoir nouveau ne fussent pas moins obsédés de secrètes appréhensions. On trouve dans Texamen des choses de ce temps plus d'un indice de ces préoccupations. On devine, par exemple, ces soucis à rimpatience« à l'irritation fébrile que causait aux hauts fonctionnaires de l'empire le rappel, même fortuit, des souvenirs importons des temps de liberté. U est tel procès politique*

1. Voir, entre autres, le Goopte renda du procè» pour le complot de rOjpén-Gomiqaei en 1853.

— ao -

de ces débuts du règno où l'évocation seule du nom de république» rollusiou la plus timide aux déportnUoo» flommaira, aux illégalités du coup d*^t, le titra de présentant du peuple rappelé avec respect, sufûsaient pour mtttre hors d'eux-mêmes président et procureur général et les faire se livrer aux plus singuliers éclats de colère, aux menacée les plus emportées. Rien n'eat plus significatif que la iiréquence de ces violentes invectives & la république, au part! républicain, au gouvOTnement parlementaire, invectives dont Texpression se rencontre dans la plupart des mauilestes ofûcieis de l'époque.

Pitts d'un parmi ces dignitaires fraîchement investis rappelaient le parvenu subitement enrichi, qui appréhende sans cesse qu'un nouveau coup de la fortune ne le vienne rejeter dans la primitive indigence.

La situation politique justifiait-elle ces doutes sur la solidité de rétablissement impérial I Un examen attentif des choses nous permettra peat^tre de répondre.

Malgré l'afTaissement de l'esprit public, malgré la prostration générale, des indices sérieux laissaient croire que la France libérale, la France révolutionnaire n'était pas morte, et qu'à moins d'événements nouveaux, il iiiudrait bientôt compter avec elle. Un fait grave, d'une gravité qui ne sauraitétreeiagérée,firappaitd'al>ordles esprits observateurs. L'élite intellectuelle du pays, tous les }iommesdegrandtalentetdegrandcœurytQVSceuxquis'étaient

•cqnîs un nom glorim ou rMpacté» m (enaieni k réctrtt M montraient réfrictaims à Tempini. Savants, artiatet, poitef , historiens, professeurs, hommes d'État, orateurs,

soldats même, tous ceux que la France était accoutumée depuis trente années à regarder comme ses guides, qu'Us fiissent du parti du mouvement ou de celui de la résiftance, tous, à d'inappréciables exceptions près, protestaient contre le nouveau régime, ou se renfermaient à son égard dans une dédaigneuse abstention. Il y avait là une force morale qui échappait aux vainqueurs du â dé~ cembra.

On avait dû improviser une eour, une noblesse, des

dignitaires avec d'anciens sous-officiers, des gentilshommes d'occasion, des gens 4'affaires, des avocats de quatrième ordre. Pas un nom de quelque autorité. Pans les hautes fonctions politiques, même pénurie. Thien» Ouiiot, Odilon Barrot, Tocqueville, Molé, Dnfaure, L. Faucher, Rémusat, etc., les cheîa, les inspirateurs des classes riches et conservatrices, attendaient dans la retraite l'inévitable réveil de l'esprit libéral au sein de la haute bourgeoisie. Nui d'entre eux ne S'était rallié. Le nouvel empire était forcé de se rabattre sur MM. Billault, . Baroche, Rouher. M. Billault, l'un des lieutenants d'Odîlon fiarrot, converti au pouvoir absolu, après être passé par le lépublieanisme avancé, le socialisme et le droit au travail, diierédité par ses palinodies, esprit médioere, embarrassé de son nouveau rôle, pouUôire honUux de

" lui-même; M. Baroche, également entré dans la vie politique sous les auspices de l'anden chef de la gauche parlementaire de la monarchie de Juillet, orateur Tulgaire,

caractère souple, sans élévation, expert à tout rabaisser à son niveau ; M, Rouiier, une des médiocrités qui se rencontraient en grand nombre sur les bancs de la droite réactionnaire de l'Assemblée constituante, n'ayant encore jou6 qu'un rôle subalterne, orateur verbeux, plaidant le pour et le contre, agile sous son apparente lourdeur. 11 avait protesté avec quelque apparat contre la confiscation des biens de la famille d'Orléans, ce qui ne l'avait pas empêché de prendre, quinze jours après, la direction d'une seciion du conseil d'État. Petits homnies, petits caractères et petits talqnts, comparés à ceux que la France avait Thabitude de voir à la téte de ses affiiires.

L'empire avait pour poètes HH. Belmontet et Méry,

celui-ci avachi, tombé. Les grandes illustrations poétiques du siècle étaient ailleurs. Lamartine, Musset, fiéranger se taisaient. Victor Hugo écrivait en exil ses imr mortels ChdUnunit*

Les historiens, les Michelet, les Guizot, les Thiers, les Martin, les Villemain, les Louis Blanc étaient tous dans le camp des vaincus. Dans ce camp aussi, les orateurs : ceux déjà nommés et les Berryer, les Jules Favre, les GrâoDieux , les Michel (de Bourges), les Ledru-RoUin , et ceux aussi qui brillaient aux derniers jours de l'Assem-

blée législative , jeunesse qui promettait ud renouveau de l'élo^enoe Bancel, Dufraisse» Daprat, Ghanfibur, etc.

Les glorieux chefe de notre année d'Aflrique, Bedean, Lamoricîère, Gavaignac, Ghangarnier, Ghams, avaient

vu briser leur épée. On était réduit à faire des maréchaux avec les vainqueurs du boulevard Montmartre.

Combien encore de noms illustres ou respectés parmi

les protestants du nouvel Empire! Ârago, Lamennais, Quinet, Lacordaire, Dupont (de l'fiure), et tant d'autres que nous pourrions nommer.

Certes, l'opposition de tels hommes devait être pour le gouvernement impérial un motif de grave soud. Si la situation se prolongeait, si nulle diversion n'intervenait, le sentiment de folle terreur auquel avait cédé la majeure partie de la classe moyenne irait se dissipait; le sang*firoid reviendrait La bourgeoisie réfléchirait^ eiaminerait, verrait. Nul doute qu'elle ne revtnt bientôt à ses traditions libérales, qu'elle ne s'inspirât encore de ces hommes qu'elle avait considérés comme ses chefs naturels. Les intérêts matériels même, si violemment surexcités, n'auraient pu tarder à reconnaître que le pouvoir absolu ne leur donne qu'une illusoire sécurité. L'armée enfin, l'armée par laquelle on avait fait le coup d'Ëtat et r£mpire, Tannée n*aurait peut-être pas supporté une prolongation indéfinie de la situation, telle qu'elle se présentait au printemps de 1853. A mesure

que se diââij)aient les fumées de l'ivresse du succès, tous ceax 4ul 6i>tt&er^aièùt quelqtie fierté d'âtae et ils . 6tàfent nombreux (Ms cette ahnée — lioaflhiient âu rôle qui leur était échu'deptris lantiit dn 2 décenlBfe. Es rêvaient d'autres lauriers que ceux de la campagne à rîûtérieur; ils voulaient se grandir à leurs propres yeux, aux yeux de leurs concitoyens. Ce n'était pas (Mfor se «jokwofner dans les lofiirs des iilles de garMéon, polùr parader, pour c mvoyer de malheureux proscrits qu'ils avaient élevé un Bonaparte sur le pavois impérial. II eût été dangereux de les laisser léAgtemps dans Tina^ fton. . .

L'Europe, d'autre part, h*&^ pià in sstia irépngnance ravé'nement de l'empire. Elle se montrait soupçonneuse, profondément méfiante. Napoléon III, reconnu d'assez mauvaise grâce» demeurait isolé. Des princes de qua^ triéme ofdre, le priùt6 Wasa, fils du roi de Suède» le prince de HobenzoUem, parent du roi dé Prusse, mtent refusé à l'Empereur, quelques mois avant son mariage avec Mlle de Montijo, la main de leurs filles, refus d'autant pluâ significatif qae ces princesses étaient petitesfilles de la dncheUse de Bade, cousine de Napoléon 111.

Malfl» à eas metift aiMécofité pou» rdWbflsMitfÉt iÉipérial s'en joigntti^ m aoffe plud pixisimt à lèi lieiil

que tous ceux dont nous venons de parler. C'était l'attitude du parti républicain.

hei répnbUcaiiii avttieiit été iaxHm, ptosMa, dédtùéài déèonntf és^ tBknâttiBxiêtoèid artten^éii, dinis ilè n'en demeuraient pas moff» indomptablement attaché^ à leurs convictions, à leurs invincibles espérances. Disons-le bien haut, à leur éternel honneur : cette chute profonde «mi pu les bfkèr, mais hxm les #pflit.

Ain éêM» du préiAier empire/ en f 804, lés IMblris affluèrent'dans les aiiLichambres impériales; les débris de la Convention et des Conseils encombrèrent lé Sénat, les eerps MMtytttés; oceapêreftt léé préfeeturès, les lâégeBiMMrei; s'hielhièrenft defaaft le nouveau GëÉ#. Un trop petll nombre garéèrerrt intacte lèur M politique. Si bien, qu'alors, le parti républicain mourut poar ainsi dire avec la République; que, vingt années durant, H n'exista plus guère ^'à Fétat de souveMf .

Gomblett diiffirenfe fut l'histoire du moâ^itfe parti réh publicain, après le 2 décembre !

Sur deux cents à deux cent vingt représentants que ce parti ecHoaptmt h la Légistatiré, FIEtoiAre ptit à peine en

rallier deux ou trois, des plus obscurs. Pas on homme marquaDt qui ne demeni^t fidèle à la cause yainene. Dans ce qa*on peut nommer les cadres du parti, même

fermeté. On compta facilement les transfuges. Dans les classes moyennes, une généreuse élite gardait pieuse- Inent le culte de la liberté républicaine : ceux que la proscription avait épargnés, aussi bien que ceux qu'ellé avait frappés, uà plupart, sans doute, s'étaient réfugiés au sein du foyer domestique, s'isolant, s'absorbani dans leurs travaux, propriétaires, industriels, avocats, médecins, commerçants 9 professeurs; mais tous refusaient obstinément de se renier. La popularité les avait abandonnés ; mais que fallait-il pour qu'elle leur revînt? Peu de chose chez ce peuple impressionnable et mobile: un accident» gme occasion. Ce pays est de ceux qui paraissent parfois tomber le plus bas, mais nul ne possède mieux que lui le don de se redresser brusquement

Parmi les ouvriers des villes, nous l'avons déjà dit, un grand nombre, des centaines de mille hommes, refusaient d'oubher. Parfois des incidents significatifs révélaient cet état de choses. A Paris, à Lyon, en 185S, malgré l'abstention re< ommandée par les chefs de parti, le peuple avait nomnié des républicains qui ne voulurent point prêter le serments Dans les campagnes même, partout où la déportation avait fait son œuvre, malgré

1. MM. Cariiut, Cavaignac, ûoudchaux, à Paris ^ H. Hénon, à Lyon.

la protestation générale, l'universel silence, l'universelle terreur, la semence républicaine jetée par 1848 se coBserrait profoodément enfouie» mais îDticte. N'avons- DOQS pas YQ de nos jours ce même psrti se retrouver, après 17 années d'empire, plus nombreux que jamais, et gardant encore saignante la plaie du 2 décembre?

Dans les premiers mois de 1853, les républicains à Paris et dans quelques autres grandes villes, semblaient commencer à secouer la léthargie de Tannée précédente. Quelques hommes inaccessibles an découragement, tentaient sourdement de rallier les membres é pars du parti. On percevait un commencement d'agitation intérieure. Halgré rinquiète surveillance de la police, malgré ses innombrables agents , les brûlantes satires de Victor Hugo entraient par toutes les frontières, circulaient de , main en main. Les bruits les plus étranges se répandaient parfois ayec une prodigieuse rapidité et étaient avidement accueillis. En présence de l'asservissement de la presse, les démentis que le gouvernement faisait donner à quelques-uns de ces bruits, n'excitaient que des sourires d'incrédulité. Il est encore aujourd'hui telle rumeur, qui fit secrètement en ce temps -là le tour de la France et qu'on ne sait encore s'il faut ranger parmi les légendes, fruit de la haine des vaincus.

Une vérital>le conspiration qui parait avohr eu des proportions sérieuses, s'organisait à Paris. Un groupe d'hommes déterminés avaient résolu de donner le signal

4e l'iBflurriolimi, ea attaquant à maio année la voiture 4e i-fimpereur. Ce oompiot échoua, comme tant ëau* très, il est ceanu «o^i ie nom à! Affaire de ^(i|pdnHûi- Ae rifoiiveiieeemwlesuittioiii Inrant pronoaoéw à Qilto oocutoa.

Kn résumé, l'abstention, réloignement des affaires, ou roppoaition flagrante de tous les hommes coDeidérables di paye, de tom ceux «{ni riion o iaient ie pUu par leur talent ou leur caractère; risoUmeot de llmpereor en Bnrope; les symptâmea d'impatience dani l'armée, qui , aspirait à une gloire plus légitime que celle de décembre ; l'hostilité persistante du parti républicain, ia force oonaidérable «ja'il anit eonaérvée dane les grandes villes i rendaient difficile la prolongatien da skitu quo. H faltait une diversion aux esprits; il fallait que la France fût forcée de détourner les yeux d'elle-même; qu'une esti^rise nationale vint amortir les nssentimeiits des ouvriers républicains, si éminemment patriotes; il fidteit en un mot que des eatisfiietioas damées à l'amonrpropre de la nation, à ses instincts de puissance, de grandeur, de gloire, rempêcbassent de «"apercevoir tnf tdt de aon étal intérieur.

yioor oela ia goene dÉaM néoaasaise.

Il paraît démontré qu'au drbut, l'empereur s'était atlactié à ridée de Taoïiezioi? àe la i^dlgique. Il y reqoi^a sagement, lorsqu'il comprit qu'une pareille eptreprise aurait po^r conséquence inCailUble de reconstituer la coalition européenne. Si la guerre était nécessaire «u nouvel empire, même une grande guerre, il n'était pas moins fissentiel que cette guerre ne fit courir aucun danger an paya. jL*Empire qui Tenait d'écraser ce que la France possédait de plus viril, de plus résolùment patriote, le parti révolutionnaire, eût été impuissant à faire surgir du sein de la nation les forces nécessaires pour lutter contre une coalition.

yui

L'ambition du czar Nicolaa yint fournir jk l'empereur Napoléon Ifl une incomparable occasion de faire la

guerre dans les conditions qu'il devait désirer, c'est-àdire une guerre uatiQnale, sérieuse» mais sans péril, quant à l'issue.

L'Empereur sut profiter &yec une habileté consommée de cette occasion qu'il avait d'ailleurs contrlbi^é, dans une certaine mesure, à faire naître.

Quelques détails rétrospectif» sont ^ci indi$peii^ables* Une discussion trés-viye s'était élevée à Jérusalem, eptre les moines grecs et les moines latins. « Pour parJer

sans ambages, dit à ce sujet l'historien anglais Ringlake, il s'agissait de décider si, pour passer à travers Tèglise da Salot-Sépulcrei et arriTer à la grotte» les moines latiDs devaient avoir la clef de la porte principale de

l'église de Beth éem, de même qu'une des clefs de chacune des deux portes de la sainte -crèche, et s'ils possédaient le droit de placer dans le sanctuaire de la nativité une croix d'argent, ornée des armes de la France. Les latins réclamaient aussi le privilège de prier, une fois par an, à l'autel de la sainte Vierge, dans Tcglise de Gelhsémani, et ils revendiquaient le droit d'avoir « une armoire et une lampe, » dans le tombeau de la Vierge. »

Cette querelle de moines serait passée inaperçue, si, dès la tiii de 1851, l'ambassadeur de France à Gonstantinople, M. de la Valette, n*avait reçu instruction de prendre vivement en main les prétentions des latins. Leurs réclamations s'appuyaient sur les termes d'un traitt'' ou « capitulation » conclu en 1740, il y avait plus d'un siècle, entre la* France et la Turquie. La Porte Ottomane qui avait postérieurement accordé aux Grecs des firmans dérogatoires à certaines stipulations de ces « capitulations, » était dans un grave embarras. Le czar de Aussie, aussi dévot qu'ambitieux, prenait un intérêt passionné au maintien des privilèges de l'église grecque. Toute modification au statu quo devait le blesser profondément

M. de la Valette déployait auprès de la Porte une rare insiafaiioe. Après le coup d'État, son langage devint extrémemeDt pressant, presque violent. H admettait

bien une transaction sur la croix d'argent, l'armoire et la lampe, mais il se montrait intraitable au sujet de la clef La Porte louvoya longtemps; mais, à lafin de 1852, le langage de l'ambassadeur français était devenu si menaçant que le divan prit peur et céda tout. La clef * fut remise aux moines latins et la croix d'argent instal- 'lée en grande pompe, le 22 décembre 1852.

Le ezar Nicolas, qui avait mis toute sa diplomatie en oeuvre pour empêcher ce résultat, en ressentit une véritable humiliation. Grande ftit sa colère.. Son orgueil d'autocrate et de pape de l'église orthodoxe avait été cruellement froissé. Il résolut de relever à tout prix le prestige de la sainte Russie sur les chrétiens d'Orient, n s*appr6ta à exiger de la Turquie quelque éclatante compensation et commença dès lors à concentrer des troupes sur la frontière de Moldavie.

11 serait téméraire d'afûrmer qu'en provoquant ainsi le réveil de la question d'Orient à propos d*une def et d'une croix d*argent, Tempereur Napoléon m eût prévu, dès le début, quelles grosses proportions prendrait l'affaire; mais il est permis de supposer qu'il y avait dans son action moins de zèle dévot que de politique.

Le ciar Nicolas avait vu avec plaisir le coup du S décembre; il y avait applaudi par haine des idées libéra»

les, ce qui m l'empêcha pas de montrer une mauvaise humeur marquée lors du rétablissement officiel de l'Cmiure. Toute l'fiurop« «ourit dd Ymx\é^êEMni me lequel Nicolas rtAisa de donner à l'empereiir Napoléon in la qualilication de « cousin et frère » usitée entre tètes couronnées. Il ne voulut jamais consentir à le qualiiier d'autre titre que celui de « mon bon ami. »

L'empereur de Ruisie possédait encore, à la fin de 1852, une situation exeeptionndie en Ear(^e. Maître absolu d'un vaste empire, redouté et aimé tout à la fois de ses sujets moscovites, chef d'une armée brave» bien commandée et formidable par le nombre, considéré comme l'égide de l'ordre contre la 4lémagogie euro- ^enne, il jouissait d'un prestige immense. Les petits princes d'Allemagne étaient presque tous ses clients; la Prusse semblait son humble satellite; l'Autriche qu'il avait sauvée de la ruine, en écrasant la révolution hongroise de 1849, paraissait bon d'état de se aouitraire à' . son influence.

Nicolas partaj^eait les aspirations traditionnelles de la Russie vers la conquête des rives du Bosphore. li est incontestable qu'il souhaitait la mort de < l'homme ma> lade » et convoitait la plus large part de sa succession. Toutefois, ce serait, à notre avis, une grave erreur de croire qu ; le czar fût décidé k se lancer, isolé, dans la gigantesque et périlleuse enireprise de l'anneiion de Oonstantinople et des provinoas européeaiiBS de reaqtire

otionaa. BwûbmA mm l#Dg fègMi 911 «ttoigoiit tu 1858 plus d'un quart de siècle de durée, il avait su donâar

le ]Mi8 à la pi»iit(que prudente sur la politique de conquête. On l'avait vu, en 1840, s'unir à l'Angleterre pour assurer l'intégrité de l'efiapire turc, menacée par le pacba d'Igyptequ'eDCOuraffiait la Francs. U faisait ia plus grand cas de l'Angleterre, redoutant son hestilité et comprenant fort bien que ses projets étaient irréalisables sans le coDCours ou, du moins, la tolérance de la iSrande-firetagne. La oompiicitô de TAutnche ne lui était pas moins essentielle, ànssi le eiar a-t-il pu sonder eee puissances sur l'éventualité d'un partage de i'empire ottoman, sans qu'on puisse conclure de ces ouvertures plus ou moins directes que, dès le début de l'année 1852, Nicolas eât rèsoia de tenter seul l'aventure. Si grande que fût sa confiance dans la puissance russe, die i^allait pas jusqu'à lui faire braver l'éventualité d'une coalition dont l'Angleterre et l'Autriche eussent fait partie.

Or, nulle puissance européenne n'a un intérêt plus capltid que TAutricbe à s'opposer à la conquête de l'empire turc par la Russie. Son existence même en serait directement menacée. L'annexion au grand empire slave (ou préteiidu tel) des provinces slaves et roumaines des bords du Danube inférieur entraînerait forcément et à hraf déld l'absorptlett par le colossa moseovite des pro- ^ vinces slaves de l'Autriche et de leurs enclaves madgyares ou roumaines, c est-à-dlre des deuK tiers de

la monarchie. 11 ae saurait y avoir de doute à cet égard.

- La politique autriebienne dans lei aflàîres orientales avait été constamment dirigée en conséquence. L'Autriche seule avaitessayé de soutenir la Turquie en 1828, au temps où, par pliilhellénisme, la France et l'Angleterre anéantissaienti au profit de la Russie» la flotte turque à Navarin. Aucun ehangrement ne s'était produit dans ces dispositions de l'Autriche à l'égard de la Turquie.

L'Angleterre professait, comme un dogme de sa politique orientale» le maintien de l'iatégritô de l'empire ot* toman. On pensait généralement dans les classes gouvernantes d'Angleterre que la conquête des rives du Bosphore par la Hussie serait un grave danger pour l'influeoce britannique en général, et une menace pour les possessions anglaises de l'Inde.

L'intérêt de la France dans la question, quoique beaucoup moins direct; était cependant notable. La France ne pouvait voir sans omhrage la Rusne porter à Gonstantinople le centre de sa puissance et déborder ainsi sur les rives de la Méditerranée.

ÏA Pm8s§ elle-même, malgré ses liens avec la Russie, n'eût pas vu sans inquiétude les bouches du grand fleuve aileman i, le Danube» passer sous la domination russe.

Si ces dispositions des grandes puissances persistaient et se manifestaient avec quelque énergie, elles devaient suffire k dissuader le enr de tout projet immédiat de

mqiiète, ou à Tanéter bientôt» s'il ^'engageait dans

cette voie.

Reprenons mainteimt le récit des événements.

Nicolas était encore sons le coup de son humiliation dans Taffidre de la « def > lorsque les troubles dn Monténégro semblèrent loi fournir nn prétexte d'intervenir dans les affaires turques. L'Autriche qui, pour des raisons spéciales, désirait vivement la ûn de ces troubles, ee bâta de devancer la Russie ; elle demanda k la Porte des conditions dei[>aix faTorables pour les Monténégrins, les imposa au Divan, qui eut le bon esprit de les accorder. C'est pendant ces négociations que le czar Nicolas lit à Tambassadeur anglais, sir Hamilton Seymonr, des ou- Tertures qui devaient être tenues secrètes, touchant un partage éventuel de l'empire ottoman. Il est à peine besoin de dire que ces ouvertures furent repoussées. Le czar espérait alors que les troubles du Monténégro donneraient le signal d'une eonfliagration générale dans

l'empire ottoman.

L'apaisement de ce conflit l'obligea de chercher un autre moyen de réparer i'échec que la diplomatie française lui avait fait subir dans la question des Lieux Saints. Ce fut l'objet de la fameuse ambassade du prince Mentscbikoff. Il avait mission de réclamer de la Porte ottomane, outre des concessions relatives aux Lieux Saints, l'addition au traité de Xainar^i d'une convention supplémentaire qui donnerait au czar une sorte de protectorat dé-

elaré aur rjighse greofiM dans l'empire ottoman. Le priDoe Mentschikoff devait f ppuyer ses demandes dHim

ultimatum.

Le Divan obéissant à l'inspiration de l'ambassadeur anglais, lord Strailord-RedclifTe, diplomate consommé, grand esprit et ferme caractère, résista énergiqnemeaft ani^ prétentions du prince Mentscbikoff.

L'empereur Napoléon III , les premières informations reçues sur le caractère de l'ambassade russe, * avait donné ordre à l'escadre de la Méditerranée de se rapprosher de Oonstantinople ; elle alla mouiller à Sala- ' mine.

Cette démonstration fut pour INicolas un nouveau motif d'irritation. La présence de lord Strailord-Hedclifre à GonstsHitinople et son influence auprès de la Porte n'étaient pas pour le czar un moindre siiget de colère. D dé^ testait cordialement le célèbre ambassadeur, le considérant comme un adversaire personnel. Nul homme, à la vérité, n'avait plus puissamment contrecarré la politique russe en Qrient.

Après onze semaines de négociations, le prince Mentschikoff ayant épuisé tous les moyens d'intimidaLiou qu'il croyait de nature à faire faiblir la Porte ottomane, quitta ^ Gonstantinople avec tout le personnel ée TambasBade russe.

Ayant la rupture , lord StraflM-AedcKffe avait oli^

tenu un résultat considérable au point de vue du œain-

tien de la paix. Les ambassadeurs d'Autriche et de PriiMe $'étûeirt unis à loi et à rambaiMâeiir de France pour foresnler tut blAme énergique contre les eii^encee ' de le Russie. 6e pouValt être le point de dépert d'ane'yl-

goureuse action collective devant laquelle le cxar eût cer^ tainement reculé.

Le 81 mai, kt Porte reçut de M* de Nesselrode une dernière sofemnation^âu nom du eaur, et 1» njett. Quelques jours après , f armée russe -franchit le Pruth et occupa la Moldo-Valachîe.

La flotte française unie cette fois à la flotte anglaise^ alla mouiller dans la baîe de Bésika à Feutrée des Dardanelles. Ce mouvement des escadres anglo-françaises était dû aux instances de Napoléon III.

La position anormale des Principautés danubiennes , vassales de l'empire turc» mais soumises au protectorat russe» était islle que leur occupation pouvait ne pas être oonsidérée par la Porte comme une dédaroUon de guerre, C'était cependant un ado L-ravo, un premier appel à la force, qui excita dans toute i'Kurope une vive désapprobation.

L'Autricbe, dont les intérêts étaient, ainsi que nous l'avons dit, les plus directement engagés, se montra, dès le début, fermement résolue, non -seulement à fie pas tolérer une marche des Eusses sur Gonstaatinople, à travers les Balkms, mais encore k fairo oesier, mêM pwt W force, PècoupatioB des Priaeipautés danu-

biennes. L'Autriche était d'ailleurs stratégiquement placée de façon à obtenir ces résultats sans grands eiforts. U lui suffisait de masser ses troupes en Tlraiisylvanie, pour faire courir, en cas de rupture, les plus grands périls à l'armée russ? qui aurait persisté à demeurer sur le Danube.

C'était donc à TAutriche que revenait de droit le rôle le plus actif parmi les puissances continentales. Il était d'ailleurs certain, et les événements ultérieurs

ront bien prouvé, que la Russie n'aurait pas risqué, pour la question orientale, une guerre contre l'Autriche , appuyée par TAngleterre et la France.

Mais ced n'eût point répondu aux désirs secrets de Napoléon III. L'invasion des Principautés par la Russie

lui offrait une inestimable occasion de faire la guerre si indispensable à l'alTermisseroent de l'établissement impérial. Aussi Tempereur Napoléon III prit^il avec une rare habileté le premier rôle dans cette aMreoù les intérêts de la France étaient bien inférieurs à ceux de l'Angleterre et de l'Autriche.

Dès le début de la mission du prince Meutschii^otl, il avait proposé à rAngleterre une action commune des deux puissances pour éteindre l'incendie ^e ses

intempestives réclamations en faveur des moines latins avait àllumiâ, et uiie ènienis réci|)rôqttè dans le hui ilié rSsiéief. ï là tiûssié. A partir de ce inbmétit jusqu'au jour oîi la guerre fut ouvertement déclarée, Napoléon ÏII poursuivit avec une persévérance et une habileté rares, le girand projet de former avec TAngiétéiré ubë âiliànce séparée, ët d'agiir avec elle, mais avec elle séble, contré là Russie. Il suboriolôtana toute autre considération à ce dessein. Il eut le don de discerner ciairemenl ce que beaucoup ne comprirent pas au début, c'est-à'dire le prix inèstimable dont était pour raffermissement (lii régime îihpériàl; une aitiâîîcé intime entre lè gôùvlBrhemént du ^ décembre et la libre ^ngle terre contre Fautocrate russe. Il déploya dans la suite des négociations qui devaient aboutir à la conclusion d'une iGililance séparée avec l'Angleterre, un artconsommét une astucieuse finesse, iin esprit fécond en ressources, singulièrement habile à dissimuler le vrai but de sa politique.

Lord Aberdeen, président da conseil des ministres d'Angleterre, qui désirait la paix aussi ardemment que Napoléon ni désirait la guerre, fut complètement dupé. La pen.sée de conquérir la Francu îi la politique traditionnelle de l'Angleterre en Orient, et l'idée préconçue que la guerre était iiaapossible, si les deùx grandes puissances maritimes étaient d'accord, oontribuérient puissamment aux fautes de lord Aberdeen. D'engagé^

ments partiels en engagementi partiels, il eo viat , au millea de juin, au moment où Tentente était par&ite entre les quatre grandes puissances, où leur action collective pouvait faire reculer la Russie, sans recourir aux armes, lord Iberdeen en vint, disons-^nous, à se laisser persuader qu'un traité particulier d'alliance avec la franco, serait une garantie pour le maintien de la paix.

Le 8 juillet, loni Palmerston annonçait à la chambre des communes < que la France et l'Angleterre étaient tombées d'accord, qu'elles ayaieot une confiance inaltérable l'une dans l'autre. » A la fin de la session, le discours de la reine répétait une semblable déclaration.

Napoléon 1(1 avait déjà atteint un premier résultat. Il était entré de plain-pied dans le concert dus têtes couronnées, il jouait déjà un r^le considérable. L'Angleterre, la vieille adversaire du premier Bonaparte, TAngh't rre libéiale où le 2 décembre avait rencontré une si protonde réprobation, l'Angleterre gouvernée par la respectée Victoria, devenait rintime alliée des vainqueurs du 3 décembre.

Cependant une conférence réunie à Vienne avait élaboré un plan de conciliation, une note culleclive qui fut acceptée par la Russie. La paix paraissait faite. Nicolas, surpris de rencontrer chez les grandes puissances une union à laquelle il ne s'attendait pas, se montrait plus maniable. Il paraissait disposé à reculer pourvu qu'il pût iiuiiorablemeut couvrir sa retraite. A la surprise gêné-

raie, les difficultés viorent de la Turquie. L'Angleterre et l'Autriche se montrèrent très-lrritées de cette attitude

du Divan; la France, moins. Il est permis de supposer que l'influence de l'empereur Napoléon 111 n'était pas étrangère à cette roideur inattendue de la Turquie.

L'Angleterre liée par ses conveiitions d'alliance intime avec la France, obligée de compter avec le refroidissement que l'annonce de cette alliance avait causé à Vienne . et à Berlin, ne pouvait plus agir sans le concours de Napoléon lil. L'influence de celui ci devenait d^à prépondérante. Les négociations au sujet de la note rédigée par la conférence de Vienne se prolongèrent. La Russie fournit k la Porte ottomane des motifs sérieux de résistance.

La conférence avait néanmoins élaboré un nouveau projet d'accommodement qui semblait devoir abou- -

tir, lorsque le gouvernemeni turc trancha subitement le nœud de la question, en déclarant la guerre à la Russie et en ouvrant les hostilités sur le Danube (23 octobre 1853).

Antérieurement à la déclaration de guerre, l'empereur

Napoléon 111 avait réussi à arracher de rAn^leterre le consentement à des mouvements maritimes hostiles à la Russie* Dés le 13 juillet, il déclarait par son ministre des affaires étrangères que si l'occupation des principautés

continuait, la flotte française ne pourrait rester plus longtemps à la baie de Besika; le 19 avril il déclarait

qu'il était indispensable de faire entrer les flottes léu- Dies dans les Dardanelles; le 2 1 septembre il pressa si vivement le gouvernement anglais d'envoyer lès escadres à Gonstântinople, qu'après de longues hésitations lord Aberdeen finit par y consentir. Les flottes alliées franchirent les Dard -uirIIps avant même l'ouverture des hostilités entre les Turcs et les Russes, ce qui constituait une violation du traité de 1841, qui interdit au Sultan le droit d'ouvrir en temps de paix le passage des détroits à

des Hottes armées.

Quand la nouvelle de cette démarche hostile arriva à Saint-Pétersbourg, elle mit fin pour le moment à toute espérance ie paix. Le vieux comte de Nesselrode, qu i avait jusqu'à ce jour résisté autant qu'il le pouvait à soii maître, l'engageant i céder, déclara avec chagrin qu'il voyait dans les actes des puissances occidentales un « dessein arrêté d'humilier la Russie ». Ge fut sous l'aiguillon de la colère ressentie à cette nouvelle que le czar envoya ordre à la flotte russe de Sébastopol d'agir contre la marine tun[ue.

Le 30 novembre, l'escadre ottomane mouillée dans la baie de Sinope fut attaquée et détruite pair l'escadre russe. On crut généralement en Angleterre et en France que les Russes avaierit attaqué en violation d'une so le d'accord tacite qui aurait limité les opérations militaires à la vallée du Danube. On qualiila le combat de Sinope de c guet-apens «. Cette appréciation était iiyuste. L'es«

cadre russe avait évolué dans la mer Noire dix jours avafit le combit; elle s'était présentée une première fois devant Sinope le S3 novembre; le 86, elle avait capturé un vapeurturc; enfin, il est prouvé 4^ue les amiraux anglais et français furent prévenus à temps; qu'ils auraient pu intervenir comme leurs instruclions les y autorisaient, et prévenir le désastre. D'autre part, nul accord n'était intervenu {tour neutraliser la mer Noire; les Turc^ attaquaient les Ri|sses snr le littoral asiatique de cette mer et rien dans les lois de la guerre n'obligeait les Russes à s'interdire de couler à fond les vaisseaux de leurs adversaires.

La nouvelle de cette malheureuse a£fo|re de Sinope produisît en France et surtout en Angleterre une vive

colèro. Cette exécution accomplie pour ainsi dire sous le canon de nos escadres fut considérée comme une insulte.

L'Empereijr proposa sur-je-champ au cabinet anglais d'avertir la |lussie « que la France et l'Angleterre étaient « 'fécidées à prévenir la répétition de l'aff.ùre de Sinope, € et que désormais tout navire russe (ju'on rencontre- • rait dans la mer Noire serait requis et, au besoin, « forcé de rentrer dans Séliastopol ; et que tout acte d'a- « gi ession tenté à Tavenir contre le territoire on le pavil- « Ion ottoman serait repoussé par la force. »

Ceci équivalait à une déclaration de guerre. Le cabinet anglais le sentit et hésita longtemps. Il eût considéré comm^ suffisante une neutralisation de la mer

Noire que la Russie n'était pas éloignée d'accepter. L'empereur Napoléon III se montra si pressant que lord Aberdeen céda. Lord Palmerston qui paraltavoir agi dans

toute cette affaire, d'accord avec Napoléon 111, s'était retiré du ministère lors des premières hésitations du , président du ooiiseil, et n'y était rentré que lorsqu'on eut obtempéré aux désirs de l'empereur*. La sommation fat signifiée au gouvernement russe. Nicolas rappela sur-le-champ ses auibass deurs. Les gouvernements de France et d'Angleterre suivirent son exemple. Le 4 Janvier 1854 les escadres alliées entrèrent dans la mer Noire d'où disparut le pavillon russe.

Cependant TAutriche et même la Prusse se montraient plus résolues que jamais à s'opposer aux envahissements de la Hussie et à obtenir l'évacuation des Principautés. Elles apportaient autant de persévérance à demeurer diplomatiquement d'accord avec la France et l'Angleterre que celles-ci mettaient d'ostentation à proclamer leur action distuicte. Le 5 d('cembre 1853, la Prusse et l'Autriche avaient signé un protocole garantissant l'intégrité de l'empire ottoman; le 14 mars 1854, elles avertissaient la confédération germanique qu'un appel pourrait être lait aux forces de rAllemagne entière; à la méuie époque l'Autriche concentrait des for-

1. Il n'est pas iautile de faire remarquer que kwd Palmerston avail été, en déceatbre 1851, obligé «le se ietirei dn ministère pour avoir, sans ressentiment de ses collègues, approuvé Tacte du 2 décembre.

ces considérables dans le Banat et en Transylvanie; le 20 avril, TAutriche et la Prusse contractaient une alliance offensîre et défensive, elles stipulaient que l'Autriche sommerait le czar d*évacuér le territoire ottoman, ' que si la guerre devait en résulter, la Prusse consacrerait toutes ses forces à la défense de l'Autriche; le 3 juin la sommation autrichienne fut adressée à Saint-Pétersbourg. A la fin de ce mois, les Russes commencèrent le monrement d'éyacuation.

Ainsi l'Autriche et la Prusse étaient allées jusqu'au bout dans leur résolution de défendre Tintégrité de Tempire ottoman. Ne résulte-t-il pas avec une parfaite évidence de cette conduite des puissances allemandes que la Turquie ne courait aucun danger? N'en résultet-il pas que la retraite des Russes pouvait être obtenue sans recourir aux armes? N*en résulte-t-il pas aussi que l'action isolée de la France et de l'Angleterre ne pouvait avoir d'autre résultat que de provoquer une gruerre entre ces puissances et la Russie, guerre doublement inutile; car, d'un côté, ellen*était pas nécessaire pour défendre l'empire ottoman, couvert par TAotriche et la Prusse, d'un autre, cette guerre drconsqritepar la situation géographique des belligérants, aux extrémités de l'empire russe, ne pouvant donner aucun résultat décisif, devait laisser intacte la puissance moscovite qu'on ne peut frapper qu'en Pologne, ce qui implique le concours de rAllemagne î

A|ais VeiKiiif rpor N9poléoii atait atteint son f)ut. Ia guei^re étaif înéymble depuis Tei^trée des ilottei| alliés dans la mer Noire et le rappel des ambassadeurs.

C'est à ce moment que l'empereur écrivit à « son bon ami> le C2ar Xiiicoias une lettre au tograp|ie, lui pfqpossm\ un armistjce qui jaisçefait Ifi voie ouverte à denou-* ye|)es négociations. Napoléon lU» satisfait d'avoir mis TAnglelerre à sa suite et de se poser en arbitre du 1 Europe, jouissait de son triomphe el oflrait UQe paix c^u'il savait b^en ne devoir pas étreaocept^ja. )i s^ ti:o||)pait pas cet égard. I4 réponse rqsse Ait Qère, bless^pte même dans les termes.

La guerre fut déclarée.

Il convient maintenant de se reporter sur ia situation intérieur^ de la France et d'examiner |'impr^i(>{i qqe prodqisait sur \h public rimminepce de )a gn^fe.

Les classes conservalriccs, pou bullii|ueuses (je leui* nature, ne montraient cependant pa^ |'oqaJ)rp d'un mécontentement. L'allj^pce angjajse raçpi^n^it |qs ipt^ré^ f rattitu4^ (l^favorableà laRussj^ fifs^ P]ussa]^ce? al^man* des éloignait tout danger de complications trop graves. D'ailleurs les conservateurs à tous les degrés de l'échelle sociale, s'(^t tient désintéressas (|e^ pilaires publiques, parfaitefnent résignés à l^^jsser reff)p|3repr ]fn con<}uire ^ sa |[uise. Dans les régions gouve|rnemeni;^)(^8, on cofjfiprenait généralement les raisons qui faisaient de cette guerre une inestimable occasion d'ailermif }^ pouyeau sys{^in^|

OD y applaudis^t donc, yanuée étaft pleine d'ardeur; elle jbr|!lîlai| sg ^f^Jff avec \f» liusses, de rivaliser avec nos vieux rivaux, les Anglais; de faire disparaître le souvenir de ses tristes ex|)lûits de guerre civile dans le rayonnement de la gloire conquise contre l'étranger. £^ puis quelle parri^re, qiiel cbainp i||imité s'ot^vraient devant espérances ^'aya||œment, d'honneurs, de titres à conquérir!

La guerre n'étiit pas vue avec cjéfaveur par 1^ haute l|Our|;eoisiQ parlementaire. Ses chefs la considéraient Gomme pécps^^re. On répétait un mot attribué à l'un des princes de la fapQijlQ d'Orl^ns, (|ui aurait dit : «Après nou^ avoir pris nos biens, il nous prend notre guerre ; celle que nous avions rêvé de faire.»

f|a||^ |çs massep populaires (^ui constituaient 1^ parti républicaip, |e Rouble sentiment d'an patriotisme trèsvif, d'une susceptibilité extrême en ce qifi touche à la grandeur nationale, et d'une av( rsi -n décidée contre la }}uss|^ ppo(|uisit un courant d'opinion très-favor<|ble à la guerre. La plupart des républicains la virent avec joie. G'étai^ Tinconnu. <^i|i pouvait djre que |a Révolution ne sortirait p^ des éventualités qui allaient se produireT Les républicains en général faisaient peu de cas des tra- (liti<|ps de polilitjue internationale qni guident les gouvernements européens; Us les é^diaient peu. Ils ne tinrent pas compte des intérêts qui forçaient la Prusse et surtout rAutq<;h^^ à fomjjrp }eprs yieug lips aye(j la

Uiyiiizeo by <^OOgle

Russie et à prendre à son égard une attitade hostile. Ils voyaient dans la guerre la coalition se reformant et la

France obligée pour lui tenir tête de relever le drapeau de la Révolution. Victor Hugo écrivait dans le post-scriptuim de ses ChdUmenU :

« La guerre, c'est la fin ; ô peuples, nous y sommes 1 » l'ne fois les premiers coups de canon tirés, le drapeau national engagé, nos soldats aux prises avec l'ennemi, l'esprit militaire prit le dessus sur tous les autres sentiments au sein de la démocratie. Les Journaux républicains tolérés t>ar le pouvoir, contribuèrent puissament, le Siècle surtout, à maintenir cet étal des esprits. Ces journaux, sincèrement convaincus qu'une guerre contre la Russie était, quoi qu'il advint, une guerre au profit de l'idée démocratique, se montrèrent fort belliqueux. Ils se dédommagèrent du silence qui leur était imposé sur les questions intérieures en s'occupant exclusivement de la guerre, et en déversant sur le despotisme russe le flot de récriminations qu'il leur était interdit d'écouler ailleurs.

Un révolutionnaire célèbre, un noble cœur, Armand Barbes, exprima dans une lettre rendue publique, quelques mois plus tard % des sentiments tout conformes à ceux qui existaient au sein des masses ouvrièm. n faisait des vœux pour le succès de nos armes et rappelait

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