La puUicAlion en fut faite à rinsa de Barbés
que le parti républicain avait toujours tenu à honneur de s'appeler aussi le parti patriote. Cette lettre, blâmée par quelques-uns, lut approuvée par le plus grand nombre.
La guerre eut donc, dès le début, pour premier résultat
d'allranchir l'empire de toute préoccupation intérieure.
Il n'entre pas dans le plan de cette introduction de donner un récit circonstancié de la guerre d'Orient. Nous nous bornerons à ^n rappeler les phases principales.
Le 15 août 1854, une expédition anglo-française s'empara de la forteresse de Bomarsund, dans la Baltique. Ce fut la seule opération militaire saillante entreprise de ce côté.
A la même époque, les troupes alliées, débarquées
sur le territoire turc, se concentraient à Varna, sur la mer Noire. Les Français étaient commandés par le maréchal Saint-Arnaud, le ministre du 2 décembre; les Anglais, par lord Raglan. Gelui-ci offrait un des types les plus accomplis du militaire anglais. Elève de Wellington, il était comme son maître, sage, prudent, circonspect, ménager de la vie de ses soldats, mais doué d'une inébranlable fermeté. Une armée confiée à son commandement pouvait bien ne pas frapper des coups
ibrillants et rapides, mais on pouvait être assuré qu'elle n'éprouve^i^ p)u de désastres.
L'évacuation des Principautés par les Russes et leur
occupation par Tarméc autrichienne, laissaient sans objet la grande expédition anglo-française. Le territoire ottoman n'était plus menacé. Des instructions secrètes enjoignirent aux deux généraux en chef de débarquer en Grimée et de mettre le siège devant Sébastopol, le grand arsenal et le port de refuge de la marine russe dans la mer Noire. Aprùs bien des tâtonnements et des hésitations, la flotte alliée aborda les côtes de Grimée. L'armée prit terre. Quelques jours plus tard, le 20 septembre, les troupes anglo-françaîses débusquèrent les Busses campés sur les hauteurs de TAlma.
Cette victoire a été singulièrement surfaite. Les Russes n'avaient pas plus de quarante mille hommes, tandis que les alités étaient soixante mille. La part des Français, dans cette journée, lut relativement fort mince. Les généraux se montrèrent médiocres ; les soldats mal conduits, ne parurent pas d'abord à la hauteur de leur réputation \ L'armée, hàtons-nous de le dire, devait prouver bientôt
que la valeur française n'avait pas dégénéré
1. Voir, à cetégard, l'historien anglti* Kinplake et les écrivains militaires russes Anitchkoiï et Chodasiowiez. Nous osons affirmer que In vrai caractère de la bataille de l'Aima est encore inconnu en Krance. Le rapport de Saint- Aroaud, vrai (ype de fanfaronnade gasconne, n'est pas un récit sérieux.
Le maréchal Saint-Arnaud, atteint d'une maladie chronique, fut pris d'une attaque de choléra, et mourut peu après. Le général Ganirobert le reinpiaçâ.
Les alliés, loûrnant la râdé de Sépastopol , et négligeant les forteresses qui defendaieiiL de ce côté la célèbre place de guerre, vinrent s'étatjlir sur le plateau qui fait face à la partie sud de la ville. Les flottes anglo-fraiiçaises, maltresses de là mer, leur apportaient vivres et renforts.
Le côté sud de Sébastopol était à peine fortifié. On ne crut cependani pas prudent de risquer une brusque attaque; un coup de main qui eût peut- être réussi.
Alors commença ce iôbg siège, ^résiqûé sans exemple dans les annales de la guerre, et qui offrit ce siiigQtier caraclère que les formidables ouvrages défensifs dont la prise coûta tant d'elTorts et de sacrifices, furent élevés par fes assiégés en présence dés assiégeants. La place n'étant point investie, l^bâstôpol conservait ses communications avec l'inlurieur de la Uussie. Les renforts et les vivres arrivaient donc librement.
ffous ne saurions nous étendre sur toutes lés péripéties de cette lutte d'une annîSé. Boimons-aous à rappeler qu'au jébût, les Russes ayant repris robéhsivé, les alliés
furent presque autant assiégés qu'assiégeants. Cette période est marquée p^r le rude combat de Balaclava, par la sanglante bataille dlnkermànn. En avril 1855, le siégé n'âvut ëncbréfaitaucuii progrès. Les alliés s'étaient
maintenus; c'était tout. Les Russes, sons la direction d'un Ingénieur de premier ordre, le général Totleben, avaient accumulé redoutes, bastions et redans. On attribue au général iNiel, envoyé vers cette époque devant Sébastopol, le changement opéré dans la direction des travaux du siège. Il eut, assure-t-on, le mérite de discerner que la def de Sébastopol était dans la série d'oùvragci) que dominait la tour MalakoIF, appelée par les Russes bastion Kornilofl. Cette position devint l'objectif des Français. Ganrobert avait, sur ces entrefaites, cédé la place à Pélissier, soldat vigoureux, sinon général consommé.
Une série de sanglantes attaques, en mai et en juin, préparèrent Tassaut général qui fut fixé au 18 juin» annive^aire de Waterloo. Cet assaut échoua. Les pertes des alliés furent cruelles. Lord Raglan, mourut vers cette époque. L'armée anglaise, décimée par les nsaladies, avait cédé la principale \ \che aux Français. La fin de juin, le mois de juillet entier sont employés à avancer pas à pas vers la position de Maïalcoff. Le 15 août, les Russes tentent un mouvement ofitensif contre l'armée d'observation, campée sur la Tchernaïa. Ils sont brillamment repoussés. Les Piémontais, devenus depuis peu les alliés de la France et de rAngleterre, se distinguent dans cette afibire. Le 8 septembre» enfin, la position de H alakoff tombe après un assaut meurtrier. Les Kusses évacuent la partie sud de la ville, se retirent
au deU de la rade, détruisant ceux des navires de leur flotte qu'ils n'avaient pas déjà coulés.
L'armée française avait prouvé pendant ces onze mois de lutte journalière qu'elle savait joindre la téûacité, la persévérance, le sang-froid, à la bravoure impétueuse. Ses pertes avaient été immenses : plus de 70 000 hommes avalent succombé, dévorés par la maladie, ou tombés sous le feu de l'ennemi. L'abnégation, la patience, le courage inébranlable de notre armée au milieu des épreuves de ces longs mois, lui avaient valu Testime, l'adndration même de l'Europe.
En France, Topinion avait suivi, alLtinlive, tous les incidents de la lutte. Elle n'y apportait ni ardeur, ni passion ; le coup d État semblait avoir banni ces deux sen* timents de l'Ame française. C'était plutôt une sorte de curiosité sympathique, un vif intérêt pour les souffrances de nos soldats, une joie sincère de leurs succès.
Pendant ce temps, Napoléon III régnait et gouvernait, sans que l'ombre d'une opposition vint troubler sa sérénité. Au printemps de 1855, il fit, accompagné de Timpératrice Eugénie, une visite à la reine Yictoiia. Londres, et l'Angleterre en général, accordèrent un bon accueil au visiteur. Quelques mois plus tard, la reine Victoria vint à Paris rendre leur visite à l'Empereur et k l'impé- . ratrice. C'était au moment de l'Exposition universelle qui eut lieu malgré la guerre.
lie vainqueur du ^ décembre visité par la reine Victo-
ria ! Où trouver une plus édatîante preuVe dë^ Résultats de la guerre pour l'afTermissemerit (iu trôné impérial?
Cependant Nicolas , frappé dans son orgueil, humilié Ae son impuissance, brisé par la fàUgiie éi le diagrlb, avait succomba à une courte inalaHie. §on fîli Alexandre H avait refusé d'accepter les conditions d arrangement proposées par* les diplomates de Vienne, àvant l'issue dé là lutte engagée devant Sébastopol. L'ol^iieil militairè de )k Aùssie né liii eût pas péirmis de cider tàiît que le dernier actë de ce Hiràmé n'êtaii pas accomjili.
Après la chute de la place, la Russie parut mieux disposée à se courber sous la nécessité.
^ Outre la renondatioîi au protectorat des Grecs, les puissances ezigidaient d'elle là neutralisation dé la mer
Noire, c'est-à-dire l'interdiclion [)our la Russie d'avoir des ports de guerre et d'entretenir des flottes armées sur cette mer.
L'Àûtridie, <iui voulait iinergiciuement lé irétablissèment de là paix , signîhà ces côniiitionè i Saint- Pétersbourg sous forme d'ulLinmtum. La Prusse conseilla au czar de se résigner. Alexandre 11 céda.
L'Angleterre avait vu avec regret la gîiérré së ieirmlner sans que la puissance iriisse eût été sérieusèment
entamée. Le peuple anglais et les principaux hommes
d'État pensaient qu'une nouvelle campagne était indispensable pour mettre la Russie hors de page et la rendre désormais impuissante. Mais pour entreprendre efficacement cette campagne, il fieUlait poser la question polonaise, ouvrir ainsi la porte aux éventualités les plus graves, s'exposer au réveil de la Révolution. L'Angleterre, froissée du rôle secondaire joué par son armée dans les dernières périodes du siège de Sébastopol, humiliée de l'inaction de sa flotte , n'aurait pas reculé devant ces redoutables perspectivés. L'empereur Napoléon III l'arrêta avec la même habileté qu'il l'avait entraînée deux ans auparavant. Pour lui, le but de la guerre était atteint. La paix ne lui était pas moins utile en 1856 que la^ guerre lui avait été indispensable en 1854. Si l'on se place donc à son point de vue, rien de plus judicieux que la résolution del'Ëmpereur de traiter avec la Russie.
Le Congrès se réunît à Paris le si février 1858 sous la présidence de M. Walewski, fils naturel, dit-on, de Napoléon I*', devenu un des hauts personnages du second empire. Un armistice fut bientôt conclu. Les discussions du Congrès ne présentèrent qu'un seul incident qui nous doive occuper, en passant. M. de Cavour, plénipotentiaire du royaume de Sardaigne, y souleva la « question italienne. * Ainsi furent jetés les premiers prétextes de cette autre guerre qui devait, trois ans plus tard, fournir h l'em-
pire une nouvelle et puissante diversion ; lui donner les moyeps de se poser un instant en soldat de la révolution européenne ; lui permettre enfin de détourner pour
plusieurs années sur la question religieuse les re^sentijnents et les colères do la démocratie.
La paix fut signée le 25 avril avec une plume d'aigle^ taillée par M. Feuillet djo Couches, l'ordonnateur ordinaire des cérémonies du nouvel empire. Elle mortifiait, humiliait la Iluâsie sans railaiblir sensiblement*
XU
Quelques semaines avant la conclusion du traité de I^arisy un événement heureux avait comblé les désirs de Napoléon III. L'impératrice était accouchée d'un fils.
L'empire avait atteint son apogée. L'empereur, maître
absolu au dedans, arbitre de TEurope, chef d'une armée victorieuse, éprouvée, glorieuse, était au point culminant de la puissance. La France, semblait avoir oublié le % décembre, ses libertés perdues, son parlement jeté dehors, conduit en prison dans des voitures à forçats; elle semblait avoir oublié les proscriptions, Cayenne, l'Afrique, l'exil. Sans doute, pendant les trois dernières années, maints S3fmptômes avaientrévélé la persistance du parti républicain. Les tribunaux correctionnels n'avaient guère passé de trimestre sans frapper quelque .société
seqrète, plus ou moins sérieuse. La Commune révolutionnairCy la Militante, la Marianne, à Paris, à Lyon, à Nantes, à Angers, à Bordeaux; mais on pouvait penser quecea'étaitlà que les derniers tresgalUements d'une faction expirante. En réalité les années écoulées, la guerre d'Orient, la force acquise par le pouvoir, le sentiment de son omnipotence, de rin^itjé de tout eflort pour le terrasser, avaient éearté ^ bon droit les inquiétudes, les anxiétés des débuts dn régime. Tant de pro9périté, un bonheur si extraordinaire avaient paralysé les partis hostiles. On attribuait volontiers à l'Empereur autant d'habileté, de génie môme, qu'on lui avait déni^ jadi$ de sii^ple intelligence.
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Cependant une année de paix sufQI pour feire renaître
le besoin de la liberté. On put remarquer bientôt, dans les régions mt^me du pouvoir, des indices de mécontentement. Lë Corps législatif, si bien choisi, si docile, si nul, souffrait secrètement de son humiliation
1. Los personnes qui douteraient de la réalité de notre assertion, et qui en seraient encore à penser que les décrets de novembre IRfiO ont • devancé Topinion », n'ont qu'à lire les curieuses révélations de l'indiicrat docteur Ytonn, député de la Seine, touchant les ëlégiaques kunentations auxquelles se livraient, dans la salle des Gonférenoes, * * dans les cercles privés, de modestes âus du suffrage disdpliné. Ils y tioiiviront la pfeuve de oe sourd néoonlentemeDt. — Voir la krocbure ; (^Mfre ans <is r^ne, oA «n somtneiHMNit?
DaoB les masses démocnttiqaesy l'esprit réTolutionnaire avait subi une éclipse; mais ces masses ne s*étaieDt pas réconciliées.
Les élections législatives de 1857 en fournirent la preuve.
A Paris, ces élections causèrent nne agitation réelle. Le parti républicain se divisa sur la question de l'abstention. Beaucoup pensaient avec raison, selon nous, qu'il fallait user de toutes les armes, se servir du tronçon si ron ne pouvait disposer de l'arme intacte, aller au scrutin, habituer un pays qvii, depuis six ans, obéissait en silence, à résister légalement aux volontés de ses maîtres. Abstention est, la plupart du temps, synonyme d'abdication. Rien de plus commode pour les tièdes, pour les timides qui craignent de se compromettre en luttant ou- ' vertement. Rien de plus énervant pour les nutsses qui comprennent mal les raisons quasi métaphysiques d'une telle tactique. Les journaux démocratiques qui existaient à cette- époque se prononcèrent pour l'action électorale. Le SéUU commença; la Prw«, rédigée alors par M. Ne£Ft« zer, et YEstafette suivirent.
Nous n'avons pas à nous appesantir sur les détails. Nous ne dirons pas comment deux hommes qui, plus tard, devaient trahir la cause r('])ublicaine, MM. Ollivier et Darimon, furent préférés à MM. Garnier-Pagès et Bastide. La signification du vote nous importe seule.
Paris, dans ses circonscriptions uri>aines, nomma cinq
républicains sur huit députés à élire : MM Cavaignac, Garnot, Goudcliaux, Ollivier et Darimon. La manifestation de Lyon n'avait pas été moins significative. M.Hénon avait été élu, et le deuxième candidat démocrate, M. Bacot, n'avait échoué que de quelques suffrages. Bordeaux avait élu M. Curé, considéré alors comme républicain. Un grand nombre d'autres villes s'étaient associées ù cette manifestation. Le général Gavaignac, dont le nom signifiait clairement république % obtint un grand nombre de voix sur les points les plus opposés de la France. Il eut la majorité dans la ville d'Avignon, des milliers de voix dans la Marne, la Meurthe, le Lot, etc. Un autre républicain, M. Bordillon , n'échoua dans Maine-et- Loire que de quelques centaines de voix. MM. Emmanuel Arago et Pagès (de i'Ariège) eurent la majorité à Toulouse. L'opposition réunit des minorités respectables dans l'Aube, la G6te-d*0r, la Loire, l'Eure, la Dordogne, l'Hérault (majorité républicaine à Montpellier), l'Indre, la Charente, l'Orne, etc.
Cette manifestation de l'esprit public, si modeste, si timide qu'elle eût été, impressionna vivement le . pouvoir, n y a lieu de penser que l'empereur songea dès lors à une nouvelle diversion guerrière et en même temps,
1. Cad aoit dit indéptiidunmfliit du Jugement que Ton peut porter sur ses aetet ecnnme dief du pouvoir exécutif en 1848.
peut-être, à une réforme intérieure dans le sens de Teltension des prérogatives du Corps législatii.
La pensée de la guerre d'Italie et celle du décret du 24 novembre 1860 pourraient bien dater du lendemain des élections de 1857.
CHAPIT^ 11.
l'attemtat.
L'attentat du 14 janvier. — Récit du MoiUteur et des Journaux. —
Adresses au chef de l'État. — Les Te Deum dans toutes les églises de France. — Orsini, Pierri, Rinlio, Gnmcz seuls coupables. — Procès du docteur Simon Bernard en Angleterre. — Procès devant la Cour d'assises de la Seine. — Interrogatoire d*Orsioi. — Plaidoirie de
M* Jules Favre. — Lettre d'Orsini à Napoléon III. — Condamnation des accusés. — Ré pusitoire do M. Dupin à la Cour de cassation. — Exécution d'Orsini et de Pierri.
La France en était là, lorsque, dans la .soirée du jeudi 14 janvier 1858, le bruit se répandit dans Paris qu'une tentative d'assassinat avait eu lieu sur l'Empereur et l'Impératrice, au moment où ils traversaient la rue Lepelletier pour se rendre à l'Opéra.
Le Moniteur du leudemain, 15, contenait, en effet, la note suivante :
« Hier soir^ à huit heures et demie, au moment où Ui* MM. r&mpereur et llmpératrice arrivaient à l'Obéra,
trois détonations, provenant de projectiles creux» se sont
fait entendre.
« Un nombre considérable de personnes qui stationnaient devant le théâtre, des soldats de Tescorte et de la garde de Paris ont été blessés, deux mortellement
« Ni l'Empereur, ni l'Impératrice A'ont été blessés. Le chapeau de TErapereur a été percé par un projectile, et le général Roguet, aide de camp de Sa Majesté, qui se trouvait sur lé devant de la voiture, a été légèrement blessé à la nuque. Deux valets de pied ont été blessés.
« (In cheval de la voiture de Sa Majesté a été tué et la voiture brisée par les projectiles.
« L'Empereur et l'Impératrice ont été accueillis à leur entrée dans la salle de l'Opéra par les plus vifit applaudissements. La représentation n'a pas été interrompue. En apprenant cet événement, LL. AA. II. le prince Jérôme Napoléon et le prince Napoléon, S. A. I. la princesse Mathilde, LL. ÂA. les princes Murât, les ministres^ plusieurs maréchaux; le maréchal commandant l'armée de Paris, plusieurs grands fonctionnaires, des membres du corps diplomatique, les préfets de la Seine et de police, le procureur général près la cour de Paris, le procureur impérial se sont rendus auprès de Leurs Majestés.
■ L'instruction a été commencée immédiatement, et plusieurs arrestations ont eu lieu.
« Leurs Majestés ont quitté TOpéra à minuit» Les bou-
levards avaient été spontanéoient illuminés, et une foule considérable a fait entendre sur le passage de TEmpereur et de Timpératrice les acdamations les plus enthousiastes et les plus tonchantes.
« A leur arrivée aux Tuileries, Leurs Majestés y ont trouvé un grand nombre de personnes, parmi lesquelles se trouvaient l'ambassadeur d'Angleterre, le président du Sénats des membres du corps diplomatique -et plu-^ sieurs sénateurs. »
Tous les journaux reproduisirent cette note qui causa ^j unft toute la France une impression réelle, d'étonnement de la part des uns, de stupeur de la part des autres.
Quels étaient les auteurs de cet attentat? Les républicains, les vaincus du 2 décembre y avaient-ils prêté les mains! Telle fut la question que chacun se posa dans le premier moment de trouble, filais à peine rinstruction eut-elle été commencée qu'A ne fîit plus possible même aux plus malveillants d'y croire. Depuis le coup d'État, les journaux étaient bâillonnés, ils en étaient réduits, comme nous l'avons dit, au silence le plus complet sur la situation politique intérieure, et ne purent, par conséquent, faire remarquer le caractère spécial de cet
attentat. Ils se bornèrent aa récit des faits, sans y ajouter aucun commentaire.
Le Moniteur du 17 janvier s'exprimait en ces termes :
« L'attentat, dont tout Paris fvémt èncôre et qui soulèvera rindignatlon du monde entier, semble être le résultat d'un vaste complot tramé à l'étranger. En effet, le gouvernement recevait de Jersey, dès ie mois de juin demiér, les renseignements suivants : -
« Le complot consiste dans la fabrication de grenades
« fulminantes inventées par Elles sont d'une puis-
« sance inconnue jusqu'à présent etso[it deslin(^es à être « jetées sous la voiture de Sa Majesté Impériale, où leur « simple choc contre le pavé déterminera leur explosion « et la destruction de la voiture. »
€ D'un autre côté, un nouveru manifeste de Mazzini paraissait, le 9 janvier 1858, dans le journal de Gênes Jtalia del popolo,
< Enfin, des rapports récemment parvenus de Londres à Tadministration française portaient ce qui suit :
« Un nunmié Pierri, originaire de Florence, ancien « chef dans la légion italienne, vient de quitter l'Angle- « terre dans le but de mettre à exécution un complot « tramé contre là vie de l'Empereur. Cet Italien est un « honmie de quarante à quarante-cinq ans^ petit, mai-
gre, brun, au teint maladif, parlant assez mal le fran- « çais et avec un accent italien très-prononcé. Il parle « très-bien l'anglais. C'est un individu violent, mécliant,
c très - déteiminé et qui a fui son pays à la suite de • meurtres, entre autres celui d'un prêtre. Avant de « quitter TAngleterre, Pierri a eu plusieurs entretiens « ayec les réfugiés français à Londres.
« Un rapport postérieur mentionne « que Pierri a « passé par Bruxelles, où il a vu plusieui:s réfugiés. Il « s'est dirigé sur Paris en passant par Lille, accompagné « d'un homme figé qu'il a pris à Bruxelles^ et portant a avec lui une machine en fonte creuse faite d'après le « système Jacquin. On remarque, du rtste, que cet in- « dividu voyage dans les voitures de première classe, « descend dans les meilleurs hôtels et parait avoir de « l'argent. »
« Ce même Pierri, dont le signalement était entre les mains des agents de rautorité, a été arrêté avant-hier soir, près de l'Opéra, quelques minutes avant l'attentat, n était porteur d*une' grenade fuiminante, d'un pistolet revolver et d'un poignard. Malheureusement ses complices étaient déjii à l œuvre, et il n'a pas été possible de prévenir leur coupable dessein. »
Puis le Mcnitewr donne la liste des personnes blessées ou tuées, dont le nombre fut malhenreusement considérable.
De l'extrait du Moniteur que nous venons d^ citer, il semblerait résulter qu'avant l'attentat on pouvait, d^s une certaine mesure, quoique sans preuves aucunes, soupçonner la complicité des; républicains français pro-
scrits. Mais dès le début de rinstnictioD, qui fui commencée dans la soirée même de l'événement, on put
avoir la certitude qu'il n'en était rien. C'est, du reste, ce qu'il nous sera facile d'établir péremptoirement par ' la suite.
La Pairie du 16 janvier contenait déjà le rédt suivant :
■ Pendant la nuit les auteurs et les complices de l'attentat ont été arrêtés; ce seraient, assure-t-on, quatre étrangers. Trois arrestations auraient été faites dans un hôtel meublé rue Montmartre, et une quatrième dans un hôtel meublé rue Lepelletier. Un grand nombre de sergents de ville stationnent ce matin à la porte de cette maison. 11 paraîtrait même que ce serait du premier étage de cette maison que les projectiles auraient été lancés. Cette version était plus acceptée que celle qui attribuait aux auteurs de l'attentat leur prt^sence dans la rue d'où ils auraient lait usage des projectiles ....
c Les auteurs de l'attentat on^ été écroués à la prison dé Mazas.
a L'instruction, confiée à M. Treilhard, juge d'instruction, se poursuit activement.
« Le nombre des arrestations augmente à chaque instant; certains postes de police sont encombrés. »
a Patrie du 17 contenait encore ce qui suit : « Parmi les individus arrêtés à la suite de l'attentat
Uiyiiizeo by <^OOgle
du 14, il en est saiiout quatre qui paraissent plus particulièrement compromis. Voici leurs noms : le comte Orsini, Pierri, Antoine Gomez, domestique d'Orsini, et da Silva. Gelui-ci parait être un Vénitien, dont le véritable nom serait Rudio. On assure qu'une femme, maîtresse de ce dernier, dit-on, aurait aussi été arrêtée.
« Orsini prend le titre de comte, et dit appartenir à l'ancienne iamille Orsini. C'est un homme d'assez liante taille, s'expriment avec beaucoup de facilité et mis avec assez de recherche. Sa figure est pleine ; il porte une chevelure épaisse et des favoris noirs. Ses yeux sont petits et brillants. L'ensemble de sa personne est d'un homme distingué.
« L'inculpé Orsini a été grièvement blessé au visage par l'explosion d'une Jes bombes. Le haut de sa Lôte est enveloppé d'un i>andeau et sa figure est entourée d'une mentonnière.
« On assure que Piem, arrêté cinq minutes avant Tattentat, avait exercé à Paris la profession de bottier
jusqu'en 1852, date de son expulsion.
« Le bruit courait aujourd'hui au palais que l'instruction relfitive à l'attentat se poursuivait si activement que Ton pouvait supposer qu'elle serait très-prochainement
terminée.
« On ajoutait encore que le procès des inculpés, arrêtés depuis jeudi, serait jugé dans la première session du
mois de février par la Cour d'assises de la Seine et ^ous
1a présidence de M. le président Haton. »
De son côté, ie Droit du même jour disait :
< A onze heures do soir, étaient réuTrïs à la pré*
fecture de police M. de Rover, ministre de la justice, M. Billaut, ministre de l'intérieur; M. Plétri, préfet de police; H. Ghaix-d'Est-Angei procureur général; H. de €k»rdouên, procureur impérial ; M. Treilhard, juge d'instruction et M. Nusse, l'utile auxiliaire du préfet de police. ^ « 11 a été procédé immédiatement à une instruction
ipâ a duré toute la nuit. Disons d*a]>ord que cette instruction a eu pour résultat de démontrer, à l'honneur de notre pays, qu'aucun Français ne s'était rendu coupable
du lâche guet-à-pens qui a inondé de sang la rue Lepelletier tl qui devait avoir pour but dans la pensée de ses auteurs l'assassinat de l'empereur. S'il faut en croire les premiers renséignements, ce serait encore & des Italiens que la France devrait imputer ce nouveau criiiie, qui dépasse en atrocité ceux qui l'ont précédé.
« M. Treilliard a procédé à l'audition des témoins et à l'interrogatoire de Pierri.
t On a su que, dans la soirée, un homme blessé s'était préseiité dans la pharmacie de la rue Lepelletier; qu'après avoir tait panser sa blessure, il avait quitté la pharmacie sans prévenir personne. Quelques instants après, un autre homme se présentait tout ému dans la phar-
macle, flemaodant des nouvelles de son mattre qu'il (lisait blessé et qu'il signalait de manière à le faire reconnaître. Un de ceux auxquels il s'adressait lui demanda ie . nom de son maître. A cette question, le dom^stiquet se troubla et refusa de répondre. A U nouvelle tn^rpella^ tion qui lui fut adressée, menacé d'une arrestation, cet homme fut saisi d'un tremblement convulsif et s'évanouit. Revenu à lui et interpellé d'une manière pressante, il déclara qne son mattre était le comte Orsini. A trois heures du matin le comte Orsini était arrêté.
« Deux autres Italiens qui, comme les deux premiers, dissimulaient leurs noms et leur nationalité sous des noms et des nationalités d'emprunt furent également arrêtés dans la nuit.
« On a saisi sur plusieurs de ces individus ou à leurs domiciles des sommes d'argent et des valeurs importantes; on a saisi également des poignards, des revolvers et une iM>mbe semblable à celle saisie sur Pierri.
« Il est à croire que Tinstruction sera promptement termioée'et que Taffaire pourra être classée dans la session des assises de la Seine qui aura Ueu du au 15 février. »
Pendant que tous les corps ofdciels adressaient, suivant l'usage, des adresses de condoléance et de félicitation
à IXmpcreur, et que dos Te Teum étaient chantés dans toutes les églises de Fraude pour remercier les dieux du miracle qu'ils venaient d'opérer en faveur de notre pays ,
rinstruction du procès se poursuivait activement et le Droit, dans son numéro du 20, c'est-à-dire cinq jours après l'attentat, ajoutait ces lignes caractéristiques :
« Il est certain que raccasation se concentre sur les quatre Italiens signalés, comme ayant été les seuls an- • teurs du monstrueux attentat du 1 4 janvier. Il est également certain que nul à Paris n'avait reçu de ces hommes la contidence de leur forfait. »
A cette époque, nous l'avons dit déjà, les journaux étaient dans une telle dépendance de l'autorité que défense leur fut faite de s'occuper de l'attentat du 14 janvier autrement que pour reproduire les récits officiels.
Un seul avait la parole, parce qu'il était l'organe du chef de l'État. C'était le ManUeur, Void ce qu'il disait à la date du 80 janvier:
« L'attentat du 14 janvier a eu des résultats bien différents de ceux qu'en espéraient les auteurs. Il n'a servi qu'à consolider ce qu'ils voulaient abattre. L'horreur universelle qu'il a excitée a été partout suivie des plus • éditantes manifestations pour l'Empereur et pour l'Impératrice. Le peuple, la garde nationale, l'armée, toutes les classes de la nation se sont associés aux grands corps de l'État dans l'expression des mêmes sentiments. On
peut dire que l'Europe entière les a partagés. Tous les souverains se sont empressés d'enyoyer des personnages
éminents de leurs cours porter leurs félicitations à l'Empereur et à rimpératrice ; les villes les plus importantes par leur commerce et parleur population n'ontpas voulu rester en arrière, et pour que rien ne manquât à ce concert de manifestations, la presse de tous les pays * a porté le même jugement sur le crime et sur ses coqséquences.
< Après la protection évidente dont la Providence a couvert les jours de Leurs M tj( stés, rien ne pouvait être
à la fois plus consolant et plus rassurant que de voir ainsi tous les cœurs, tous les bras d'uue grande nation se presser autour de son souverain et lui prodiguer à lui et à sa race les témoignages' les plus Incontestables d*amour et de fidéllté;-car les manifestations dont TEmpe* reur et l'impératrice sont partout l'objet ne s'adressent pas seulement à la personne de Leurs Majestés, elles s'adressent surtout à la dynastie et à la famille impériale, elles s'adressent à cet enfant de la France dont la naissance a été acclamée jusque dans les derniers hameaux, conmie un gage de sécurité et d'avenir pour le pays.
c Si je succombais, l'empire serait encore affermi^iar « ma mort même; car Findlgnation du peuple et de Tar-