‹ Les suspects en 1858; étude historique sur l'application de la loi de sureté générale; emprisonnements - transportationsChapitre 7 sur 53 · Contre qui · texte numérisé non relu

Contre qui

litten^t poi]tr}m%%ifB|4eç 'sptim^iitf L*«^ueîl que Vlmerm a veç^ toutw 1^ claes^fs de la population

dans sçs voyages en Angleterre et en AUe^i^gne en est uc^e p^feuve irjçéQv^sabl^-

« Contre a/fH^or^ d^^s^ sonven^ns et des peu-

ples, <iaepeut la démagogie avec ses sicaires? Ceux qui arment le bras de quelques forcenés peuvent-ils gagner les sympathies de la France çn essayant de la frapper au cœur?

« Le h\Li des assasaps ^(çaijigers Çjst de hpulererser l'ordre en France afin de révolutionner l'Europe, s'ils ont

pu se bercer d'upe pj^reille illusion, l'effet produit par leur dernière tentative a dû leur ouvrir les yeux; ils doiyeffX étrç convaincus que Tordre en France ne repose pas sajnuf» ^ule t^te, quelle que ferme qu'elle soit, et que les fauteurs du crime, s'ils avaient réussi, auraient consolide l'empire et n'auraient rencontré dans tous les pays c^vil.isés que l'exécration publique. »

Nous i^fNirGevon^ h^en dan^ ces lignes la glorificatiop du principe Imp^^» rafi^oiation de sa, légitimité, la $uperbe çonfiance que les fondateurs 4u second empire opt ça sa durée, nuis à coup sûr personne n'y verra plus c^enous une accusation contre les républicains l'rançais ^ une allusion qui pt^t uou^ faire penser qiji.6 le g^ouver^ niaient crût à leur ]|MurticipaUon dans l'attentat di^ ^4 janvier.

qv^'en eUet tout s^ réduit poi^ établii; qu'ils ^

ont été complètement étrangers, et eux et les différents membres des autres partis hostiles à l'empire. Comme nous l'avons dit plus haut, dès le premier jour, l'instruction Ta démontré, et le procès que nons allons rapidement analyser nous en donnera la certitude.

Le journal des Débals du 14 février publiait la note suivante :

« L'instruction du procès relatif à l'attentat du 14 janvier est terminée. La chambre des mises en accusation a entendu hier le rapport que lui a présenté M. Sallé, substitut du procureur général sur le résultat de cette instruction, et, en conséquence de ce rapport, la cour a rendu un arrêt par lequel elle renvoie devant la Cour d'assises de la Sein& les nommés Joseph Pierri, Charles de Rudio, Antoine Gomez, Félix Orsini et Simon-François iiernard. Ce. dernier accusé est absent.

« Ces dnq individus sont accusés d'avoir formé un complot, ayant pour but un attentat contre la vie de FEmpereur et de llmpératrice. Rudio, Gomez et Orsini sont de plus accusés d'avoir commis cet attentat. En outre, ces trois derniers individus sont accusés d'avoir commis le crime d'assassinat sur différentes personnes.

t Le nombre des personnes atteintes dans la soirée du

14 janvier s'élève à 156, sur lesquelles 8 ont succombé à leurs blessures.

« Oa présume qae Tafiaire sera portée aux assises pendant la deuxième quinzaine de ce mois: mais le jour n'est pas encore fixé. »

£q effet, les seuls auteurs de l'attentat étaient Pieiii, Rudio, Gomez et Orsini.

St nous disons les seuls auteurs de Tattentat, car le doeteur Simon Bernard, proscrit Français, qui était à cette époque réfugié à Londres, arrêté par la police anglaise dés le commencement du mois de février à la requête du ministère de l'Intérieur français sous la prévention de complicité avec Orsini, Pierri, Rudio et Gomez, et successivement traduit devant les tribunaux répressifs pour délit de conspiration, devant la cour criminelle centrale, sous la prévention de tentative de meurtre» et enfin devant la cour du banc de la reine, pour avoir participé à l'attentat du 14 jan^er, fut partout acquitté aux applaudissements du peuple anglais qui se pressait en foule aux débats de ces divers procès qui durèrent pludeurs mois et occupèrent trente ou quarante audiences de la fin de février à la fin d'avril.

Un se souvient encore en France de l'effet produit par cet acquittement; le gouvernement, comme cela était du reste son druit, avait mis tout en œuvre pour prouver une culpabilité qu'il soupçonnait Des quantités considé-

-te-

irables de témoins, de Kudio lui-même, furent conduits en Angleterre. Le grand Jury de ce gratod payé éooiita Iditt, et ên son àfaie et cônsdetice prdfaonça «ans hiêsiler ntt verdict d'ae<)uitteiii'ent. Il Aons semble fnntifede hihis

remaniuer ici le rang considéralde qu'occupe la justice anglaise, considérée même comme justice politique, dans l'histoire de rhumanité» tant à cause de la lo^fauté, de là sincérité qni président à ses délibérations que pour

les garanties qu'elle assure aux accusés!

C'est le 35 février que s'ouvrirent devant la Cour d'assises de la Seine les débats dd procès des auteur^ de Tattefatat du V4 janvielr. tous la présidence de M. lé pte^ mier président belangle, et en pr.^sence d'un aùdiloiré nombreux dans lequel on remarquait des personnages officiels de la couronne, des maréchaux, des chambellans, etc. y etc.

M. le procureur général Gfaaii-d'Ëst-Attgé 'occupait le siège du ministère public.

l» Félix Orsini, homme de lettres, âgé de trente-neuf ans, né à Meldola (Ëtats-Romains), était défendu fiar M* Jules Favre.

i* Charles de Rudio, âgé de vingt-cinq ans, professeui*

de langues, né à Bellune (États de Venise), était défendu par M* Mathieu, avocat d'office.

3° Antoine Gomez, âgé de vingt-neuf ans^ né à Naples (Italie), était défendu par M' Nicolet, avocat d'office.

4* Joseph-André Pierri, profesiieiir de langues, né à Lucques (Toscane), était ùeiéndu pur M'^ Nogent-Saint- Laurent, avocat d'oflice.

Tout le inonde coinprenait que Tâme du complot^ le véritable chef de Tentreprise était Orsini, patriote ar^ dent et qui, toute sa vie, avait lutté pour la délivrance de ritalie.

Aussi ne saurions-uous mieux faire pour donner une idée exacte des lorigines et du but de l'attentat que de reproduire id la déposition qu'il fit â l'audience. Elle

respire du reste un air de fierté qui, à juste titre, saisit et éoieut.

Sur llnterpellation du Président» Orsini prend la parole en ces termes : ^

« Permettez-moi de remonter un peu haut. Dès ma

jeunesse, mes pensées, toutes mes artions n'ont eu qu un objet, qu'un but, la délivrance de ma patrie, la vengeance contre l'étranger, les Autrichiens qui nous fiisiilent, qui nous tuent, qui nous égorgent. G*est dans ce but que j'ai été de toutes les conspirations jusqu'en iS^iS, et qu'après le renversement du pouvoir de Pie IX, j'ai été nommé membre de la convention romaine. « Qoand les Français, que nous avions toi^ours cou • .

sidérés comme des amis, ont débarqué en. Italie» noos

avonb cru qu'ils nous tendraient la main ; mais ils n'ont pas tardé à devenir pour nous des ennemis acbarnés. Dans une des nombreuses attaques dirigées contre nous, ils furent repoussés, et nous leur fîmes des prisonniers. Nous pensions toujours que la France est la première parmi les nations civilisées et libérales : que s'ils agissaient contre nous, c'était qu ils y étaient entraînés, et nous rendîmes la liberté aux prisonniers, aux cris mille > fois répétés de wv$ la France, vive la ItberU, vive t Italie t

« Gomment ont-ils répondu à notre générosité ? ils ont suspendu les hostilités pendant un mois, mais c'était pour attendre des renforts. Alors ils sont revenus à l'attaque mille contre dix; messieurs, nous avons été juridiquement assassinés.

« Je suis allé ensuite en Piémont ; notre irritation contre les Français était passée, et nous écrivions toujours à Rome, dans toutes les conspirations qui se sont établies, d'épaigner la garnison fhinçaise. Si les papiers saisis par le gouvernement papal existent, on peut les retrouver, et l'on verra si je mens. J'ai toujours conspiré contre l'Autriche, jamais que contre l'Autriche. £n 1853» je suis tombé dans les mains des Autrichiens en Hongrie ; ils m'ont jugé, ils m'ont condamné et j'allais être pendu quand j'ai trouve le moyen de leur échapper.

« C'est alors que je suis venu en Angleterre, toujours avec cette pensée, avec cette manie, si vous voulez, d'être

utile à ma patrie, de la délivrer et de n'exposer que moi. J'étais convaincu qu'il est inutile de faire fusiller des dix, des vingt hommes, comme le fait inatilement depuis longtemps Mazzini.

■ J'ai voulu prendre les voies légales; je me suis adressé à des pairs d'Angleterre. J'ai proposé une pétition au gouvernement pour le principe de non-intervention et pour faire cesser l'occupation française et autrichienne. Leurs sympathies m'étaient déjà acquises, quand la révolte de l'Inde a éclaté, et vous comprenez que cette question a pris en Angleterre le pas sur la question Italienne; c'est naturel.

« Bn examinant les conditions politiques de tous les gouvernements de l'Europe Je me suis arrêté à cette idée qu'il n'y avait qu'un homme en position de faire cesser cette occupation de mon pays par l'étranger, que cet homme étaitNapoléon III, qui est tout-puissant en Europe, mais tout son passé me donnait la conviction qu'il ne voudrait pas faire ce qu'il pouvait faire. J'avoue donc franchement que je l'ai considéré comme un obstacle. Et alors je me suis dit qu'il fallait le faire disparaître. ,

« Je voulais, je l'ai dit, agir seul, mais j*ai reconnu que c'était impossible. Alors, autour de moi, il s'est trouvé des hommes qui ont connu mes projets, et qui s'y sont associés; arrêtés, ils m'ont dénoncé. Quand je me suis vu trahi par eux. J'ai eu quelque sentiment de vengeance contre eux, et je les ai accusés ; mais ai^ourd'hui je re-

grette toute citconstance qui pouvait ag^àver la position de mes co-accusés^ je rétracte tout ce que j'ai pu dire eônfare etai» et j'ofDre kna personne eà sacHUce ft faion pays, s

Pour tout hombe de tonne foi, ne ressorl-il pas clairement de ce langage que le but unique que se proposaient les auteurs de l'attentat du 14 janvier était de supprimer ce qu'ilè considéraient comme ntt obstacle à la réalisation des espérances de tons les patriotes de l'Italie. Le complot était avant tout italien, coinplélement étranger aux intérêts français, c'est là sur quoi nous ne nous lasserons d*insister dans tout le cours de cé travail. ^

A l'aîidfencë dn 96 février, M. le- procnMur général

Chaix-d*Esl-Ange prononça son réquisitoire et demanda la condamnation à mort de tous les accusés.

Les défensétirs prirent énsuite la parole. Seule, la défense présentée par M* Jules Favre mérite qu'on s'y arrête! D'abord, parce qu'elle a mérité que quelques jours après, le procureur générai à la cour de cassation, M. Dupin dise d'elle « gué rôieqâence prêta ses voiles auà sophisme^ les plus hardis-, qu'en condamnant le crime on avait essayé de réhabiliter le criminel ét que qaaûd la justice t.t kl 1 ji, du même coup frappent et flétrissent le parricide, on avait entrepris, en face de l'échafaud qui se dresse pour la vindicte publique, d'élever une statue à la mémoire de celui qui doit y monter. » Ensuite p&Irce

. ij i^ud by Go.ogle

qu'elle renferme une lettre adressée pâr OriM à l'Emj[>erei^ Na^oléén m, lettre que douI§ de?otts)repk*6diiir6; m elfe élt cblkuné la lâ)hlBécràtSon de Kt thèiie que

nous soutenons, à savoir que les républicains français sont restés complétenient étrangers au complot dont ils ne devaient pas tarder cependant à être les tIc- Umes.

i)u fond de son eaehot de Mazas, Orsinî adressait ed

effet à Napoléon m, Empereur des Fiançais, les lignes suivantes qui, ainsi que le faisait remarquer M« Jules, Favre, sont comme t son testament et sa prière dernière. »

« Les dépositions. Sire, que j'ai faites contre moi-même dans ce procès poliLi([ue, intenté à l'occasion de l'attentat du 14 janvier, sont suffisantes pour m'envoyer à la mort, / et je la subirai, sans demander gfAce, tant parce que Jé ne xn'humilierai jamais devant celui qui a tué la liberté naissante de ma malheureuse patrie, que parce que, dans la situation où je me trouve, la mort est pour moi ûn bienfait.

c Vths dé la fin de ma carrière, je vetix nèaniAoins tenter un dernier éffbrt pour venir en aide à l'Italie, dont

l'indépendance m'a fait, jusqu'à ce jour, braver tous les périls, aller au-devant de tous les sacrifices. Elle (ut l'objet Constant de toutes iltes affections, et c'est cette dernière pensée que jé veux déposér dans les paroleè que J'adresse à Votre Majesté.

« Pour maintenir l'équilibre actuel de TEurope, il fauf rendre l'Italie indépendante, ou resserrer les chaînes sous lesquelles TAutriche la tient en esclavage. Demanderai-Je pour sa délivrance que le sang des IVançais soit répandu pour les Italiens? Non, je ne vais pas jusque-là. L'Italie demande que la France n'intervienne pas contre elle ; elle demande que la France ne permette pas à l'Allemagne d'appuyer l'Autriclie dans les luttes qui vont peut-être bientôt s'engager. Oiç, c'est précisément ce que Votre Majesté peut fttire, si elle le veut. De cette volonté dépendent le bien-être ou les malheurs de ma patrie, la vie ou la mort d'une nation à qui r£uiope est en partie redevable de sa civilisation.

c Telle est la prière que, de mon cachot, j'ose adresser'

à Votre Majesté, ne désespérant pas que ma faible voix soit entendue. J'adjure Votre Majesté de rendre à la patrie l'indépendance que ses enfants ont perdue en 1849, par la &ute même des Français.

'« Que Votre Majesté se rappelle que les Italiens, au milieu desquels était mon père, versèrent avec joie leur sang pour Napoléon le Grand partout où il lui plut de les conduire, qu'elle se rappelle qu'ils lui furent iidèles Jnsqa'à sa chute, qu'elle se rappelle que, tant qué lltalie ne sera pas indépendante, la tranquillité de TEurope et celle de Votre Majesté ne seront qu'une chimère. Que Votre Majesté ne repousse pas le vœu suprême d un patriote sur les marches de l'échaiaud, qu'elle délivre ma

patrie» et les bénédictions de vingt-cinq millions de citoyens la sniyront dans la postérité. • '

« Oe la prison à» Mans, 11 férri«r 185S*

« VÉLix Orsini. »

Malgré les générenx efforts de lenrs défenseurs, les acensés ftirent condamnés : Orsini, de Rudio et Pierri à la peine de mort; Gomez aux travaux forcés à perpétuité.

Le 11 mars, la Cour de cassation rejeta purement et simplement le pourvoi formé par les condamnés. Seul

de Rudio vit sa peine commuée en celle des travaux forcés à perpétuité. Orsini et Pierri furent exécutés le 14 mars. Ils surent mourir tous deux avec courage. Pierri entonna, en allant au supplice^ le chant des Girondins ; Orsini, avant de se livrer aux bourreaux, dit adieu à la vie en unissant la France et l'Italie dans un même cri d'allégresse*

Les ftits qui précèdent et que nous avons eu soin de résumer à l'aide des documents les plus officiels, nous

semblent et paraissaient à tous, en 1858, déterminer le caractère spécial de l'attentat du 14 janvier. I^' était-il

pas, et n'est-il pas encore certain, mctpe yeux des amis du premier çlegré de l'Empii^â, {|ttft GB u'^ii Tœuvre de Français qui voulaient se venger par an assassinat de celui qui les avait vaincus par la force? Aucune méprise n'était possible : l'Empire n'avait en face de lui que des Italiens qui, pensant que roccupation ^usU«h£nMkfi«i»Q à liQisi^iélaH un obstacle pervwepl ^ la miquéte d« tenr. indéitendance, Yoolaieiil en 9m celui qu*ilf eontid^ient comme la seule l^ree de oette occupation, qui, jusqu'à ce jour, avait étouffé la révolu- " tion italienne, et était, par conséquent, la cause de leurs malheurs, de leur misère et de leur honte. Mais n'étaitil pas péremptokement démontré qu'aucua Français ne l63 avait aidés ou assistés dans l'accomplissement de leur acte 1 Sans doute, nous aurions le devoir de protester contre cette théoxie qui consisterait à rendre re^ponoalilea teus les républicains lîrançais deaiknteff d'un de leurs concitoyens. Hais, dans la situation actuelle, cette protestation n'est même pas nécessaire, puisque, comme nous l'avons vu plus haut, les tribunaux anglais, après de longs débats, qui ont duré plusieurs mois et ont occupé de nonibreuses audiences, ont fait justice de la prétendue complicité du docteur Simon Bernard.

L'exi^cutiou (^'Qraii{^ ^ do Pierri, la condamaatùui de ^. ^udljp. fit dq Çfiuff^^ semblaient do^c être ssiSô^ffffiB po^^ donnçr plçlnç et en%e iii^tisffctljç^i 4 Is^ vh3\^çte

légale. Il n'en ftit pas ainsi. Et ce que nous allons raconter, n'est que l'iiistoire des violences, des douleurs et

des chagrins dont furent frappés des hommes qui n'avaient commis d'autre crime que d'être fidèles à leur foi et à leur devoir.

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