AUBE
Les victimes de ce département sont i
HABERTy architecte à Troyes.
CoTTET, professeur de mathématiques à Troyes. RiCHTER, cordonnier à Bar-sur- Aube.
GrOMBAULT, entrepreneur à Vilie-sur-Arce.
Tous les quatre furent arrêtés le 24 février 1858.
Le préfet et le maire vinrent visiter le citoyen Habert dans sa prison deux jours après son arrestation. Le préfet lui déclara qu'il partait le soir même pour Paris et qu'il espérait obtenir sa mise en liberté» mais que pour cela, « il fallait lui dire franchement ce qu'il avait fait. • Habert lui répondit qu'on ne pouvait lui imputer ni actes, ni paroles, ni écrits, qu'au surplus une négation ne se prouvait pas et que c'était à lui, préfet, qui l'avait fait arrêter, à prouver les actes coupables qui lui étaient reprochés. Le 18 mars, un brigadier de gendarmerie vint à la prison lui notifier une décision du ministre de l'ii^
térieur et de la sûreté générale datée du 1 6, et ordonnant, au nom de l'Empereur» sa transportation et celle de ses codétenus en Algérie. On y remarquait les considérants suivants :
« Vu ravis du préfet de TAube, du général qui y comn^inde et du procureur impérial ; considérant que des faits graves signalent de nouveau les individus ci-dessus désignés comme dangereux pour la sûret.é publique.... etc. »
Et le préfet qui menait de déclarer qu'il ne savait pas ce dont il s'agissait 1 «
Après trente jours de détention dans la prison de Troyes, au secret le plus absolu, le 27 mars^ à 4 heures du matin, Habert, GoTrET^RiCHTER et Gk)MBAULT montèrent en voiture cellulaire, et furent dirigés sur Marseille par le chemin de fer, avec arrêt à Dijon et à Chftlon-sur-Saône pour compléter le chargement. Il est à remarquer que partout, on attendait toujours la nuit pour effectuer le chargement et dans les gares, les plus grandes précautions étaient prises pour laisser ignorer la présence des proscrits.
Arrivés à Marseille le 28 mars, à cinq heures du soir, après 37 heures consécutives de séjour dans les voitures cellulaires, ils en partirent le 2 avril et furent débarqués à Philippeville le 4 avril, d'oùils repartirent le 7 pour être transportés à Bougie, lieu de leur internement.
En arrivant^ ils durent coucher par terre sous des tentes.
Ils étaient à Bougie une vingtaine d'internés. Pendant les quinze premiers jours on leur attribua les subsides des soldats en campagne. Plus tard, on les supprima à ceux d'entre eux qu'on avait jugé devant avoir des moyens d'existence. Au bout d'un mois, on les supprima à tous. Quatre ou cinq transportés sans ressources et * sans ouvrage sont restés pendant tout le temps de la déportation à la charge de leurs compagnons d'infortune. Plusieurs nous affirment qu'ils étaient traités à Bougie « conmie des forçats et que certains commandants militaires les appelaient des assassins I »