INDRE-ET-LOIRE
Dans le numéro du journal d'Indre-et-Loire du 26 janvier 1858, on lisait: c Hier, diverses arrestations, guipa
4 raùsent iv ratlachtr à la poUtyjv*, ont k\é eflocbuies li «Tours.
- Noua ignorons complètement par lutte dequelleacir- < constaocei ces mesures ont été prises. >
Le préfet d'Indre-et-Loire était alors M. Podevin. H éLait devenu magistrat sous la Itâpublique, et devait son avancement dans la magistrature au citoyen Crèmieux, alors ministre de la justice.
Les citoyens arrêtés étaient au nombre de sapt, voir:
Loins DESMOtTLiNs, médecin k Tours.
BoiTBLLE père, tisseur en soie, à Tours.
MABié, tailleur, k Tours.
Haubeiicer, homme de peine, à Tours.
Fariap, marchand de ronennerie, à Tours.
ToocHELAY,mécanicîen,à Cormery.
Ardance, charron, à Roche-Corbon.
Arrêtés, le 25 janvier, dix jours après l'attentat Orainl, les citoyens dont les noms précèdent furent conduits au pénitencier de Tours, oii ils restèrent environ deux mois. Pendant leur séjour dans les cellules du pénitencier, ils furent soumis au même régime que les criminels au milieu .desquels on les avait placés, c'est-à-dire qu'ils furent obligés de travailler comme les autres prisonniers, et de voir prélever sur leur travail, Hlon les Tè^ements, les trois quarts de leurs bénéfices.
lie 20 mars au matin, let femmes des déportés étant venues, comme de coutume, à la prison apporter le de* jeûner de leurs maris, apprirent avec stupeur que oeux-ci étaient partis, quelques heures avant, pour Paris.
Ainsi, sans leur donner la possibilité d'embrasser leurs familles en pleurs, et de faire quelques préparatifs pour le lointain voyage qu'ils devaient entreprendre, sans même leur permettre de prendre d'autres véte^ ments que ceux qu'ils avaient sur le dos, on les avait jetés dans une voiture cellulaire, en leur disant quHls étaient appelés en témoignage à Paris.
Arrivés à Paris, ces malheureux, qui croyaient avoir atteint le but de leur voyage, furent tout étonnés de se voir transporter à la gare de Lyon, où un train, partant pour Marseille, les attendait.
De Tours à Marseille, ces hommes, dont tout le crime était d*être républicains, ne bougèrent pas de place pendant quarante-huit heures, obligés de se tsnir courbés, et firent plus de 300 lieues dans cette position d'autant plus cruelle qu'on était en hiver.
Arrivés à Marseille, on les conduisit au fort Saint* Nicolas, où ils trouvèrent un grand nombre d'autres déportés.
Deux jours après, quatre d'entre eux furent embarqués pour l'Afrique et dirigés sur Stora, à quelques kilomètres de Philippeville. Arrivés à Stora après une travei:3ée de 44 heures, Touchbuy et Ardahob furent
— 23S — internés dans celte ville, pendant que Iloitetle et Mauberger étaient conduits à Bàne, puis à la Galle (pronnce de Constantine).'
Ouatit aux citoyens Desmoitlins, Fabiau et Marié, ils restèrent une iiuitainede jours à Marseille, et furent embarqués pour Alger. D'Alger, ils furent conduits à Orléansville, où on les interna. Le citoyen Fariau fit partie de ce convoi de transportés qui furent enchaînés à une tringle sur le devant du vaisseau le Tiia», pendant leur traversée d'Alger à Tenez.
Quelques jours après, Boitelle écrivait à son Sis, dans une lettre que nous avons sous les yeux : • Nous sommes tous arrivés dans une nudité presque complète. On nous donne fr. 90 c. par jour, plus le pain. Quant au logement, il nous faut payer i Tr. pour deux par nuit.... Avec une pareille soldfi, je ne pourrai manger que du pain.... Nous sommes dans le pays le plus triste de l'Algérie, nous ne trouvons presque rien en fait de vivres, et le peu que nous trouvons nous est vendu trois fois pins cher qu'en France.... Je n'ai pas encore reçu les effets que tu avais mis au chemin de fer le lendemain de mon départ de Tours'.... J'ai à te raconter des détails affreux sur la mort d'un de mes amis transporté à Stora, distant
i. CesaOeta ne mat parvaaus iBaittlle quebnit mtùi&prii kq ani- Tie en Arriqua dans un éUt imposaible, et il fui ûbligt de pay«rniu somme de 12 fr. pour Ieb avoir.
de 30 lieues de la Galle. Dans le courant de mai, il s'est absenté, et huit jours après sa disparition, on a trouvé sa tête, sans avoir pu découvrir aucune trace de son corps. Cet ami se nomme Lélu S est deNevers, et était âgé de 50 ans. On ignore par qui il a été assassiné.... >
Les sept déportés de Tours avaient de 50 à 60 ans à l'époque de leur déportation. Un d'entre eux, Marié est mort en Afrique de la dyssenterie, maladie très-commune en Algérie, et qui sévit particulièrement sur les étrangers, peu habitués à supporter les grandes chaleurs. Ses amis lui élevèrent un monument. Touchel^vt faillit mourir à Stora de la même maladie.
Ardange est mort à Marseille en rentrant en France après l'amnistie. Le docteur Desmoulins est mort, il y a deux ans, à Tours, des suites d'une maladie contractée en Algérie. Boitelle, de retour en France, s'est suicidé.
Quant à leurs familles laissées en France sans ressources, elles n*ont pas eu moins à souffrir.
La femme d'Ardange, pendant l'absence de son mari, après avoir perdu son enfant, est morte elle-même de misère et de chagrin.
Mme Mauberger, qui allaitait un enfant de six mois, rejoignit son mari interné à la Galle. Mais à peine arrivé, son enfant mourait à la suite des fatigues du voyage.