‹ Les suspects en 1858: étude historique sur l'application de la loi de surété généraleChapitre 42 sur 60 · Voir au département de la Nièyre · texte numérisé non relu

Voir au département de la Nièyre

Urne Bdarié fol obligée de vivra avec son lrftvùl.EU« gagomt oinquanu a^suûMi par iwfc ^ £ai|re da la pnw menterie.

Le dQct«ur Desmoulias laîssût k Tours ane femme saQs ressources et sa mère malade.

Mme Fariau, condamnée pour injures au souverain de la France, fut jetée eu prison ; le fonds de commerce, que soD mari exploitait, n'ayant plus de propriétaire, la ruine s'ea suivit, à ce point qu'à sa rentrée en France, Fariau qui, lors de son départ, jouissait d'une aisance relative, fut obligé pour vivre da se iiiira manœuvre.

Ils purent rentrer en Séance après l'amnistie. Mois dans quelles conditioosl Boilelle, pour ne parler que de lui, qui était âgé de 60 ans, fut obligé de faire une partie de la route i pied. Toute su fortune consistait en une somme de trente Trancs que lui avait prêtée un de ses amis interné à Bône. Cette somme lui permit da se îain transporter en chemin de fer de Cette à Lyon. On lai avait dit qu'à Lyon il recevrait une indemnité de route ; il n'en fut rien. A Saint-Germain-des-Fosiés, il fut codtraint de s'arrêter à l'hôpital. Arrivé k Tours, il nçai pour indemnité de voyage 4 fr. &0 cent.

Un mot maintenant sur chacun des transportés â'Indre-et- Loire.

Louis Oesuoulins, qui était médecin et exerçait fort

bonorablement aa profession, av^it fait partie, soqs l'établissement de Juillet, de là Société d$s droits de Phamm0f Patriote dévoué, il avait lutté toute sa vie contre le despotisme et énergiquement revendiqué les droits di| peuple. En 1848, le gouvernement provisoire le mit à la tête de l'administration du département.

En décembre 1851, il avait été arrêté et conduit î^u pénitencier de Tours, où il resta dix jours. A sa sortie d^ prison, un arrêt de la commission mixte le mit sous la surveillance de la haute police.

Le 21 octobre 1852, trois jours avant le passage du prince président à Tours, Desmoulin» reçut de la prétéçr ture Tordre de partir pour Nantes, où il devait être rendis avant le 12. Il fut ainsi interné à Nantes, sans savoir pourquoi, pendant trois mois et demi.

Pendant ce temps, sa femme, Mme Desmoulins, la plus înoffensive et la plus innocente des femmes, était égaleiQent arrêtée et jetée en prison pendant toute la durée di| séjour de M. Louis Bonaparte à Tours S

Au mois d'octobre 1853, Pesmoplins fut encore comprii dans le procès dit de la MariantUf m^is la chapbre des mises ep accusation le mit hors de cause*

1. On nous rapporte un propos assez piquant qui aurait été tenu à cette époque par le Prince-Président au bal que lui offrait la ville de Tours. Comme une dame le poursuivait de ses cris de vive V Empereur l M. Louis Bonaparte s'approcha d'elle et lui dit : c Vous voulez un empereur , madame? eh bien» tous en auiu ànt >»

Ed 18S8, il fut envoyé en Afrique, et interné à Aumale où il passa dix-sept mois.

Sa eanl^, d^jà compromise par l'épidémie cliolérique du Ii49, qu'il avait combattue à Tours avec un dévouement sans réserves, fut gravemnet altérée par le climat d'Afrique. Quand il revint en France il était presque aveugle quoique n'ayant que 49 ans; une maladie qu'il avait contraclée par sa transportation lui avait toriu la colonne vertébrale, au poiot qu'il avait perdu ïk ceuti* mètres de sa taille.

Enfin, ce grand citojen, universellement aimé, le plus înofTensifdes hommes et le plus bienfaisant des médecins, qui, toute sa vie, sacrifia sa fortune, sa liberté k la cause républicaine, tut obligé, pendant les dernières années de sa vie, de recevoir les générosités de ses amis politiques. persécution, de (juel nom faut-il te flétrir?

BoiTBLLE était un vieux démocrate très-populaire parmi les ouvriers de Tours qui l'avaient surnommé Lofante. Aussi courageux qu'honnête, il écrivait d'Afrique à SOD fils : > Courage, mon cher fils, tâchons de faire tète à l'adversité, surtout tâchons d'avoir toujours la conscience à l'ahri du remords. Je n'ai rien fait, mon cher fils, qui puisse mériter mon expulsion. Je ne ferai rien non plus pour fléchir le sort qui nous accable... ■

De retour en France, Boitelle, trop vieux pour pouvoir travailler et ne voulant pas être à charge aux siens, profila d'un instant où il était seul pour se suicider, après

avoir écrit une lettre de laquelle nous extrayons le passage suivant : < Mon cher fils..., je ne pouvais plus supporter la vie, j'y mets un terme, je ne peux plus travailler. Je suis loin de me plaindre de toi ; tu as fait ton devoir. Adieu, mon fils, ne maudis pas ton père. Je n'ai jamais eu un moment de haine pour personne. Adieu I adieu I » Quelques heures avant de mourir, transporté à demi-asphyxié à rhôjpital, il voulut finir en libre penseur malgré les efforts du clergé qui voulait le contraindre à devenir la proie de l'Église.

Mauberger était, comme nous l'avons dit, un homme de peine qui, toute sa vie, avait tenu à honneur de se dire Républicain. Il est resté en Afrique où sa famille l'avait suivi.

Marié, qui était tailleur à Tours, jouissait d'une aisance relative. Sa transportation causa sa ruine complète et celle de sa famille. Sa femme, qui avait à celte époque cinquante ans, en fut réduite pour vivre à se faire domestique.

Ardange était charron à Rochecorbon. Il laissait, en partant, une femme et un enfant. Celui-ci mourut quelque temps après, et la mère malade, incapable de travailler, se laissa mourir de faim et de chagrin.

ToucHELAT, qui était aubergiste et mécanicien à Gormery, eut beaucoup à souffrir. Il est rentré en France depuis l'amnistie.

Fariau, bien avant 1858, avait subi tous les châtiments

fMBUitDes. n DMunit «nctesaiTCment les pénitenciers i hatevntill, Suunur, BcUe-kIe, à'où il fut transpoi en A(Ht]tie. n était rentré ett FraiiM depuis quelqne templ hmqw tes bombes d*Ors!iii donnèrent de nouveau le sl^ goal de son départ.

n ooos reste & parler de l'arrestation arbitraire du ré* ta^ italien Hiccuiu>i qui habitait Tours en ISSS, qui e reatré en Italie depuis et est de^-enu député au parie» ment italien pour le pays napolitain.

De même «jne Bonaparte, lors de la mptare de la paîlf' d'Amiens, arait fait arrêter, sans autre forme de procès^ tons les Aoslais voyageant en France, de m^ine, lors dl l'attentat Orsini, vn grand nombre d'Italiens qui n*l< raient en aucone taçon trempé dans le complot, (brenl Jetés dans les cadiots.

De ce nombre rutftîcciardi.

RicciAROi, fils d'un ministre du roi Joseph Bonaparti et du roi Joachîm Murât, fut arraché à sa famille et écrool au pénitencier do Tours. U ne fui cependant pas eipulsôî

Nous lisons, dans ses mémoires, les passages suivants :

■ Londres, mars 1833. J'aidtné chezJoseph Bonaparlej ex-roi de Kapics et d'Espagne. J'ai trouvé en loi un homme qui tenait mon père en grande estime. Parmi lei convives, se trouvaient : Achille Murât, le jEimE Bonaparte, second Sis de l'eï-roi de Hollande, la flUe de J* sephjVeuve du filsainé de Louis, c'est-à-dire de ce Napo léon Bonaparte qui mourut à. Forli eo 1831 . •

A la fin du repas, Ricciardi qui n'avait alors que vingtcinq ans^ interrogé sur la possibilité de restaurer l'empire et la dynastie napoléonienne, répondit : < Qu'il ne croyait pas qu'une nouvelle révolution pût avoir d'autre but que de remplacer la monarchie pàf la République. >

< Londres, 7 avril 1833. Je suis allé ce matin avec Achille Murât, rendre au jeune Bonaparte la visite qu'il m'a faite. Après avoir parlé longuement de l'état des choses en France, et plus encore de la situation de l'Italie, pour laquelle il avait participé à la prise d'armes de 1831 contre le pape Grégoire XVI, le fils de l'ei-roi de Hollande m'a donné une brochure qu'il vient de faire imprimer. Il y passe en revue les réformes qui seraient apportées en France par les Napoléon, s'il leur était donné de remonter sur le tréne. L'opuscule se termine pal* ees mots t c La garde impériale est rétablie. ^

Kq 1858, nous écrit un de ses amis, Riociardi recevait de Nepoiéoil Ksalitô su2 Pr$no éi fyanefn l'hospitalité de la prison cellulaire de Tours. C'était un compatriote d'Orsiirfet un Républkain.

Le préfetdece département, en 1858, était M. Thuillier qui depuis fut président de section au conseil d'ÉUit.

II y eut quatre victimes; nous n'avons les noms que de deui :

Saint-Ëtienne ;

Le citoyen Blansubé était universellement estimé & Saint-Ëtienne; il y avait tenu haut el (erme le drapeau de la démocratie. 11 avait été frappé déjà au coup d'ÉUtt.

Le citoyen Flachon qui, en 1852, fut envoyé eu internement à Rochefort, est un grand négociant de Saint- Ëtienne, à qui les persécutions ont fait perdre des sommes considérables- Homme de cœur et de convictJoo, il a toujours, de même que Blansubé, lutté pour la viellie cause.

En 1857, de nombreux procès avaient été intentés par les marchands de charbon de Saint-Étienne à la Compapagnie de Paris à Lyon et à la Méditerranée, au sujet des tarifs de transport. Le préfet Thuillier, dans le but de faire terminer ces difTérends à. l'amiable, avait convoqué

tous les marchands de charbon ches lui, et après lenr avoir exposé que la Compagnie da chemin de fer se mettait en mesure de (aire disparaître les causes de leurs plaintes, leur demanda de vouloir bien arrêter les poursuites judiciaires commencées. Déjà un directeur d'une compagnie de mines appuyait le préfet et allait faire partager son avis pour tout le monde, lorsque Flachon se leva, soutint la thèse contraire, et la fit prévaloir par 57 voix contre 7.

Il ne pensait plus à cette affaire, lorsque le 24 février 1858 il fut arrêté par la police et conduit à la préfecture dans le cabinet du préfet, où il rencontra le docteur Blansubé qui venait d*étre arrêté dans les mêmes circonstances. Tous deux, ignorant le motif de leur arrestation, en demandaient la raison au préfet. Alors celui-ci se tournant du côté deVLACHON, lui diten ricanant : < Ah ! ah 1 vous n'êtes plus aussi insolent aujourd'hui que vous Tétiez ici même, il y a un an, dans mon cabinet. — C'est bien, répond Flachon, je comprends maintenant pour quoi vous me faites arrêter; je n'ai pas besoin d'autres explications; faites-moi conduire en prison!... »

Mais le préfet continuant toujours sur le mêrre ton railleur : < Vous voudriez, monsieur Flachon, que je vous fisse conduire en prison en plein«jour, afin que tout le monde dise : Voilà M. Flachon qu'on conduit en prison; c'est le préfet qui l'a fait arrêter. Vous voudriez faire du scandale, eh bien! vous n'aurez pas cette satisfaction,

vous ne ferez pas de scaDdale, vous reet^ez ici dans tdod caliioet jusqu'à la nuit, et c'est à la Quit seulement qu'oo vous emmènera en prison. •

De l'ait les citoyene Fkcbon et Biansubé restèrent daos l'anticluinbre (dans l'antichambre d'un préfetl quelle ironie du sorti-..) du préfet, jusqu'au eoir. Le soirvenu, un geôlier vint les chercher et reçut du préfet l'ordre dtt veiller de prèa sur les prisonniers, ■ sur Blansubë surtout, ajouta-t^il ; qu'il soit tenu au secret le plus abïola; vouB en répondes sur votre emploi I »

Quelques jours après, iU partirent en compagnie de deui autres de leurs compatriotes en voiture cellulaire pour Marseille. De là ila furent conduits en Afrique et internés à Mostaganem.

Le citoyen Hlansubâ exerce aujourd'hui encore m profession dans le lieu de son intimement où il vit entoura de restime généralo et toujours fidèle an culte de M. vie. Lws de la dernière éi^idémie cholérique qui est Tenue désoler l'Algérie* la population recoaBaJlsaate de eea déveuement et de son zèle, avait voulu lui décanter publiquement une médaille à'ar, mais le gouTernemest, paralt-il, s'y opposa.

Quant au citoyen E^ach(»i, il habite Sainfr^enae» oà il est k la tête d'une luaJson de coamaerce considérable. Il continue à combattre vaillamment pour la liberté, et par son énergie, par son dévouement, il occupe ua nag influent au sein de la démocratie stéphaooise.

«UhMW*MiriMaMHMkMaaMH*

Page 1