‹ Les suspects en 1858: étude historique sur l'application de la loi de surété généraleChapitre 5 sur 60 · La publication en fut faite à Tinsu de Barbes · texte numérisé non relu

La publication en fut faite à Tinsu de Barbes

que le parti républicain avait toujours tenu à honneur de s'appeler aussi le parti patriote. Cette lettre, blâmée par quelques-uns, fut approuvée par le plus grand nombre.

La'guerre eut donc, dès le début, pour premier résultat d'affiranchir l'empire de toute préoccupation intérieure*

il n'entre pas dans le plan de cette introduction de donner un récit circonstancié de la guerre d*Orient. Nous nous bornerons à en rappeler les phases principales.

Le 15 août 1854, une expédition anglo-française s'empara de la forteresse de Bomarsund, dans la Baltique. Ce fut la seule opération militaire saillante entreprise de ce côté.

A la même époque, les troupes alliées, débarquées sur le territoire turc, se concentraient à Varna, sur la mer Noire. Les Français étaient commandés par le maréchal Saint-Arnaud, le ministre du 2 décembre ; les Anglais, par lord Raglan. Gèlui-ci offrait un des types les plus accomplis du militaire anglais. Elève de Wellington, il était comme son maître, sage, prudent, circonspect, ménager de la vie de ses soldats, mais doué d'une inébranlable fermeté. Une armée confiée à son commandement pouvait bien ne pas frapper des coups

brillants et rapides, mais on ponvait être assoré qu'elle n'éprouverait pas de désastres.

L'évacuation des Principautés par les Russes et leur occupation par Tannée autrichienne, laissaient sans objet la grande expédition anglo-française. Le territoire ottoman n'était plus menacé. Des instructions secrètes enjoignirent aux deux généraux en chef de débarquer en Grimée et de mettre le siège devant Sébastopol, le grand arsenal et le port de refuge de la marine russe dans la mer Noire. Après bien des tâtonnements et des hésitations, la flotte alliée aborda les côtes de Grimée. L'armée prit terre. Quelques jours plus tard, le 20 septembre, les troupes anglo-françaises débusquèrent les Russes campés sur les hauteurs de l'Aima.

Gette victoire a été singulièrement surfaite. Les Russes n'avaient pas plus de quarante mille hommes, tandis que les alliés étaient soixantemille. La part des Français, dans cette journée, fut relativement fort mince. Les généraux se montrèrent médiocres ; les soldats mal conduits, ne parurent pas d'abord à la hauteur de leur réputation ^ L'armée, hâtons-nous de le dire, devait prouver bientôt que la valeur française n'avait pas dégénéré

1. Voir, à cet égard, l'historien anglais Kinglake et les écri?ain3 militaires russes Anitchkoff et Chodasiewiez. Nous osons affirmer que le vrai caractère de la bataille de l'Âlma est encore inconnu en France. La rapport de Saint- Arnaud, vrai type de fanfaronnade gasconne, n'est pas un récit sérieux.

Le maréchal Saint-Arnaud, atteint d'une maladie chronique, fut pris d'une attaque de choléra, et mourut ^eu après. Le général Canrobert le remplaça.

Les alliés, tournant la rade deSépastopol, et négligeant les forteresses qui défendaient de ce côté la célèbre place de guerre, vinrent s'établir sur le plateau qui fait l^ce à la partie sud de la Tille. Les tlottes anglo-françaises, mattresses de la mer, leur apportaient vivres et renforts.

Le côté sud de Sébastopol était à peine fortifié. On ne crut cependant pas prudent de risquer untt brusque attaque; un coup de main qui eût peut-être réussi.

Alors commença ce long siège, presque sans exemple dans les annales de la guerre, et qui offrit ce singulier caractère que les formidables ouvrages défensifs dont la prise coula tant d'efforts et de sacrifices, forent élevés par les assiégés en présence des assiégeants. La place n'étant point investie. Sébastopol conservait ses communications avec l'intérieur de la Hussie. Les renforts et les vivres arrivaient donc librement.

Nous ne saurions nous étendre sur toutes les péripéties de cette lutte d'une année. Bornons-nous à rappeler qu'au début, les Russes ayant repris l'offensive, les alliés furent presque autant assiégés qu'assiégeants. Cette période est marquée par le rude combat de Balaclava, par la sanglante bataille d'inkermann. En avril 1855, le siégen'avait encore fait aucun progrès. Les alliés s'étaient

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>; ctlaà togL Les Runes, soos la direction d'Isa îcfésâsBr de premier ordre, le gâiéral ToUf ben, 27 «st aczaanilé reà&oks, bastions et redans. On attriiœ 23 KokrA Mel, enTo;é Ters cette époque devant S£Ms;o(oi, k fhanyHifcrnt opéré dans la direction des Irorasx en sége. D eol, assnre-t-on, le mérite de diseerafir qoe la clef de Sé&artopol était dans la série d'oufra^es qne dominait U Unir Malakoff, appelée par les Basses bastion Komno3. Cette position devint l'objectif des Fnxbçûs. Canrobert ava^t, sor ces entrehites, cédé la place à Pêiisner, soldat rigoomx, sinon général consommé.

Une série de sanglantes attaques, en mai et en juin, préparôvnt Tassant général qoi fut fixé an 18 juin, anniversaire de Waterloo. Cet assaut échoua. Les pertes des alliés furent cruelles. Lord Raglan mourut vers cette époque. L'année anglaise» décimée par les maladies, avait ccdê la principale tâche aux Français. La fin de juin, le mois de juillet entier sont employés à avancer pas à pas vers la position de Malakoff. Le 15 août, les Russes tentent un mouvement offensif contre Tannée d'observation, campée sur la Tchernaïa. Ils sont brillamment repoussés. Les Piémontais, devenus depuis peu les alliés de la France et de TAngleterre, se distinguent dans cette affaire. Le 8 septembre, enfin, la position de Malakoff tombe après un assaut meurtrier. Les Pusses évacuent la partie sud de la ville, se retirent

au delà de la rade, détruisant ceux des navires de leur flotte qu'ils n'avaient pas déjà coulés.

L'armée française avait prouvé pendant ces onze mois de lutte journalière qu'elle savait joindre la ténacité, la persévérance^ le sang-froid, à la bravoure impétueuse. Ses pertes avaient été immenses : plus de 70 000 hommes avaient succombé, dévorés par la maladie, ou tombés sous le feu de l'ennemi. L'abnégation, la patience, le courage inébranlable de notre armée au milieu des épreuves de ces longs mois^ lui avaient valu l'estime, l'admiration même de l'Europe.

En France, Topinion avait suivi, attentive, tous les incidents de la lutte. Elle n'y apportait ni ardeur, ni passion ; le coup d'État semblait avoir banni ces deux sentiments de l'âme française. C'était plutôt une sorte de curiosité sympathique, un vif intérêt pour les souffrances de nos soldats, une joie sincère de leurs succès.

Pendant ce temps, Napoléon III régnait et gouvernait, sans que l'ombre d'une opposition vint troubler sa sérénité. Au printemps de 1855, il lit, accompagné de l'impératrice Eugénie, une visite à la reine Victoria. Londres, et l'Angleterre en général, accordèrent un bon accueil au visiteur. Quelques mois plus tard, la reine Victoria vint à Paris rendre leur visite à l'Empereur et à l'Impératrice. C'était au moment de l'Exposition universelle qui eut lieu malgré la guerre.

Le vainqueur du 2 décembre visité par la reine Victo-

ria ! OtJ trouTer une plus éclatante preuve des résultats de la guerre pour l'affermissement du trône impérial?

CepesdaLl Xicoks. frappé dans son orgueil, humilié de son impuissance, brisé par la fatigue et le chagrin, arût soooombé à une courte maladie. Son fils Alexandre U arah refusé d'accepter les conditions d'arrangéncLi proposées par les diplomates dé Vienne, avant f îssoe de la lutte engagée derant Sébastopol. L'orgueil milluire ce la Russie ne lui eût pas permis de céder tant qoc le damier acte de ce drame n'ét^t pas accompli .

Ip^ès La chute de la pbce. la Russie parut mieux disposée à se courtier sous la nécessité.

Oz^r^ Il reï)cncUlion au protectorat des Grecs, les pa~:ssL3:e$ ci^^::t d'elle la neutralisation de la mer Xoinr. c'ést-à-cire l'Interiiction pour la Russie d'avoir des ports de zuerre et d'entretenir des flottes armées sur

L*JLiitricbe, qui voulait énergîquement le rétablisde la paix , sîgniâi ces conditions à Saintsous forme d'ultimatum. La Prusse conseilla aa ctar de se résigner. Alexandre II céda.

L'Angîeterre avait tu arec regret la guerre se termisans que ia puissance russe eût été sérieusement

entamée. Le peuple anglais et les principaux hommes d'État pensaient qu'une nouvelle campagne était indispensable pour mettre la Russie hors de page et la rendre désormais impuissante. Mais pour «ntreprendre efficacement cette campagne, il fallait poser la question polonaise, ouvrir ainsi la porte aux éventualités les plus graves, s'exposer au réveil de la Révolution. L'Angleterre, froissée du r61e secondaire joué par son armée dans les dernières périodes du siège de Sèbastopol, humiliée de l'inaction de sa flotte , n'aurait pas reculé devant ces redoutables perspuctives. L'empereur Napoléon III l'arrêta avec la même habileté qu'il l'avait entraînée deux ans auparavant. Pour lui, le but de la guerre était atteint. La paix ne lui était pas moins utile en I8&6 que la guerre lui avait été indispensable en ISbii. Si l'on se place donc à son point de vue, rien de plus judicieux quelarésolutiondel'Ëmpereurde traiter avec | la Russie.

Le Congrès se réunit à Paris le 21 février 1856 sous la présidence de M. Walewski, fils naturel, dit-on, de Napoléon I", devenu un des hauts personnages du second empire. Un armistice fut bientôt conclu. Les discussions du Congrès ne présentèrent qu'un seul incident qui nous doive occuper, en passant. M. de Cavour, plénipotentiaire du royaume de Sardaîjne, y souleva la « question Italienne. • Ainsi furent jetés les premiers prétexlos de cette autre guerre qui devait, trois ans plus tard, fournir li l'em-

pire UDenoDvelIe et poissante diversion ; lui donner les moyens de se poser un instant en soldat de la révolulioB européenne ; lui permettre enfin de détourner poor plusieurs années sor la question religieuse les ressentiments et les colères de la déoiocratie.

La paix fnt signée le 35 avril avec ane plume d'aigle, taillée par M. Feuillet de Conches, l'ordonnateur ordinaire des cérémoniesda nouvel empire. Elle mortifiait, humiliait la Russie sans l'aCTaiblir sensiblement.

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Quelques semaines avant la conclusion du traité de Paris, on événement heureux avait comblé les désirs de Napoléon lll. L'impératrice était accouchée d'un fils.

L'empire avait atteint son apogée. L'empereur, maître absolu au dedans, arbitre de l'Europe, chef d'une armée victorieuse, éprouvée , glorieuse , était au point culminant de la puissance. La France semblait avoir oublié le 2 décembre, ses libertés perdues, son parlement jeté dehors, conduit en prison dans des voitures à forçats j elle semblait avoir oublié les proscriptions, Cayenne, l'Afrique, l'exil. Sans doute, pendant les trois dernières années, maints symptômes avaientrévélé la persistance du parti républicain. Les tribunaur correctionnels n'avaient guère passé de trimestre sans frapper quelque société

secrète, plus ou moins sérieuse. La Conwmne rivctutionntm-e, laiftKrante.laJCflnanne, àParis,àLyon,àNantes,à | ADgers,àBordeaux;maisonpoDTaitpenserqtiecen'èta)tli j que les derniers tressaillements d'une factjon expirante, i En réalité les années écoulées, la guen-ed'Orient, la foret ] acquise par le pouvoir, le sentiment de son omnipotence, de l'inanité de tout effort pour le terrasser, avaient écarté à bon droit les inquiétudes, les anxiétés des débuts du régime. Tant de prospérité, un bonheur si extraordi- ' naire avaient paralysé les partis hostiles. On attribnui ] Tolonliersi l'Empereur autant d'habileté, de génie mâm^ qa'oD lu avait dénié jadis de simple inteUigence.

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Cependant une année de paix suffît pour faire renaîtra^ le besoin de la liberté. On put remarquer bientîit, dans li régions même du pouvoir, des indices de mécontente-J ment. Le Corps législatif, si bien choisi, si docile, à nàl^M souffrait secrètement de son humiliation *.

1. Lh penotiQes qui douleratent de la réalité de notre x qui en sciaicQl encore i pfiHKT qoe les dfcreti de norembra 1860 tôt I ■ d«Ttmcâ l'opinioa *, n'ont qu'à lire les curlsoses rÊTêliOoni de Jliw 1 discret docteur VËron, dipatô de U Seine, touctiuit les «UgUqooi ] lameDlationi aaïquelles se livraient, dans la saile àea Conffreneef, duu Im cercle* priTii, de modeates élus du «oShige disdpliné. U» j * iiouTeronI la preuve de co soard oiâcaateiitemenl. — Voir la brocbure: Quatre ani de rigne, où m lomma-noui f

Dans les masses démocratiques , l'esprit révolutionnaire avait subi une éclipse; mais ces masses ne s'étaient pas réconciliées.

Les élections législatives de 1857 en fournirent la preuve.

A Paris, ces élections causèrent une agitation réelle. Le parti républicain se divisa sur la question de l'abstention. Beaucoup pensaient avec raison , selon nous, qu'il fallait user de toutes les armes, se servir du tronçon si l'on ne pouvait disposer de l'arme intacte, aller au scrutin, habituer Jin pays qui, depuis six ans, obéissait en silence, à résister légalement aux volontés de ses maîtres. Abstention est, la plupart du temps, synonyme d'abdication. Rien de plus commode pour les tièdes, pour les timides qui craignent de se compromettre en luttant ouvertement. Rien de plus énervant pour les masses qui comprennent mal les raisons quasi métaphysiques d'une telle tactique. Les journaux démocratiques qui existaient à cette époque se prononcèrent pour l'action électorale. Le Siècle commença ; la Pre^;^, rédigée alors par M. Nefftzer, et Y Estafette suivirent.

Nous n'avons pas à nous appesantir sur les détails. Nous ne dirons pas comment deux hommes qui, plus tard, devaient trahir la cause républicaine, MM. Ollivier et Darimon, furent préférés à MM. Garnier-Pagès et Bastide. La signification du vote nous importe seule.

Paris, dans ses circonscriptions urbaines, nomma cinq

républicains sur huit députés à élire : MM Cavaignac» Gamot, Goudchaux, OUivier et Darimon. La manifestation de Lyon n'avait pas été moins signiflcative. M. Hénon avait été élu, et le deuxième candidat démocrate, M. Bacot, n'avait échoué que de quelques suffrages. Bordeaux avait élu M. Curé, considéré alors comme républicain. Un jsn^and nombre d'autres villes s'étaient associées à cette manifestation. Le général Gavaignac, dont le nom signifiait clairement république ', obtint un grand nombre de voix sur les points les plus opposés de la France. Il eut la mîyorité dans la ville d'Avignon, des milliers de voix dans la Marne, la Meurthe, le Lot, etc. Un autre républicain, M. Bordillon , n'échoua dans Maine-et- Loire que de quelques centaines de voix. MM. Emmanuel Arago et Pages (de TAriège) eurent la majorité à Toulouse. L'opposition réunit des minorités respectables dans l'Aube, la Gôte-d'Or, la Loire, l'Eure, la Dordogne, l'Hérault (majorité républicaine à Montpellier), l'Indre, la Gharente, l'Orne, etc.

Gette manifestation de Fesprit public , si modeste, si timide qu'elle eût été, impressionna vivement le pouvoir. Il y a lieu de penser que l'empereur songea dès lors à une nouvelle diversion guerrière et en mémo temps,

1. Ceci soit dit indépendamment du jugement que Ton peut porter Isur ses actes comme chef du pouvoir exécutif en 1848.

peut-être, à mie réforme intérieure dans le sens de Textension des prérogatives du Ck)rps législatif.

La pensée de la guerre d'Italie et celle du décret du 24 novembre 1860 pourraient bien dater du lendemain des élections de 1857.

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