LES PRÉCURSEURS
L'importance du rôle des adhérences péritonéales dans la guérison des plaies gastro-intestinales avait frappé depuis longtemps les chirurgiens. Nous avons vu comment ils avaient tenté d’en bénéficier dans certains cas, et il est donc difficile d’arriver à déterminer le mérite respectif de tous ceux qui contribuèrent à la conquête de la technique de la suture par adossement des séreuses.
Les chirurgiens anglais et américains ont eu, par des recherches expérimentales remarquables, un rôle de tout premier plan.
Parmi elles, nous devons citer les expériences de Thomson, de Smith, de Travers, corroborées en France par celles de Béclard, Jules Cloquet, Richerand, et en Italie par celles de Scarpa.
De ces expériences nous retiendrons les plus mémorables, celles de Travers et celle de Thomson.
Travers ayant étranglé très fortement l'intestin par un fil noué constata qu’au bout de quatre jours, les paroïs intestinales se sont ressoudées au-dessus du fil qui a passé à travers elle comme un fil métallique sciant un bloc de glace. Le fil est éliminé par les selles et l’intestin a repris son calibre normal. (Amussat proposera sans succès d’utiliser cette expérience chez l’homme pour rétablir la continuité après résection intestinale : on n'aurait qu’à introduire un bouchon ou un tube dans le bout supérieur et invaginer le tout dans l’inférieur. On étranglerait alors les deux parois sur ce tube par un fil serré.)
Thomson d'autre part, ayant pratiqué une suture par quatre points séparés sacrifie le chien dix jours après el remarque que deux des fils avaient été éliminés par les selles. Dans une autre expérience confirmative, il (trouve six semaines après deux fils encore adhérents à la surface interne de l'intestin : il avait ainsi démontré le processus par lequel l'organisme cherche à se débarrasser à l'extérieur de tous les corps étrangers. Ce processus est si général que l’on s'étonne de voir aujourd'hui certains auteurs qui incriminent les fils non résorbables dans la production des ulcères peptiques, n’employer soigneusement que le catgut dans leur sujet total, mais continuer à utiliser la soie pour le plan séreux.
Astley Cooper enfin oblitère les petites plaies intestinales par un simple fil serré autour des lèvres éversées muqueuse à muqueuse de la plaie intestinale. C’est donc sa suture que nous employons pour oblitérer la plaie du moignon appendiculaire. Relatant d’autre part les expériences de Travers, il conclut : « Les expériences ci-dessus prouvent que des points de suture peuvent être appliqués impunément sur le canal intestinal des animaux ; elles montrent avec quelle facilité comparativement à l’homme ils supportent une interruption temporaire dans le cours des matières fécales. » Nous irions plus loin : on est étonné en lisant le protocole de ces expériences faites sans les notions les plus élémentaires de chirurgie digestive qui nous sont familières, de la tolérance des chiens aux interventions abdominales les plus graves, résistance que confirment les physiologistes modernes. Et il est heureux qu'il en ait été ainsi, car ces succès expérimentaux ont autorisé et encouragé les essais chez l’homme et permis ainsi l’avènement et les progrès de la chirurgie digestive moderne. Mais cette notion doit nous mettre en garde aujourd’hui encore contre des concelusions trop hâtives de l’animal à l’homme.
Cependant dès 1811, Dupuytren utilisant comme il l'explique dans son Mémoire de 1824 « une des propriétés les plus remarquables des membranes séreuses [qui] est celle qu'ont les diverses parties de contracter des adhérences entre elles lorsqu'elles sont enflammées et lorsqu'elles sont en contact » tenta la cure des anus artificiels et la section progressive de l’éperon, d’abord par un fil, puis avec son entéroiome.