JOBERT
« Après avoir réfléchi... j'ai dû penser que les membranes séreuses mises en contact pourraient produire une réunion par première intention. » ?
Recherches sur l'opération de l'invaginafion des Intestins.
« Toutes les fois que l’on à voulu remédier à la lésion d’un intestiu divisé, dit Jobert, soit dans sa circonférence entière, soit dans une partie seulement, on a toujours eu pour but d'obtenir la guérison aux dépens des parties environnantes. »
La gloire de Jobert sera d’avoir tenté de réunir les plaies intestiovales par première intention et d’en avoir établi une technique rigoureuse. Son premier mémoire date de 1824 alors qu'il était encore interne des hôpitaux. Il traite de l’anastomose termino-terminale par invagination des intestins dont il décrit un procédé. [Il faut déterminer le bout supérieur de l’inférieur par l'administration d’un purgatif huileux. On résèque alors une partie du mésentère du bout supérieur afin de l’introduire plus aisément dans le bout inférieur. Celui-ci est « renversé dans lui-même... de manière que la séreuse soit interne... comme ua doigt de gant renversé ». D'un fil muni de deux aiguilles, on tra-
= verse le bout libre du bout supérieur qu'on attire ainsi dans le bout inférieur après avoir perforé par les deux aiguilles la paroi de celui-ci de dedans en dehors.
| 1) jo Le fil sert après avoir réintroduit nm l'intestin dans le ventre à le mainte-
nir près de la paroi. On l’enlèvera le Et Jobert apporte le résumé de deux expériences faites sur le chien avec succès.
5* ou 6° jour.
En 1826, il publiera son « Mémoire sur les plaies du canal intestinal » extrait de son « Traité théorique et pratique des maladies chirurgicales du canal intestinal » qui paraîtra en 1829, œuvre magistrale qui contient, outre son procédé princeps de suture des plaies, de nombreuses variations possibles de sa technique. « Cette méthode consiste
à renverser en dedans les bords de la plaie, à mettre les deux séreuses en contact, et à maintenir le tout réuni par le procédé de Ledran, qui est alors dépouillé de ses inconvénients. » Il faut avoir soin que les fils « soient assez rapprochés pour que les parties qui se trouvent dans les intervalles ne fassent pas hernie, et que les séreuses restent en contact immédiat. Ils sont ramenés et maintenus au dehors ».
Variante — « on pourrait à l’exemple de... M. J. Cloquet couper les fils au ras de l'intestin ; bientôt ils tombent dans le canal comme l’a remarqué Travers ».
Le 15 juillet 1826 enfin, Jobert a la joie de voir la valeur de sa technique consacrée dans une opération sur l’homme par J. Cloquet pour une « plaie accidentelle de l’intestin au cours d’une opération de hernie étranglée ». L'opération réussit remarquablement.
Dans son Traité, Jobert cite des modifications de son premier procédé d’invagination :
« M. Cloquet dans ses cours a modifié mon procédé de la manière suivante. Au lieu de renverser le bout inférieur dans lui-même et d’y introduire le bout supérieur, il a conseillé de traverser les parois à quelques lignes de la division, de faire sauter l’aiguille du côté opposé, de renverser aïnsi les deux bouts en les adossant contre eux-mêmes, et de les maintenir à l’aide de plusieurs points de suture en coupant les fils au ras de l'intestin. » Il nous semble que voilà décrit le procédé de Halstedt ou un Cushing à points séparés.
« Enfin je propose, dit encore Jobert, le procédé suivant que j'ai employé avec succès. Les bouts une fois distingués, j'ai traversé la paroi antérieure du bout supérieur avec un fil de soie muni de deux aiguilles. Ces deux aiguilles portées dans le bout inférieur ont traversé séparément la paroi antérieure de dedans en dehors et par de légère traction j'ai introduit les bouts l’un dans l’autre, mais à une ligne el demie ou deux lignes seulement, et sans les avoir préalablement renversés, les aiguilles ont été confiées à un aide. Alors en saisissant une troisième aiguille très fine munie d'un fil ciré extrêmement fin aussi, j'ai sillonné les membranes séreuses du bout supérieur puis, l’ayant fait sauter sur le bout inférieur, j’en ai aussi sillonné la séreuse. Les fils ont été serrés à l’aide d’un double nœud, de manière à renverser le bout inférieur dans lui-même et à mettre les séreuses en contact, en même temps que je serrais. À l’aide de trois points de suture pratiqués de la sorte, j’ai maintenu les deux bouts en rapport : les fils ont été ramenés et maintenus à l'extérieur. »
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En somme, affrontement, suture unissant les deux tranches, invagination de celles-ci solidarisées dans le bout inférieur, le tout maintenu par quelques points adossant les séreuses ; n'est-ce pas le principe même du procédé que décrira Maunsell en 1892 ? Maunsell n’y ajoutera qu'une suture totale des tranches affrontées pratiquée à travers une incision de la paroi antérieure à la façon de Casati.
Là ne s'arrête pas la série remarquable des découvertes de Jobert, nous Jui devons encore l'épiplooplastie dont il a décrit et figuré exactement la téthnique. « Si l’épiploon se présentait au devant de l’intestin ainsi lésé, il faudrait avoir recours au moyen suivant qui à réussi constamment dans les expériences que j'ai tentées. Il Consiste à saisir l’épiploon, à en interposer une lame mince entre les bords de la division sans la détacher du reste du feuillet, à rapprocher les lèvres de la plaie, et à les maintenir réunies par la suture de Ledran » (suture de Ledran avec la modification qu'il y avait apportée naturellement).
On ne peut, en lisant ses œuvres, qu'être émerveillé par le jaillissement d'idées fécondes dont Jobert enrichissait ainsi la chirurgie digestive. Il avait trouvé une loi fondamentale, l’adossement des séreuses, le resie lui paraissait secondaire. Il indiquait quelques modalités d’application de sa technique, mais ces modifications lui semblaient de bien peu d'intérêt : surjet, points séparés, retournement préalable ou secondaire, qu'importe pourvu que les séreuses soient en contact.
On a évidemment beau jeu pour lui reprocher d’avoir méconnu l’importance des points perforants. Il l’avoue : « Dans mes expériences, j'ai tantôt compris dans la ligature une portion des tuniques seulement, dans d’autres cas toutes les tuniques à la fois et j’ai toujours obtenu les mêmes résultats. » Et cela suffira pour que la gloire qui devait incontestablement lui revenir fût détournée au profit de Lembert.
LEMBERT
Comme son « Mémoire » nous paraît pâle auprès de la magistrale
étude de Jobert ! Il est plus clair, mais sa technique ne paraît pas meilleure.
« On prépare autant de fils ct d’aiguilles que l’étendue de la plaie nécessite de points de suture. Chaque point est isolé et séparé des auires par quatre à cinq lignes. On ne doit lier aucun fil avant qu'ils ne
soient tous passés. [ls le seront tous de la même manière. Le chirurgien ayant la main droite armée d’une aiguille simple dans laquelle on a engagé un fil de lin ou de matière animale, ce qui est préférable, porte l'index de la main gauche dans la cavité de l'intestin de manière à soulenir les bords saignants avec la pulpe de ce doigt, tandis que les autres doigts servent à le fixer. L’aiguille pénètre à deux lignes environ du bord saignant droit, dans la cavité de l'intestin, ou bien sa pointe glisse entre les luniques musculeuses el muqueuses suivant que l'intestin est plus où moins épais. Lorsque cette première ponction est faite, on dirige en haut et à gauche la pointe qui avait primitivement regardé en bas et à gauche, on la fait ressortir à une ligne environ du bord saignant... Ce premier point passé on dirige la même aiguille vers le bord opposé, on la fait pénétrer à une ligne de ce second bord saignant, et changeant sa direction comme ci-dessus, on la fait ressortir à deux lignes de distance, en sorte que le mème fil pénètre deux fois dans la paroi de l'intestin et deux fois en sort. Lorsqu'on vient à serrer le fil chacune des parois embrassées se rapproche forcément et s’accole par la membrane séreuse : les bords libres de la plaie se trouvent ainsi renversés et y forment une saillie plus ou moins prononcée. »
On voit que Lembert dans ce texte, le seul que nous possédions de lui, ne semble pas plus que Jobert attacher aux points perforants
l'importance qu'ils méritent.
Nous resterons néanmoins classiques et avons figuré afin de ne pas ajouter à la confusion déjà grande de ce sujet le procédé de Jobert et le procédé de Lembert selon les opinions communes.
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