LA SUTURE PAR AFFRONTEMENT BORD-A-BORD
Il est certain que les premières tentatives de sulures gastro-intestinales ont été des essais d’affrontement bord à bord, le rétrécissement du calibre intestinal étant la préoccupation dominante des opérateurs. C'est ainsi que s'explique l’usage de ces moules, tels que la canule de sureau de Roger, ou la trachée d’oie des Quatre Maîtres. La muqueuse, ayant malheureusement, ainsi que l’a remarqué Travers, une fâcheuse tendance à s’éverser et à s’interposer entre les lèvres de la plaie, ces tentatives étaient vouées à l’insuccès.
C'est aux découvertes de Bichat, sur la spécificité cellulaire et la cicatrisation des plaies, que la suture bord à bord doit, comme celle par adossement des séreuses, ses bases scientifiques. Mais les découvertes de Jobert devaient pour longtemps rejeter dans l’ombre les autres techniques possibles. Il est juste de remarquer aussi que le « bord à bord » est d’une exécution plus minulieuse, exige d'autre part des conditions d’asepsie plus parfaites, que les méthodes chirurgicales n’ont pu lui donner avant 1880.
En 1869, Wysler avait décrit cependant déjà une suture en un seul plan séro-musculaire, extra-muqueux, qui lui avait donné deux beaux succès. Il est vrai que son point prenant largement les tuniques inteslinales en adossait les faces séreuses sur une largeur de 5 à 6 millirnèires.
Aussi est-ce à Woelfler que revient l'honneur d’avoir le premier décrit, en 1881, la suture par affrontement bord à bord. Il réunissait à points séparés en deux plans (l’un musculo-séreux et l’auire muqueux) les tranches postérieures en travaillant à l’intérieur de la lumière intestinale. Puis, également à points séparés, il raccordait en deux plans les tranches antérieures.
Peu après, Woelfler ajoute d’ailleurs à sa sauture un troisième plan séro-séreux : ainsi modifiée cette suture est actuellement employée surtout en Allemagne et en Autriche. C’est celle dont use Finsterer.
Vella réalisa vers 1887 ainsi que le rapporte Poggi une sulure en un seul plan, mais dont les tranches affrontées étaient laillées en biseau aux dépens de la face interne. Cette préoccupation de la minceur des parois et de la nécessité d'augmenter les surfaces de contact est de méme à l’origine du procédé de Morisani et de Chaput (1889-1890) dit par abrasion : on dissèque et résèque un centimètre environ de la muqueuse des deux extrémités à anastomoser. On affronte les tranches muqueuses ainsi obtenues. Puis on suture les surfaces musculaires largement en contact. Kumimer en 1891 modifie ce procédé, réséquant aussi la muqueuse, mais repliant ensuite les tranches séro-musculaires de façon à unir les intestins par leurs faces périonéales.
Chaput d'autre part proposa une autre modification de son procédé après clivage muco-musculaire, au lieu d’exciser le manchon muqueux il J’adosse par sa face profonde.
En 1896, Jaboulay et Briau décrivent le procédé employé par Jaboulay dès 1891 pour les résections intestinales et les gastro-entérostomies. Les tranches à suturer sont affrontées par deux fils d'appui placés de part et d’autre du mésentère. On suture les deux lèvres postérieures par un double surjet exécuté avec le même fil, à l’aller séro-musculaire, au retour muco-muqueux. On suture ensuile avec un second fil les tranches antérieures : à l’aller surjet muco-muqueux, au retour séromusculaire. On noue alors les fils tenseurs. Expérimenté d’abord sur le chien, ce procédé réussit parfaitement et fut appliqué à l’homme. Taboulay ajoutait d’ailleurs parfois quelques points séro-séreux. M. A. Chalier, son élève, écrivait en 1924 que : « Tant par l’expérimentation que par son application à l'homme, Jaboulay n’a eu qu'à se louer des résultats obtenus. » |
En 1901, Littlewood ayant essayé divers procédés, préconise la suture bord à Bord, avec abrasion des muqueuses, el deux ans plus tard apporte une statistique de 14 colectomies avec 10 succès.
En 1902, Duret et Gouilloux et en 1907, Cavaillon et Perrin suivent Ja technique de Jaboulay.
Cependant toutes ces tentatives heureuses n’entraînaient pas la conviction de la majorité, et en 1906, Jeannel dans sa Chirurgie de l’Intestin écrivait : « C’est un fait absolument démontré que l'adhésion bord à bord des lèvres de la plaie intestinale... ne peut être que très exceptionnellement obtenue ; il ne faut pas y compter, elle est de pur hasard. Le succès n'est obtenu que parce que la suture se noie dans les adhérences périphériques, intestinales ou épiploïques, ou bien en-
core, HRQUE la suture est faite de telle sorie qu ‘elle ne produit pas È seulement l'affrontement bord à bord. La clinique et l'e expérimentaà tion s’unissent pour le prouver : lPaffrontement et l'adhésion des séreuses sont l'unique garantie de la solidité et de la rénnion des plaies intestinales. )
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Aussi, lorsqu'en 1921, M. Robineau exposa sa lechnique de suture bord à bord, ses principes, ses avantages el son exécution, il semble
qu il la crée à nouveau. Et c’est pourquoi nombreux sont aujourd'hui
les chirurgiens qui la désignent sous son nom.
En 1926, son élève M. Laffitte dans sa thèse publia la technique de
celte suture dans l’iléo-colectomie en un temps avec anastomose termino-terminale et apporta en illustration les observations de 28 malades ainsi opérés avec 26 guérisons.
Depuis, cette technique a été adoptée el préconisée par différents chirurgiens, M. A. Richard (1925) pour les cancers du colon transverse, M. Thalheimer (1927) après la « dégastro-entérostontisation », M. Guibe
et J. Quenu dans les sutures du gros intestin, M Desplas dans la gastro- |
entérostomie.