SUR LA MORT D'UN PETIT ENFANT
Binon
^^AuvRE petit, la mort, glace ta lèvre rose, Et ton amc s'cxlialc à travers un souris ; Qu'il est paisible et beau ! l'on dirait qu'il repose , Par le sommeil ses yeux semblent appesantis ; Leur regard n'ira plus ravir ta pauvre mère , Et près de ton berceau muette et solitaire Son profond désespoir envain cherche des pleurs ; Oh toi seul , tu pourrais appaiser ses douleurs !
Quitte les voûtes éternelles Bel anse , sur son front viens secouer tes ailes : Oh! reviens l'inonder d'un parfum de bonheur, Et sous tes longs baisers fais tressaillir son cœur !
Pour dissiper sa peine amère Enchante son oreille en murmurant : ma mère ! Mais toi que tel qu'un souffle on a vu s'exhaler ,
Des jours que tu devais couler , L'Éternel t'a fait grâce et ton ame joyeuse
Vers lui s'élance radieuse, Sans savoir que l'on souffre et qu'on pleure ici bas î
Oh ne le plaignez pas !
Un ange de ses jours a délié la trame , Avant que le chagrin ait effleuré son ame , Et des plis soucieux voilé ce front si pur! Quoi! des pleurs de ses yeux auraient terni l'azur?. Heureux , d'être échappé si jeune à nos misères , Il ne connailra pas nos souffrances amères , Nos fausses amitiés, nos chagrins, nos amours. Les soins , l'ambition qui dévorent nos jours : Car il est ici bas , des pleurs dans l'allégresse Et no5 accents de joie ont aussi leur tristesse.
Les regrets troublent, les plaisirs Et le bonheur a des soupirs.
Comme une fleur qui vient d'écloro, Ici bas, tu n'eus qu'une aurore Pure comme le plus beau jour; Bercé par les bras de lamour , Tu n'a connu sur cette terre Que les doux baisers d'une mère ; Et sitôt , moissonné sur le sein maternel , Radieux de bonheur, tu t'envoles au ciel.
PIETRO MICGA
PIETRO MICCA.
A f^fpe cosf il forlc animo accenilonô LTiiie de' foiii
U*.0 FoiCOLO.
^î AVEZ-vors entendu?... Tel qu'un coup de tonnerre Dont la chute sonore eut fait vibrer la terre
Tremblante sous nos pas ; Ou semblable en son cours à la lave brûlante Qui jaillit à longs flols , comme une mer ardente Vomissant partout le trépas.
L'avez-vous entendu ? Reculant d'épouvante,.
L'ennemi voit soudain sur la plaine fumante
S'entasser des débris ; Des morts et des blessés roulant sur la poussière , E les sons belliqueux de la trompeté altière
Etouffés par de sombres cris.
Sous des torrens de san» la terre dévastée Roule parmi les flots d'une onde ensanglantée
Des étendards rompus , Des crânes , des clairons , des torches enflammées , Des tambours , des mousquets , restes de tant d'armées
Et dans la fange confondus.
Un seul homme entassa ses immenses rumes : Sur ce grand souvenir, 6 Micca tu domines ^
Comme un vaste géant ; Et ton ombre planant sur ce débris sublime , A la postérité jette un nom magnanime ,
Que la gloire arrache au néant.
Prêt à mourir pour sa patrie , Armé de l'immortel flambeau; II pense à sa femme chérie Et s'arrête au bord du tombeau ; Mais à ses fils dans la misère Le héros sait qu'il laisse un père A son roi léguant ses enfans Vers la mort il se précipite , S'élance.... et la terre palpite Au bruit de ses pas triomplians.
Oh! dévoùment rare et sublime!
Il meurt pour sauver son pays Sims reculer devant l'abîme :
Sa mort la donne aux ennemis:
#> Oo '^
Par le même coup il succombe , En creusant une vaste tombe Où le vamqucur et le vaincus Mêlent leurs cendres palpitantes , El sur leurs dépouilles sanglantes S'écroulent les nmrs abattus.
Eveillez-vous ombres fameuses ,
A enez honorer ses vertus !
Place à ses mânes valeureuses
O grande ombre de Curtius !
La gloire qui vous environne ,
Sur vos fronts pose une couronne
Brillante d'immortalité ;
Ici, comme aux beaux jours de Rome ,
Le génie enfante un graud homme
Pour le prince et la liberté.
Victoire ! un peuple entier a répété : victoire ! iMicca , sur ton pays a rejailli ta gloire ;
Et l'étranger surpris Que naguère , tu vis , insulter à nos portes , S'enfuit en repliant ses tremblantes cohortes ,
Que poursuivent nos joyeux cris.
0 généreux soldat! que ta cendre sacrée D'amour et de respect soit toujours entourée !
Que nos jeunes guerriers Guident nos bataillons sur ta noble dépouille , Et que l'armée en deuil , pieuse s'agenouille
Etx y jettant des fleurs et des lauriers.
Juin i8ô7.