‹ Les SylphidesChapitre 7 sur 31 · A L ITALIE · texte numérisé non relu

A L ITALIE

Tes ii..iiiî fiireiil lissns de ginlic el il"iiif..i uine I.iiuanst.

^^TALiE ! à ton nom que la gloire environne,

A ce nom, qui jadis ébranlait l'univers,

Qu un noble souvenir de sa splendeur couronne,

Et semble illustrer tes revers ; A ce suave nom écho de poésie,

Moi, jeune chantre obscur, je sens couler mes pleurs Et je pose à tes pieds, ô ma chère 'patrie ,

Ma Ivre, mes chants et des fleurs.

Si tu ne règnes plus sur de vastes conquêles. Qui peut te disputer le sceptre des beaux -arts? Oui, de lauriers encor tes fds ornent leurs tètes,

Le génie est dans leurs regards.

Le Dante, de tes bords s'élançant sur le monde, Et d'un coup-d'œil immense embrassant l'Univers, Enfanla, nouveau dieu, par une voix féconde

Le ciel et les brûlants enfers !

jMiciiEL- Ange debout sur les débris de Rome

D'un passé qui s'éteint s'érige l'héritier,

Et montre à l'univers que la gloire d'un bomme

Illustre un âge tout entier :

Puis , jetant dans les cieux sa magique coupole , Sous son penser sublime étonne ra\cnir. Et, le front tout brillant d'une triple auréole,

Laisse un immortel souvenir.

Le profond Machiavel , sondant les plis de Vàme Contemple les humains d'un œil désenchante , Et couve en ses écrits que le génie enflamme

Le réve de la liberté.

Canov\, s'inspirant aux beaux jours de la Grèce, Frappe un grand art éteint d'un réveil triomphal ; Dominant le passé, glorieux, il s'y dresse

Comme sur un haut piédestal.

Du soleil Galilée ose arrêter la course ,

Et de mondes errants semant les vastes cieux ,

Des secrets éternels semble trouver la source,

I plonge un œil audacieux.

Sur les pas du soleil il élance la terre,

Lui trace un orbe immense à travers le chaos , Et d'une voix puissante , au dieu de la lumière

II prescrit enfin le repos.

Le Tasse , le front ceint d'une noble auréole , De ses pleurs inspirés baigne son luth divin ; La mort vient le frapper au pied du Capitole ,

Au premier souris du destin.

Fou sublime ! outragé par la haine et l'envie , Aux siècles à venir, en leur montrant tes fers , Lègue, pour accuser ton ingrate patrie,

Tes maux, ta gloire et tes concerts.

Et toi , Colomb , et toi dont le hgrdi génie Conquit un nouveau monde , et sut , aux vastes mers Arracher, le premier, cette noble partie

Qui manquait à notre L^nivers !

Oui, tu la devinais cette terre inconnue, D'un désir inquiet palpitait ton grand cœur ; El l'espoir révélait à ton ame éperdue

L'œuvre entière du créateur.

Oh ! qui poindra jamais les malheurs du génie ? L'ignorance et l'erreur s'ameutent sur ses pas ; Sa voix, écho du ciel, a réveille l'envie,

Son siècle ne le comprend pas ; Le mépris des humains irrite sa souffrance , Et ployant sous le poids de Timmortalité , Il a do riiomme a lui mesuré la distance

Et vit dans la postérité.

Colomb , tel fut ton sort ! en buJte à l'inforlune, Méconnu, fugitif, mendiant dans les cours. Tu fatiguais les rois d'une plainte importune,

Et tu gémissais sans secours î Pour prix de leurs bienfaits, il leur montrait un monde

Le voila! disait-il, allons le conquérir

Un esquif ! un esquif ! ! ... et sur la mer profonde

De sa proie il court se saisir ! . . . .

«C Eio

Il fut compris j>ar une l'cmmc , Secondant ses nobles efforts , Anx secours que sa voix reclame Elle prodigue ses trésors.

Colomb , après huit ans dattente , Enfin la fortune inconstante Semble sourire à tes travaux ; Que le destin te soit prospère , Et vole jusqu'à l'autre terre Sur les ailes de tes vaisseaux.

11 part : — Des vents amis gonflent ses blanches voiles; Et livrant son esquif aux moussons écumeux , Seul , sur les flots bruyants , sur la foi des étoiles Il lit son chemin dans les cieux.

Interrogeant les mers de son regard sublime. L'immensité toujours recule devant lui ; Faible atome, égare, suspendu, sur î'abime, A ses regards un point a lui ! . .

Oui , lui seul le voit dans l'espace , Il le fixe d'un œil vainqueur; Et bouillant d'une lieureuse audace Il sent redoubler son ardeur ; C'est que le génie est prophète , Et qu'ici bas rien ne l'arrête Dans l'œuvre que Dieu lui commit Attendez quelques jours encore , Er des mers vous verrez éclore Le sol que sa voix vous promit.

Va tracor sur les flols une route nouvelle , Vole ouvrir sur les mers des sentiers inconnus ; Colomb , voilà la terre où la gloire t'appelle

Que cherchent tes yeux éperdus !

Mais qu'ils sont longs les jours qu'on passe dans l'attente , Lorsqu'à l'œil fatigué ne s'offrent que des flots ; Quand toujours devant nous fuit la vague ccumantc ,

Qu'on n'entend que le bruit des eaux.

0 doux rêves de la patrie

Venez égayer ses loisirs ,

Et vers une terre chérie ,

0 vents ! rapportez ses soupirs ;

11 songe encor à sa chaumière

Aux baisers de sa bonne mère, Et se rappelle son aniour ; Mourante, peut-être, elle prie, Et demande aux pieds de Marie, Que son enfant soit de retour.

Noble GÈiNES , des mers superbe souveraine ! L'onde baise tes pieds de ses (lots amoureux ; Assise sur ses bords , comme une jeune reine

Tu lèves ton sceptre orgueilleux.

C'est dans tes murs sacrés qu'il reçut la lumière Cet homme dont un monde eût du porter le nom Et dont l'aspect a fait vibrer toute la terre ,

Comme au soleil vibrait 3Icmnon,

Mais ses vils compagnons conspirent en silence : Et lui, sur le tillac , muet, insoucieux, ^ Le front tout inondé de gloire et d'espérance,

Il semble interroger les deux.

Il a foi dans lui-même, et l'espoir qui l'enflamme, Agite son grand cœur et le fait tressaillir ; £t devançant sa gloire il réchauffe son âme

Au soleil de son avenir.

Mort , mort à l'imposteur, dit une bouche impie ! De l'esprit infernal le souffle empoisonné , Excite dans leurs cœurs la révolte et l'envie,

Et par les siens abandonné , Colomb prêt de périr, hélas , leur montre encore Le sol dont son génie a trouvé le chemin : Trois jours ! trois jours, dit-il ! quand sa voix vous implore,

Arrêtez le glaive inhumain !

l ; Hisloiiiiic

Que roule la vague plaintive Parmi ses bouillons ccunicux ?

Une fleur IVaichc et fugitive * De ses débris frappe leurs yeux , Son parfum , sa forme inconnue , O Colomb ! dans ton ame émue Excitaient un transport divin.

Salul , doux rayon d'espérance !

^lais déjà sur l'espace immense Brille un point noir dans le lointain

Gloire ! uloirc à Colomb ! ! terre ! terre ! il s'élance

Ce monde qu'il promit vingt ans ù lunivers

Le voilà ! ! quels bonneurs seront sa récompense V . . .

L'Espagne lui garde des fers ! ! . .

Mais ses maux ont voué son siècle à l'infamie , Venge de ses malheurs par la postérité , Au poteau de la honte il expose l'envie

Et vole à l'immortalité,

1 , llislorii|Mf.

Réveillez les beaux jours de la Grèce et de Rome,

Gëuois , Américains ! pour voiler ses malheurs

Et consoler son ombre, aux pieds de ce grand homme

Portez des lauriers et des fleurs.

Comme un phare élevé qui domine les ondes , Dans la nuit du passé brille son souvenir, Et de gloire entouré debout, sur les deux mondes

Il triomphe de l'avenir.

2'( Juin 1836.

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