I. — La Liberté
La liberté est un terme mensonger, qui n'a peut-être qu'un seul mérite : celui d'être inscrit en grosses lettres sur la façade des prisons.
Le peuple, la collectivité se laissent prendre à ce mot sonore, prometteur de jouissances morales, mais absolument faux. La masse oublie, prenant l'apparence pour la réalité, que pour être libre, il faut pouvoir ce que Fon veut, afin de ne pas trop ressembler à l'âne qui voudrait roucouler comme la fauvette.
Pour être logique, il faudrait qu'à l'acte de liberté sociale réponde la faculté ou la puissance d'agir, sans obstacles entravant l'action de l'individu conscient.
Ce régime harmonique est-il possible?
Les autoritaires basent leurs théories sur les unités collectives comprimées. Ils ne voient dans la masse qu'un instrument qui doit obéir, se plier à une règle uniforme, non des êtres libres, pensants et agissants.
Ils éprouvent le besoin de dominer les faibles et de s'incliner devant la volonté des forts, tandis que les libertaires protestent contre toutes les servitudes sociales, ne voulant pas limiter l'humanité à la patrie, la solidarité à la famille, Faltruisme à l'individu.
Ils respectent toutes les patries et tous les êtres humains quels qu'ils soient. Ils sont sociabilistes.
Le despotisme et toutes les formes de gouvernement,
même la forme démocratique, ont pour principe de borner la liberté individuelle, afin de museler la liberté collective.
L'homme n'est ni libre absolument ni responsable collectivement.
Il est sans action sur Tensemble des phénomènes organiques qui lui créent une individualité spéciale. Il n'est que le reflet fatal des atavismes et le produit combiné des moralités ambiantes.
L'individu évolue avec l'ensemble des choses et ne peut pas plus s'en écarter que la locomotive ne pourrait s'écarter du rail sur lequel elle roule. Elle subit l'action des milieux, et cela, sans pouvoir se soustraire aux conséquences logiques qui en découlent.
Lorsque les passions se déchaînent, l'intelligence n'est pas libre, et l'homme, dans la société actuelle, est constamment entraîné vers le mal par ses penchants, les nécessités matérielles, ses instincts, ses intérêts et ses goûts.
Il ne peut pas plus refouler ses passions qu'amoindrir ses besoins, qui sont basés sur des impulsions organiques et des expiations physiques: la soufîrance.
Le cerveau humain est douloureusement sillonné de lueurs étranges : abaissements moraux,espoir d'une jouissance, mortifications sociales, sourdes aspirations, crainte d'un châtiment personnel, etc., ce qui fait que les individus sont sacrifiés sans pitié aux exigences collectives.
La liberté actuelle, engendrée par la fausse éducation sociale que subit la masse, est attentatoire au respect de
l'individu et à sa conscience ; elle n'est poiût génératrice d'élévation morale ou de grandeur, mais seulement un prétexte politique dominé par un vulgaire mensonge social.