A L L A II
« Abandonnez-moi donc eulièrement vos âmes,
Et je raffermirai vos pas.
Comment ne m'aimeriez-vous pas, Moi qui vous ai donné les parfums et les femmes? »
YII
(( Parle, dit le Seigneur, aux Juifs comme aux chrétiens. Plusieurs d'entre eux, devant la Parole évidente. Ont trouvé dans leur cœur une source abondante De pleurs qui m'ont touché presque autant que les tiens.
'< Suis-je heureux de sévir contre ma créature? Est-ce pour l'écraser que j'ai fait l'homme? Non : J'exige seulement qu'il bénisse mon nom, Se fie à ma promesse et garde sa droiture.
« Mais presque tous ces Juifs m'exaspèrent. Les cieux Sont-ils leur patrimoine et leur terre promise? Dieu leur appartient-il? Le peuple de Moïse N'est qu'un âne chargé de livres précieux.
« J'aimerais mieux laisser mes demeures désortes Que de les interdire à tant d'êtres humains. Les bénédictions pleuvent de mes deux mains, Qui toujours et pour tous sont largement ouvertes.
« Abraham, dont je fus le guide et le soutien, Vécut pour la justice avant les Écritures ; Faut-il vous répéter, stupides créatures, Que cet homme n'était pas plus juif que chrétien?
« Vous vous glorifiez de tout ce que nous fîmes
Pour vendre la Parole entre les nations,
Vous tous qui, dévorés d'abjectes passions,
Ne songez qu'aux profits, fussent-ils même infimes.
« Mais vous avez traité Moïse de menteur; Et, si je n'avais su tromper votre malice, Vous eussiez fait périr par un honteux supplice Mon prophète Jésus comme un blasphémateur.
« Ah ! qu'a-t-il donc, ce peuple, à ne jamais comprendre? Pourquoi ne porte-t-il qu'un misérable fruit ? Et ne songe-t-il pas, lui qu'on a trop instruit, Au compte rigoureux qu'un jour il doit me
« Dis-leur, ù Mohammed, que le Maître irrité Bientôt effacera les traits de leur visage. S'ils raillent mon apôtre et ne font point usage De ce livre où j'ai mis pour tous la vérité.
« Le roi David, à qui je fis présent des psaumes, Lui qui cliantait ma gloire au peuple des oiseaux, Ne m'empêchera pas de leur broyer les os, Bien qu'ils soient dispersés à travers mes royaumes.
<( Le pieux Salomon qui commandait au vent
Et pour qui travaillaient d'industrieux génies,
S'ils retournent sans cesse à leurs ignominies.
Ne les défendra plus auprès du Dieu vivant. ^
« Dis-leur, pour les punir de leur morgue insultante. Qu'ils ne possèdent pas encor le Paradis, Et que si, dans ton cœur loyal, tu les maudis, û
L'opprobre s'étendra sur eux comme une tente! »
« Prophète, parle aux chrétiens.
0 toi qui nous appartiens, Tu peux faire avec eux un pacte d'alliance. Mais qu'ils n'inventent plus des histoires sur nous
Qu'ils reçoivent à genoux
La véritable science.
<( iXous savons que Marie était pure : et pourtant Les Juifs l'ont accueillie avec des mots infâmes. Elle qui fut élue entre toutes les femmes Pour nous manifester par un signe éclatant.
« Nous lui fîmes baisser pudiquement ses voiles, Car sa beauté brillait à l'égal des étoiles. Nous guidâmes ses pas légers vers l'Orient Par une nuit silencieuse ; La vierge émue et soucieuse Cheminait dans l'ombre en priant.
« Et notre Esprit s'approcha d'elle Comme un homme vêtu de gloire et de clarté. « Ne tremble pas, dit-il, pour ta virginité,
« Toi dont l'âme est chaste et fidèle. « Le verbe du Seigneur va pénétrer en toi,
« Mais lu ne seras point souillée.
<( 0 vierge, prie agenouillée; « Espère un fils avec une immuable foi I «
« 11 disparut. Marie, abritant sa jeunesse Contre l'ardent regard des hommes, par nos soins Fut nourrie au désert et souffrit sans témoins, Pour qu'enfin s'accomplît notre sainte promesse.
« Ce fut sous un palmier flétri par le soleil Que la surprit un jour l'angoisse maternelle. Le fruit sacré que nous avions fait croître en elle Dormit là son premier sommeil.
« Le sable était torride, et la vierge épuisée Implorait d'une voix timide notre appui. « Seigneur, si tu ne veux que je meure aujourd'hui, « Fais pleuvoir sur moi ta rosée 1 »
ALLAH o3
« Saisis l'arbre slérile, et tu le secoueras,
« Marie, avec tes faibles bras ; M II laissera tomber des grappes savoureuses. « Tu vas goûter enfin des heures plus heureuses. « Regarde : un frais ruisseau coule à tes pieds. Bénis
(f Notre inépuisable tendresse...
« Après une longue détresse, « Vierge, réjouis-toi, car tes maux sont finis. »
« Dans les eaux limpides et calmes La mère de Jésus rafraîchit ses beaux yeux ; Le dattier lui donna des fruits délicieux
Et sur elle étendit ses palmes...
« Certes, nous savons tout cela, Et que Jésus, avant de prêcher l'Évangile, Ayant un jour soufflé sur un oiseau d'argile, L'oiseau vécut et s'envola.
« Notre envoyé marchait sur les pas des prophètes. Il nous glorifia, fit des règles parfaites, Guérit l'aveugle et le lépreux.
o4 LES SYMBOLES
Sa face rayonnait d'une vive lumière.
11 vécut saintement, pieux envers sa mère, Aimant les siens, béni par eux.
« Il fit abondamment Taumûne.
La paix sur lui ! c'était un de nos familiers. Mais, ô chrétiens nourris d'erreurs, vous oubliez Que l'apôtre de Dieu, comme tous ces milliers D'Esprits que nous avons sans fin multipliés, Priait devant notre saint trône.
« Peuple, adorez Dieu seul, disait-il. Sachez bien « Que votre Seigneur est le mien.
« Il peut m'anéantir, lui qui m'a donné l'être.
« Dieu sait toute mon âme, et que sais-je de Dieu?
« Je sais qu'il est unique, et j'en fais l'humble aveu : « Votre Maître est aussi mon Maître. »
« Ah ! les moines et les docteurs
Sont d'abominables menteurs...
Que le verbe de Dieu, Jésus, notre messie, Et sa mère au cœur pur que nous avons choisie
Ne nous soient jamais préférés!
Sachez bien qui vous adorez.
« rs'ous sommes un Dieu solitaire.
Qui créa le ciel et la terre?
Nous seul, par notre volonté.
Seul, nous fîmes crever brusquement le déluge. Le seul péril, c'est nous; c'est nous, le seul refuge. Ne vous figurez pas que le souverain Juge
N'est (|u'un tiers de la Trinité 1
« Le tonnerre s'éveille et roule Quand vous dites : « Jésus est le fils du Très-Haut. »
A ces paroles, peu s'en faut Que le ciel sur vos fronts coupables ne s'écroule.
« Le Seigneur peut-il engendrer?
Aurions-nous par hasard fait des anges femelles ?
Ont-ils du lait plein les mamelles Pour y suspendre un fils et l'y désaltérer?
« Écoute et sois témoin, large étoile qui brilles
Après le coucher du soleil !
D'autres, ayant tenu conseil, Décident gravement que nous avons des filles.
Eux qui se plaignent d'en avoir. . , Entends-tu leurs discours, pure étoile du soir?
« Ce sont de terribles paroles.
Mieux vaut encenser les idoles Que de rire de nous dans vos propos hardis. Nous sommes sûr de la victoire.
Ainsi, laissez là celle histoire m
Mensongère et blasphématoire.
Il n'est point d'autre Dieu que Dieu : je vous le dis. »
Voire Seigneur vous parle à présent par ma bouche, 0 croyants dont le cœur pieux s'épanouit Lorsque vous écoutez, au sortir de la nuit, Cette parole qui vous touche.
Jésus continuait Moïse et m'annonçait.
Or, j"ai reçu de Dieu beaucoup de patience, Et me voici pour vous enseigner la science De la part de Celui qui sait.
Que votre piété, mon peuple, croisse encore! On exige de vous quelque chose de mieux Que de vous prosterner et de tourner vos yeux Vers le couchant ou vers l'aurore.
Pieux est celui là dont les pièces d'argent, Acquises par un dur labeur et sans reproches, Témoignent devant Dieu qu'il est bon pour ses proches Et partage avec l'indigent.
Priez, car la prière efface toute faute ; Mais, pour être bénis, rachetez les captifs 1 Veillez sur l'orphelin en pères attentifs ; Que le voyageur soit votre hôte.
Maîtrisez votre sang. Ne levez pas la main Parce qu'on vous a dit quelques mots téméraires. Malheur au meurtrier ! Dans un seul de ses frères Il frappe tout le genre humain.
Soyez justes ; suivez l'exemple des apôtres. Fuyez l'homme pour qui le serment n'est qu'un jeu. Lorsque vous unissez vos mains, la main de Dieu Plane invisible sur les vôtres.
Sachez qu'un fils ingrat est toujours châtié. Faites à vos parents une heureuse vieillesse ; Dites: « Prends pitié d'eux, Seigneur; dans ma faiblesse Us m'ont pris moi-même en pitié. »
Vos mères savent tout de la souffrance humaine , Pensez à leur angoisse, à leurs flancs déchirés ! Ce n'est qu'après deux ans que vous fûtes sevrés; Elles ont eu peine sur peine.
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Ah! respectez-les donc, de peur d'être maudits! Qu elles n'entendent pas une parole amère. Ne les quittez jamais; c'est aux pieds de sa mère Qu'un fils gagne le Paradis.
Vos femmes sont le champ que le Seigneur vous donne ; Ainsi, lorsqu'il vous plaît, fécondez votre champ. Mais n'allez pas blesser par quelque mot tranchant Des âmes qu'on vous abandonne.
De peur que votre bien ne soit trop convoité, Vos femmes baisseront leurs voiles jusqu'à terre. Soyez fidèles: Dieu châtiera l'adultère.
Comme il aime la chasteté I
Souvenez-vous, à moins qu'elles ne soient rétives. Que le Seigneur a mis la tendresse entre vous. Elles oublieront, grâce aux baisers de l'époux, Qu'elles sont presque des captives.
0 croyants, gardez bien le calme intérieur! Soyez décents : un ange est là pour tout inscrire. Ne raillez point. Celui dont vous venez de rire Vaut souvent mieux que le rieur.
Vous êtes puissant? For entre vos mains aftlue? Une source murmure en votre frais jardin? Soit. Mais ne tordez pas la bouche avec dédain Lorsque le pauvre vous salue.
Pourquoi tant d'âpreté? Contentez-vous de peu. La terre est au Seigneur, et lui seul en dispose. Ne dites pas ; w Demain je ferai telle chose, » Sans ajouter : « S'il plaît à Dieu. »
aites résolument tout ce qu'il vous conseille. Quand même il vous dirait de marcher à la mort. Ne vous semble-t-il pas qu'aux heures de remord Votre âme vous parle à l'oreille?
Le juste, au dernier jour, verra Dieu sans terreur. Allez, vous serez tous reçus avec clémence! Mais il faut ressembler à la bonne semence Qui réjouit le laboureur.
0 peuple arabe, prends tes flèches et ta lance!
Sois le peuple par excellence; R amène vers le bien tous les autres ; fais vœu
D'extirper le crime et le vice.
Quand Dieu t'appelle à son service, Ne combattras-tu pas dans le sentier de Dieu?
Les peuples sont à lui. Seul; il fixe leur terme, Que nul ne peut hâter ni reculer d'un jour.
Tu disparaîtras à ton tour.
Si tu n'es pas loyal et ferme.
Que toute l'Arabie appartienne aux croyants ! Et, lorsque notre sol sera pur d'infidèles, Les nations verront resplendir autour d'elles Nos cimeterres flamboyants.
L'Immuable par qui nous sommes Fit descendre d'en haut le fer pour les combats. Il cause un mal terrible et je ne l'aime pas ; Mais il est nécessaire aux hommes.
Que Dieu nous livre enfin la Mère des cités ! 0 vous tous, croyez-en l'héritier des prophètes; Écrasons sous nos pieds les venimeuses bêtes Qui souillent la demeure où Dieu régla ses fêtes Et se plut aux solennités.
Les ancêtres de notre race, Abraham et son fîls^ le pieux Ismaël, Virent un jour paraître un messager du ciel
Qui leur fît connaître la place
Où le temple serait construit.
« Que la maison de Dieu ne s'ouvre qu'aux fidèles! « Dit-il. Et, déployant trois larges couples d'ailes,
L'ange prit son vol avec bruit.
Donc, plus un idolâtre et plus une statue Dans le temple du Dieu vivant !
Chevauchez sans peur en avant :
Quand vous frappez, c'est Dieu qui tue.