AL' M ARI AT. K
que j'aime, où donc es-tu? disait le beau Richard... Mais, à l’aspect de la veuve, il s’arrête, il hésite, et... — Ma sœur, quelle est celte dame? Il disait cela d’un ton plus bas, et déjà fort inquiet, sans trop savoir pourquoi donc il était si malheureux?
— Cette dame, Richard, répondit un des jeunes garçons, c’est ta femme , oui ! c’est la dame elle-même, que le curé nous a donnée à ton compte, et pour toi.
— Et une belle dame encore! Je puis bien jurer qu’il n’y en a pas de plus belle dans tout le pays, ajouta la mère de Richard.
— Mais, monsieur, je ne suis pas votre femme, à Dieu ne plaise! s’écria la veuve en éclatant , les poings fermés; je ne suis pas votre femme, et je le jure, haut la main! Qu’on me ramène à l’instant chez mon mari. Je le veux! Je ne resterai pas dans celte misérable cabane un instant de plus.
— Vous dites très-vrai, madame, répliqua Richard; vous n’ètes point ma chère Armande, et (j’en rends grâces au ciel ) j’ai épousé une bien plus jolie et plus jeune femme que vous, madame; Armande, Armande Paccard ! J’entrevois d’ici quelque fatal quiproquo que je dois éclaircir; mais j’en suis fâché pour vous, madame, il faut que vous restiez chez moi eu otage, et que je retrouve Armande, ma femme. Ainsi , pas de cris , pas de larmes, vous êtes mon gage , et vous ne sortirez pas de cette cabane, avant que ma belle Armande me soit rendue. Il pleurait, il se lamentait, il se frappait au visage! O misère! ô désespoir.
— Dieu du ciel! s’écria la mère de Richard, illuminée d’une idée subite; il y a gros à parier, mon pauvre enfant.
LA SYMPHONIE
que voilà un tour du mauvais œil du pauvre Balthazar, qui t’aura donné la mauvaise dame !
— En ce cas- là, ma mère, il faudra bien que le seigneur Balthazar retrouve et me rende ina véritable épouse. Et quel droit aurait-il de m’escroquer, au profit d’un autre, ma gentille Armande? Et pourquoi m’affubler de cette dédaigneuse dame, qui est assez âgée pour être ma mère? Mais j’irai trouver dom Balthazar ; j’irai le trouver, sur-le-champ, pour qu’il me rende Armande Paccard. Si je ne le fais pas, je consens bien à ne plus monter à cheval, de tout le reste de mes jours! En attendant, ma mère, il faut veiller sur cette dame; et la bien tenir, jusqu’à mon retour.
Disant ces mots, il franchit la porte, en dépit de la pluie et du vent qui battaient la muraille. En vain sa mère inquiète appelait : Richard ! Richard ! 11 lança son cheval à toute volée, et courut, à travers l’orage, en dépit de la tempête et de l'ouragan, à la cure, où le bon pasteur, au coin d’uu bon feu, se reposait des fatigues de la matinée. — « Ecoutezmoi, mon père, écoutez-moi , et, s’il se peut, tirez-moi de l’abtme où vous m’avez plongé. » Voilà par quelles paroles désolées commença cette longue conférence avec dom Balthazar Polo. Le bon homme essaya d'abord de convaincre sa victime qu’une pareille erreur était impossible. Est-ce donc qu’il ne savait plus marier ses ouailles? Est -ce qu’il était aveugle à ce point-là? Par saint Balthazar, son patron, et par saint Oculi , son protecteur dans le ciel, lui, Balthazar Polo, il était sur d’avoir remis à chacune de ces dames l’anneau de son époux; il était sûr et certain d’avoir trèspertinemment remis chacuue de ces dames, elles-mêmes,
aux mains de leur époux. Véritablement, il parlait bien, mais tout ce que put dire le digne curé ne servit qu’à augmenter la fureur de Richard.
— Il y aurait de quoi damner un saint, s'écriait le jeune homme, et pensez- vous que tout le monde soit aveugle, et moi- même suis-je assez sot pour ne pas distinguer une femme de quarante ans, d’une fillette de dix -huit?
Ainsi il parlait furieux, triste, et si touchant dans sa douleur! A la fin, dom Balthazar demanda au jeune homme, s’il savait le nom de l’homme qui devait épouser la dame Agée? Il était probable, en effet, que chez cet homme la jeune fiancée avait été conduite. Richard, frappé de cette idée, eut peine à trouver une réponse. Hélas! il n'avait pas même songé à s’informer du nom de la femme qu’on lui avait amenée. Il fallait donc courir, au grand galop, à de nouvelles informations auprès de la veuve, et il partit, sur-lechamp , pour retourner en son logis.
Cependant il ne voulut pas quitter le village d’Adayes sans aller à la demeure de sa chère Armande, et sans demander ce qu’elle était devenue? Il n’espérait guère, et
pourtant il espérait vain espoir! La cabane était vide.
Armande? On ne l’avait pas revue! On la croyait chez son époux, et l’on n’en savait aucune autre nouvelle, depuis qu’elle avait quitté la maison, en beaux habits de noce. Il courut même à l’église, appelant: Armande! Armande! Il ne trouva que le sacristain, dans l’église attristée, et ces affreux martyrs à longue barbe, aux yeux tors, qui regardaient ses angoisses avec la plus stupide, et la plus égoïste indifférence. La Vir y en de los dolores. tout entière à ses violentes
tu
LA SYMPHONIE
douleurs, n'avait aucune pitié pour les chagrins amoureux de l'humble Richard. Le saint Dominique était tout occupé de savoir ce qu’il ferait rôtir sur son gril méprisé? Saint Pierre -ès- Liens se débattait contre ses chaînes moisies. A l’aspect de ces béats, qui ne songeaient qu’à leurs propres douleurs, le jeune Richard fut tenté de leur faire sentir sa colère; mais il eut peur de faire attendre Armande. Il remonta, furieux, sur son cheval, et il arriva chez lui, trempé par la pluie, au milieu d’une épaisse vapeur, produite par la température de ces contrées.
La fureur de l’orage, qui aurait perdu les habits de noce de madame de Labédoyère, si elle avait tenté de se hasarder au dehors de la maison , lui avait fait supporter avec assez de patience, et même avec une curiosité qui n’était pas sans quelque plaisir, sa courte détention dans la maison de sun mari.' A son retour, Richard trouva la veuve, assise dans un fauteuil , l'air soucieux, plutôt qu'ennuyé. Ses sœurs se livraient à leurs occupations habituelles, quoique plus silencieuses et plus réservées qu’à l’ordinaire. Le ton impérieux de la dame inconnue, et l’éclat de son costume gênaient quelque peu leurs mouvements. Quant aux réflexions intimes de madame Labédoyère, elles u’ étaient pas toutes, il faut bien le dire, au désavantage de Richard. Si Richard retrouvait Armande, eh bien! M. Dulac n’était pas perdu; sinon, ce baron Du Lac, perdu pour madame Labédoyère, pouvait être facilement réparé par ce jeune homme de si bonne mine et de si riche encolure, jeune, emporté, colère, et beau garçon, montant à cheval par l’orage, amoureux à outrance, insolent, vaniteux, superbe, et vingt -cinq ans, quelle fortuue
DigitKed by-GTfôgle
Al MARI Ali K.
lîï
splendide, à côté des richesses et des catarrhes de M. Dnluc! Enfin, si le beau Richard était pauvre, la veuve avait assez de bien, pour elle et pour lui. Pour tout dire, elle commençait à trouver sa situation fort supportable, lorsque Richard entra dans la maison.
Richard, tout essoufflé, tout mouillé, tout haletant... mais enfin très -poliment, demandait à la dame (il était temps) son nom, et le nom de l’homme qu’elle devait épouser, avant de se marier avec lui, Richard? Où le trouver, madame î Aidez -moi, nous le trouverons, et je vous demanderai pardon, de tous les ennuis que je vous ai causés! Ainsi il parlait, déjà moins triste, et lançant le feu de ses deux grands yeux dans ce cœur incendié. Certes , le moment était solennel, la question était difficile, et quand la veuve eut répondu sans colère qu'elle devait épouser ft<. Dulac, un de ses voisins, qui possédait une grande habitation à quatre lieues d’ici, le jeune Richard et sa famille, en grand conseil, cherchèrent un remède à tant de malheurs.
Ils étaient donc très-sérieux, pendant que la veuve, enjouée, ou peu s’en faut , présidait à cette importante délibération. A la fin donc il fut arrêté, d’une commune voix, que Richard irait, avec son père, à l'habitation de M. Dulac, pour redemander sa jeune épouse. — Et si sa femme lui était rendue, aussitôt maître Richard promettait de rendre à madame Labédoyère, son mari et sa liberté. Cela dit, le père et le fils se mirent en route, comme deux paladins d’autrefois. Le père était un cavalier peu habile, qui, de toutes les allures du cheval, ne connaissait que le pas, ou
Ub
LA S DIPHONIE
tout au plus le petit trot. Aussi, Richard, impatient d’arriver, gourmaudait le bonhomme: — Allons, mou père, allons plus vite; il nous faut traverser toute la campagne avant d'arriver à la maison de M. Dulac; même nous serons très -habiles, si nous arrivons avant la nuit close. Allons, mon père ! El le bonhomme ( il était homme de sens et de bon conseil) :
— Qu’importe, disait-il , il sera toujours assez temps d’arriver, pourvu que nous arrivions avant la nuit ! Vous savez bien que voici bientôt dix ans, que je n’ai monté à cheval , et vous ne voudriez pas, mon fils, que votre vieux père se fit le jockey de votre passion, pour se casser le cou , dans sa vieillesse. Soyez donc plus patient pour moi, mon fils Richard. Lt’ailleurs, qui vous presse, et pourquoi taut se hâter? A défaut de mademoiselle Paccard, n’avons -nous pas de bonnes arrhes,- de belles négresses, une belle veuvte, un bon revenu? Holà! holà! Si tu m'en crois, nous n’irons pas si vite, ami Richard !
Ainsi maugréant, Richard, aux pieds légers, et sou bonhomme de père, à la tète lourde, atteignirent la maison de M. Dulac, justement comme on était entre chien et loup, ou , si vous voulez un brin de poésie, à l’heure iuclémente du crépuscule : il ne fait plus jour, il ne fait .pas encore nuit. Cependant la pluie avait cessé; le mois de mars était redevenu le printemps; dans le ciel rasséréné, les nuages vaporeux et diaphanes se coloraient d’une teinte rose, et déjà promettaient un beau jour. Le souffle était doux, le calme était profond, la maison silencieuse, et mons Richard frappait à la porte : « Ouvrez ! ouvrez , monsieur Dulac
ouvrez-nous. C’est moi, Richard Alvurès, je vieus reprendre ici ma fiancée... Ouvrez- nous, monsieur Dulac ! »
Il frappa, plus d’un grand quart d’heure. A la fin parut, au guichet de la porte fermée, un vieux nègre, et ce nègre était tout souriant : — « Bonjour, monsieur, disait -il , bonjour; mais mon maître est avec sa jeune femme; ils viennent de s’enfermer il n'y a qu’un instant, et ce n’est pas moi qui les veux troubler. Bonjour, monsieur. » Et le guichet se referma.
Toc! toc! toc! Richard furieux se mit à frapper, de plus belle ; il frappait à renverser la maison. Le guichet s’ouvrit de nouveau . et le même esclave, avec son même sourire horripilant, apparut au guichet :
— Ami, disait Richard, comment est faite la femme de ton maître. Oui, dis-nous un peu comment elle est?
— Ma foi, monsieur, c’est très-joli, très-mignon, trèsléger, très- pimpant. D’abord la dame a pleuré, on l’entendait qui disait : Richard! Richard! Richard! Puis elle s’est apaisée. Enfin elle s’est consolée. Et les voilà là-haut, les deux tourtereaux, dans leur nid. Bonjour, monsieur! bonjour, monsieur !
Pour la seconde fois le guichet se referma sur cet infortuné jeune homme. Il se lamentait; il invoquait la terre et le ciel ! Il passait de la prière au blasphème, et du blasphème à la fureur; ce qu’il éprouvait, en ce moment, sous les fenêtres de ce toit conjugal , ne saurait se décrire. Le sang français et le sang espagnol, affluant dans ce cœur ulcéré, se livrèrent un combat féroce. A la fin , l’orgueil français l’emporta. — « Partons, mon père, dit Richard; partons, mon père,
LA SVJII’IIONIK
je comprends tout, à présent. L’ingrate et la perfide ! Elle s’est cruellement jouée de moi: parlons, mon père! Ah! partons ! parlons ! »
Le vieillard, très-sage et très-habile (il avait déjà son plan) , retint sou fils, et rappelant le nègre : « Il faut absolument que je parle à ton maître, et sur-le-champ!
— Cela est impossible, monsieur! La nuit coinmeuce à peine, et mon maître a défendu que, sous aucun prétexte, on entrât dans sa chambre, avant le très-grand jour.
— Je te dis qu’il faut absolument que je parle à ton maître, esclave de Satan ! cria d’une voix terrible le vieux Louisianien : Va lui dire, à l’instant, que je le veux ! »
Le noir, qui ne riait plus, s’en fut enfin prévenir M. Dulae; niais l’instant d’après, il revint, toujours souriant , et porteur d’un honnête message de son maître. Ainsi, M. le baron l)u Lac prévenait M. Richard et sou père que lui, Dulae, c’était la nuit de ses noces*, qu’il s’était retiré pour reposer à côté de sa nouvelle épouse; eu conséquence il priait ces messieurs de ne pas le troubler dans son bonheur; mais demain, sur les onze heures, à midi , tout au plus, le baron sera très-heureux de recevoir ces deux messieurs, et d’obéir aux ordres qu’ils voudront bien lui donner.
Le vieux berger, qui n’était pas patient tous les jours, suivait cette aimable réponse du regard et du geste ; il semblait se grandir d’un demi -pied, à chaque mot que disait l’esclave, et développant peu à peu ses vastes épaules, ses grands bras, ses larges mains et la fureur qui gonflait sa poitrine : — Va dire, cria-t-il au nègre, au baron Du Lac que si je ne le vois pas tout de suite ici , je renverse son toit
d'uu coup d’épaule, et que je l’ensevelis, lui, sa fournie et ses enfauls, sous les débris de sa maison.
En ce moment enfin une fenêtre, au premier étage de la maison silencieuse, fut ouverte avec précaution. Une tète couverte d’un bonnet de laine, retenu par un ruban d’un demi -pied, se lit entrevoir à cette feuêlre, et M. Dulac demanda, d'une voix aigre et cassée, à qui eu voulaient ces Messieurs, qui donc faisait tout ce tapage, et de quel droit on le venait réveiller, malgré ses ordres formels, à celte heure de la nuit?
Le père alors répondit, pour sou fils; il exposa, eu peu de mots, l’objet de leur visite; il parla du changement cruel dont son lils était la victime ; il finit par réclamer, à haute voix, la jeune femme de Richard, offrant de rendre, eu retour, les diamants, les habits et la personne de la fiancée de M. Dulac.
Ces paroles, très-nettes et très-claires, furent suivies d'un grand silence. En vain Richard prêtait l’oreille, prêt à s’élancer dans ce sombre appartement , au moindre cri , au moindre soupir... Mais pas un soupir ne se fit entendre. Evidemment personne, eu ce lieu nuptial , n'avait à crier : à l’aide! au secours! et toute chose était parfaitement régulière en celte maison nuptiale. M. Dulac rompit le premier ce silence profond, et d’un air triomphant :
— Messieurs, leur dit-il, vous le voyez, il n’y a pas d’erreur. Je suis très -satisfait et très -glorieux du mariage que j’ai fait ce matin. J'espère que la jeune dame, mon épouse, qui est près de moi, qui nous écoute, est heureuse aulaut que je suis heureux. Eufiii cette jeune femme est a
LA SYMPHONIE
moi, selon toutes les lois de l’Église. Elle est mienne; elle porte, à son doigt, un anneau d’épouse légitime, à mon nom, l’anneau même que lui a donné le prêtre, à l’autel. Quant à la veuve Labédoyère, je n’ai rien à y voir; faitesen ce qu’il vous plaira; c’est une très- respectable dame, et qui convient, parfaitement, à un jeune homme ambitieux. Croyez- moi, jeune homme, acceptez, volontiers, le bien que le ciel vous envoie, et... Mais le vent est vif, et je vous souhaite une foule de jours heureux.
A ces mots, le triomphant Dulac, retirant sa tète, refermait la feuêlre, et comme il la refermait sans trop de hâte, l’infortuné Richard voulut tenter un dernier effort :
— « Arraande! Armande! Écoute -moi; reviens à moi, Armande; un mot, ma fiancée, et je t’emporte dans mes bras... » Sa voix et ses sanglots se perdirent dans cet air vif de la nuit , et l’on dit que le petit dieu d’amour en rit beaucoup.
Cette fois encore, M. Dulac répondit , mais d’un ton ferme et plein de dignité :
— Jeune homme, dit-il , c’est s'y prendre un peu trop tôt pour convoiter ma femme, et c’est être bien emporté dans ses désirs, que de vouloir l’arracher de mon lit, la première nuit de mes noces ! Vous vous êtes mis trop tôt en chemin pour cette galante expédition, messieurs! Ce n’est pas l’habitude, même en France, aux galants comme vous, de pourchasser la femme d’autrui, à la barbe de son mari ; sous le roi Louis XIV, les galants donnaient au moins quinze jours de répit à ces pauvres maris.
Quant à vous, monsieur Alvarès le père, il est très-étou-
AU MARIAGE
liant de voir un homme à barbe grise soutenir M. Richard dans une si méchante affaire. Vous voulez ma fennue, et vous prétendez me donner, eu troc, madame Labédoyère... Eh! messieurs, je comprends que le troc vous agrée, il n’y a, en tout ceci, qu'un petit obstacle, c’est que je ne veux pas troquer ma femme contre la vôtre. Allez au diable! Je suis content de mon lot , je le garde, cl faites-en autant de celui qui vous est échu. Ainsi, messieurs, encore une fois, je vous souhaite le bonsoir! A ces mots, le bonnet disparut, la fenêtre se referma, le volet intérieur cria sur ses gonds; au même instant , le nègre répéta en riant : — « Bonjour, messieurs, » et le guichet se referma, et cette fois-ci pour tout de bon.
Ainsi, plus d’espoir, tout était fini! Immobiles à cette place, et sur ce seuil de fer, le père et le fils se regardèrent. Le vieil Alvarès, qui montrait plus de colère que peut-être il n’en éprouvait en son par-dedans, parlait encore d’enfoncer la porte. Richard disait encore : — « Oublions l’ingrate! Adieu, mon père ! » Enfin, mieux conseillés l’un et l’autre, et jurant et pleurant , ils se rendirent près du triste Balthazar Polo.
Le bon curé les reçut avec sa bonté ordinaire; il écouta doucement la fureur du père Alvarès, et la douleur de son fils :
— Mes amis, leur dit -il, j'ai le plus grand chagrin de l’erreur que j'ai commise, et cependant je reconnais, en tout ceci , le doigt do Dieu. Mais, hélas ! je ne puis défaire ce que le ciel a fait. Richard , mon fils Richard , il est certain que madame Labédoyère est votre femme légitime, et devant
ns
LA SYMPHONIE
Dieu et devant les hommes, Armaude Paccard est la femme légitime de M. Dulac. 11 n’y a rien à changer et rien à reprendre en tout ceci, mes enfants; c’est le vœu de la Providence, obéissons. Cependant, venez me voir demain, avec votre femme, ami Richard, j’enverrai chercher monsieur et madame Dulac, et je tâcherai d’arranger cette affaire, aussi bien qu’il se pourra.
Le lendemain, à la moitié du jour, les deux nouveaux couples étaient réunis au presbytère. Madame Dulac, toute honteuse, et jolie à damner saint Siméon Stylite, arriva, les yeux baissés, et s'appuyant à regret sur son vieil 'époux ; madame Richard, au contraire, elle était plus que jamais, une Labédoyèrel Elle était toute au triomphe; elle marchait, la tête levée, et se pressait, confiante, près de sou jeune époux, comme si elle eut redouté encore une méprise. Richard était calme, et paraissait soumis aux ordres de la Providence ; M. Dulac souriait avec l’assurance d’un homme à bonnes fortunes qui ne doute plus de rien, et qui est accoutumé à de pareils exploits.
Le bon prêtre, à l'aspect de ces couples si mal assortis, et par sa faute, comprit toute son erreur; il soupira, il fit mentalement une courte prière, après quoi il parla en ces termes :
— Nous avons fait une grande méprise, dit-il; je suis bien coupable d’avoir ainsi violé un contrat , pour lequel ou appelait en témoignage mon sacré ministère. Et vous, dit-il en s’adressant aux vieux amants, vous, madame Labédoyère, et vous, monsieur Dulac, vous avez été les deux gagnants, à ce jeu de hasard auquel ces malheureux jeunes gens ont
-Bkjitizcd b? GoCJgle
AU MA Ri AG K.
horriblement perdu. Encore une fois, c’est la volonté d’en haut, ce qui est fait est fait, soumettons- nous! Cependant madame Labédoyèrc, et vous, monsieur Dulac, tâchez de réparer les crimes du hasard, et ma faute à moi, pauvre aveugle, qui ne veux pas pleurer, pour ne pas perdre, tout à fait, la douce luhiière du jour. Que M. Dulac abandonne la moitié de ses immenses propriétés à sa jeune femme ; et vous, madame, cédez la moitié des vôtres à votre jeune époux... En même temps, que le ciel et ces jeunes gens me pardonnent, et que ces mariages soient acceptés, tels que les voilà !
Au premier abord , la transaction parut dure aux deux avares, mais l’argument du pasteur était péremptoire. M. Dulac ne pouvait plus songer à céder la belle Armandc au jeune Richard ! De son côté, madame Labédoyèrc n’avait pas attendu cette comparution, pour se féliciter du bon marché quelle avait fait; mais quand elle vit le beau Richard à côté de sou laid rival , elle ne put s'empêcher de comparer tant de jeunesse à tant de décrépitude, et elle convint, avec elle-même, qu’à tout prix elle devait maintenir l'échange ! Elle fut donc la première à répondre au bon curé, que si M. Richard consentait à la tenir pour sa fidèle et légitime épouse , ce n’était pas la moitié de son bien quelle voulait lui donner, c’était toute sa fortune. A son tour, M. Dulac, et pour ne pas être en reste avec sa jeune épouse, approuva les stipulations de l’ex- veuve. On fit appeler le notaire, il instrumenta sur-le-champ, et les parties se retirèrent chacune en son logis : Armande avec M. Dulac, Richard avec madame Labédoyère.
LA SYMPHONIE
A dater de ce jour, Richard habita la maison de sa femme, qui devint, à l'instant même, sa maison propre.
Hélas ! le soir même de ces transactions philosophiques, les deux jeunes gens (pauvre Armande et pauvre Richard ! ) • sentirent leur plaie saignante se renouveler d’une façon cruelle. La coutume des charivaris, renouvelée en France, avec tant de fracas, pour la distribution des croix d’honneur, n’a jamais cessé d’être exactement observée dans toutes les colonies françaises de l’Amérique du Nord. C’est la plus bruyante manière, et par conséquent la meilleure que nous sachions de célébrer les mariages mal assortis. La nuit approchait à peine, que l’on entendit venir, de la maison de madame Richard , un infernal charivari 1 Le cor sonnait, le sifflet criait, le chaudron hurlait, la cloche tintait, la cornemuse mugissait, les voix hurlaient.
La procession burlesque marchait à travers les bruyères, à la lueur des torches. Elle était conduite par deux figures horriblement masquées : l’une de ces figures représentait une vieille femme au regard insolent; l’autre, en louchant, et la gueule béante, représentait un jeune rustre attaché par un carcan à cette vieille, et c’était une immense risée à les voir se béquetant, comme ferait un pinson, amoureux d’une corneille. Pour compléter la musique, arrivait, clopinclopant, un drôle ù large poitrine, qui criait de tous ses poumons une ballade appropriée à la circonstance; toute la troupe répétait en chœur le joyeux refrain dans lequel les noms de Richard et de sa femme figuraient en première Jigne, et si poétiquement, que l’on eût dit autant de couplets arrangés et rimés par une société de vaudevillistes de Paris.
AU MARIAGE
Cependant l’intrépide madame Richard , à l’approche de l’ennemi, se prépare à le bien recevoir; la troupe joyeuse, arrivée à la porte des nouveaux mariés, se range en ligne et en silence. Alors, un plaisant de la bande, avec les attitudes d’un clown do théâtre, sortit des rangs, et vint frapper rudement à la porte. — «Holà ! Réveillez-vous, belle endormie! Holà! Eh!...» Ce Eh! fut le signal, pour les assiégés, de faire usage de leurs armes défensives : à son premier coup de baguette, le clovn et la bande joyeuse furent accablés d’eaux croupies, d’œufs pourris, de pommes moisies, et autres projectiles, en usage dans les premières représentations du théâtre de la Gaieté. On rendit aux tapageurs bruit pour bruit, poêle pour chaudron, parfum pour musique. Ils étourdirent les oreilles, on infecta leurs habits : entre les œufs et la musique la lutte était inégale, il fallut que le son battit en retraite. Ainsi fit-il, et le joyeux charivari, venu en si bon ordre, se retira à travers champs, non pas sans avoir laissé sur le champ de bataille plusieurs instruments qui attestaient de leur défaite, et dont se servirent, utilement, les cuisiniers de monsieur et de madame Alvarès.
Tout n'est qu’heur et malheur en ce bas monde ! Le charivari, battu à la porte de M. Richard, fut complètement victorieux sous les murailles de M. Dulac. Le vieux gentilhomme se soumit de si mauvaise grâce à cette ouverture à grand orchestre, qu’il augmenta beaucoup la joie de la soirée. O misère ! les musiciens le bernèrent , après lui avoir écorché les oreilles; ils entrèrent chez lui, en lui riant au nez, comme à un mal appris des coutumes et usages; ils
LA SYMPHONIE
burent son meilleur vin ; ils endossèrent ses meilleurs habits; et l’un d’eux, jeune et spirituel gaillard, eut l’audace d'offrir nn baiser à la mariée... qui l’accepta (le baiser! ). Si Richard eût été là , il se serait donné à tous les diables. Ainsi fit M. Dulac; il avait eu trop d’esprit à sa première nuit des noces, il ne lui en restait plus, le second jour : il fut brutal et mal élevé; il s’emporta avec fureur contre tout le monde, contre le charivari , contre les nègres, contre sa femme, oui-da, contre sa 'jeune femme! Bonté du ciel! il poussa la sottise jusqu'à regretter madame Labédoyère... et tout haut !
Armande entendit ces blasphèmes, cl contempla, d’un œil sec, le blasphémateur. Elle u’ avait pas attendu ce moment-là pour regretter son jeune ami Richard!
A dater de ce charivari, qui fut pour lui Y éjilu ta conjugal, M. Dulac redevint, dans toute la laideur de l’expression, le vieux Dulac d'autrefois, morose, ingrat, malpropre, égoïste, fatigué, blasé, et ne disant jamais : bonjour! de peur d’avoir un accès de toux. Cela dura trois ans. Thérèse devint pâle, triste et silencieuse; elle remplit, pendant trois ans, les pénibles fonctions d’une garde-malade; puis le malade mourut , un beau jour, un beau matin! El sa femme le pleura... honnêtement.
De son côté, madame Richard avait essayé vainement de reprendre, avec son jeune mari , les habitudes prineières qui avaient soumis, si complètement, feu M. Labédoyère. Hélas! si le jeune homme était beau, en revanche il était revêche, entêté, volontaire; il se sentait chez lui, car il avait chèrement payé son domaine. Il fut le maître, au
AL' MARIAGE. 13
grand crève-cœur de sa femme. Richard était bon fds et bon frère: il établit dans sa belle maison son père le pâlre, et sa mère la rustique; il habilla ses jolies sœurs des mêmes habits que sa femme; il les nourrit du même pain, les fit servir par les mêmes nègres, et quand il fallut les marier, il coupa, en six parties, son bien matrimonial, et il dit à chacune de ses sœurs : Prenez ! Ce fut une irréparable douleur pour la vieille matrone. Elle était devenue avare, à mesure qu'elle ne pouvait plus administrer sa fortune. Elle rongea son frein longtemps, puis un beau jour (encore un beau jour), madame Richard s’en fut à la recherche de feu M Labédoyère, et M. Richard bâtit à son épouse un superbe tombeau.
Vous savez la fin de l’histoire, Armande et Richard , libres tous deux, riches tous deux, moins jeunes et non guère moins beaux et moins épris, purent enfin se marier, cette fois, sans méprise. Richard avait renfermé, bien précieusement , la bague d’argent que le hasard avait mise ail doigt de sa veuve, et cette fois on ne choisit plus le crépuscule du matin; on attendit le plein midi, le glorieux midi! La pompeuse cérémonie fut célébrée au grand autel de l’église' d’Adayes. Jamais la chère petite église n’avait été plus parée, jamais le carillon fêlé n’avait faussé si joyeusement. Dom Balthazar Polo fut encore le prêtre de cet hymen. En bénissant de nouveau les deux époux, il tremblait de commettre une nouvelle méprise, et pourtant il portait, sur le nez, des lunettes à branches, que lui avaient fait venir, tout exprès pour la cérémonie, de la Nouvelle -Orléans, monsieur et madame Alvarès.
LA SYMPHONIE
Le digne couple, heureux cette fois et tranquille, a vieilli dans l'abondance, au milieu d’une nombreuse postérité. On les cite, en tout le pays des Avoyelles, pour leur travail , leur constance et leur charité, trois vertus qui font les bons ménages. Ils s’aiment tant, qu’ils ne se sont jamais parlé de la fatale méprise qui pensa les rendre si misérables. Seulement , il y a quelques années, un respectable botaniste français, qui voyageait dans le pays, vint un soir leur demander l’hospitalité; le voyageur, entre autres choses qui avaient rapport à la science, montra aux deux époux comment la feuille du sycomore contient, cachée en son pétiole, le gerine de la feuille qui doit se développer, l’an prochain.
A cette démonstration, le vieux Richard regarda, les larmes , aux yeux, sa vieille compagne, lui montrant, du cœur et du doigt, cet ingénieux tableau de leur premier et malheureux mariage, qui contenait le premier germe de leur tristesse et de leur bonheur. Thérèse comprit ce mélancolique apologue; elle jeta les feuilles de sycomore, en conservant avec soin le germe de la feuille à venir. Le lendemain, ils firent planter, au devant de leur porte, deux sycomores de la môme force et du même âge. Sous leur ombre ils s’aimèrent encore quelque temps; puis, sous leur ombre ils s’éteignirent , l’Iiilémon et linucis de la ville d’Adayes. Telle est leur histoire; on conserve encore, et précieusement . dans le trésor de la cathédrale, les lunettes, le bréviaire, et le nom de dom Baltha/.ar Polo.
C’est un des derniers mariages du Nouveau- Monde qui se soient vraiment faits dans le ciel.
jvjuojçjjf: v j lia c.2 dj
A BEETHOVEN
Accents! accords! Bâton de mesure, et battements! Cadence... parfaite... imparfaite... irrégulière ! Fugue et canon! Cousonnances ! déductions! Diaptosc, diastème ! diatonique et diachisme ! Diapason et disdiapason ! Consonnance et dissonance! Échelle et dominante! Élévation, cndématie et dithyrambe ! Harmonie, hémiditon, duo, quintette et quatuor! Fanfare ! Expression ! Fleurtis ! toute la gamme et tous les modes : Mode hyper-dorien, hyper-éolien, hyper- iastien, appelé par Euclide hyper - itouien ; mode hyper- lydien oublié par Aristomène, mode hyper-mixto- lydien que le vieux Dascius appelait hypo-diazeuxis; mode hypo-mizo-lydien inventé par Gui d’Arezzo, le premier musicien qui se présente à nos louanges dans le dictionnaire de M. Fétis ! A ce même Gui d’Arezzo nous devons l’hypo-prolambauomenos, autrement dit la «gamme!» Hypo-prolambanomenos! le propre frère (Vllypaton et de Cynnernenon !
O dieux et déesses de la musique ancienne et moderne.
HO LA SYMPHONIE
accourez à ma symphonie ! Dieux inconnus! Dieux secourables! J’invoque aussi la noire et la blanche, et la croche et la double croche, et la bancroche, imagées en 1338 par Jean de Nuris, docteur et chanoine de Paris. Et loi point d’orgue! et loi prosodie! et toi récitatif! Et vous tous, rhythme et rhythmopée, avec les sons de toute' espèce, et tous les bruits, et tous les souilles indiqués et reconnus par Hyppase de Métapont, Pylhagore, Geusorius, Nicomaque, Adolphe Adam, Rameau, Tartini et Menjoli, orchestre de la terre, et vous, orchestres de là-haut, vous m’aiderez, je l’espère, à parler convenablement du roi des symphonistes, de lui- même, vau Beethoven !
Certes en voilà un qui se moquerait, et cruellement, île ma petite chanson des mariages dans le ciel. Il donnerait toutes mes ouvertures pour une simple barcarolle et pour une loure à J, et pourtant la loure est à peine une musette. Ah! ce Beethoven! J'étais à sa fête, elle a duré huit jours; je m’en souviens, comme on se souvient du chant de l’oiseau dans la matinée! Ah! ce Beethoven! Il m’a fait comprendre une des plus mauvaises passions du cœur do l'homme, il m’a fait comprendre l’envie. Un musicien honoré plus qu’Homère; une symphonie attirant aux fêtes de Bonn, trois reines, un roi, taul de princes, tant d’artistes. Hurrah! une symphonie à Beethoven!
De la plaine et du mont, de la cabane et du château , du fleuve et du ruisseau caché dans l’herbe, et de la moindre parcelle de ces trente-deux royaumes divisés par ces grandes parcelles : Allemagne, Prusse, Autriche, Saxe, Wurtemberg, Bavière. Hanovre, Hesse -Cassel , Saxe- Weimar, Nassau,
"t3lyl(izb'0 by CjdT)gIc
Bade, et Mecklembourg, où vint au monde S. A. II. madame duchesse d’Orléans , la mère et le père du jeune comte de Paris...
Tout ce monde arrive en chantant, en priant, en proclamant, en improvisant une immense cantate à Beethoven! Le ciel est eu fête et la terre est en joie. Au milieu de son double rivage, le vieux Rhin apporte son contingent de voyageurs à la Symphonie pastorale , à Fidelio! à Beethoven! Le nom glorieux de Beethoven retentit dans toutes les bouches; il frémit dans tous les cœurs. Ni Molière, au coin de la rue de Richelieu , et couronnant celle fontaine avare, où il se morfond entre la joie et la tristesse d'une coquette et d’une pleurnicheuse; ni Pierre Corneille, à Rouen, sa ville natale, au beau milieu d’un pont, où il semble un abandonné, ui le La Fontaine, eu marbre, à la pointe de sa colonne, à Château- Thierry, ne sauraient vous donuer une idée approchante de ce délire et de ces honneurs. L’Allemagne est en fête; elle a convoqué l’Europe à célébrer avec elle, l’anniversaire de sou glorieux enfant, Beethoven, et l’Europe a répondu aux inspirations poétiques de l’Allemagne! Et de même que sept villes de la Grèce intelligente se sont disputé l’insigne honneur d’avoir donné le jour à l’auteur de Y Iliade, aujourd’hui deux vieilles maisons vermoulues de la ville de Bonn se disputent l’honneur d’avoir vu naître Beethoven.
Il est né à Bonn, voilà qui est sur, et j’entends d’ici les réjouissances de sa ville heureuse et sanctifiée. A ce bruit, à ce peuple, à ces vieillards, mêlés à tant de jeunes gens, l’espérance et le printemps de l’année, à l’aspect du royal héritier de ce grand Frédéric qui jouait si bien du canon cl si
liï
LA SVSIPHONIE
ùial de la tlùle, de ce roi coulent de son peuple, et qui va et qui vient tout seul, de son château à la ville ; de la reine qu’il attend, à l’artiste, son sujet, dont la statue est encore sous les voiles qui la cachent à tous les yeux, pas un de ses habitants de chaque jour ne reconnaîtrait la savante et tranquille Université de Bonn? Elle obéit aux révolutions de Beethoven !
En vain elle a conservé, jusqu’à ce jour glorieux , avec sa gravité native, les formes et l’aspect des vieilles Universités du moyen âge; il a fallu crier la première, et de sa plus haute voix : a Vive à jamais Beethoven! » Beethoven est dieu à Bonn, il est roi partout ! Dans ces doctes murs, tout chargés de la poussière vénérable que sèment les âges, comme une semence fécondante, vous chercheriez en vain à reconnaître un seul de ces huit cents disciples qui , pour un instant, ont secoué le joug du maître, en disant : — Beethoven! — ou quelques-uns de ces quatre-vingts professeurs dont plusieurs portent des noms célèbres dans toute l’Europe. Professeurs et disciples, ils s’émancipent alin de célébrer ce poétique anniversaire. L’un fait des vers à la louange de Fidelio, l’autre cherche, en scandant sur ses doigts, le sens perdu de quelques mélodies inédites; celui-ci a tiré de son enveloppe mortelle, son violon de Crémone, il veut faire sa partie eu cet immense festival. A demain l’école!
A demain le droit féodal I Le roi David dansait devant l’arche : et comme il a bien fait de danser, le roi David, il est devenu uue excuse à toutes les sarabandes. Beethoven est la grande excuse à ces choses inouïes qui ont changé un instant la grave physionomie de cette ville hospitalière. Oui ! la vieille Université de Bonn s’étouue en se réjouissant ; l'étonnement,
Digitiz r e3T3S r GoogIe
A BEETHOVEN
I il
est encore une façon d’enthousiasme. Horace parle quelque part, d’un poete étonné, et dans sa pensée il accorde à ce poëte, une grande louange.
Laissez passer Beethoven ! M. Schlcgel lui-même, il reviendrait en sa chère cité, M. Schlcgel tant vanté par madame de Staël, M. Schlegel lui-même... on crierait : VivcBeetho- • ven! Ni Bethmann Holwcg, le professeur de droit romain, le curator, ni M. Dalhmann, un des sept de Gœttingue, comme on dit « un des quarante, » ni M. Welher, l’archéologue, ni Lanen avec tout son sanscrit, ni M. Freitag l’oriental, ni M. Waller, professeur de droit-^anon, M. Harlen, uu poete, et pas môme M. Orndt, un vrai Prussien de 1813, éloquents et bienveillants, ne sauraient s’opposer aux : «Vivat Beethoven!» M. Diez, en ce moment solennel, arriverait précédé de ses troubadours, M. Wolf aurait pour son escorte, le chevalier Trassiguies et dame Marie sa femme, ces enragés eu Beethoven diraient à M. Wolf: — Prêtez-uous vos troubadours, ils porteront nos bannières ! Ils diraient à madame Marie de Trassiguies : — Eh ! dame Marie, il faut aller à l'église, et mêlée aux chœurs de nos sœurs et de nos mères, vous chanterez le cantique eu l’honneur de Beethoven.
A cette fête arrivait, pareil à la flamme, à l’écho, Lislz! Il est là, le voilà, c’est lui-même! Et celui-là sera un grand symphoniste qui pourra le décrire. Il est tout, il est partout : compositeur, chef- d’orchestre, architecte ; il parle à tout Je monde, et dans toutes les langues, et en même temps il va, il vient, il anime, il blâme, il loue, il reprend; il s’occupe, actif et passionné, des moindre^ détails. Quiconque arrive, inconnu, célèbre, ami, ennemi, s’adresse à Lislz.
lit