‹ Les symphonies de l'hiverChapitre 21 sur 35 · AUX CHEMINS DE FER · texte numérisé non relu

AUX CHEMINS DE FER

Muse il est temps que nous chantions les chemins de fer. Vous avez beau résister à mon ordre, 6 Muse ! il est démontré que l’industrie est un poëme, que la forge est un drame, et qu’un atelier de menuiserie est un conte d’enfant. Tout est fini du monde ancien, du monde enchanté que nous aimions. Plus de château sur l’agreste colline; au fond des bois sombres , plus de chansons. Le ruisseau jaseur murmurait doucement sa complainte; il travaille aujourd’hui. Le vent est un manœuvre, et la fleur môme est devenue une marchandise : on l’emploie à mille usages , pour lesquels elle n’était pas faite. A bas les rêveurs! Fi des poètes! Loin de nous les utopistes! Haine aux philosophes! Mort aux idéologues! Parlez-nous de Richard Arkwright, de James Watt et du métier à tisser. L’Académie, est-ce qu’on en parle après la grande exposition? Travaillons de nos mains, avec de bons outils; soyons des ouvriers, soyons des manœuvres.

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.si nous voulons être aimés, honorés, glorifiés. L'usine a remplacé la docte montagne, interrogeons l’usine. Ils ont fait , de la fontaine de Castalie, un réservoir sur le chemin du Nord ! Ils ont préposé les neuf Muses à la distribution des ticket; ils ont tant fait, qu’ Apollon, le berger d’Admète, est devenu fabricant de machines, eh bieu ! faisons comme tout le monde,. entrons dans la bifurcation du célèbre M. Fortoul , appelons la manufacture à notre aide, et tâchons de comprendre enfin, dans ses moindres détours, le grand évangile, la grande révélation, l’évangile et la révélation de la vapeur.

Ces chemins, ces sentiers, ces vapeurs, ces abîmes comblés, ces montagnes abaissées, ces fleuves domptés, ces océans étonnés de se trouver si voisins l’un de l'autre, en un mot tant de rêves accomplis, et si complètement, que les voilà qui remplissent le monde, à la façon d'une religion universelle, il n’y a pas si longtemps, déjà, que nous, les avons vus nattre, et que, les premiers, nous avons franchi , pour la première fois, ces distances naguère infranchissables. Quels ôtaient donc ces hommes qui , les premiers, se sont confiés à la machine enflammée, à la vapeur à peine découverte, au chemin furieux? diront (je l’espère au moins) messieurs nos neveux dans cent ans d’ici , lorsqu’à leur lotir ils obéiront aux passions de la vie? En même temps (sans doute) ils s’étonneront de notre courage en disant que, certainement, nous valions mieux qu’ils ne vaudront, à cotte heure... Eh bien! oui, nous 'avons essayé, les premiers, ce grand problème, et si peu sont morts à cette tâche illustre que ce n’est vraimeut pas la peine d’en parler.

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LA SYMPHONIE

On commença, tout d’abord, par un tout polit chemin, qui liait l’une à l’autre deux grandes cités, Paris et Versailles, la vie à la mort, la cité qui marche à la ville qui se repose, le berceau d’où tout sort, à la tombe où s’est anéantie, en vingt- quatre heures, la plus illustre et la plus glorieuse monarchie de l’univers. A celte fête, et c’était l’usage alors, accouraient, empressés, les princes de la jeunesse, les poëtts, les écrivains, les artistes, le monde ù part dans l’intelligence animée à célébrer, glorieusement, toutes ces illustres entreprises. En ces efforts si nouveaux, le temps était mis en cause et l’espace était vaincu, et plus on parlait de dangers, plus l’empressement était vif d'assister à cette bataille heureuse, et c’est pourquoi les meilleurs et les plus célèbres avaient voulu donner l’exemple aux voyageurs à venir.

Partons donc, et, — s’il se peut, n’allons pas si vite; il y a tout à voir, au milieu de ces routes nouvelles : des campagnes inconnues, des rivages sans nom, des fontaines qui tout à coup sortent des entrailles de la terre, incessamment remuée. Allez toujours, et maintenant que rien ne vous étonne, il n’y a plus, pour vous, d’enchantement impossible. Ici la forêt tombe ù vos pieds; plus loin le rocher monte audessus de vos têtes. Voici , là -bas, à l’extrémité de l'horizon, la colline qui s’enfuit, emportant le vieux château féodal dans sofi manteau de verdure. Sur la Seine, aux flots d’argent, les îles de Neuillv jettent leurs bras de feuillage et de fleurs. O douces îles, où tant d’enfants jaseurs faisaient entendre, au loin, leurs cris de joie; asile sacré des plus touchantes vertus domestiques; palais renversé dans un jour d'orage, on vous salue, on vous pleure, et nul ne songe à

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