‹ Les symphonies de l'hiverChapitre 22 sur 35 · AUX CHEMINS I1E FER · texte numérisé non relu

AUX CHEMINS I1E FER

regarder la flèche austère de Saint-Denis, cet obélisque de la mort qui épouvantait Louis XIV.

Allons toujours, voici déjà le petit village de Courbevoie, abrité doucement sous les coteaux de Montmorenci , tant la vitesse abrège les distances. Tournez la tète, et donnez encore un coup d’œil à la grande cité. On peut la fuir, on y revient toujours; voilà donc Paris encore, et moins ses bruits, moins ses colères, moins ses sarcasmes. Baissez la tête, et vous verrez le dôme des Invalides et les tours de Notre-Dame! Au pied de la ville, souveraine entre toutes,

s’étend le bois de Boulogne, comme un tapis vert, sur lequel voltigent quelques brillants insectes aux ailes dorées. Ce sont les belles daines parisiennes que leur calèche traîne au galop de leurs chevaux; mais, à cette heure, il n’y a que nous qui allions au galop dans le monde, notre coursier, hennissant, défierait à la course les chevaux même du soleil. Cependant nous courons toujours. Dans cet espace, où se joue, en riant, la douce lumière, voici Meudon et Bellevue.

Entrez, voyageur, entrez, sans peine et sans peur, dans les domaines du' roi de France. Vous êtes dans le parc de Saint- Cloud, tracé par Le Nôtre; et telle est la beauté naturelle des grandes choses, que ce beau parc n’a pas été entamé ni défiguré par cette tempête qui le traverse. Bien plus, déjà même ces pierres nouvelles ont pris la douce teinte de la mousse qui les recouvre, le lierre s'attache à ces aqueducs, faits d’hier; cette architecture utile se mêle à ces beaux ombrages, comme si elle avait été placée en ce lieu par le caprice du jardinier.

C’est la force et la faveur de ces grandes machines : on

• tu

LA SYMPHONIE -

disait qu’elles dérangeaient toutes choses, au contraire, elles mettent toute chose en un jour plus éclatant. Elles devaient briser le paysage, et les voilà qui se mêlent au paysage, et qui, très-souvent, le complètent par une arcade à toute volée : un pont suspendu dans les airs, un abîme ouvert où soudain tout se précipite. Ainsi, tout d’un coup, le convoi de Versailles tombe au fond d’un souterrain immense, et reparaît, leste et joyeux, à la douce clarté du jour. Bon! Vous voilà sortis sains et saufs de ces abîmes ineffables ; la lumière en est plus vive, et le soleil en est plus beau. Le diorama de Daguerre n’a pas des transitions mieux calculées.

Mais quel vent nous entraîne et quel orage a passé, nous emportant comme autant de jouets ? Quelle main nous pousse? En vain Ville-d’Avray, Chaville, Viroflay, nous tendent leurs beaux ombrages, en vain la vallée de Sèvres s'estelle parée de ses plus beaux atours, c’en est fait, nous touchons le but. Cette fois, toutes les magnificences du départ sont vaincues par les magnificences do l’arrivée. Vous pénétre/, daus d’immenses galeries qu’on dirait copiées sur la galerie des Victoires. Victoire , en effet , puisque enfin la vieille route du vieux Versailles, ce noble sentier, par lequel tout le xvn* siècle a passé, cette voie à l'infini , de triomphe et de ruine, de gloire et de misère qui a servi à la royauté de France dans son plus vaste appareil, et dans son humiliation la plus extrême, elle est vaincue, et nul n’y passera plus, désormais, sinon le philosophe ou l’historien, jaloux de retrouver les traces effacées.

Alors le vieux sentier de Louis XIV et de Louis XV, le sentier sanglant du roi Louis XVI , ces pavés semés de lau-

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