AUX CHEMINS DE EEH
Appelez aussi, et conviez à ces fêles, les plus belles personnes du pays de Caux, l’orgueil des fermes de la Normandie, et tous les laboureurs normands, le bon sens, la prudence en personne, et les marins de la rivière de Seine, dont les aïeux, même avant Christophe Colomb, ont pressenti le Nouveau -Monde ; oui certes, attirez dans ces vasles prairies, celle ulÿe et courageuse foule; en même temps que le maire et les magistrats de la cité offrent, à tous, l’hospitalité royale de leur ville glorifiée ! En même temps saluez les orateurs des deux chambres, saluez les poêles et les beaux-arts. Que sur la place même où Jeanne d’Arc fut livrée à cet abominable bûcher, les deux nations rivales, Anglais et Français, dans le commun élan de ce patriotisme européen qui vient d’enfanter une œuvre si grande, rompent le même pain et boivent dans le même verre, et vous aurez encore une faible idée de ce grand spectacle, du lieu, de la fête et des hommes, auquel nous n’avons rien à comparer.
Et voilà comme enfin s'est vérifiée celte parole prophétique d’un homme qui a dit plusieurs prophéties : « Paris, Rouen, le Havre, une même ville, dont la Seiue est la grande rue. b Seulement la grande rue est devenue un sentier de quelques heures. La même voix avait dit aussi : L'Océan est un lac français! Un lac français plus que jamais, grâce au chemin de fer.
Le vieux Caton, dans sa haine ardente contre Carthage, apportait au sénat romain des fruits fraîchement cueillis sur les figuiers de l’Afrique; ainsi il voulait prouver que Carthage était aux portes de Rome. Dans ce moment de joie et d’orgueil , si nous avions voulu démontrer Rouen
LA SYMPHONIE
devenu un faubourg de Paris, nous n'en voudrions pour preuve qu’un long chapitre, écrit par un homme qui a parcouru dans sa journée soixante-huit lieues, et qui de Rouen revenait , assez à temps, à Paris, pour que ces lignes fussent imprimées dans le journal du lendemain.
Au mois de juin, quand le blé est en (leur, quand l’arbre épanoui se prononce, et lorsqu’au sommet de la colline on voit le pampre annoncer la vendange fécondée, il est bon de parcourir toutes sortes de paysages, nouvellement révélés aux regards des mortels. C’est vraiment un monde inconnu, ce nouveau monde ouvert à la sympathie, à la curiosité des nations; bâtez -vous donc. Nous étions tantôt sur les côtes d’Angleterre, on nous mène aujourd'hui môme, aux frontières de l’Allemagne et sur les rives du Rhin allemand. Ainsi, à toutes les extrémités de la France, le miracle étend ses bras de fer; il est partout, il touche à tous les horizons. Il renverse, eu passant, toutes les barrières; il abaisse, il élève; il fait du mont la plaine, et de la plaine il fait la montagne. Admirez le bondissement; écoutez le hennissement.
Savez-vous, cependant , que la tète même de cette voie, ouverte à travers tant d’obstacles, appartenait, il n’y a pas tantôt tout un siècle, à des poêles, à des improvisateurs, à des faiseurs de chansons? En ce môme lieu qui sert d’abri à tant de machines formidables, en ce clos Saint -Lazare où le Léviathan mugit, impatient de partir, sous les gais auspices de René Lesage, de Piron, de Marivaux lui-même, le théâtre forain, le théâtre des jours de masque et de licence avait posé ses tréteaux les plus charmants.
En ce lieu de fête et de plaisir, d’intrigue et de bel esprit,
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