AUX CHEMINS DE EEH
dovants, et déjà, sans le savoir, on louche au pays des fêles et des enchantements... Enghien!
A ce nom d’ Enghien, tous les vieux cœurs de quarante ans s’enivrent aux fraîches odeurs des foins coupés, eu l’an de grâce et de liberté 1830! Les doux souvenirs! que de buissons, et que d’écharpes oubliées sous les buissons! Le lac, en ce temps-là , n’était pas devenu un de ces lacs sulfureux dont nous menace l’Ecriture, c’était, tout simplement, une belle pièce d’eau pour la promenade bruyante, ou silencieuse; heureux silence où l’on a tant de choses à se dire! L’heureuse naïade d’Enghien, la naïade de nos beaux jours ! Elle n’avait pas été soumise encore à l'analyse : les grands chimistes ne s’étaient pas écriés, en faisant la moue : — Celle eau est bonne, elle seul le soufre! Les paralytiques et les lépreux, et les cerveaux endommagés par le travail, n’avaient pas fait de ces solitudes charmantes, comme une vaste léproserie.
Eu ce temps-là ton onde était respectée et chantée à l’égal de la fontaine de Bandusie, Enghien, aux échos sonores, aux ombrages discrets; ô cher Enghien de Rosette et d’Élisa, de Rosine et de Fanchon, d’Etienne et de Louis, de Théodore et d’Armand, les pieds charmants qui foulaient ta verdure étaient jeunes, étaient alertes, et plus disposés à la danse qu’à la goutte. Ou mêlait celte eau -là, aux vins des crus circonvoisins, au joli petit vin d’Argenteuil , ami de l’eau et de la joie; Argenteuil, Sannois, Cormeil, tels étaient nos Châteaux -Lalfille, nosChâteaux-Margaux, puis au dessert on buvait, en guise de vin d’Aï, un joli petit vin de Champagne mousseux... d’Épinay!
LA SYMPHONIE
C’était là le bon temps I En ce temps-là , quand on s’était blotti dans le fond du coucou (le bonheur tient si peu de place!) on trouvait que le coucou allait bien vite. Rien que quatre heures, ô misère heureuse! eh! quatre petites heures seulement, pour revenir de tant d'éblouissements, de tant de joies, c’était bien peu! A présent qu’ils seront arrivés à peine partis, à présent que le bal de Sceaux et le bal d’Enghien ne sont plus qu’à une portée de fusil , comment vont faire les jeunes gens? — Qu’ils s’arrangent, ce ne sont pas là nos affaires... Tant pis pour eux, tant mieux pour nous!
Vous rappelez-vous, mes amis, ces doux villages, Eau-
bonne, Saint-Gratieu, Sannois, Cormeil, Montmorency,
# • l’heureuse vallée! Le chemin qui nous emporte, emporte
aussi la douce vallée, et vous pouvez compter chacune de ces cent mille parcelles qui composent autant de domaines... Encore un pas, et vous verrez, capricieuse et charmante en ses détours, l’Oise, une aimable rivière, qui vous accompagne en chantant ; on la voit tour à tour briller et disparaître à travers les arbres; — rives calmes et fertiles, riants paysages, frais îlots chargés de verdure ! — Çà et là, plus d’un château se montre en sa simplicité champêtre, plus d’uu village brusquement traversé, s'occupe déjà de placer sa rue principale sur le beau sentier qui va lui donner l’espace , le mouvement, la vie!
Eh! voilà Pontoise! On chantait, autrefois, une aimable chanson : n En revenant de Pontoise ! » De Pontoise, et par une pente assez douce, en passant par Auvers, vous descendez à l'Isle-Adam. Un château naguère était là, tout rempli de la maison de Bourbon. C’était une académie, un théâtre,
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AUX CHEMINS l)F. FEH.
un salon, ce château de l’Isle-Adam; les princesses de Versailles y jouaient la comédie, et les rois du Nord venaient les applaudir. Du château, pas un mot; de ces princes, et même de ces beautés, pas un souvenir!
L’Oise, en ce moment, devient tout à fait une belle rivière. De temps à autre, une église de village montre sa flèche ambitieuse et modeste, figurez-vous un grand calme, un grand silence, et quelque chose de frais et de reposé qui fait plaisir à voir! Ceci n’est pas comme la Normandie, un pays de ruines et de souvenirs historiques; vous n'êtes pas obligé, à chaque instant, de vous arrêter pour contempler un champ de bataille, une forteresse abattue, et pour vous raconter les misères d’autrefois; vous n’êtes occupés que des prospérités de l’avenir. Cette forêt qui pointe et qui s’en va, c’est le Chantilly du grand Condé. Ce vieux château, c’est le Liancourt des Larochefoucauld !
C’en est fait, la ligne a franchi la montagne, et l’on arrive, en grimpant toujours, à Saiut-Jusl-en-Cbaussée, par mille accidents d’un terrain difficile, et tant de barrières, de voûtes, de peutes, de tunnels! Ces ponts sont bâtis avec un soin royal, moitié pierres et moitié briques; ces barrières sont gardées par de véritables chalets en bois vernis, et de l’effet le plus agréable. A chaque détour du chemin, vous rencontrez un de ces passages destinés à relier l’un à l’autre, et par un lien léger, ces villages, ces hameaux, ces fêtes, ces masures, ces domaines, ces jardins.
Mais déjà la verdure a cessé; l’arbre a disparu ; le paysage est bien loin! Plus de fleurs, de fleuve, et de maison enjouée où tout est grâce et contentement.
l,A SYMPHONIE
Voici la craie En vingt minutes, vous êtes sauvé!
L’arbre et la moisson reparaissent à vos yeux, éblouis; eu ce moment , le paysage qui , jusqu'alors, s’était montré, surtout de droite à gauche, glisse de votre gauche à votre droite; on vous nomme, en passant du département de l’Oise dans le département do la Somme, Rouvroy, Ailly-sur-Noye, Dammartin, Rouviet, Cagny. Ce clocher, qui s’élève au milieu de cette plaine fertile, vous annonce Amiens et sa cathédrale... Et Lille et la frontière... Enfin! Je vivrais cent ans, je n’ oublierais jamais la rencontre des deux nations, lorsqu’au milieu des magnifiques prairies de Vilvorde, lac en hiver, prairie en été, par cette magnificence odorante et suave des foins nouvellement fauchés, et des blés qui le seront demain, le convoi royal a ralenti sa marche pour attendre le couvoi suivant. En ce moment a été exécutée une manœuvre aussi savante que peut l’être une manœuvre d’infanterie : les deux convois ont marché de front, sur une ligne parallèle, à la grande admiration de cette foule enthousiaste. O grandeur! ô force! ô majesté!
Hélas! elle vivait eh ce temps-là, la reine hospitalière et charmante, Sa Majesté française la reine des Belges, et de son plus charmant sourire elle accueillait ces voyageurs qui la saluaient de leurs acclamations. Qu’elle était jeune encore et touchante! Un si beau langage, un si beau regard! Toutes les vertus de sa mère, et l’on criait : Vice la France! et l’on criait: Vice la reine ! — Salve Gallia regina!... Salve Germania mater!
« Voilà pourtant, dit Candide, un pays qui vaut mieux «que la Weslphalie! U mit pied à terre, avec Cocambo,