‹ Les symphonies de l'hiverChapitre 28 sur 35 · AUX CHEMINS DE FER. JS · texte numérisé non relu

AUX CHEMINS DE FER. JS

« auprès du premier village qu’il rencontra. Quelques en- « fants du village, couverts de brocart d’or, tout déchirés, « jouaient au palet, à l'entrée du bourg; nos deux hommes a s’amusèrent à les regarder : leurs palets étaient d’assez « larges pièces rondes, jaunes, vertes, rouges, qui jetaient « un éclat singulier. Il prit envie aux voyageurs d'en ra- « masser quelques-uns; c’était de l’or, c’étaient des éme- « raudes, des rubis, dont le moindre aurait été le plus grand « ornement du trône du Mogol. Sans doute, dit Cocambo, « ces enfants sont les fils du roi du pays qui jouent au petit « palet.

« Ces petits gueux quittèrent le jeu en laissant à terre « leurs palets et tout ce qui avait servi à leurs divertisse- « ments. Candide les ramasse, court au précepteur et les lui « présente humblement, lui faisant entendre, par signes, « que Leurs Altesses Royales avaient oublié leur or et leurs « pierreries. Le magister du village, en .souriant, les jeta « par terre, regarda Candide avec beaucoup de surprise, et « continua son chemin.

« Où sommes-nous? s’écria Candide, il faut que les en- « fants des rois, eu ce pays, soient bien élevés, puisqu’on « leur apprend à mépriser l’or et les pierreries. »

A L’OPÉRA

Prenons un Ion moins haut, et chantons doucement, assis sur les ruines du théâtre de l’Opéra.

Vous voyez bien, sur ma fenêtre, à l'angle où le soleil ' s’arrête, et non loin de ce bel œillet dont voici les derniers jours, ce fragment de bois doré? Je l’ai trouvé l’autre soir,au coin de la Grange -Batelière, ce fragment de quelque chose qui avait été orné, décoré et doré! Sur ce bois vermoulu , restaient encore les moulures d’un ornement exquis!

Le bois était peint eu blanc et chargé d’emblèmes : sur l’écusson se voyait une griffe, oui-da, la griffe de l’aigle; ou découvrait sous la grille de l’aigle, un ergot... l’ergot du coq; sous le coq, ou retrouvait, facilement, les deux initiales de 1848 : R. F.; sous le : R. F. brillait le : L.-P., le chiffre du roi de Juillet; grattez toujours, vous arriverez aux (leurs de lis, resplendissantes, sur un champ d’azur. — Bon! me dis -je à moi -même, à coup sur voilà un fragment des quatre bois dorés qui font un trône, ou d’une loge de l’avantscène, au théâtre de l’Opéra !

Or, j’avais trouvé juste! En effet, ces débris curieux appar-

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A L'OPÉRA

tenaient à l’intérieur môme du Grand -Opéra, que l'on restaure, à force de bras, tous les dix ans. J’emportai donc avec la joie et la hâte de l’antiquaire ce fragment vermoulu qui me rappelait tant de génie et tant de gloire, — tous ces talents, — toutes ces beautés, — toutes ces jeunesses ; tant de chutes sans nom, tant de triomphes, tant de souvenirs! « Ce monceau sera un témoignage, entre toi et moi ! » Ceci est écrit dans le Livre, au chapitre xxxi ; Tumulus erit testis, inter me et te! » Voilà pourtant, me disais-je en mes contemplations, tout ce qui reste de ces passions, de ces fêtes, de ces chefsd’œuvre, de ces plaisirs : un fragment sans nom... Sine nomine saxum !

Il est là sous mes yeux, ce débris de tant de grandeurs! 11 est là , semblable à ces poussières du saule vermoulu, qui jettent je ne sais quelle clarté dans la nuit profonde! Il me poursuit, il m’obsède; il me nargue, il m’insulte! Ah! qu’aije fait, malheureux! do ramasser ce misérable fragment, marqué, comme un lâche, à l’initiale de tous les pouvoirs?

Eh bien! au moment où j'écris, par cette nuit rayonnante d’étoiles, je revois, grâce à ce fragment du Grand-Opéra de Paris, les mille choses qui se sont passées dans cette enceinte ravagée, où tout est sombre, où tout est mort, où rien ne vit plus, de ce qui a vécu à cette place! Avez- vous vu passer le fantôme? Entendez-vous l’écho plaintif? Les ombres dansent ! Les fantômes chantent ! L'orchestre invisible se lamente en un coin ; cet orchestre accompagne un fantôme, Adolphe Nourrit, il est conduit par un mort, qui s’appelait, naguère, M. Ilabeneckl

Bientôt, remontant de l’ effet à la cause, et de la partie au

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tout, je le revis en son entier, ce beau théâtre, à l’heure où ses nouvelles destinées allaient s’accomplir. Silence! Ici, dans cette salle provisoire (elle a vu crouler deux monarchies et une république, cette salle provisoire!), va commencer un monde ! Ici , va venir une nouvelle dynastie !

Ici, — sous ces voûtes réparées à son usage, dans cette enceinte où Ja peinture et l’or luttent de verve et d’éclat, va se faire entendre un nouveau maître, Giacomo Meyerbeer, dans toute la force et toute la puissance de la jeunesse ! Ivre à la fois d’espérance et de génie, il allait à la conquête, ce Meyerbeer, à la façon de Guillaume le Conquérant Iuimôme, et ce fut dans cette enceinte, aujourd’hui ruinée, et remise à neuf pour la vingtième fois, qu'il livra la première de ses grandes batailles. Hélas 1 il avait ce jour - là, à ses côtés, pour lui sourire et pour lui dire : Courage, ami! un mort qui était son frère! Ils s’aimaient tant l’un et l’autre, le poète et le musicien! Ils avaient tant rêvé à ce Robert le Diable, qui allait apparaître et se montrer, pour la première fois, au monde subjugué I O mon petit morceau de bois que je vois là, insensible et muet, chargé et surchargé de tant de flatteries et d’adulations meuleuses, et tout couvert que te voilà de trahisons, et de parjures comme est une vieille femme de son mensonge et de sou fard, avez -vous souvenance des premiers moments où se fit entendre, à nos oreilles charmées, la première note de Robert le Diable?

Vous rappelez-vous le silence et l’attention, et n’avezvous pas vu, dans un coin-de la salle, où il se tient caché à tous les yeux, comme ferait un meurtrier, le génie invisible? En ce moment il est pâle, inquiet, épouvanté, tremblant, et

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doutant de son œuvre... Oui! lui-même, ô misère! Ce grand artiste qui, tout à l’heure, aura charmé le monde entier de ses passions, de ses douleurs, de ses amours !

Amis! prenons garde à cet homme, il en veut à la gloire universelle, et rien ne lui suffira, tant qu’il ne marchera pas tout seul, dans son sentier lumineux ! Quant à moi , je le vois encore à la veille de ce Robert- le -Diable, qui fut sa bataille d’Austerlitz!

Qui saurait résumer toutes les émotions de cette soirée, accomplirait une têche illustre. Le premier moment de ce grand jour, l'obstacle était partout! L’œuvre allait son chemin, le public avait peine à la suivre, il hésitait à croire, il hésitait à applaudir, il se tenait sur la réserve, et dans le doute. Tantôt la décoration allait trop vite, et tantôt trop lentement ! Ou eût dit que les chœurs étaient épouvantés de ces enfers, du sein desquels ils hurlaient à la façon des damnés ! Les nonnes blanchissantes osaient à peine toucher, de leur pied tremblant, celte lave ardente! Ah! la stupeur! ah! l’épouvante! Dans cette mêlée, on a vu le démon lui-même qui jetait le désordre eu ces tumultes, si bien ordonnés à l’avance! On a entendu des musiciens qui réclamaient les droits du flageolet négligé; on a entendu des juifs, qui criaient à l’impiété du juif Meyerbeer... Ils accusaient d’impiété et de profanation le grand poète qui a fait pleurer la gentille Alice, qui a donné au démon lui-même, les entrailles d’un père, qui a parlé, pendant cinq actes, dans le plus pur accent chevaleresque et chrétien du moyen âge.

En ces premiers moments de grand triomphe, Roberl-le- Diable et M. Meyerbeer étaient traités, par les fanatiques,

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comme les chrétiens forcenés .Avaient traité Goethe et le docteur Faust!

Et cependant vous étiez déjà les maîtres du monde intelligent, héros et chansons, orchestre et poème, visions et chevalerie, épopée à la façon des héros de la Table -Ronde! On vivait dix ans dans notre jeunesse, avec le Rubcrt-le- Diable do M. Meyerbeer, avec le roman de M. Victor Hugo! Dix années, t’eu souviens -tu, petit morceau de bois dédoré qui servis de rempart à tant de belles dames, à tant de beaux esprits qui venaient entendre et réver, à cette avant -scène? Dix ans! Et pendant ces dix années, nous avons entendu, sous ces voûtes superbes et dans ces grands rôles, tantôt madame Damoreau, tantôt mademoiselle Falcou! Aujourd'hui Nourrit, le lendemain Duprez! Hélas! la première, a lutté longtemps contre l'ûgo vieillissant, et il a fallu céder la place aux plus jeunes! Hélas! la seconde, au moment où tout allait bien pour elle, où elle était devenue une des filles adoptives de Meyerbeer, où tout chantait sa gloire et son triomphe, elle est prise, ô douleur! par une atonie immense! Elle veut chanter, la pauvre Falcon, sa voix s’arrête ! Elle veut parler, sa parole hésite?

Elle est pleine de vie et de jeunesse, hélas! hélas!... elle n’est plus déjà de ce monde ; elle ne peut plus suffire à l'éloquente passion, elle se meurt, elle est morte! Aujourd’hui reine, et demain... un souvenir, un souvenir à vingt ans! Qu’en dis-tu, mon fragment? Qu’as-lu dit. à l'aspect de ces misères? Au moins le rappelles-tu cette heure suprême et cette lutte immense contre l'impossible?

Elle s’agitait, elle se débattait, et se révoltait dans le vide,

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la pauvre enfant ! Les murailles môme en oui pleuré. Etiam lapides clamabanl !

Moi cependant, l’inslrument sonore, tout rempli des motifs de Robert -le- Diable, moi, et ce morceau de bois qui ne se souvient de rien, pas même des armoiries et des chiffres qu'il a portés, moi et cette ruine insensible à ces grands désastres, nous avons pourtant assisté à toutes ces grandes batailles! — Il était à la Juive, et j’y étais aussi! A la suite de sa grande procession, nous avons vu entrer et marcher le maître Halévy, et soudain les voilà qui tournent, en cercle, autour de nous, ces émeutes, ces fanfares, ces passions, ces douleurs. « Le juif! le juif! » Ça se chantait parmi la multitude en fureur, et cette fois les juifs ne disaient pas que leur frère Halévy avait manqué à scs croyances!

Il avait emprunté Éléazar à Shakspeare, et de ce nouveau Shyiock il avait tiré grand parti, dans ce concours de toutes les forces et de toutes les grâces du moyen âge! Eh bien, passez et circulez à votre aise, archevêques, moines, prieurs, cardinaux, princes de l’Eglise; soldats aux étincelantes armures, bannières flottantes, coursiers bondissant sous l'acier! La Juive; elle était, à nos yeux éblouis, tout le moyen âge de pourpre et do fer, d’or et d’argent; l’encens fume, et la trompette éclate au plus haut des cieux! Sous un dais magnifique, entouré des princes de l’Eglise, s’avance, à la façon d’un dieu terrestre, l'empereur Sigismond !

Visions d'autrefois! spectacles des nuits d’hiver! cantiques oubliés! Il y avait dans cette Juive, un royal festin où les pages et les varlets faisaient leur service à cheval , pendant que, mêlées aux inquisiteurs, les courtisanes du concile

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s’abandonnent à des danses peu orthodoxes. Elles avaient des noms charmants, ces furies du concile; elles s’appelaient mademoiselle Noblet... un fantôme! Pauline Leroux, une bourgeoise, aujourd’hui ! Mademoiselle Adèle Dumilâtre, une grande dame; mademoiselle Duvernay, une des filles adoptives de l'Angleterre ; mademoiselle Louise Fleury, la grâce en personne; Aglaé, la blonde; et mademoiselle Forster, la brune Forster; et madame Alexis Dupont, réservée à tant de misères, et mademoiselle Bénard , et les deux Fitzjames! Elles ont passé comme passe en été l’herbe des champs. Patientes lierbas, dit Virgile en son églogue! Elles ont quitté ces domaines de leur première jeunesse, ces déesses, ces bacchantes, ces furies, ces grâces légères. — Pulois et timbra smnus!

C’est dans ta Juive, entre autres spectacles, que nous avons vu un cardinal de l’an 1400 de notre ère, prosterné aux genoux d’uu juif, et réclamant la fille qu’il a perdue! Le juif répondait au cardinal , en lui montrant la chaudière où le bourreau a jeté sou enfant !

C’étaient des morts qui jouaient les premiers rôles de la Juive, et ce beau mort qui reparaît toujours, Adolphe Nourrit ! llélas! il s’est tué de ses mains, ce beau Nourrit, qui nous avait enseigne, le premier, les mélodies de Schubert ! Il s'est tué, l’impatient, un jour d’été, eu pleine Italie, à l’heure où déjà le Paris oublieux, mais qui finit toujours par se rappeler ce qu’il oublie, ingrat Paris, se rappelait enfin son chanteur favori ! 11 s’est tué ! Je vois encore, au fond de celte loge où il pouvait contempler toute sa famille, ses jeunes enfants dont le plus vieux avait huit ans à peine !

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Aimables enfants près de leur mère qui les couvait des yeux et du cœur! Hélas! la mère est morte à son tour!

Il avait chanté, peu de temps avant sa mort, Adolphe Nourrit, un opéra de cet illustre et terrible Cherubiui (un mort!), intitulé : Ali -Baba nu les quarante Yolettrs!... quarante morts ! Vous vous rappelez ce vieux Cherubini ! Il était le maître et le tyran du Conservatoire 1 C’était un de ces hommes nés mécontents, que rien ne peut satisfaire; ils vivent en grognant, ils meurent comme ils ont vécu! Il avait eu cependant la chance heureuse d’être l’ami de M. Ingres, qui l’a représenté, sur une toile immortelle, abrité par la belle main de la plus noble et de la plus belle Muse qui fût au monde eu ce temps- là, muse de la beauté, muse de la jeuuesse; et quelle protection plus charmante, se pouvait rencontrer à un artiste aussi rude au toucher?

Au reste, l’humeur fantasque de cet excellent homme était passée en proverbe; et comme on ne pouvait pas s’en fâcher, on avait fini par en rire. C’était donc, dans tout ce petit monde obéissant à sa loi , à qui raconterait les boutades, les caprices, les bons mots, les aventures de Monsieur le commandeur Cherubini. Encore aujourd’hui, quatre ou cinq élèves du Conservatoire sont à peine réunis, qu’aussitôt la conversation tombe sur le maître absent, et les histoires n’en finissent plus. Je vous en fais grâce... En voici une, assez bonne. Un jour d’hiver, par la pluie et l’orage, Cherubini, sortant de sa maison pour une course lointaine, un de ses élèves passe en voilure, il voit son maître hésitant... aussitôt il met pied à terre : — O cher maître, acceptez ma voiture, et je rentrerai chez moi, de mon pied léger!

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— Ton cheval n’est pas méchant, j'espère? disait Cherubiui en prenant possession du petit coupé. Cependant la pluie allait son train; l'homme en voilure, en ce moment, n’ était pins qu’un homme à pied. — lit maintenant, mon cher maître, ayez la bouté de me prêter votre parapluie ! — Apprends, mon cher, répondit Cherubini eu relevant la portière, qu’uu honnête homme ne prête jamais sou parapluie... El fouette, cocher 1

Tel qu’il était cependant, morose, attristé, quinteux, mécontent de lui-même et des autres encore plus, ce digne homme, il n’avait pas un ennemi : c’est qu'au fond il avait le meilleur cœur du monde. Il aimait comme d’autres haïssent ; mais, en tin de compte, c’était bel et bien une amitié vaillante, dévouée; ingénieuse au tourment, ingénieuse au bienfait. Surtout il portait l'affection d'un père à son élève, à son ami, Fromental Ilalévy. 11 l’aimait avec orgueil! 11 le regardait comme son chef-d’œuvre, et le continuateur de son génie. Il l’applaudissait, mais tout bas; il le vantait beaucoup, mais en secret; il le louait in petto, et le reprenait à briser les vitres. Ifalévy l’a entouré jusqu’au dernier moment d’une piété toute filiale, et le jour A' Ali-Baba, il était certes plus tremblant que Cherubiui.

Certes, l’élève avait raison, ce jour-là, de trembler pour son maître. En vain toutes les puissances du souvenir furent évoquées à l’occasion A' Ali- Baba et des quarante Voleurs , en , vain on fit répéter, comme un miracle, la romance du premier acte; en vain ou proclamait, à l’avance, un chefd'œuvre égal à tout ce qu’avait écrit Meyerbeer, le trio des trois dormeurs... il disparut tout bonnement, un beau

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soir, ce chef-d'œuvre exquis, comme eut pu faire uu simple vaudeville de M. Aucelot! C’est que vraiment c'est surtout dans les jours clairs et riants de la jeunesse que l’artiste se souvient du mot divin qui ouvre toutes les portes de l’idéal :

« Sésame, ouvre- toi ! » Peu à peu s'en va l’enchantement, et voilà un homme, au milieu de la caverne, oubliant le mot d'ordre : 0 Sésame, ouvre-toi! C’est la faute des œuvres trop vantées à l’avance, elles font peur au public!

Happelez-vous le Philtre, oit l’on voyait paraître, en sabots, ce beau Nourrit! Quelle fête, ces sabots sur le plancher de l’Opéra, uu bois précieux que le satin eflleure à peine ! Des / sabots, par Jupiter, des sabots à l'Opéra! Ça ne s’était pas vu, depuis l’opéra des Sabotiers, et encore!... Il y avait aussi ce qu’on appelait l’ui'rdu Serment /un casse-cou, où plus d'une voix est restée, et s’est cassée à tout jamais! C’était là dedans que le jeune Dérivis, digue du nom de sou père, chantait si bien :

Le bel état que celui d'aubergiste!

pour faire pendant au grand air de l’Opéra-Comique :

Ah! quel plaisir d'être soldat!

Les grandes fêtes, les joies merveilleuses, et les fiers contentements c’étaient là !

En fait de révolutions, nous ne connaissions plus que celles-là : la casserole et le rabot remplaçant, à l'Opéra, le , ceste de Pollux, le disque de Télamon, la lyre d’Orphée, et le char d’Apollon ! On faisait, crânement, quelqu’une de ces révolutions innocentes tous les soirs, et pas un de nous, ne

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