‹ Les symphonies de l'hiverChapitre 3 sur 35 · AU VAL DE SAINT-GERMAIN · texte numérisé non relu

AU VAL DE SAINT-GERMAIN

Tout au sommet de la haute montagne que la Seine en passant, salue; à cinq lieues à l’ouest de Paris, à trois lieues au nord de Versailles, non loin du Val, ce charmant Val où va ma symphonie, tout rempli de bel esprit, de grâce, de bienfaisance et de la plus inaltérable bonté; dans l’enceinte éclairée de l'antique forêt de Lyda, s’élève une cité splendide, qui fut longtemps, l’asile de nos rois.

Asile aimé des rois de France, chênes géants que parcourait la chasse royale, château construit sur les fondations de la chapelle; de ces hauteurs charmantes, vous pouvez contempler, à vos pieds, Paris, la cité sans sommeil et sans repos. Le volcan est au bas de la montagne ; heureuse la noble colline d’être à l’abri de ces passions! Le premier des bons rois qui traça, dans la forêt de Saint-Geruiain, ces frais sentiers, souvent battus par le roi Henri IV, ce fut Louis le Gros en per-

LA SYMPHONIE

sonne. Homme actif, il aimait la chasse, image pacifique de la guerre, et la fêle de la forêt sombre. Il se plaisait à découvrir, de temps à autre, à travers l’éclaircie et la confusion des arbres déjà centenaires, la rivière éclatante qui va, comme à regret, se perdre à travers les nuages de l’Océan. C’est ainsi que le château de Louis le Gros (il avait pour son abri, la chapelle, sous l’invocation du bon saint Germain) devint un lieu de repos et de consolation, pour les princes Valois et Bourbons.

En ce lieu de sa prédilection, s’en vint Louis le Jeune, en graud deuil de la reine Eléonore d’Aquitaine, et de cette dot opulente que la belle Eléonore apportait, tout entière, à la famille des Plantagenets. Dans ces murailles crénelées, Philippe-Auguste, triomphant des Plantagenets, s’en vint pour mieux jouir de sa nouvelle conquête, la Normandie. 11 se disait, maintenant que la ville de Rouen venait d’ouvrir ses portes à l’ oriflamme, que désormais le dernier pont construit sur la Seine, appartenait au roi Philippe -Auguste 1 Certes, tenir sous son sceptre, à la fois la Seine et l’Océan, Rouen et Paris, la Normandie et l’Ile de France, se reposer dans le château de Saint-Germain, à moitié chemin de son royaume et de sa conquête, c’était noblement recommencer la plus grande et la plus illustre monarchie de l’univers.

A Saint-Germain, plus tard, est venu le saint roi Louis IX ; àme austère, vertu prévoyante, simple et ferme majesté. Le bon roi aimait le repos de ces campagnes; il se plaisait à ces ombres propices; il n’était pas loin de l’église de son baptême quand il s’appelait Louis do Poissy. A Ynicennes, il était le roi et le juge; à Saint-Germain il était le soldat qui

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A SAINT -GERMAIN

se repose. La vieille forêt couvrait de son ombre respectueuse, le héros qui devait succomber dans les sables brûlants de l’Afrique. Belle histoire, celle histoire de France; on la retrouve, abondamment, dans tous les beaux paysages, dans tous les doux aspects! Ils avaient, au plus haut degré le vif sentiment des frais paysages, des beaux coins préférés, sous le ciel clément de ce royaume enchanté, nos vieux rois guerriers et conquérants.

Après le roi son père, et quand il eut porté sur scs épaules triomphantes la dépouille de saint Louis, sous les voûtes de Saint-Denis, Philippe le Hardi s’en vint à Saint-Germain pour se recueillir, comme un homme qui s’est chargé d’une grande tâche! Eh! quelle tâche, un roi pareil à remplacer?

L’ennemi des Templiers, Philippe le Bel, a tenu, au château même de Saint-Germain, cour plénière. Déjà le château prenait un aspect étrange : c’étaient des bruits inaccoutumés, des aventures incroyables; des événements à confondre l’intelligence humaine! Ces murs, attristés par ce faste iusolenl et cruel ; ces murs, témoins modestes des simples repas du roi Louis IX, et dont la voûte avait répété, si souvent, les honnêtes propos d’une table sérieuse et chrétienne, s’étonnèrent de tant de nouveautés hardies L’incendie vint qui

dévora l’ancien château de Saint- Germain; avant l’incendie étaient venus les Anglais, et les Anglais avaient apporté en ces beaux lieux, le fer, la flamme, et le pillage, et la dévastation. Mais ces villes du moyen âge, elles ont la vie assez dure; un rien les renverse, un souille les rebâtit: elles disparaissent, et elles se montrent de nouveau, comme, fait

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